EN FÉVRIER ET MARS
Les renseignements suivants, fournis par nos correspondants, indiquent comment l'agriculture a supporté les alternatives de chaleur et de froid du mois de février et du commencement de mars :
M. Vandercolme écrit de Rexpoëde (Nord), le 12 mars : Pendant les derniers jours de février et les premiers de mars, on a pu planter les fèves et semer les avoines et le lin. Ces travaux ont été faits dans de tonnes conditions. Avec mars, nous sont revenues la gelée et la neige. Les blés et les colzas ne paraissent pas en souffrir. Les poiriers, qui sont très-avancés pour la saison, ne se trouvent pas bien de ces mauvais temps, mais il n'y a rien de compro' mis. — La santé de nos bestiaux continue à être bonne : si le temps devient doux, dans les premiers jours d'avril, on pourra mettre les bestiaux à l'berbedans les pâturages artificiels.
M. Ernest Le Roy écrit d'Ardissart, près Cambrai (Nord), le 10 mars :
Février nous avait fait entrevoir le printemps ; mars nous a replongés en hiver, et la végétation, qui avait pris son essor, se trouve brusquement arrêtée. Ce retour du froid était à désirer, autant pour entraver la végétation (dont une précocité trop grande est toujours à redouter) que pour amener la destruction des plantes parasites et des insectes nuisibles. Nous ne pouvons donc nous plaindre d'avoir vu notre désir se réaliser, et les avantages signalés plus haut compenseront largement la congélation de quelques boutons fruitiers et de quelques pousses de luzernes et de colzas. Les blés, seigles et plantes fourragères continuent à se présenter dans de bonnes conditions; il en est de même des colzas qui souflVent un peu pourtant des gelées
1. Voyez, au ilfo>u(eur du 15 juin 1866, le résumé d'une conférence faite au champ d'expériences. — VILLE.
(17) Il n'en est pas moins certain qu'un renseignement a été donné très-légcrement par M. Ville aux agriculteurs, en leur indiquant le prix du salpêtre à un taux où il est économiquement impossible de l'employer, quand, en réalité, le cours régulier de ce produit était alors à 50 pour 100 au-dessous du chiffre indiqué par M. Ville. A ce propos, qu'il nous soit même permis d'ajouter que si, durant ces derniers temps, le monde agricole a eu connaissance du bas prix du salpêtre et de la possibilité de l'employer avec avantage, c'est grâce à nous. M. Ville lui-même en a profité dès que nos indications se sont produites. — R.
(18) C'est bien peu précis tout cela. Dans quelles conditions de sol, s'il vous plaît, car cela est important à connaître, avant de formuler une exclusion absolue contre des produits qui peuvent rendre de réels services. Nous sommes d'autant plus fondé à insister sur ce point, que bon nombre d'agriculleurs ont obtenu d'excellents résultats de ces sels, de plus en plus demandés aujourd'hui. C'est surtout en agriculture qu'il faut se bien garder de faire abstraction des circonstances, et qu'il faut au contraire tenir grand compte des conditions dans lesquelles on opère. — R.
du moment. — Nos travaux sont en retard ; on utilise les attelages au transport des fumiers, et l'on attend avec impatience un changement de température pour s'occuper des sfimailles de printemps. — Le prix des blés ne se relève guère, nos marchés sont pourtant peu fournis par suite de l'abstention de la culture qui ne veut point céder au cours actuel. — L'étal sanitaire est excellent; les bestiaux sont de plus en plus recherchés. Les porcs seuls sont en baisse. — Les laiues longues du pays ont subi une forte dépréciation. On ne trouve acheteurs qu'à 1 fr. 80 le kil., qui se vendait l'an dernier 2 fr. 80.
La population cambraisienne a définitivement adopté la viande de chaval comme moyen d'alimentation. Trois boucheries trouvent, chaque jour, un débit assuré de leur viande.
M. Cappon écrit de Merville (Nord), le 9 mars :
Les derniers jours de janvier et les premiers jours de février ont été marqués par un vent sud-ouest des plus violents qui s'est maintenu jusqu'au 15. Tous les produits en terre u'ont nullement souffert de la saison hivernale jusqu'à aujourd'hui 9 mars. Les blés, les colzas, les prairies naturelles et artificielles sont de toute beauté, une gelée de cliaque nuit depuis le 1" mars a ameubli les terres au point de les rendre en de très-bonnes conditions pour les cultures prinfanières dont on commence les semailles; les lins de cette saison sont tous semés. Puisse cette récolte réussir, ce serait un grand avantage pour notre contrée. — Le prix du blé a subi quelques oscillations ; mais ces changements ne méritent pas d'être cités. Les haricots, les pois verts en baisse, les fèves, les pommes de terre maintiennent leur haut prix, les houblons sont délaissés. — Les bestiaux de race bovine gras et maigres conservent leur haut prix. Porcs et porcelets sont plutôt en baisse. — Les mesures prises par l'administration nous font espérer que la peste bovine ne viendra pas nous visiter. L'état sanitaire est parfait.
