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SUR L'ALIÉNATION DES FORÊTS COMMUNALES

augmenter leur revenu pour ne pas porter atteinte à des exigences qui souvent ne concordent pas avec les leurs. Je voudrais donc établir et convaincre ces propriétaires qu'il est de leur intérêt et de leur devoir de bonne administration de ne pas changer la nature de leurs possessions pour augmenter leurs revenus actuels; qu'en le faisant ils escompteraient les revenus et la fortune des générations futures, au profit des intérêts du moment, et qu'ils commettraient ainsi un acte d'injustice et de mauvaise administration.

En effet, la commune et rétablissement public, corps impérissables, ont reçu ou il leur a été attribué la propriété qu'ils possèdent, avec la condition tacite ou formulée d'en employer le revenu pour le bien-être de leurs membres, tout en conservant leurs droits aux générations suivantes, c'est-à-dire sans que fa communauté puisse anéantir son capital ou l'exposer à des chances plus ou moins certaines de destruction ou de diminution. Il y a donc, pour les communes et les établissements publics, une obligation positive de prendre les mesures administratives nécessaires pour qu'à diverses époques éloignées les unes des autres, les mêmes besoins puissent être sali&faits à l'aide des revenus de ces communautés. C'est ce qui n'arriverait pas dans le cas où une commune transformerait sa propriété en valeur numéraire' pour être placée même à un taux très-avantageux, car la commune ne peut, comme un particulier, faire fructifier son capital par son émission dans le commerce et augmenter sa fortune, elle ne peut que le placer en rentes sur l'Etat.

Je suppose par exemple qu'une commune, possédant une forêt d'une valeur de 1 million, qui, à raison de 2 1/2 pour 100, lui rapporte 25,000 francs de rente, vende sa propriété pour acheter de la rente sur lEtat : elle augmentera son revenu qui sera porté à 50,000 fr. Cette opération est incontestablement très-avantageuse pour le moment; mais si l'on réfléchit à ses conséquences pour l'avenir, on verra que l'avantage cessera d'exister dans un laps de temps plus ou moins long, suivant la dépréciation des valeurs monétaires, laps de temps qui sera court si cette dén^^ption suit la même progression que depuis quelques années ^©^'^s 1847, elle s'élèye à plus de -40 pour 100). On peut, sans ci'ï^B'e de se tromper, assurer que dans deux cents ans, les ressources réelles d'une commune ayant ainsi converti son bien auront diminué, en même temps que, par la même raison, le capital sera amoindri, dans une proportion plus grande encore que le revenu. Si donc l'on comparait deux communautés dont l'une aurait réalisé, pour placer sur l'Etat, et dont l'autre aurait conservé sa propriété foncière, on verrait le capital et le revenu de la première diminuer tous les ans, tandis que la position financière de la seconde, à quelque époque qu'on la considérât, resterait toujours la même et serait susceptible de s'améliorer par suite d'une bonne administration et de dépenses faites utilement. Je crois donc que la conservation des bois est dans l'intérêt des communes auxquelles ils appartiennent et, déplus, que ces communautés n'ont pas le droit de convertir leurs propriétés en capital numéraii'e. C'est du reste pour les protéger contre cette imprévoyance et ce désir de jouissance immodéré que le législateur a frappé les communes d'impuissance à administrer

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seules leurs biens, parce qu'il savait que souvent l'intérêt des c;énérations futures serait sacrifié à des avantages du moment.

Cependant des demandes de ventes de bois et forêts communales, en fonds et superficie, se reproduisent souvent; je crois qu'il serait utile de soumettre ces considérations aux administrateurs et aux habitants des communes intéressées. C'est ce qui m'engage à les transmettre aux lecteurs du Journal de l'Agriculture dont le mérite justement apprécié a fait, après quelques mois d'existence, un des meilleurs moyens de publicité auprès des personnes laborieuses et intelligentes qui s'oc-

cupent des questions agricoles.

A. DE Vives.

POLICE RURALE. — ÉGHÂRDONNAGB.

M. Pouillet a examiné la cfuestion de l'échardonnage dans le n° 16 du 5 mars dernier (t. I de 1867, p. 433). Après avoir rappelé l'arrèlé du iDréfet d'Indre-et-Loire en date du 25 février 1858, qui enjoint à tons propriétaires, fermiers, etc., de détruire les chardons qui croissent sur leurs terres, soit en les coupant près de terre, soit mieux encore en les arrachant, M. Pouillet se pose cette question : Cet arrêté est-il légal?

