EN MARS ET AVRIL
Nous avons reçu de nos correspondants les renseignements suivants sur la situation agricole telle que l'ont faite les temps pluvieux du mois de mars.
jM. Vandercolme écrit de Rexpoëde (Nord), le 11 avril : Les colzas, qui avaient un peu soufl'ert du mauvais temps, ont repris; ils commencent à fleurir. — Les blés sont de toute, beauté. — Les lins et les avoines sont trèsbien levés. — Dans les bons pâturages, l'herbe est abondante; on }' mettra les bestiaux dès que le temps s'adoucira. — La santé de tous nos animaux continue à être bonne. — Les poiriers promettent une abondante récolte; ils commencent à fleurir.
M. Cappon écrit de Merville (Nord), le 9 avril :
Ainsi que je le disais dans ma derniène note, la première quinzaine de mars a été marquée par une gelée de chaque nuit, qui a fait craindre un moment que les arbres fruitiers ne soient atteints, mais il n'en est rien. Abricotiers, pêchers, etc., sont en pleines et belles fleurs. La gelée a développé le tallage des blés, qui sont maintenant de toute beauté, et a facilité les travaux des semailles priatanières. Les lins, dont les mauvais temps ont retardé la levée, sont maintenant tous bien levés. Les colzas sont bien, ainsi que toutes les prairies artificielles. Les fèves, les pommes de terre, les pois verts ont été semés dans de bonnes conditions. — Le blé est à la baisse, ainsi que les haricots et les pois verts ; les fèves sont toujours chères, ainsi que les jîommes de terre. — Les chevaux ne sont pas trop demandés, non plus que les iiorcs et porcelets. Par contre, les animaux de race bovine de toute sorte sont très-recherchés, par conséquent très-chers, excepté le gras, qui ne diffère de prix pour les annelières que de 10 centimes le kilog. — L'on commence h garnir les pâturages de bestiaux; l'herbe paraît abondante. — Ici, il y a eu beaucoup de rhumes et de catarrhes, sous le nom de grippe; actuellement, l'état sanitaire est assez satisfaisant. — Les médecins vétérinaires, dans ce moment, sont peu occupés,
M. Proyart écrit d'Hendecourt-les-Cagnicourt (^Pas-de-Calais), le 8 avril :
La température basse et humide du mois de mars a retardé les semailles considérablement; on n'a pu réellement travailler dans les champs que depuis le 27, et encore par un temps qui laissait, certains jours, bien à désirer. Quoi qu'il en soit, on a semé des lins, des œillettes, voire même un peu d'avoine, le tout dans des conditions peu satisfaisantes, surtout en ce qui touche le lin, graine qui demande un sol bien préparé et parfaitement sec. — Les colzas paraissent avoir bien supporté les gelées survenues en mars; les céréales d'automne n'en ont pas souffert, mais le sol est encore trop humide pour pouvoir entreprendre les binages et sarclages dont elles ont besoin, ce qui est fâcheux, car la saison avance. — L'état sanitaire du bétail est toujours très-satisfaisant.
M. Renier écrit de Racquinghem (Pas-de-Calais), le 9 avril : Les froids très-vifs de la quinzaine de mars ont arrêté l'activité que la douceur de la température de février avait donnée à la végétation. La seconde quinzaine de ce mois a été marquée par des intermittences de gelée, de pluie et de grands vents qui n'ont pas permis de travailler dans les champs; aussi tous les travaux agricoles sont-ils en retard. Les vents dominants de ce mois ont été ceux du nord au nord-est. Depuis le 1'''' avril les vents sont pour ainsi dire stationnaires au sud-sud-ouest et la température est relativement très-froide. Hier matin une tempête, accompagnée de grêle et de pluie, s'est déchaînée sur noire contrée et, au moment où je vous écris, le vent continue à souffler avec une extrême violence.
Ii8 NOUVELLES DE L'ÉTAT DES RÉCOLTES EN MARS ET AVRIL.