M. Pi'oyart écrit de Hendecourt-les-Cagnicourt (Pas-de-Calais) , le 8 mars :
La première huitaine de février s'est passée avec des pluies chassées par des vents d'ouest très-violents. A ces bourrasques a succédé une température relativement élevée, aussi a-t-on vu tout reverdir dans les champs; les arbres fruitiers, sous cette température anormale, ont magnifiquement fleuri, mais nous pourrons Lien ne pas faire une bonne récolte à cause des gelées qui nous sont arrivées avec le mois de mars. Les céréales sont dans des conditions à pouvoir supporter ce retour d'hiver; mais les colzas, la plupart en boutons, les prairies artificielles dqnt les pousses étaient apparentes, pourront souffrir de cet abaissement de température. — Jusqu'à présent il n'a pas été possible d'entreprendre sérieusement les semailles de mars, bien qu'on nous ait signalé quelques petits lots de terre ensemencés en lin dans la belle journée du 25. Cependant il est bien à désirer que le beau temps nous revienne, afin de pouvoir confier au sol, en temps opportun, les lins, les œillettes, etc., dont la réussite est toujours subordonnée à un ensemencement hâtif. En attendant, les attelages sont occupés à achever les transports de fumier, de composts et d'engrais divers destinés aux terres qui doivent porter betteraves. — L'état sanitaire du bétail est toujours satisfaisant ; cependant la peste bovine nous approche. Si cet épouvantable fléau ne se déclare pas spontanément, les faits de contagion sont tellement effrayants que nous devons tous apporter la plus grande ^circonspection dans nos transactions d'achat de bétail, ou plutôt savoir nous abstenir de toute introduction d'animaux étrangers dans nos étables. Profitons de la terrible leçon qu'ont reçue, par leur imprudence, quelques-uns de nos confrères.
M. Dubosq écrit de' Château-Thierry (Aisne), le 12 mars : Après avoir joui pendant quelques jours, dans le mois de février, d'une température printanière, qui accélérait, d'une manière dangereuse, la végétation, le froid est revenu subitement, les terres ont été à nouveau saisies par la gelée. Les labours ont été complètement arrêtés, on a dû profiter de ce retour à l'hiver; pour opérer le transport du fumier. Depuis le commencement de mars, il y a eu des intermittences de chaud et de froid. Dimanche dernier, à quelques lieues de Château- Thierry, un violent orage a éclaté, le tonnerre s'est plusieurs fois fait entendre
avec violence, il est tombé de l'eau et de la grêle abondamment. Dans ce moment, il serait difficile de s'occuper utilement des semences du printemps, il faut attendre que les terres contiennent moins d'humidiié. — Les blés en terre continuent à offi'ir de belles espérances , il n'j' a à craindre que l'envahissement des mauvaises herbes. — Les derniers froids n'ont occasionné aucun dommage aux prairies naturelles et artificielles, on a toujours l'espoir d'une bonne récolte de fourrages.
JM. Champion écrit de la Chaumière ^ près Soissons (Aisne), le 6 mars :
Les pluies survenues dans la première quinzaine de février ont arrêté tous les travaux. Les cours d'eau ont considérablement grossi, sont même sortis de leur lit, et l'on craignait beaucoup dans cerîains endroits pour les terrains submergés qui étaient ensemencés. La deuxième quinzaine^ heureusement, a été plus douce, les rivières sont rentrées dans leur lit, et la végétation commençait à marcher activement, quand le froid survenu vers la fin du mois a arrêté, à temps, cette végétation trop bâtive pour certaines plantes.
On commmence à pouvoir préparer les terres pour les ensemencements. Quelques cultivateurs ont pu même semer des blés de mars et se disposent à semer des avoines. En terre, les graines sont d'une assez belle venue; les blés sont vigoureux, la fin de février leur a été propice ; au premier moment il faudra les rouler pour leur donner du pied, car ils ont été soulevés par les gelées. Je me dispose même à faire biner des blés semés en lignes. Les seigles, jarosses et hivernaches sont trèsforls pour la saison. Les colzas n'ont point souffert de la gelée. Les luzernes et sainfoins commençaient à pousser, ces dernières gelées vont les retarder.
M. Bove écrit de Pai'villers (Somme), le 1 1 mars :
A des jours printaniers, en février, ont succédé, à partir du l" mars jusqu'au 8, des froids assez vifs, où le thermomètre centigrade est descendu pendant plusieurs jours à — 4 et 5 degrés. Le 3 et le 4, à midi, nonobstant la bise qui soufflait avec force, le thermomètre centigrade accusait 5 degrés. Ces alternatives de chaud et de froid ont fait mal à certains arbres fruitiers, aux pêchers, aux abricotiers, aux poiriers hâtifs, etc., etc. — Les céréales et les fourrages d'hiver ont supporté, sans iuconvénient, ces brusques variations de température; les colzas paraissent avoir souffert assez fortement. Nous pensons que cette recrudescence de froid sera plus favorable que niùsible il toutes les récoltes en terre, si ce n'est au colza, attendu que la végétation était trop prématurée. Ces froids n'ont point trop retardé les travaux des champs, le matin on sortait le fumier, et l'après-midi on travaillait la terre sans trop de difficulté. — Les prix de vente de nos animaux domestiques se maintiennent. Les moutons ne baissent point, mais la demande est moins active. Les bons chevaux de 5 à 6 ans sont recherchés par le commerce pour la foire de Nesle de Oculi (25 mars), oîi les marchands de Paris et des environs viennent faire des achats nombreux. — L'état sanitaire est satisfaisant.
M. Féhzet écrit d'Elbeuf (Seine-Inférieure), le 10 mars .
Cette année, l'hiver est en deux actes et plusieurs tableaiix; sans nous plaindre positivement de la longueur de la pièce, nous en souhaitons la fin prochaine. — Ici, les colzas les plus avancés paraissent très-fatigués du froid ; les maîtresses tiges,qui, il y a quinze jours, se disposaient à lleurir, seront probablement perdues par la gelée. Cependant, la sève se portant sur les œils sessiles, il va sans doute se développer de nombreuses branches supplémentaires. Pour être un peu plus tardive, la récolte prochaine pourra fort bien encore ne pas valoir beaucoup moins que celle qu'on espérait.
