A FAIRE SUBIR AU GUANO DU PÉROU
Jusqu'à présent le guano du Pérou a partout été employé, même dans la province de Saxe, sans aucune préparation. On se conteutail de le pulvériser, on le répandait sur les champs et on l'enterrait avec la herse ou l'extirpateur. Mais à peu près la moitié de l'azote que contient le guano a la forme de sels ammoniacaux qui, mis en contact avec notre sol très-riche en chaux, se décomposent de telle manière que l'ammoniaque devient en partie libre, c'est-à-dire prend une forme vaporeuse et s'échappe facilement de la terre par l'action du vent et de la chaleur. Lorsqu'on eut fait cette observation, on commença à prévenir, par l'emploi de l'acide sulfurique, cette perte des parties les plus précieuses du guano. Depuis l'année 1861, on a, sur ma proposition, préparé avec 25 pour 1()0 d'acide sulfurique (de 50 à 52 degrés à l'aréomètre de Baume) tout le guano employé à Salzmiinde'. Pour cela, le guano pulvérisé très-fin est étendu sur une claie élevée de 0".30 environ au-dessus du sol; on répand dessus la quantité voulue d'acide sulfurique et on mêle parfaitement. Tandis qu'on ne trouve dans le guano ordinaire que 2 à 3 pour 100 d'acide phosphorique soluble, le nôtre, préparé avec l'acide sulfurique, en contient 10 à 11. L'emploi de l'acide sulfurique se trouve ainsi doublement payé, d'abord parce qu'il rend soluble l'acide phosphorique qui, dans cet état, a une valeur double de celle qu'il a à l'état insoluble, ensuite, par la production de 6 à 7 pour 100 d'ammoniaque, sous une forme moins volatile.
Depuis deux ans, cette préparation du guano a lieu à Hambourg; ce nouvel engrais est devenu l'objet d'un commerce important sous le nom de Aufgeschlossener Peru Guano. L'année dernière, les cultivateurs des seules provinces de Saxe et de Brunswick eu ont acheté près de 200,000 quintaux. A Salzmiinde, le guano n'est jamais employé seul, on le mêle toujours avec des os en poudre très-fine. Ce mélange de la poudre d'os avec le guano ne peut avoir lieu sans quelques précautions. La poudre d'os doit avoir subi une fermentation préalable. Pour cela, on l'humecte ayec 20 pour 100 de purin, on la mêle parfaitement et on en forme des tas de 2 mètres à 2". GO de hauteur. Pendant la première semaine, la chaleur s'élève dans ces tas jusqu'à G2 degrés; elle diminue ensuite successivement, et après environ six semaines, on a une masse friable et sèche que l'on peut facilement répandre sur les terres sans qu'il s'en élève de poussièi'e. Elle ne contient, à la vérité, qu'une portion insignifiante d'acide phosphorique dissous dans l'eau (0.1 à 0.2 pour 100), mais par contre, le gluten riche en azote et le phosphate acide de chaux qu'elle renferme, se trouvent sous une forme telle qu'ils peuvent être plus promptemcnt dissous et utilisés par la terre. Mais il faut avoir soin que l'ammoniaque développée en abondance par la fermentation ne s'évapore pas dans l'air en pure perte; et pour c^Ia on doit, dès le commencement, couvrir le tas d'une couche de super-
(1) Dans les quatre dernières années, on a employé, en moyenne, par année, 5,000 quintaul de guano du Pérou; 5,000 quint, d'os pulvérisés après avoir été soumis à l'action de la vapeur; 400 qumt. de superphosphate. Le quintal de Prusse fait un peu plus de 50 kilog.