M. Duboscq écrit de Château-Thierry (Aisne), le 12 avril :
Les travaux agricoles du printemps ont été cette année souvent interrompus par une température nuisible : les pluies continuelles ont presque constamment empêché de faire dans des conditions favorables les ensemencements des avoines et des petites graines, qui ont lieu habituellement dans le mois de mars. Une grande partie des terres, qui se trouvent sur les bords de la Marne, n'ont jusqu'ici pu recevoir aucune culture, par suite de leur trop grande humidité. Dans certaines contrées, les terres ont été tellement mouillées, que le blé a pourri; on a été dans la nécessité d'abandonner les emblavures, pour leur donner une autre destination. — Les blés, en général, sont beaux; dans les localités où les terres conservent beaucoup d'humidité, ils commencent à jaunir; il est grand temps que le froid cesse, pour faire place à une température plus chaude et à moins de pluie. ^ — L'absence d'hiver a été préjudiciable aux vieilles luzernes; les mauvaises herbes les ont envahies; leur première coupe ne promet pas d'être très-abondante, et à l'automne un grand nombre devront être défrichées. — Les arbres fruitiers sont magnifiques, surtout les poiriers. Si la floraison s'opère bien, il y a espoir d'une bonne et abondante récolte. — La vigne ne donne jusqu'ici aucun signe de végétation ; cela fait espérer qu'elle ne sera pas atteinte, au moment de sa floraison, par les gelées printanières. — Les vers blancs commencent à remonter de leur retraite; sous peu ils vont redescendre pour leur transformation en hannetons. L'année prochaine, il sera utile qu'une mesure générale soit prise pour arriver à leur destruction; elle sera d'autant plus urgente, que tout porte à croire que leur nombre sera très-considérable, l'hiver n'ayant point été assez rigoureux pour les atteindre ; aussi faut-il s'attendre, au printemps 1868, à voir une grande quantité de ces insectes nuisibles.
M. Champion écrit de la Chaumière , près Soissons ( Aisne ) , le 15 avril :
Le mois de mars qui a été excessivement pluvieux a arrêté tous les travaux agricoles; les quelques avoines que l'on a pu semer ont été faites dans de mauvaises conditions. Les premiers jours d'avril, tout en étant un peu meilleurs, ont laissé beaucoup à désirer : la température a été froide, et de temps à autre de la grêle et des giboulées viennent contrarier les cultivateurs. Néanmoins, depuis Sou 10 jours sur nos montagnes on sème des avoines; dans la vallée, moins avancée, on commence seulement, dans des terrains sablonneux, à confier des semences à la terre. Quelques industriels ont commencé leurs semis de betteraves. Les récoltes en terre sont assez belles : les seigles sont prêts à épier. Les blés sont beaux, il leur faudrait de la chaleur; jusqu'à présent il a été impossible de biner les blés en lignes. — La culture se plaint hautement du bas prix auquel elle vend ses laines de moutons gras. Les arbres à fruits ont souft'ert des froids et des quelques gelées que nous avons eus tout récemment.
M. Bove écrit de Parvillers (Somme), le 1 1 avril :
La fin de l'hiver a été mauvaise, le printemps a jusqu'à ce jour suivi les traces de son devancier, et, à l'heure qu'il est, il y a peu de labours de faits, et encore ceux terminés sont-ils mauvais. Les semailles d'avoine sont à peine commencées, car il ne se passe guère de jours sans pluie. — Les récoltes en terre sont belles ; les céréales montent malgré les pluies et les bises qui soufflent parfois avec violence. — Les trèfles et les fourrages d'hiver s'annoncent bien. — Les luzernes semblent avoir souiïert des pluies d'hiver. — Les colzas, sous l'influence de la température froide et humide, s'épanouissent lentement, les branches latérales sont peu nombreuses, en outre il y a des pucerons aux fleurs ; si le temps se met au doux ils foisonneront. — La betterave à sucre se paye 20 fr. les 1,000 kilog. à l'usine ; je crois que, grâce au mauvais temps, qui empêche les emblavures d'oeillette, le fabricant de sucre ne manquera pas de matière première. — Tous nos animaux domestiques sont d'une cherté sans pareille; les porcs de toute espèce sont plus calmes. — Permettez-moi de vous citer un fait qui vous donnera une idée du prix des chevaux : la veille de la foire, à Nesle, tel cheval qu'on auçait pu obtenir pour 900 francs a dû se payer le jour même 1,000 francs. — L'état sanitaire est satislaisant.