Les blés des vallées inondéesparle débordementde la Seine auraient généralement peu souffert, si le retrait des eaux eût été suivi d'une ou deux bonnes journées de
Ï)luie ; mais la vase et l'âpre température actuelle leur ont été funestes. On songe à es remplacer par du froment de mars, par de l'orge, des haricots, des racines fourragères ou autres plantes de printemps. Ceux de plaines sont très-beaux. — Fortement fumées par une épaisse couche de limon et débarrassées des mans, des taupes et autres ennemis, une fois qu'elles auront été lavées par les averses prochaines,
nos prairies, à n'en pas douter, vont offrir une végétation luxuriante, et par un abondant rendement nous feront oublier leurs maigres prodxiils antérieurs.
Les Lêtes de travail et de rapport aussi bien que celles de boucherie continuent à se vendre à de superbes conditions pour les producteurs. — Les blés conservent également leur faveur. Les avoines sont toujours chères. En un mot, l'année agricole qui, à proprement parler, commence à s'ouvrir, fait espérer une bonne récolte pour nos cultivateurs peu heureux depuis plusieurs années.
M. le docteur Rottée écrit de Clermont (Oise), le G mars :
On avait espéré que les gelées et la neige de janvier auraient détruit les plantes parasites, les limaces et les larves d'insectes qui infestaient les récoltes en terre. Il n'en a rien été. Les céréales ont, en général, un bel aspect; les prairies artificielles promettent beaucoup, mais les insectes et surtout les petites limaces pullulent partout; les mauvaises herbes, favorisées par la douceur de la température et par l'humidité, poussent de nouveau. Heureusement, les blés sont très-forts et pourront résister aux attaques de l'ennemi. Cependant, des gelées assez sérieuses, soutenues par le vent de N. E., continuent depuis le 1" mars, et nous font espérer que cette température froide et sèche fera périr les mollusques, les insectes et les plantes nuisibles. Dans le courant du mois de février, nous avons mis une planche de 50 centimètres carrés sur le sol, dans une pièce de blé; le lendemain matin, en la relevant, il }' avait 24 limaces attachées dessous.
M. de Villiers de l'Isle-Adain écrit de Sargé (Sartlie), le 14 mars :
Le 1" mars nous a ramené toutes les rigueurs de l'hiver, la gelée et la neige; le froid n'a pas été très-vif et n'a causé aucun dommage. La neige, tombée le 7 et en assez grande abondance le 8, a fondu immédiatement; dès le lendemain soir, il n'en restait plus. Depuis ce moment, le temps est toujours à la pluie, la terre est détrempée par l'eau; nous aurions grand besoin de quelques jours de beau temps, afin de pouvoir préparer la terre pour les prochaines semailles. Les céréales d'hiver sont très-belles. Nous avons eu un orage avec quelques coups de tonnerre assez forts, le 15^ entre cinq et six heures du soir.
M. Coutil écrit des Andelys (Eure), le 12 mars :
Pendant la seconde quinzaine de février, la végétation avait fait de trop rapides progrès. Au contraire, pendant les dix premiers jours de mars, la température s'est beaucoup refroidie, nous avons eu de la gelée et un peu de neige. Les colzas qui sont en général très-avancés ont un peu souffert. — Cependant, celte recrudescence de froid a été plus utile que nuisible. On a pu facilement transporter le reste des fumiers; les derniers labours qui ont été faits par un temps humide, ont mûri sous l'action de la gelée, et les semailles de printemps, qui vont commencer, seront faites dans de meilleures conditions. — Les seigles et les blés donnent toujours de belles espérances, ils ont été heureusement arrêtés dans leur végétation qui était trop rapide pour la saison. Dans certaines contrées, les mulots causent encore du dommage à ces récoltes. — Les prairies artificielles, surtout celles semées dans les avoines, sont claires. Beaucoup de trèfles sont médiocres.
M. l'abbé MuUer écrit d'Icbtratzheim (Bas-Rhin), le 8 mars :
La température, par trop douce, qui régna au mois de février, donna une impulsion forte à toute la végétation ; les fleurs précoces éclorent sur les pelouses des jardins, les prairies naturelles et les trèfles reverdirent et se mirent à végéter; des hannetons sortirent de terre et prirent leur essor dans l'atmosphère ; les arbres fruitiers précoces poussèrent fortement : encore quelques jours d'une température semblable et on en aurait vus entrer en fleurs. Mars est survenu, et par son froid de plusieurs jours, dès son début, de — 6°,?, comprima toute cette effervescence inopportune de la végétation. Les pousses de certains arbres, tels que les poiriers précoces, étaient trop avancées, on craint même que la rigueur du froid survenu n'y ait détruit toute espèce de récolte. — Depuis le 16 décembre, l'Ill et ses affluents étaient presque toujours débordés par la fonte des neiges tombées en masse dans les montagnes, et ne rentrèrent entièrement dans leur lit que le 22 février. Dans la journée du 11, l'inondation avait même atteint presque la limite de celle
de 1832. Les prés riverains ont été la plupart du temps immergés par les eaux, et même une partie des champs emblavés en automne. On craignait donc le retour du froid avant la fin du débordement, ce qui aurait détruit l'espoir d'une bonne récolte pour les uns et les autres. Heureusement le froid est revenu après que les rivières se trouvaient déjà encaissées dans leurs bords. L'inondation, loin de nuire aux prés naturels, n'a donc fait que déposer un dépôt limoneux de détritus végétaux, devenus, surtout sur les bords de l'Ill, un élément de fertilisation. On avait craint pour les semailles immergées ; cependant la plupart n'en n'ont pas souffert. Le dommage n'a eu lieu qu'aux endroits rares où se portait l'impétuosité des courants et cpii furent ensablés, ou dont le terreau fut enlevé. Presque partout les semailles d'automne se présentent dans les meilleures conditions. Ici, c'est en février que se font les semailles printanières ; cette année, comme l'année dernière, elles ont bien pu commencer en mars, mais sans espoir d'être parachevées. Mars, à cause des gelées fortes, ne s'y est pas prêté, la dureté du sol s'opposant à l'action de la charrue. En ce moment, une couche épaisse de neige couvre encore une fois la terre; on ne peut donc pas fixer l'époque où la charrue pourra se mettre en mouvement et les semailles se terminer.
