Tome II de 1867. — 20 avril
de boucher les trous de ces pots afin d'intercepter la lumière. En relevant ces engins, le malin de bonne heure, on y trouve toutes ces limaces et on peut les détruire.
M. de Villiers de l'Isle-Adam écrit de Sargé (Sarthe), le 1 1 avril :
Le temps s'est enfin remis au beau et la terre est devenue abordable pour les instruments de labour; chacun s'empresse d'en profiter pour réparer le temps perdu. On commence à semer de l'orge et à planter des pommes de terre. Il était temps que la pluie cessât, les blés souffraient de l'humidité excessive ; le mal cependant n'est pas très-grave et si la température continue à être favorable, il n'y paraîtra bientôt plus. Les prairies naturelles et artificielles promettent du fourrage en abondance.
M. Coutil écrit des Andelys (Eure), le 12 avril :
La fin du mois de mars a été souvent pluvieuse ; aussi les semailles de printemps n'ont guère commencé qu'au l" avril. Pendant la première semaine de ce mois on a semé à peu près la moitié des avoines. Le 8 nous avons eu une forte pluie accompagnée d'un vent très-violent, les travaux ont encore été interrompus, ils sont repris aujourd'hui, et les semailles d'avoine finiront dans le courant de la semaine prochaine. Les colzas ont un peu soufl'ert des dernières gelées, surtout ceux provenant de graine récemment importée. Après un temps d'arrêt, la végétation a repris une nouvelle vigueur, les rameaux sont en général nombreux, mais en même temps qu'apparaissent les premières fleurs, on remarque aussi la présence de l'altise. On ne peut encore estimer le dommage que causera cet insecte, il y en a, quant à présent, moins que les années précédentes. Les seigles et les blés sont toujours trèsvigoureux. — Les prairies artificielles commencent à pousser, les pêchers, les premiers sont couverts de fleurs. — La culture de la betterave prend un nouveau développement dans nos contrées, grâce à la création de deux nouvelles sucreries dont 1 une est aux Andelys, l'autre à 12 kilomètres de cette ville; ces deux usines fonctionneront au mois d'octobre prochain.
M. Boncenne fils écrit de Fontenay-Ie-Comte (Vendée), le 31 mars :
Depuis ma lettre du 7 mars, le temps a toujours été pluvieux. Les labours et les ensemencements sont partout interrompus. Les blés d'automne ont une assez belle apparence, mais les plantes parasites favorisées par l'humidité gagnent de jour en jour du terrain. Les jeunes trèfles sont dévorés par les limaces à mesure qu'ils sortent de terre. Pourrons-nous préserver d'une pareille destruction nos semis de choux el de betteraves? Les jardiniers, pour éloigner ces innombrables ennemis, répandent de la chaux sur leurs plates-blandes ; mais la pluie qui tombe à chaque instant rend ce moyen peu efficace. Les taupes nous font aussi de trop fréquentes visites. — Bien que j'aie souvent plaidé la cause des oiseaux, des reptiles et des petits mammifères injustement persécutés, je détruis la taupe sans scrupule, car elle envahit nos prairies, déracine nos jeunes plantes et bouleverse nos semis. La taupe qui est évidemment Carnivore nous débarrasse de quelques insectes nuisibles, mais ce léger service ne saurait compenser les dégâts qu'elle commet en creusant ses galeries. — J'ai presque terminé la plantation de mes pommes de terre. Je compte les arracher dès le mois d'août pour prévenir la maladie qui n'apparaît guère qu en septembre; cependant, l'année dernière, quelques variétés se sont gâtées avant la fin de juillet. — L'avoine de Sibérie n'a pas réussi à l'automne; celle que j'ai semée il y a trois semaines est déjà parfaitement levée. — Les vers à soie yama-maï commencent à naître depuis deux jours. Je les nourris difficilement, car les chênes ici bourgeonnent à peine. En 1866, les premières éclosions n'ont eu lieu que le ISavril. — L'état sanitaire des bestiaux continue à être satisfaisant. Aussi danstoutes foires, les animaux d'espèce bovine se vendent à des prix très-élevés. Quant au commerce des céréales, il est de plus en plus languissant. Les prairies naturelles promettent une belle récolte.
M. l'abbé MùUer écrit d'Ichtratzbeim (Bas-Rhin), le 8 avril :
A cause du mauvais temps, des pluies diluviennes, tous les travaux agricoles sont restés en retard. On avait commencé à faire les labours printaniers ici les derniers jours de février; on les reprit vers la fin de mars, et les semailles de l'orge n'ont
pu être effectuées que les premiers jours d'avril. Il fallut ainsi plus d'un mois pour emblaver les champs.
