Voir le numéro du 5 mars, page
On remarquait cependant que certains agents de la nature minérale, comme les marnes et le plâtre, augmentaient les récoltes; on crut alors que ces corps étaient des stimulants. Comme élément de production, l'humus était le premier, et on donnait un grand développement aux cultures fourragères, après lesquelles les céréales venaient parfaitement. On regarda alors les céréales comme plantes épuisantes, et les plantes fourragères comme plantes fertilisantes, et l'on créa la théorie des assolements.
Ce fut une conquête pour le cultivateur que la découverte de l'action de la marne calcaire dans certains sols jusqu'alors improductifs. De vastes gisements de carbonate de chaux furent, sous divers noms, découverts, notamment en Bretagne où, d'ailleurs, l'action de la chaux, en neutralisant l'acidité des détritus végétaux dans les terres nouvelles, est en voie de transformer les véritables steppes qui couvraient le sol de cette province. M le comte de Lorgeril, qui a découvert, sur plusieurs points, ces gisements de carbonate de chaux, avait pris soin de faire constater qu'il n'était
Î)as à la connaissance des habitants qu'ils eussent été exploités jusqu'alors; mais a configuration des lieux, des traces visibles d'une exploitation ancienne et la tradition même, ont appris que les Romains avaient usé du carbonate de chaux sur une vaste échelle et que, sans doute, les mêmes abus qui se reproduisent aujourd'hui en avaient fait abandonner l'usage.
Leî vases de la mer et les sables coquilliers amoncelés par le flot qui vient se perdre en mourant sur les grèves du littoral de l'Ouest et y former, par la décomposition constante des matières azotées, des engrais plus complets que les sablons calcaires ; ces vases et ces sables, qui ont produit, autour de la Bretagne notamment, cette ligue de fertilité qu'on appelle ceinture dorée, ont également causé une espèce de stéril té partout où un emploi abusif remonte à une époque qui n'est guère plus éloignée que trente ans.
Pourrait-on contester l'utilité d'une science qui révèle par l'analyse que ces amendements arrachés soit aux flots de la mer, soit aux gisements souterrains qui les recèlent, présentent des proportions bien difiérentes dans leurs principes fertilisants; qu'il est des marnes, des sables calcaires, des vases de la mer, qui n'offrent guère plus de 10 ou 15 pour 100 de carbonate de chaux et quelques millièmes d'acide phosphorique, lorsque d'autres en présentent jusqu'à 80 pour 100. Le cultivateur ignorant transporte parfois, au détriment de cette petite vicinalité au nom de laquelle il n'y a qu'une voix dans l'enquête, huit fois le volume d'un même engrais qu'il trouverait souvent également à sa portée. Ces notions sont-elles, oui ou non, utilisables?
Th, de Saussure avait proclamé, dans le premier quart de ce siècle, que le phosphate de chaux était nécessaire au développement des plantes; il aurait pu établir aussi d'une manière péremptoire qu'il en était de même de la cliau.x et de la magnésie. Les résidus d'une industrie qui utilise les os de la charpente des animaux étaient venus prêter assistance à l'agriculture, dans une bien faible proportion, il est vrai, lorsque la découverte des phosphates fossiles est venue, à son tour, offrir un nouveau secours à l'insuffisance des os. Mais ces ressources s'épuisent, et le phosphate ne peut fournir à lui seul la nourriture des plantes ; il faut également aux végétaux de la potasse et de la soude.
Une autre cause de relard dans la décadence de l'agriculture , que signale le chimiste allemand, est celle de la découverte du guano; mais cet engrais aura une fin, car tout le guano est découvert et en exploitation, et, par conséquent, la masse diminue de plus en plus.
