De Tigny, Suite à Buffon, liv. VI, f
DESTRUCTION DES COURTILLIERES.
(fig. 74) sont longues et renflées; les jambes de ces pattes et celles des intermédiaires ont quelques épines.
Au mois d'avril, ces insectes commencent à faire entendi'e leurs cris : dès ce moment il est temps de leur faire la chasse. C'est vers le soir, après le coucher du soleil, que le tey vient chanter ses amours ; crrrruu... crrrruuii.. . tel est son chant. Aigu, discordant, monotone, il diffère de celui du grillon parce qu'il est moins soutenu et plus grave. Lorsque le grillon-taupe entend marcher, il se tait pour recommencer lorsqu'il n'entend plus rien. Cependant, nous nous sommes approché à 1 mètre environ du chanteur nocturne, et il ne s'est pas tu. La femelle ne chante point et n'a point de tarières. Deux mâles aiment à faire des duos, surtout lorsque leurs nids sont rapprochés; ils se taisent ensemble, mais, lorsqu'ils recommencent, ils font un bruit très-discordant. On remarque attentivement l'endroit où le musicien a établi sa demeure, et le lendemain, de bonne heure, on va lui faire la guerre.
Pour la destruction des courtilières, on a beaucoup préconisé les huiles, la suie, les urines, etc. Nous avons employé tout cela sans résultat. Peu éloigné d'une usine à gaz, il nous vint à l'idée d'y chercher du goudron
j-'ig. 13. — Patte autérieure de la courtilière, au double de la grandeur naturelle.
Fig. T2. — Courtilière ou taupe-grillon, • Fig. "4. — Patte postérieure
de grandeur naturelle. de la courtilière, au double
de la grandeur naturelle.
frais. Les résultats ont dépassé toutes nos espérances. En y versant, le matin, la quantité d'un verre à liqueur de goudron, les entrées des nids infectés par ce liquide suintent toute la journée; l'insecte voulant sortir le soir meurt étouffé sur le bord du trou ; en essayant de passer, il s'est enduit de goudron et s'est bouché l'appareil respiratoire. Les pots à fleurs enterrés près des gazons sont d'excellents pièges, mais le meilleur moyen consiste à détruire entièrement le nid, vers la mi-juillet, à l'éclosion des œufs. Un fréquent labourage et un binage dérangent beaucoup ces insectes, qui désertent lorsqu'ils sont contrariés.
Scopoli prétend que la courtilière est attirée par le fumier de cheval et éloignée par celui de cochon. C'est une erreur : le fumier de porc l'attire,
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car il existe un préjugé dans nos pays : on croit généralement que ce fumier engendre ces insectes; il a été même difficile de combattre ce préjugé. Le carabe doré, connu sous les noms vulgaires de jardinier, de cheval du bon Dieu, etc., fait une guerre acharnée aux jeunes teys, qui sont toujours au nombre de 300 à 400 dans chaque nichée. M. Ciirtis, dans son Farm insects, prétend que ces insectes se mangent les uns les autres. Nous n'avons pas encore vu ces carnages, il est prnl)ab!e que cela existe. Les taupes, les corbeaux et les pies-grièches en dévo-rent un grand nombre.
A; Bronsyick.
Le provignage est une opération qui paraît trop simple, cl qui e>t d'ailleurs trop bien connue de tout le monde, pour qu'il soit nécessairi^ d'en faire ici la description et d'en démontrer les avantages. Rappelons donc seulement que celte opération consiste à coucher un sarmenl de manière à ce qu'il soit recouvert de terre sur une partie de sa longueur et que son extrémité se redresse verticalement en s'élevant audessus du niveau du sol, à la place où il y a un cep à remplacer ou qu'on désire avoir un autre cep.
Dans les plantations de vignes on a recours au provignage, le plus souvent pour remplacer les ceps qui viennent à manquer et quelquefois aussi pour renouveler successivement les vieilles plantations. Grâce à cette opération on obtient après deux ou trois ans des pieds de vigne aussi forts que des jeunes plantations de cinq à six ans, et de plus on réussit à remplacer les"manquants dans les plantations déjà anciennes, tandis que, dans ces conditions, les jeunes plants même enracinés qu'on y planterait ne pourraient pas se défendre contre l'envahissement des racines des ceps environnants. Ce résultat s'explique en ce que le provin, de même que tous les autres genres de marcottages, est alimenté par la sève du pied-mère pendant tout le temps qui lui est nécessaire pour développer les racines qui doivent le fixer au sol et pourvoir par la suite à son alinaentation.