Le juge de paix de Château-Renault ne le pensa pas, dit M. Pouillet, et il renvoya des fins de la poursuite les délinquants traduits devant lui pour ce fait; il y eut pourvoi du ministère public, mais rejet de ce pourvoi en date du 27 janvier 1866.

Je connaissais cette affaire qui s'est passée sous nos yeux, et j'avoue n'avoir pu ms rendre compte d'un pareil résultat que j'ai déploré sincèrement avec Leaucoup d'autres. M. Pouillet cependant approuve cette décision des juges, quoique ayant reconnu que M le chardon est une plante d'autant plus nuisible à l'agriculture qu'elle est plusvivace et se propage plus rapidement. » Je souligne ces quatre derniers mots, parce que ces quatre mots, à mon avis, suffisent pour établir l'erreur des juges et donner tort à M. Pouillet dans ses appréciations.

Quoique tout Français soit censé counaître la loi, — ce qui m'a toujours semblé très-fort, ceux qui passent leur vie à l'étudier ayant tant de peine à la savoir ! — j'avoue humblement que je ne la connais pas, mais qu'il n'y a aucune loi qui me fasse accepter comme juste que l'on ait le droit, soit directement, soit indirectement, de porter préjudice à autrui.

Comment 1 j'aurai, par des labours multipliés et fort pénibles, par .des sarclages répétés et fort coûteux, fait tous mes efforts pour nettoyer mon champ des plantes parasites, et chaque année ma terre sera couverte par la graine que le vent m'apportera de chez le voisin dont la loi respectera l'incurie ! Et le chardon, « cette plante d'autant plus nuisible à l'agriculture qu'elle est plus vivace et se propage plus rapidement, s selon M. Pouillet lui-même, envahira ce champ pour de longues années! Ce serait intolérable : c'est inadmissible.

M. Pouillet prononce les grands mots de liberté et de tyrannie ; mais il me semble que la liberté de l'un devrait finir où commence la liberté de l'autre; personne n'empêchera Pierre l'Imbécile de se livrer à la culture du chardon; le pauvre hère craint la famine peut-être, et les ânes, dit-on, aiment ce.... légume ; mais encore faut-il que Paul l'Avisé ne soit pas contraint de se livrer par surprise à cette même culture qui lui répugne...; à moins de tyrannie, puisque l'on a prononcé ce mot. Cultive les chardons, Pierre, lui dirions-nous; mais récolte la graine avant que le vent ne me l'apporte. C'est élémentaire, et pourtant, c'est là ce qui m'étonne, il s'est trouvé des juges et un avocat qui en ont décidé autrement. Enlin, j'ai peut-être tort, car ces messieurs connaissent la loi, et moi, j'ai déclaré et l'on peut m'en croire, que je ne la connais pas.

Maintenant n'y aurait-il pas une raison, comme la difficulté de trouver des bras pour les emblavures, qui aurait déterminé les juges à se prononcer dans cette occurence contre l'arrêté de M. le préfet d'Indre-et-Loire? peut-être. Eh bien 1 je vais donner le moyen de triompher de cette difficulté sans la moindre dépense.

Chaque cultivateur sait que le chardon est une plante vivace et qui se reproduit

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par semis ; sa graine très-abondante, comme il arrive chez toutes les mauvaises plantes, étant très-volatile et fort voyageuse, le mieux assurément serait de l'arracher. Plusieurs l'ont tenté; il existe même des pinces spéciales pour cet usage; mais c'est une rude besogne et qui exige beaucoup de temps, je doute cfue la grande culture puisse jamais l'exécuter; d'ailleurs des labours profonds avec de bonnes charruesfiiissent par triompher du mal. Le problème se réduit donc à la destruction du chardon au niveau du sol avaut sa floraison; rien de plus simple et de moins coûteux. Je donne à cet effet, à mes bergers, une petite serpette montée sur un manche d'eaviron un mètre; et ils ont l'ordre, en gardant leurs troupeaux et en parcourant les champs, d'abattre les chardons qu'ils aperçoivent; ce n'est pas même uii travail. Il faudrait aussi que les fermiers, renonçant à la routine, prissent l'habitude de se servir Je la faux pour moissonner leurs avoines. Dans nos contrées c'est encore la faucille qui l'emporte; la conséquence se devine : l'ouvrier a peur de se piquer les doigts, et il respecte soigneusement les chardons que rien n'empêche ensuite de prospérer jusqu'à parfaite maturité.

Que nos instituteurs en parlent à leurs enfants; qu'en attendant, la police fasse appliquer les arrêtés préfectoraux; et tout sera pour le mieux.

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