M. F. Villeroy écrit du Rittershof [Bavière rhénane), le 7 mars :
Nous avons eu un commencement de printemps au mois de février. Les prairies verdissaient, les bourgeons des arbres étaient déjà gonflés , beaucoup d'oiseaux étaieut déjà revenus ; mais, avec le mois de mars, l'hiver a recommencé. Nous avons eu chaque matin 3 à 6° de froid , et ce matin la terre est couverte de 4 à 5 centimètres de neige. Le froid doit avoir fait du tort aux semailles d'hiver dans beaucoup de terres saturées d'eau ; le colza doit aussi avoir souffert; on ne pourra apprécier le mal qu'après le retour du beau temps.
M. Rebaudingo écrit de Châtillon-sur-Loire (Loiret), le 2 mars :
En somme, et jusqu'à aujourd'hui, l'année agricole 1866-1867 accuse ainsi les données suivantes : calorique reçu, plus que la moyenne; pluie tombée, un peu plus que la moyenne; aussi les céréales en terre sont belles, peut-être un peu herbeuses. Les seigles et les froments d'hiver pointent et s'allongent. On commence à ensemencer les avoines.
M. Boutrais écrit de Vendôme (Loir-et-Cher), le 1 " mars :
Les récoltes en terre sont en bon état, mais les boutons des arbres fruitiers sont bien exposés en raison de la température extraordinaire du mois qui a activement poussé la végétation.
M. chariot écrit de Nazelles (Indre-et-Loire), le 14 mars :
Les blés sont noyés par la pluie, qui est tombée depuis quelque temps tous les jours. La taille des vignes est sur le point d'être terminée. Les vins se vendent facilement et suivant les qualités aux prix de 18 fr. 50 à 25 fr. l'hectolitre. Les foires sont très-fournies de bestiaux. Nos animaux exposés à l'exposition générale d'Indre-et-Loire sont beaux et seront probablement primés. Les raves et les navets sont fleuris.
M. Diiguet écrit de la Châtre (Indre), le l""" mars :
Les vignes sont à peu près taillées. On s'empressait de provigner et de préparer les terres pour les semailles de printemps; ces travaux se faisaient dans les meilleures conditions, lorsque ce malheureux temps est venu tout arrêter et sans doute détruire nos espérances en ce qui concerne les fruits.
M. Boudy écrit de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), le 7 mars :
La végétation printanière, sous l'influence de la température douce du mois de février, s'annonçait par la floraison des pêchers en espalier, des poiriers précoces en plein vent, et par l'apparition de quelques feuilles nouvelles d'aubépine, quand le 1" mars, des gelées qui se sont continuées depuis, ont mis un frein à cet élan intempestif. Les récoltes en terre continuent du reste à se maintenir dans la situation que nous avons déjà signalée. On remarque de beaux champs de froment, mais on en voit d'autres qui laissent à désirer autant par leur aspect que par les mauvaises herbes qu'ils contiennent.
M. Boncenne fils écrit de Fontenay-le-Comte (Vendée), le 7 mars :
Les pluies ont enfin cessé, mais il gèle presque tous les jours, et la réussite des colzas qui entrent en fleurs est compromise par ce froid tardif. On procède avec diligence aux labours et aux semailles de printemps. Les froments d'automne sont généralement vigoureux; quelques-uns cependant ont souffert de l'humidité et ne donnent que de faibles espérarces. Les prairies naturelles sont parfaitement préparées. Les bestiaux gras se vendent toujours à des prix très-élevés. La baisse des céréales continue ; il se fait peu d'affaires en ce moment.
M. le baron de Thouron écrit de Saint-Junien (Haute- Vienne), le 10 mars :
La température de fin février a été si douce que presque tous les arbres à fruits commençaient k s'épanouir. Il en était de même des colzas, mais heureusement de fortes gelées sont venues retarder la végélatiun. Malgré le froid, les prairies sont tellement en avance, que depuis une quinzaine de jours l'on y a mis les animaux. — Nous avons pu, en profitant des quelques beaux jours qui sont passés, conduire nos fumiers, préparer nos terres pour recevoir les pommes de terre et les betteraves, semer les avoines. Quelques cultivateurs ont semé leurs trèfles. Les blés paraissent beaux, quoique remplis d'herbes. 11 est à craindre que la trop grande quantité d'eau qui est tombée en janvier et février n'ait épuisé le fumier. — La santé du bétail continue à, être très-bonne. Jamais on n'avait vu les bestiaux de travail à un prix aussi élevé : on ne les vend pas, on les enlève. 11 en est de même des petits cochons.