L'opération, telle qu'elle se pratique, paraît très-rationnelle et il r.e semble pas en effet qu'on puisse rien changer à sa simplicité aussi parfaite que primitive. Nous avons voulu cependant faire l'essai d'un autre mode de provignage, dans lequel la partie horizontale comprise entre le pied-mère et l'exliémité redressée du provin, au lieu d'être enfoncée dans le sol comme cela se pratique, serait laissée hors de terre, de manière à ce que l'extrémité seule s'enfonçât dans le sol pour, à une certaine profondeur, se retourner ensuite en s'étendant horizontalement soit vjers le pied-mère, soit dans toute autre direction. C'est, comme on le voit, un marcottage en sens inverse dans lequel le provin, après le sevrage, devient une bouture renversée, ce qui oblige la sève à circuler dans une direction opposée à celle qu'elle avait auparavant, et occasionne nécessairement une perturbation dans le mode d'alimentation du provin, au moment du sevrage.
Une douzaine de provignages opérés de cette manière en janvier 1865
se sont tous très-bien comportés pendant la première année et ont donné une très-belle végétation. Un an après, en janvier 186G, six ont été sevrés, et depuis lors deux seulement sur ce nombre se sont conservés; les autres ont péri. Le résultat ne paraît guère plus avantageux pour les six autres dont le sevrage n'est pas encore fait : l'un d'eux ne s'est pas même enraciné, et les autres, quoiqu'ils aient bien pris racine, sont plus faibles au-dessous de la pousse qu'au-dessus^ ce qui indique évidemment qu'ils sont nourris presque exclusivement par le pied-mère.
Il ressort de ce qui précède que le mode de provignage en usage depuis très-longtemps dans les vignobles est infiniment plus avantageux que celui qui vient d'ètre'décrit^ et que dès lors on doit continuer à le préférer à ce dernier. Ce fait paraît incontestable comme ensemble de l'opération ; mais dans ses détails cette opération se fait-elle de manière à en tirer un aussi grand avantage que possible? C'est ici, nous croyons, que des amélioi'ations quoique peu importantes par elles-mêmes seraient cependant profitables. Et, en effet, que désire-t-on obtenir en mettant sous terre une certaine longueur du sarment pour n'en faire sortir que l'extrémité à la place même où se trouvait le cep à remplacer? On désire évidemment, d'une part, que ce long sarment serve de conducteur à la sève qu'envoie le pied-mère pour nourrir pendant quelque temps le jeune provin, et que, d'autre part, sur toute la longueur de ce sarment^ il se développe des l'acines qui permettront au jeune provin de se suffire à lui-même quarnl il aura été sevré du piedmère.
On met du fumier dans le fond de la fosse pour favoriser autant que possible le rapide développement de ces jeunes racines, ce qui, dans le provignage, est le point le plus important, car une fois le sevrage opéré, le jeune provin devient une véritable bouture et est obligé comme tel de se suffire à lui-même.
Pour aider encore davantage au développement du cbevelu, il estbon, ainsi que quelques vignerons le pratiquent, d'ébourgeonner, c'est-àdire d'enlever les yeux aux bourres de toute la partie du sarment qui est mist^ en terre; autour de chacune de ces amputations il se développe beaucoup plus de jeunes racines que si celte opération n'avait pas été faite, car l'expérience a démontré que les mutilations de l'épidermc, dans le bouturage des vignes, favorisent beaucoup le développement du chevelu. I! y a donc avantage à pratiquer cette opération et il y aurait encore plus d'avantage à la compléter en enlevant à chaque mérithalle quelques parties d'écorce, ou bien en faisant sur cette écorce, avec la pointe d'un couteau, des incisions longitudinales comme on le pratique pour confectionner les boutures. Par cette opération, on augmente toujours un peu la vigueur du provin, et c'est là évidemment le but qu'on doit se proposer.
Une autre condition pour bien réussir dans le- provignage, c'est d'effectuer cette opération au moment le plus avantageux, c'est-à-dire à l'époque où la sève n'est plus en mouvement. Ce n'est réellement que pendant les mois de décembi'e et janvier que la végétation est à peu près arrêtée, et que par conséquent on devrait faire les provignages.
Il est bon aussi d'avoir soin, pour coucher les provins, de choisir les
jours, où du moins le moment du jour où la température est moins froide, car il y a inconvénient à le faire pendant la gelée; les parties du sarment que le vigneron presse dans ses mains au moment où il gèle, se trouvant brusquement en contact d'une température relativement élevée, le dégel de ces parties s'opère trop rapidement, ce qui produit une perturbation dans leur organisme qui peut nuire au développement futur du jeune provin.
En résumé, nous croyons que jusqu'à ce qu'on en trouve un meilleur, le mode de provignage actuellement en usage dans nos vignobles nous semble le plus avantageux, mais nous ne saurions trop engager nos vignerons à tenir compte, dans les détails de cette opération, des recommandations qui viennent d'être indiquées.
Félix Sahdt.