Une communication a été faite à la Société centrale d'agriculture, par M. Champion, d'un échantillon de terre expédiée de Chine et d'un sol dont la fertilité ne s'est jamais démentie depuis des siècles, grâce au mode suivi de restitution. L'analyse de cet échantillon a révélé au secrétaire perpétuel un dosage presque fabuleux en acide phosphorique, tandis que, en même temps, l'analyse faite d'un terrain des environs de Lille et fumé depuis des siècles par l'engrais flamand, signalait un dosage égal. Ce fait est une révélation pour la restitution au sol de l'engrais humain et des immondices qui infectent les villes, et dans lesquelles les détritus animaux présentent des quantités d'acide phosphorique et les matières azotées nécessaires au sol auquel elles ont été empruntées. Ne nous attendons qu'à nous-mêmes, a dit le poète. Quand les populations seront familiarisées avec les lois simples de la
nature, dont le respect garantit leur bien-être pour des temps illimités; quand elles sauront qu'un cultivateur n'est pas en état de maintenir d'une manière durable la fertilité d'un pays sans importer des engrais, et que si celte importation dépend de l'étranger, l'état actuel et l'augmentation des récoltes et des subsistances peuvent être soumis a des événements fortuits dont les populations ne sont pas maîtresses; quand enfin des relevés statistiques exacts démontreront que, dans le cas le plus heureux, l'importation d'engrais du dehors aura une fin dans un temps relativement court, car un demi-siècle n'est rien .dans la vie d'un peuple, elles comprendront que c'est de l'utilisation de l'engrais humain et de la solution de la question des egouts de ville que dépendent la conservation du bien-être des Etats, ainsi que les progrès de la civilisation.
A. DE LA MORVONNAIS
Séances des 9, 16, 23 et ZOjmivier. — M. Payen présente à la Société l'échantillon d'une terre à culture de millet, pris à Canton (Chine) ; MM. Champion et Joanny ont analysé cette terre et l'ont trouvée très-riche en azote et en acide phosphorique, dus tous deux à l'emploi comme engrais ordinaire, sur ce sol, des matières fécales. M. Boussingault a eu occasion d'analyser une terre de la propriété de M. Corenwinder, terre fumée de temps immémorial avec de l'engrais humain, et qui présentait presque exactement la même proportion d'acide phosphorique; c'était un sable aes environs de Lille, complètement dénué de carbonate de chaux.
M. Barrai insiste sur l'opportunité d'employer les matières fécales à l'état normal; dans la fabrication de la poudrette, on perd une partie des'matières azotées, alcalines et phosphatées les plus solubles, qui sont entraînées par le liquide expulsé. Aussi, la poudrette est-elle un engrais relativement peu riche, même en dehors de toute fabrication.
M. Becquerel donne communication verbale et par extrait d'un mémoire qu'il a présenté à l'Académie des sciences sur la température de l'air dans les bois, près des bois et dans les plaines, et sur la quantité comparative de pluie qui tombe dans ces mêmes lieux.
M. Sanson présente la reproduction de types photographiés d'un certain nombre de têtes de chevaux; l'auteur a pris, dans diverses écuries de la garnison de Paris, des chevaux de provenance normande, et a vu que ces animaux étaient revenus, les uns au type anglais, d'autres au type danois, d'autres enfin à celui de l'ancienne race normande. Cette communication a pour but d'appuyer le fait de la variabilité des métis. M. Gayot demande que, vu l'importance de la question, soulevée par M. Sanson, sa communication soit renvoyée à la section d'économie des animaux.
M. L. Bouchard fait hommage à la Société d'une notice biographique et bibliographique qu'il vient de publier sur Charles Estienne et sa Maison rustique qui a eu, de 1565 à nos jours, 90 éditions.
M. Heuzé obtient la parole pour une communication verbale sur la fabrication des chapeaux de paille en Toscane. Dans la vallée de l'Arno, composée d'alluvions d'une grande richesse, on sème du blé de Toscane, de printemps, ou du seigle de printemps ou d'automne. Cette semence a été récoltée sur d'autres terrains de montagnes très-peu fertiles ; on en emploie dix hectolitres par hectare, et ce grain se vend environ 40 fr. l'hectolitre, environ deux ou trois fois autant que le grain communément cultivé dans le pays. C'est donc déjà, pour la semence seule, une dépense de 400 fr. par hectare. On sème en février et mars; en mai et juin on arrache à la main les pailles courtes et fines et on les fait sécher, puis on leur fait subir un grand nombre de manipulations, triage, blanchissage, tressage, cousage, etc. Le bénéfice net de cette culture est évalué à environ 600 fr. par hectare. C'est avec ces pailles de blé ou de seigle que sont fabriqués les chapeaux de paille d'Italie, dont les plus fins, dits de paille de riz, atteignent le prix de 2,000 à 3,000 fr.