M. de Brives écrit du Puy (Haute-Loire), le 9 mars :
La douceur de la température qui a régné pendant tout le mois de février, avait donné de vives inquiétudes sur l'avenir de nos récoltes en terre. Heureusement les froids ont reparu et ont suffi pour retarder la végétation qui menaçait de prendre son essor. Jusqu'à ce moment les récoltes ont de bonnes apparences. — Le prix des blés qui s'était abaissé sans motif réel se relève, et il doit en être ainsi jusqu'à la récolte prochaine pour compenser le déficit d'un tiers au moins que nous a fait éprouver la récolte dernière. — La main-d'œuvre devient de jour en jour plus rare dans nos campagnes, et par conséquent plus chère. Si les bénéfices de l'agriculture augmentaient dans la même proportion, cette augmentation des salaires ne serait plus qu'un bien ; mais dans les circonstances où elle se trouve, c'est un malheur parce qu'elle décourage le propriétaire et le fermier.
M. le docteur Menudier nous écrit du Plaud-Cherniignac (Charente- Inférieure), le 0 mars :
Le mois de février a été mauvais pour l'agriculture, car il a été chaud et pluvieux, et favorable à la propagation des herbes dans les froments, sans qu'il lîit possible de les détruire, les terrains étant toujours mouillés; cependant, depuis le 1" mars, le venta tourné au nord, le thermomètre est tombé chaque jour à — 2 et — 3°, et ce beau temps a été bien vite mis à profit par les cultivateurs, qui sont maintenant en train de sarcler les céréales. — Le froid, en refoulant la sève, a fort beureusenienl arrêté la floraison des arbres fruitiers et suspendu les pleurs de la vigne. — A la foire de Saintes du 4 mars, tous les bestiaux, sans exception, se sont vendus h des prix excessifs; aussi tous les consommateurs se plaignent-ils partout de la cherté de la \iinde.
M. Nebout fils écrit de Perrière (Allier), le 13 mars :
Les derniers jours de février et la première huitaine de mars nous ont amené un peu de neige; il a gelé assez fort sous l'influence des vents très-violents du nord et de l'est. Malgré le froid, aucun de nos arbres fruitiers n'en a sonfl'ert. Je crois même que ce retour de l'hiver n'aura été que très-favorable à l'agriculture par le retard qu'il aura apporté à la végétation; peut-être même a-t-il été trop court. On espère néanmoins. i|u'un grand nombre d'insectes nuisibles qui avaient paru aux premiers beaux jours aura été détruit. — Quant à l'état général de la récolte en terre, les seigles, princijjal produit de nos contrées, laissent beaucoup à désirer; l'excessive humidité de la saison leur fait grand mal. Les blés et les avoines d'hiver sont magnifiques ; il n'en est pas de même des colzas qui ont souffert. — Les seigles valent
12 fr. 50 riiectol. A la foire de la Palisse, qui a été tenue le 12 courant, les blés se sont vendus'20 à 22 fr. riiectol. ; ils n'étaient pas de bonne qualité et contenaient une forte proportion de graines parasites. Les bestiaux de toute nature sont à des pri.x élevés ; les vaches à lait sont très-recherchées.
M. Pierre Valin écrit de l'Arbresle (Rhône)^ le 8 mars :
La végétation ne s'est pas encore mise en mouvement; février a été cependant marqué par de tièdes journées; mais nous avons eu ces temps derniers quelque neige, des bises et des gelées très-fortes qui ont refoulé la sève. Les emblavures n'ont pas pris beaucoup de force jusqu'ici; mais elles sont sans éclaircies et donnent des espérances. Nos cultivateurs sont absorbés presque entièrement par les travaux de préparation des vignes; en taillant les sarments, l'on en trouve un certain nombre dont la moelle est noircie ; l'on trouve aussi quelques yeux qui ont été brûlés par le froid, sans doute à l'époque de l'hiver où les ceps étaient presque entièrement ensevelis sous les neiges. L'on craint donc que la vigne ne fructifie pas aussi abondamment cette année que les années précédentes.
M. le baron Chaurand écrit de Lyon (Rhône), le 14 mars :
Nos récolles continuent à offrir de belles apparences, les b es sont vigoureux et bien fournis; les prairies naturelles et artificielles, favorisées par des alternatives continuelles d'une pluie tiède et d'un soleil ardent, poussent rapidement. La gelée qui a marqué les derniers jours de février et les premiers jours de ce mois n'a causé aucun mal, elle a seulement produit un temps d'arrêt dans la végétation, ce dont nous devons nous féliciter; actuellement les amandiers, les abricotiers et quelques pêchers sont en pleine floraison. Les colzas commencent à fleurir et montrent qu'ils n'ont pas souffert de la dernière gelée. Les fourrages sont toujours abondants et à bas prix : la paille n'a pas varié de prix depuis la dernière récolte, elle oscille entre 5 et 6 fr. les 100 kil.
M. H. Trénel écrit de Septème (Isère), le 12 mars :
Le beau temps de la seconde quinzaine de février a permis l'ensemencement de toutes les graines; la première semaine de mars, accompagnée d'un froid de — 4 degrés, n'a point causé de dégâts sérieux ; aujourd'hui la chaleur nous est revenue avec le vent du sud et quelques pluies qui donnent une impulsion vigoureuse à tous les végétaux. Les récoltes présentent le plus bel aspect, la taille de la vigne est presque terminée. Les vignes et les arbres à noyaux rapprochés des prairies ont. souffert considérablement du froid rigoureux du mois de janvier ; la récolte en est perdue. Bien des arbres à feuilles persistantes ont été gelés, les figuiers ont subi le même sort; il est probable que les noyers se sont ressentis de cette température. — Les bestiaux se vendent bien, les fourrages se placent difficilement et à des prix inférieurs à celui delà paille. — Le soutirage des vins de 1866 a permis de constater leur valeur réelle, ils sont presque égaux en qualité à ceux de 1864, surtout ceux provenant de vendanges tardives.