Pour la même raison on n'a pas encore pu songer à planter les pommes de terre. Le sol est trop humide jusqu'ici et on craindrait la pourriture pour les tubercules. En un mot, il a fallu tout différer. Il faut rétrograder jusqu'à l'année 1816 pour retrouver une continuité de temps aussi désolante. — Les gelées de mars ont eu un bon effet; l'essor de la végétation, par trop excité par la tiédeur de février, a été comprimé et réservé pour une saison meilleure. — Les blés d'hiver ont bien tallé en mars, et les champs, sous ce rapport, sont généralement magnifiques. Il faut en exempter ceux qui ont élé trop fortement et trop longtemps immergés par les eaux de nos rivières débordées, et qui, par suite de ceci, font assez triste mine. Gela se rencontre surtout sur les bords de l'IU et de la Bruche, près de Strasbourg. — Nos prairies naturelles, par l'inondation, auraient gagné de nouveaux éléments de fertilité; mais si l'absence du soleil et par-dessus tout les pluies diluviennes doivent continuer, pourra-t-on recueillir les fourrages? Faudra-t-il faucher les herbes, les traîner hors du lieu, les sécher ailleurs? Cela aurait lieu précisément comme en 1816, de triste mémoire. Nous voici déjà dans le cinquième mois d'inondations incessantes. — Les arbres fruitiers, en fleur ou allant entrer en floraison, promettent, il est vrai; mais à quoi cela sert-il si le soleil leur fait défaut? — La vigne, quand même la saison lui serait favorable, ne pourra guère donner, parce que le bois n'a pas noirci assez.
Voici quelques faits printaniers que j'ai enregistrés : mars, le 1", premier chant de l'alouette; le 9, premier coassement des grenouilles, et retour des grives et étourneaux; idem, les corbeaux se dispersent dans les bois pour commencer la nichée; le 20, retour des rouges-queues et des bergeronnettes; arrivée des hirondelles, sept jours plus tôt que l'an passé et dix jours plus tôt qu'en 1864 et 1865; idem, abricotiers en fleurs; le 29, éclosion du feudlage de beaucoup d'arbres dans les forêts et premier chant du rossignol.
Avril, le 1", pêchers en fleur; le 4, pruniers en fleur; le 5, poiriers et quetsches en fleur; cerisiers en haut en floraison.
Nous avons eu des orages avec tonnerre, chose rare en nos parages, en décembre, janvier, février et mars. Notre monde agricole en augure mal pour l'année; leur dicton est : Tonnerre précoce, faim plus tard.
M. Bronsvick écrit de Mirecourt (Vosges), le 29 mars : Le mois de février n'a pas été favorable à l'agriculture. Tous les jours il pleuvait. On espérait que le mois de mars serait froid et arrêterait la végétation trop précoce; malheureusement, nos prévisions ont été trompées: le mois de mars a présenté une température excessivement élevée, et la pluie est tombée trop abondamment. Nos récoltes continuent à offrir de belles apparences. Tous les arbres à fruits commencent à s'épanouir. Les prairies naturelles et artificielles présentent un aspect magnifique, sous l'influence de l'humidité continuelle et d'une température qui varie de 12 à 13 degrés au-dessus de zéro. Les prés riverains immergés par les eaux sont richement amendés par le limon du Madon et donneront une récolte abondante. Il est impossible de travailler dans les champs, quoique l'ouvrage presse, surtout le hersage. Le provignage et le bêchage dans la vigne ont été arrêtés par les mauvais temps, et tous les ouvriers sont dans l'inaction.
M. André écrit de Metz -(Moselle), le 31 mars :
L'hiver a été doux et très-humide; il a beaucoup de ressemblance avec celui de 1866, sauf quelques jours de gelée et de neige qu'il nous a donnés en plus. Les terres sont saturées d'eau, les prés et toutes les plantes fourragères s'en trouvent bien; les colzas et les blés sont d'un beau vert et en bon état de végétation; on signale cependant trois causes qui peuvent avoir une influence sur la production des blés. La première vient de la basse température de l'été de 1866, qui n'a pas favorisé comme à l'ordinaire dans les terres fumées la production des nitrates si utiles à la végétation; la seconde résulte du lessivage continuel du sol par les pluies abondantes depuis six mois, lessivage qui a dissous et entraîné dans le sous-sol la matière fertilisante des engrais; la troisième se trouve dans le mauvais conditionnement de la semence, qui n'a pas atteint un degré de développement et de rusticité nécessaire pour bien se reproduire. Le beau temps, non pas de quinze jours ou un mois, mais pendant toute la saison jusqu'à la fin de juillet, pourra seul faire dis-
paraître les mauvaises conditions dans lesquelles les semailles ont eu lieu en soutenant la vigueur de la végétation et la conduisant à son terme sans interruption. Elle a cette année, plus que les années précédentes, besoin de l'action fécondante du soleil. La vigne n'a pas souffert de l'hiver. On. travaille avec activité, par un temps favorable, aux semailles de printemps.