M. Bethmont, membre correspondant, fait une communication verbale dans laquelle, après avoir rappelé la recrudescence du typhus en Hollande, son invasion en Suisse et en Prusse, il dit qu'il ne voit pas sans craintes se continuer l'introduction, par notre frontière de l'Est, des troupeaux allemands de bêtes à laine. Il n'est pas suffisamment prouvé que la contagion du fléau ne puisse se transmettre du mouton
aj2 SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE D'AGRICULTURE.
au bœuf. Il a donc, en qualité de propriétaire et en son privé nom, demandé k M. le ministre àe l'agricullure de prohiber l'enlrée des moutons par nos frontières du Nord et de l'Est. Il pense qu'un avis semblable de la Société, si elle le juge opportun, militerait puissamment, auprès de Son Excellence, en faveur de cette mesure.
L'urgence n'étant pas reconnue en présence des précautions déjà prises par l'administration, la communication de M. Bethmont est renvoyée à la section d'économie des animaux qui fera prochainement un rapport à la Société.
Huit jours après, en eflet, M. Raynal, au nom de celte section, lit un rapport dans lequel il conclut qu'il n'y a pas lieu de demander au ministre la fermeture de nos frontières aux bêtes à laine.
M. Bella demande s'il n'y a pas de danger à transporter la viande qui peut être soupçonnée de contagion ; M. Raynal répond qu'on n'a observé aucun exemple de contagion causée par le transport de la viande. M. Gayot fait observer qu'en Angleterre, d'après les mesures administratives récemment prises, on doit abattre, dans le port même de débarquement les animaux d'espèce bovine importés, et que le transport de cette viande est ensuite facultatif. M. Bella, en parlant du danger que peut présenter le transport de ces viandes, entendait dire que les wagons qui y ont servi, qui se sont imprégnés de sang et d'émanations, peuvent être employés ensuite au transport des animaux vivants, et il croit qu'il peut y avoir là un danger de contagion.
M. Barrai rappelle que les ordonnances et règlements de police sanitaire prescrivent l'enfouissement des animaux soupçonnés d'être atteints de contagion; si cette viande ne peut produire la contagion, il faudrait réformer les ordonnances et règlements.
M. Robinet dit que tout le monde a pu remarquer, comme lui, les trous circulaires pratiqués autour du pied des plantations de la ville de Paris, dans le but de donner, en été, plus de fraîcheur aux arbres, l'eau de pluie s'amassant dans ces petits réservoirs pour, de là, pénétrer plus ou moins profondément dans le sol. Mais il a remarqué qu'en hiver, ces trous sont presque constamment remplis d'eau et il demande s'il n'y a pas là un danger pour les racines plongées au milieu d'une humidité continuelle et surabondante.
M. de Rambuteau dit que, dans les plantations de Paris, le plus sérieux ennemi à combattre, c'est le gaz d'éclairage qui s'échappe des tuyaux de conduite et vient asphyxier les racines. On a cherché à y remédier par des tuyaux aussi élanches que possible et par un drainage permettant à l'air atmosphérique de pénétrer dans la terre qui entoure les racines et de s'y renouveler. Il conseille les platanes en bordure partout où il y a de la fraîcheul-; l'orme ne se plaît que dans les terrains qui ne sont à la fois ni trop secs ni trop frais. Le cerisier sauvage réussirait généralement, mais il a contre lui sont fruit, dont les enfants se montrent si gourmands ; cependant, on pourrait l'élaguer et le faire monter facilement et sans dangers; ce serait un des plus beaux arbres d'ornement.
M. de Béhague insiste sur rorientation des arbres transplantés, et surtout pour le platane, dont l'écorce est si mince. M. Nadault de Bufl'on appuie cette observation, qu'il a souvent eu lieu de vérifier. M. de Béhague ajoute qu'il a été constaté que la perte du gaz par les fuites, dans les tuyaux souterrains, pouvait être évaluée à 7 pour 100.
M. Charlier fait une communication sur l'application de son système de ferrure périplantaire au bœuf de travail; c'était la conséquence de son invention, mais, fixé à Paris, il n'avait pas pu tenter de l'essayer sur le bœuf. Un maréchal du Maineet-Loire a tenté cet essai et a parfaitement réussi. M. Gharlier présente des pieds de bœufs dont un des onglons est garni de l'ancien fer, et dont l'autre est ferré au système périplantaire. La plupart des membres présents paraissent juger favorablement cette communication intéressante.