M. Garin écrit de Nantua (Ain), le 1 2 mars :
Le mois de février a été relativement chaud, car sa température moyenne a dépassé 5 degrés au-dessus de zéro. La temj)érature la plus basse n'a atteint que 1 degré de froid, tandis que nous avons eu jusqu'à 16 degrés de chaleur à l'ombre. Une huitaine de jours de pluie, assez également répartie, ont donné à la végétation un mouvement inquiétant qui s'est cependant arrêté dès les premiers jours de mars. Quelques abricotiers et amandiers, déjà fleuris, ont souflert de la gelée ; mais les blés continuent à être beaux. — La baisse des grains s'accuse de plus en plus sur nos marchés, et, si la récolte est bonne, nous pouvons espérer de les voir bientôt revenir à leur prix normal. — Les vins du Bugey sont toujours à la hausse.
M, Laupies écrit de Rousson (Gard), le 8 mars :
La température de février a été excessivement élevée, beaucoup d'arbres fruitiers sont en fleurs, ou bien ont passé fleurs, et les froids survenus au commencement de mars leur ont été funestes; les récoltes en terre sont dans un état satisfaisant, mais la pluie revient à des intervalles trop rapprochés; le temps s'est remis à la pluie après une trop courte série de beaux jours; les travaux de la campagne pressent.
M. Guillier écrit de Nîmes (Gard), le 28 février :
Le 7 février, les amandiers ont ileuri. Le 20, les fleurs disparaissaient et étaient remplacées par celles des pêchers. A cette même date, les abricotiers étaient en pleine floraison, les boutons des poiriers commençaient à se montrer. Actuellement, beaucoup d'arbres ont des feuilles.
M. Jules Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 1 1 mars : La dernière quinzaine de février avait été dans notre contrée exceptionnellement chaude et la sève s'était hâtée de se mettre en mouvement. Les amandiers, les pêchers, les abricotiers étaient en pleine floraison. Les bourgeons de la vigne, ce qui était beaucoup plus grave, grossissaient à vue d'œil. Heureusement que le 1" mars une température très-froide est venue à point arrêter cet élan de la végétation. Il a gelé pendant quatre nuits consécutives de — 1° à — 1".6. Puis peu à peu la température s'est adoucie, et, depuis hier, il recommence à faire chaud. Les cultivateurs pensent que le retard apporté par les derniers froids h. l'épanouissement des bourgeons de la vigne est sufHsant pour assurer la prochaine récolte. 11 est certain qu'il y aura peu d'amandes et peu d'abricots sauvés ; mais ce sont là des produits bien secondaires dans le Gard.
M. Petit-Laffitte écrit de Bordeaux (Gironde), le 3 mars : Après quelques pluies et deux jours de tempête, février nous a donné vingt beaux jours consécutifs : du 8 au 27. Clés jours ont été favorables aux récoltes en terre, aux blés que les pluies avaient grandement fatigués. La vigne s'en est bien trouvée aussi et rien encore ne fait pressentir son réveil.
M. Auguste du Peyrat écrit deBeyrie (Landes), le 2 mars :
Les blés et les avoines ont la plus belle apparence; le bétail, bien nourri avec des" betteraves et des fourrages hachés, est en bon état. Le temps, surtout dans la dernière quinzaine, a été très-favorable aux travaux, nous en avons profité pour terrer, tailler et échalasser les vignes. Nous allons planter 5 hectares de nouvelles vignes dans un sol peu fertile, mais qui sera fumé avec des chiffons de laine ; ce travail est en pleine activité et marche fort bien. Nous avons repris les labours aussitôt que l'état du sol l'a permis ; nous allons ensemencer de nouveau des vesces, nous avons étendu et pilante de nouvelles pépinières de fruitiers dont nous vendons les sujets en abondance; les fumiers sont bien soignés, nous avons transporté des litières et des feuilles des bois que nous avons nettoyés, et planté les espaces vides en chênes et en acacias pour échalas. En résumé, les travaux du mois ont été satisfaisants; espérons que le temps et la Providence nous viendront en aide.
M. de Lentilhac écrit de Lavallade (Dordogne), le 3 mars:
Le mois qui vient de finir nous a donné treize jours de beau ciel, au nombre desquels quelques journées printanières qui ont été accueillies avec joie par les cultivateurs. La végétation s'est éveillée vers le 10, et avec elle l'activité que réclament les nombreux travaux en retard. Semailles de printemps, transport d'engrais dans les prairies, taille des vignes, hersage des blés, semis de tabac, tout est là, tout presse. Au moment où nous écrivons ces lignes, l'hiver semble faire un dernier eflbrt pour reprendre ses droits ; nous avons deux degrés au-dessous de zéro, un vent nord-est d'un froid intolérable. Les fourrages hâtifs, la fleur des arbres à noyaux auront-ils soufl'ert de ce brusque retour vers le froid? Moins évidemment que s'ils eussent été humides, mais il est certain qu'ils seront pour quelque temps retardés dans leur marche.