M. Jules Gy (de Kermavic) écrit de Palud de Carnac (Morbihan), le 11 avril :
Depuis longtemps nous avions un temps bien contrariant, du vent, de la pluie trop souvent, ce qui a ralenti et retardé considérablement nos travaux; à ce temps humide succède des vents desséchants qui font grand bien aux froments qui étaient trop avancés, on se hâte de planter les pommes de terre, on sarcle les froments et arrache les navets en fleurs pour les bestiaux. — Je vais commencer à couper mes luzernes et trèfles incarnats que je fais manger en vert. — Sur la côte (les bords de la mer), nous sommes bien gênés pour faire la litière sous nos bestiaux, parce que depuis longtemps il ne vient pas de goémons. — Nos bestiaux se vendent bien moins cher que l'année passée à pareille époque. — Il en est de même du beurre ; aussi on ne trouve que 1 fr. 20 à 1 fr. 30 du kUogramme , tandis que l'an passé le demi-kilogramme atteignait presque ce prix. — Les lins sont semés, on va oientôt semer les chanvres, les betteraves et les choux à vaches ; les prairies et les avoines de printemps viennent bien. — Les arbres fruitiers donnent de belles espérances et le cidre baisse de prix.
M. Louis Gy (de Kermavic) écrit de Coate ville (Seine^Inférieure), le
22 mars :
Nous avons eu un hiver très-humide et de fortes gelées dans les dix premiers jours du mois. — J'ai fait des trèfles dans des bois défrichés, ils viennent très-bien en dépit des prévisions de mes voisins, qui prétendaient que cette plante ne pouvait venir dans ce terrain. — Les blés et avoines n'augmentent pas de prix. Les cochons reprennent un peu, le beurre se vend assez bien. Le son vaut de 8 fr. 50 à 9 fr. les 50 kilogrammes. — L'état sanitaire des bestiaux est satisfaisant. — Le mauvais temps nous a mis en retard pour nos travaux.
M. Félizet écrit d'Elbeuf (Seine-Inférieure), le 29 mars :
Enfin, depuis le commencement de cette semaine, chaque jour vient gracieusement répondre à l'appel du printemps. Les terres à emblaver sont bien ressuyées, et, pour avoir été en grande partie faits en avril, tout porte à croire que les ensemencements de mars, grâce aux bonnes circonstances atmosphériques actuelles, ne se ressentiront guère du retard qu'ds auront éprouvé. Pourtant les terres submergées par les deux débordements de la Seine, qui les menace encore d'un troisième, ne sauraient de quelque temps être abordables à la charrue, ni au semoir, ni à la herse. Des vesces pour la consommation en vert, des betteraves, des carottes offriraient peut-être à nos cultivateurs de meilleures chances de réussit? que l'orge et l'avoine qu'ils songent à y semer. Malgré ses incessantes vicissitudes, et surtout malgré son humidité mémorable, l'hiver qui vient de finir n'a, par ici, porté nulle atteinte k la santé du bélail. Sauf le piétin, les moutons eux-mêmes, malgré l'appréhension générale, sont parlout dans d'excellentes conditions. Cependant, afin de conjurer les funestes efléts d'un germe peut-être latent de cachexie ou pourriture, il sera prudent aux bergers de ne point mettre tout à coup leurs bêtes exclusivement au vert prochain. — Toutes les semailles et plantations d'automne conti'huent à tenir leurs bonnes promesses; en attendant, sur nos halles, sauf le colza, tous les produits agricoles conservent leurs prix.
M. le docteur Rottée écrit de Clermout (Oise), le 5 avril :
Les travaux de l'agriculture ont éprouvé un retard considérable causé par les intempéries du mois de mars. Les labours pour les seinailles du printemps n'ont pu être exécutés en temps opportun, parce que le sol était détrempé par l'humidité et les pluies de l'hiver. On espère que le mois d'avril 'sera plus favorable et que l'on ■ pourra sinon réparer le temps perdu, du moins ensemencer les terres. Malgré la rigueur de la température, les récoltes sur pied ont conservé une belle apparence. — Nos laitues, nos choux, nos fraisiers et en général les plantes de nos jardins qui commencent à végéter, sont dévorés par plusieurs variétés de mollusques de la famille des limaciens, principalement par les Umax, arlon, rufus, auzanlla, hortensis, etc., qui ont résisté aux gelées et pullulent partout. Nous avons réussi à en détruire une grande quantité en plaçant des planches sur les plates-bandes de fraisiers et des pots à fleurs sur les choux, les laitues et les autres plantes, en ayant soin