M. Gayot demande à présenter quelques observations sur une note communiquée par M. Gommaille à l'Académie des sciences, relativement aux produits comparés de la poule et de la cane. D'après les expériences rapportées, la cane aurait tous les avantages; en six mois, trois poules n'auraient pondu que 257 œufs; pendant le même laps de temps (janvier à août) trois canes auraient pondu 392 œufs, auxquels il faut ajouter 225 œufs pondus pendant l'automne précédent, soit ensemble 617 œufs. La moyenne par tête de volaille aurait donc été, pour les poules
de 85.6, et pour les canes de 205.6. A ce compte, dit M. Gayot, la grande majorité des œufs produits en France devrait être des œufs de cane, tandis qu'ils ne forment en réalité qu'une très-médiocre partie de cette production.
Or, la consommation en œufs est considérable; mais si la production s'est au'ant accrue, cela n'est pas dû seulement à ce que les basses-cours sont plus nombreuses et plus peuplées, lîiais aussi à ce que la productivité, la fécondité des poules ont augmenté. Du temps de Buffon, une poule ne donnait que 50 œufs par an; aujourd'hui, on en obtient au moins 150; le poids s'est élevé de 40 grammes, indiqué par Buffon, à celui de 65 grammes environ. Dans nos basses-cours, la ponte de la cane ne dépasse guère 45 à 50 œufs, tandis que M. Gommaille en a obtenu 205.
Sous le rapport de la qualité, M. Gommaille regarde l'œuf de cane comme supérieur à celui de la poule, à cause de son odeur agréable et qui rappelle celle du canard rôti ; mais ne serait-ce pas pour cela même que l'œuf de poule est préféré pour tous les usages culinaires? Les œufs de cane, dont le jaune est très-foncé en couleur, ne sont préférés que par les pâtissiers, qui les emploient à dorer leurs produits.
M. de Lavergne ne croit pas que l'augmentation des exportations en œufs donne la mesure de l'accroissement de production; il ne pense pas que cette production se soit beaucoup accrue pendant ces dernières années. M. de Kergorlay dit qu'ilfaut, en effet, quand on étudie la marche des e.xportations, tenir compte de l'augînenlation de valeur des produits, puisque l'évaluation se fait, à la douane, en argent et non en nombre. Mais il n'en est pas moins vrai que dans la contrée qu'il habite, en Normandie, le nombre des marchands augmente sans cesse, et que leur commerce paraît être toujours aussi lucratif, ce qui fait présumer que la production, augmente continuellement dans une certaine mesure. M. Barrai pense que l'augmentation a plutôt eu lieu en valeur qu'en nombre. M. Combes croit qu'il y a eu une augmentation notable en nombre, et qu'on mange plus d'œufs dans les campagnes quil y a quelque vingt ans.
M. Robinet rapporte qu'au marché Neuf, qui se tient sur le quai des Ormes, il a trouvé, exposés en vente, du pain des hospices coté 0 fr. 42 le kilog., du pain apporté de la banlieue et coté 0 fr. 45, et cela à une distance de quelques mètres; un boulanger établi dans une maison voisine vend son pain 0 fr. 47.5. Ces trois pains lui ont paru à peu près égau.x en qualité, et il s'est assuré, par des moyens succincts, qu'ils contenaient à peu de chose près les mêmes proportions d'eau. Dans l'intervalle d'un quart d'heure, il a pu apprécier que le nombre des acheteurs était à peu près le même à chacun de ces trois magasins. Il se demande pourquoi, à un moment où le prix du pain est relativement élevé, les consommateurs dédaignent "de faire une économie sensible et payent 0 fr. 47.5 du pain qu'ils pourraient se procurer, à peu près de même qualité, à 0 fr. 42, soit un bénéfice de 0 fr. 05.5 par kilog. Il pense qu'il y a là un préjugé inexplicable contre le pain des hospices fait à la mécanique, beaucoup plus proprement que celui des boulangers, et qu'on a reconnu être le plus nourrissant de tous les pains fabriqués à Paris.
M. Payen réplique que le pain de la banlieue a été délraichi , fatigué par le transport, que sa croiàte est souvent brisée et qu'il est moins appétissant; que, d'ailleurs, il faudrait avoir pu examiner sérieusement et par comparaison ces différents pains, sous le rapport de l'eau contenue, de la blancheur, de l'aptitude à tremper dans le potage, de la faculté de se conserver frais et appétissant pendant un temps variable, avant de se prononcer sur leur valeur relative.