M. de Presle écrit de Saint-Martial (Dordogne), le 13 mars :
Pendant la première semaine de mars la température s'est tout à coup fortement abaissée et le thermomètre est descendu le 7 à 6 degrés au-dessous de zéro , mais le 9 il remontait, la chaleur redevenait assez forte et un fort orage éclatait à 8 heures du soir. — Les conséquences de la gelée ont été un retard heureux dans la végétation qui allait trop vite, mais aussi la perte, en grande parlie du moins, des fleurs des abricotiers, amandiers et pêchers; enfin, des premières pousses de trèfle et de luzerne trop tendres pour supporter le moindre froid. Les céréales n'ont nullement souû'ert. Les avoines de printemps sont semées; la taille des vignes est à peu près terminée; on sème les trèfles et on herse les blés. On voudrait travailler
les vignes, mais tout presse; il faut préparer les terres pour les maïs, haricots, pommes de terre, betteraves. Les fumiers ne sont généralement pas transportés, à cause de l'humidité dont les terres et les chemins sont encore imprégnés. Les labours d'été sont infestés d'herbes. Les prairies naturelles sont vertes comme au commencement d'avril. — Il semble bien difficile de pouvoir regagner le retard que les pluies continuelles ont occasionné. Les planteurs de tabac sont généralement peu satisfaits du classement de leur récolte cette année.
M. Leyrisson écrit de Tridon (Lot-et-Garonne), le 12 mars:
Nous venons de traverser un des hivers qui semblent être faits pour inquiéter sans cesse le cultivateur susceptible de se trop préoccuper de l'avenir. Voici eu peu de mots le résumé de mes observations. Du I" décembre au 13 janvier, il n'a pas gelé une seule fois. Les pluies ont été très-fréquentes et la température tellement douce, que le 12 janvier, en taillant de la vigne, je me suis aperçu que les deux tiers environ des ceps pleuraient abondamment. Du 13 au 19 janvier, sept jours consécutifs d'assez vives gelées sont venus surprendre brusquement les végétaux pénétrés d'une sève beaucoup trop précoce : il est résulté de ce changement si subit de température, que plusieurs boutons d'abricotiers se trouvent gelés ; ce dont on peut s'apercevoir aujourd'hui en ouvrant les boutons qui ne paraissent pas avoir gonflé jusqu'à présent. — Du 19 janvier au 3 mars, nous n'avons pas vu non plus une seule matinée de gelée. — Du 9 au 28 février, il n'est pas tombé de pluie. — lia
déjà quelques jours, donner d'excellentes façons aux terres si d'autres travaux plus pressants encore ne nous eussent retenus. — Les blés sont jaunes dans les terrains légers. Beaucoup de champs de blé qui, tous les ans, sont infestés de mauvaises herbes, sont très-propres cette année-ci : c'est déjà un indice de très-bon augure surtout lorsqu'on considère que, règle générale, les blés envahis par les herbes sont d'un rendement de un tiers ou de la moitié plus faible que les blés propres, toutes circonstances égales d'ailleurs.
M. Esquirol écrit de Labége (Haute-Garonne), le 10 mars : Nous avons eu pendant les cinq premiers jours de la deuxième quinzaine de février un vent du sud si violent qu'il était presque impossible de sortir et de se tenir debout. Il n'a fait aucun mal, heureusement, les arbres étant sans feuilles. Le vent a séché les terres. On craignait que la pluie ne vînt ensuite, il en a été autrement. Les dix derniers jours de la quinzaine ont été très-beaux, aussi a-t-on transporté les fumiers sur les terres disposées pour les maïs ou les labours, ainsi que sur celles qui doivent recevoir les pommes de terre, les haricots et betteraves. — Les cinq premiers jours de mars nous ont donné de fortes gelées. On ne se plaint pas de cet état de choses qui a arrêté la végétation, arrêt qui est favorable aux blés ; on espère que les mauvaises herbes auront été frappées. — Le froid a fait quelques victimes sur les arbres fruitiers qui avaient donné des fleurs; heureusement la vigne n'a pas encore bougé. On commence dans certaines localités à les labourer.
M. d'imbert écrit de Port-Sainte-Marie (Haute-Garonne), le 13 mars. Votre Bulleliii hebdomadaire du dimanche 10 mars rend compte de la situation des récoltes avec exactitude et précision. Les froids qui se sont subitement déclarés, au point de nous donner de la glace toutes les nuits, ont diï faire périr beaucoup d'insectes que la douceur de la température du mois de février avait fait sortir de leurs retraites, et en même temps la sève qui tendait à se faire jour de toutes parts a subi un temps d'arrêt dont on doit s'applaudir. Mais il est certain que les arbres à fruits, connus par l'imprudence de leurs allures, tels que les amandiers et certaines variétés d'abricotiers, dont les fleurs étaient -épanouies, ont dû beaucoup souffrir. La perte ne peut être grande pour les amandiers, dont le fruit ne constitue pas une récolte dans nos contrées. Il n'en est pas de même des abricotiers qui, autrefois, donnaient des revenus considérables dans le pays. Toutefois, on peut dire que les temps de grands rendements sont déjà loin de nous, et qu'on n'en parle guère que pour mémoire. Cet arbre est devenu si délicat depuis quelques années, il se laisse mourir avec tant de facilité, et son fruit, pour une cause ou pour une
autre, avorte si fréquemment que le plus sage est de ne faire aucun fond sur lui. Le temps froid et sec a élé très-favorable aux travaux qui précèdent toujours les labours des vignes; on a terminé la taille, opéré le fichage et le liage des échalas, etc. Les terres enfin se sont ressuyées, et elles seront, sans doute, dans les meilleures conditions pour les ensemencements du printemps. La végétation des blés est luxuriante, mais les mauvaises herbes ne font pas défaut; il faudra des sarclages énergiques pour s'en débarrasser.
