POUR SOUSTRAIRE LES POMMES DETERRE AUX INFLUENCES DE LA MALADIE
D'après les plaintes qui se sont produites simultanemeot sur tous les points de la France pendant l'aulouîne de 1866, et qui furent publiées dans le Journal de l'Agriculture, à l'occasion des ra\ai;es exeicés îi cette époque par la maladie des pommes de terre, et en présence de l'inefficasité des moyens de la combattre, indiqués par la science et la chimie, suivi:; et appliqués par nous sans le moindre succès de guérison depuis une vingtaine d'années, nous nous empressons de venir au secours de nos confrères, en prenant la liberté de leur faire connaître ceux que nous employons, et qui nous réussissent complélemeut depuis dix-sept ans consécutifs dans notre domaine d'Hanneucourt (Soine-et-Oise). Quoique cette méthode ait déjà été publiée par nous, il y a plusieurs années, dans différents journaux d'agriculture, nous croyons devoir encore la mentionner, dans un but d'intérêt général et non dans le nôtre.
C'est en 1850 que nous avons commencé nos premières expériences, basées sur de longues observations pratiques, et nous tommes heurcUx de pouvoir affirmer à nos lecteurs que, depuis cette date, y compris l'année dernière, de malheureuse mémoire, nous n'avons jamais eu dans nos cultures une seule pomme de terre hâtive atteinte par le fléau, tandis que nos voisins en souffraient de la manière la plus cruelle, k côté de nous, dans le même sol et dans la même situation. Voici noirs premier procédé cultaral, il est simple:
Toutes les fois que la gelée nous permet d'entamer le sol, nous plantons en février, plutôt dans la première quinzaine que dans la seconde. Cependant, en 1860, nous lûmes forcé d'ajourner notre plantation au 5 mars; nous ouvrons des trous à la pioche ou au hoyau à la distance de 40 à 60 centimètres, en tous sens, selon la hauteur des tiges. Ils ont de 20 à 25 centimètres de profondeur. Celte précaution est extrêmement utile, à cause des geléts qui peuvent encore survenir; nous plaçons au fond de chaque trou un tubercule de moyenne grosseur, entier et non divisé, que nous recouvrons d'une forte poignée de fumier, lorsque le sol n'a pas été fumé préalablement; nous comblons ensuite le trou avec la même terre. Nous donnons un ou deux binages pendant la végétation, lorsque le besoin s'en fait sentir, puis un buttage. Nous attendons ensuite la récolte avec la plus grande sécurité. Voilà notre premier point bieii établi et nous arrivons au deuxième, sur lequel nous appelons l'attention des cultivateurs; nous le considérons comme étant aussi essentiel que le premier, sinon plus.
Pour que la réussite soit complète, nous donnons toujours la préférence aux pommes de terre hâtives, c'est-à-dire à celles dont la maturité des tubercules permet d'en faire l'arrachage dans le mois de juillet et d'août, avant que la maladie ait envahi les feuilles et les liges. On sait qu'elle ne se développe que dans les temps caniculaires. A ce moment, toutes nos pommes de terre sont ordinairement rentrées en cave, et nous n'avons plus de craintes, Celles que nous cultivons et que nous indicjuons par ordre de maturité sont : la Marjolin, la naine hdtive, la Cotnicc d'Amiens, la Circassicnne, la tru/J'e ou grise d'août, la Hollande de Bric, la Schaw, la Ségonsac, la Bossin dite Caillaud, la Chardon et celle de trois mois, etc.
Toutes nos pommes de terre précoces sont ordinairement bonnes à récolter en juillet, quelquefois fin de juin. En août, nous les arrachons souvent presque toutes, et il ne reste en terre dans les années humides, comme celle dfe 1866, que les variétés demi-hâtives ou de seconde saison, telles que la Bossin, la Cliardon et celle de trois mois, que nous n'avons pu arracher que le 9 septembre. Aussi en avonsnous eu exceptionnellement une cinquantaine de gâtées dans ces trois sortes, sur six hectolitres environ.
Les cultivateurs de la commune de Gargenville, que nous habitons, ainsi que beaucoup d'autres, sont dans l'habitude routinière de ne planter les pommes de terre que dans les mois d'avril et de mai, pour ne les récolter qu'en octobre et novembre. C'est en opérant ainsi qu'ils eu ont laissé, l'année dernière, la moitié ou les deux tiers sur le sol, entièremeiit gâtées, pendant que toutes les nôtres.