M. de Kergorlay croit que l'écart dans le prix du pain est plus grand encore que ne le pense M. Robinet, et va jusqu'à 0 fr. 08 par kilogramme, mais qu'il faut tenir compte des crédits faits par les boulangers, et qui élèvent leurs prix de revient. D'un autre côté, il existe certainement un préjugé regrettable' contre le pain des hospices, qui est livré au prix de revient, qui est fabriqué à la mécanique et qui n'est pas tout à fait aussi blanc que celui des boulangers. Mais ce ne sont là que des préjugés qu'il serait important de détruire parmi les classes indigentes.
M. Barrai, qui s'est longuement et successivement occupé de ces questions, dit que le pain des hospices, à forme égale, est le meilleur et le plus nourrissant de tous les pains qui sont fabriqués à Paris-; il est en outre exactement pesé, mais il n'a pas toujours la forme réclamée par les ouvriers de certaines professions. L'honorable membre ajoute qu'une boulangerie par actions s'est créée aux environs d'Amiens. Les administrateurs ont imaginé d'émettre des bons de 0 fr. 40, que la
jboulangerie cède contre argent aux chefs des grands établissements voisins; ceux-ci donnent ces bons à leurs ouvriers en payement d'une partie de leurs salaires. La boulangerie ne vend son pain qu'en échange de bons et non contre argent. C'est ainsi que l'administration de cette société a résolu, quant à eUe, la question du crédit.
M. Chevreul rappplle que M. Mège-Mouriés a démontré, il y a quelques années, que la coloration du pain ne provenait pas tant des parlicules de son mêlées à la farine que du développement d'acides et de matières colorantes pendant la fermentation.
M. Robinet informe la Société que M. Vachon, grand industriel et négociant en grains, a demandé à la chambre de commerce de Lyon d'appuyer auprès du ministre pour que les tableaux officiels d'importation et d'exportation des céréales soient publiés tous les quinze jours, et même tous les huit jouîs, s'il est possible, au lieu de l'être mensuellement. Plusieurs membres font observer qu'il faut un certain temps matériel pour recueillir, relever et imprimer les chiffres des nombreux bureaux des douanes; que, d'ailleurs, les négociants en grains se renseignent bien plutôt par leurs nombreuses relations commerciales que par les documents officiels. Tout ce qu'on pourrait donc souhaiter serait la publication par quinzaine de ceux de ces états qui concernent les grains, si elle est possible.
M. Decroix lit une notice sur le développement que prennent à Paris les boucheries de cheval et la consommation de cette viande. Aujourd'hui, douze boucheries fonctionnent et abattent ensemble, par semaine, de 60 à 80 chevaux. Dans plusieurs villes, notamment à Amiens, des boucheries spéciales viennent aussi d'être ouvertes.
A. GOBIN
DESTRUCTION DES COURTEIÈRES.
La courtilière, ou taupe-grillon (Gryllo-Talpas vulgaris, Latreille)^ appartient à la tribu des Orthoptères. Tous les Orthoptères connus sont funestes aux récoltes ou aux produits que l'homme emmagasine pour son usage. Nous avons commencé nos études par cette tribu, regardée comme la plus dangereuse dans les jardins et dans les prairies, et parce qu'elle représente les plus grandes espèces d'insectes.
La taupe-grillon (fîg. 72), appelée tey par nos paysans, est horrible de forme et de couleur. Sa longueur est de A5 milhmètres environ, sans compter les queues, qui en ont au moins de 20 à 24. Les six pattes sont très-robustes et parfaitement conformées pour fouiller la terre, notamment la première paire.
Cet insecte est des plus singuliers'. Il est de couleur brune; la tête est petite, allongée; les antennes sont de la longueur de la moitié du corps; ses yeux sont petits; le corselet est très-long et forme une espèce de cuirasse qui paraît veloutée; les élytres ne couvrent que la moitié de l'abdomen, elles sont croisées l'une sur l'autre, et elles ont de grosses nervures longitudinales noires; les ailes sont pliées longitudinalement, elles dépassent l'abdomen et se terminent en pointes; l'abdomen est mou, il est terminé par deux appendices assez longs; les pattes antérieures (fig. 73) sont en forme de mains, très-grosses, aplaties; les jambes de ces pattes sont très-larges, terminées par quatre fortes dents cornées, aiguës, dirigées extérieurement; les deux premiers articles des tarses sont dilatés, cornés, aigus; les cuisses des pattes postérieures