M. Allier écrit de Bei'thaud (Haotes-AIpes), le 3 mars :
Le mois de février a élé ici généraleiuent beau; le vent du nord qui a régné presque continuellement, mais sans violence, a maintenu le ciel serein et la température a été élevée plus qu'à l'ordinaire pour la saison; aussi la végétation commence-t-ellô à se mettre en mouvement. Les prés reverdissent, les hiés prennent une teinte plus foncée et ont partout bonne apparence. Un grand nombre d'amandiers sont en fleurs, et presque tous les autres arbres à fruits montrent des bourgeons entr'ouverls. Il serait à désirer qu'un abaissement de la température ralentît, plus tôt que plus lard, cette activité, sans quoi nous courons grand risque de voir ce genre de récoltes, assez important dans la contrée, gravement compromis par des giboulées ou des gelées tardives, eu mars et avril. Les travaux de la campagne deviennent presque tous praticables, sauf les labours dans les terres un peu fortes qui ne soat pas encore suffisamment ressuyées.
M. Allard écrit de Cervières (Hautes-Alpes), le 26 février :
L'abondance de neige qui recouvre encore le sol sert à abriter les récolles en terre, et elles n'auront désormais à craindre que les gelées de printemps suivies de fréquents dégels.
M. Aubert écrit de Digne (Basses-Alpes), le 1 2 mars :
Nous avons un temps magnifique depuis trois jours, mais dans la première semaine du courant les amandes ont gelé en grande partie : c'est une perte énorme pour une foule d'agriculteurs. — Les blés reprennent faveur sur tous nos marchés, où il se fait, du reste, peu d'affaires en grains. — La campagne est belle et avancée pour la saison, nous avons eu trop de pluie jusqu'ici, et le beau temps nous serait indispensable, tant pour le bien des cultures en terre que pour les semis et plantations de mars.
M. Paul de Gaspariii envoie, à ladate du 5 mars, la note suivante sur l'état des récoltes et des cultures dans les arrondissements d'Orange et d'Arles-sui'-Pibùne pendant le mois de février :
Le mois de février a été magnifique, d'une température très-douce, et sans pluies ; aussi la terre s'est échauffée et la végétation s'est développée. Les luzernes avaient, à la fin du mois, trente centimètres de hauteur, et tous les arbres à fruits à noyaux étaient en fleurs. Il a gelé les 2 et 3 mars, et il est probable que cette précocité aura une mauvaise issue. Les blés sont magnifiques; la persistance de la sécheresse fait craindre que les fourrages ne se réduisent beaucoup à la récolte ; mais le stock de l'année dernière est encore Irès-considérable. Les cultures n'ont pas éprouvé un seul jour d'iuterruplion, et, si le temps continue, ne seront arrêtées dans les terres fortes que par la ténacité du sol.
M. Franc écrit de Kamatuelle (Var), le 1" mars :
La douce température de février et les trois journées de pluie ont donné une impulsion extraordmaire à la végétation ; c'est d'un bon augure pour les céréales et les fourrages. Il n'en est pas de mi^tne pour les vignes et les arbres fruitiers; leur végétation précoce ne saurait sourire aux propriétaires; il suffit de quelques froids tardifs, et surtout de gelées blanches, pour nous enlever le fruit de nos labeurs. Nos vins sont calmes; il s'est fait en février un petit achat à destination pour Nice à 19 fr. l'hectolitre. Les blés sont à 2 fr. 50 l'hectolitre. Us tendent néanmoins à la baisse.
M. le D' Piffard écrit de Brignoles (Yar), le 5 mars : La taille des vignes est extrêmement avancée, il ne reste plus que celle des basfonds. Les beaux jours de la fin du mois ont permis d'abord d'enlever les ceps cou-
pés et de continuer ensuite les labours daûs les intervalles des vignes. Les blés sont Lien fournis mais trop herbeux. Comme toutes les autres plantes, ils sont trop avanci^s pour la saison ; ils s'alitent déjà ; dans les bons terrains il sera sage, je crois, de les faire bientôt manger par les brebis. Les acquéreurs de vin se présentent de nouveau ; pour le moment toutefois il n'y a pas de grandes affaires ; chacun hésite encore; par suite, peu de variation dans les prix.
En résumé, la situation agricole est assez satisfaisante. A la douce et exceptionnelle température du mois de février a succédé, dans les premiers jours de niars^ un froid vif. Ce froid a eu pour résultats généraux d'arrêter l'essor de la végétation un peu trop avancée, et de faire périr les insectes nuisibles qui avaient résisté à l'hiver ou se montraient déjà, ainsi que les plantes parasites qui infestaient les céréales. Pendant les derniers froids on a transporté les fumiers et les engrais de toute nature. Les semailles, retardées parla rigueur de la température, puis par les pluies sont achevées ou s'achèvent. Dans le Nord les colzas ont souffert. Dans le Cenire et dans le Midi les arbres fruitiers, amandiers, abricotiers, qui étaient fleuris alors du brusquement changement de température, ont été atteints par la gelée; il est à craindre que la récolte ne soit médiocre, et sur certains points nulle. La vigne paraît aussi avoir souffert. Partout les blés sont superbes et verdoyants, ce qui est dû aux pluies fréquentes. Les prairies sont belles; on esj)ère faire cette année une récolte abondante de fourrages.
J.-A. Barra.l.