M. J. LefèA^re écrit des Chambois (Haute-Saône), le 23 mars :
Nous avons des journées affreuses, il pleut tous les jours et du matin au soir. Si, par hasard, il fait beau une journée, nous sommes certains d'avoir quatre ou cinq jours de pluie de suite. Dimanche soir nous avons eu un orage avec éclairs et tonnerre; heureusement la végétation n'était' pas très-avancée, et n'a pas souffert de la grande quantité de grêle qui est tombée. Les grêlons avaient au moins la grosseur de pois. L'oseille dans les jardins a été hachée; c'est du reste la seule plante qui soit poussée. Le mois de février qui nous avait donné quelques jours de chaleur a été funeste à nos jardins ; ainsi les fraisiers qui commençaient à pousser et étaient en pleine végétation, ont été atteints de la gelée, lors des dernières neiges. Les cultivateurs sont empêchés dans leurs semailles d'avoine ; l'hiver ayant élé très-humide, peu de terres étaient préparées et aujourd'hui il est impossible d'entrer dans les champs; tous les travaux se trouvent en retard, et s'il vient du beau tem;.)S, ce qu'il faut espérer, on sera surchargé de besogne. Dans les jardins on n'a rien pu faire non plus, la terre est comme délayée ; les plantes sur couche n'avancent p.as par suite du manque de soleil. En somme, c'est un mauvais commencement d'année pour les cultivateurs. Seules les prairies naturelles et artificielles se trouvent bien de ce temps, et s'il n'arrive pas de revers, on doit s'attendre à une bonne récolte de fourrages. — Le bétail maigre et gras se vend bien, et ce fait ne peut que pousser à la hausse.
M. Alamartine écrit dé Saint-Mârtin-d'Estreaux (Loire), le 10 avril :
Pendant la dernière quinzaine de février, un temps sec et un peu froid avait favorisé les travaux et ralenti la végétation ; mais depuis les premiers jours de mars, jusqu'au 10 avril, la température a été constamment changeante; il n'y a pas eu deux beaux jours de suite pour permettre de travailler les terres ; aussi les labours et les semailles qu'on a pu faire dans ces conditions ont bien mal réussi, et ceux qui n'ont rien commencé encore, s'en félicitent. — La récolte des céréales qui présentait une belle apparence, il y a quelques jours, a bien changé d'aspect; presque partout, sinon dans les bons terrains bien ensemencés, la plante a pris une teinte rougeâtre et s'est arrêtée dans son développement. En outre, on commence à voir sortir de terre les mauvaises herbes, principalement la vesce sauvage dont les semences d'automne contenaient une grande quantité. Aussi, aujourd'hui, tout espoir d'une bonne récolle est à peu près perdu. D'un côté, avec un temps constamment humide, nous sommes menacés comme l'année dernière du fléau des mauvaises herbes; de l'autre côlé, avec un temps sec, les blés ne pourraient profiter dans un terrain qui a été battu par la pluie et qu'aucune gelée n'a soulevé. — L'aspect des prés n'a pas cessé d'être beau, la pousse de l'herbe n'ayant pas été contrariée par l'humidité. — La vente du bétail se mainîient, pour ces raisons, à un prix élevé et tout annonce qu'elle ne fléchira pas. On peut donc espérer que cette situation, mise en regard de celle qui nous sera faite par une récolte' peu productive, sera un puissant stimulant pour amener les agriculteurs à augmenter les fourrages et à restreindre la culture- des céréales avec les frais de culture.
M Cljarlot écrit de Nazelles (Indre-et-Loire), le 14 avril : Nos blt'S poussent à merveille, mais il y a beaucoup de plantes parasites et beaucoup sont noyés. Nos betteraves poussent énormément. Nos petits pois sont toujours fleuris, surtout les premiers faits.
Il n'y a pas eu d'hiver; il pleut tous les jours, et cela depuis longtemps; nous avons grand besoin de sécheresse actuellement. Nous sarclons de la mam droite et nous taillons les sarments de la gauche. En effet, les herbes parasites poussent avec fureur. Tel est l'état de nos récoltes.
MM. Jolivet et Le Corbeillcr écrivent de Cungy (Indre), le 10 avril :
L'état des récoltes en terre n'est pas satisfaisant. Les blés sont très -fatigués.
L'humidité persiste, on aperçoit encore l'eau dans le fond des raies, malgré le soin
apporté à son écoulement. Il en est de même pour les avoines d'hiver. Quant aux semailles de maïs, elles ne sont point encore faites ou celles qui ont été semées sont dans une terre mal hersée et battue par les pluies qui ne nous laissent pas de répit. Il est impossible de pénétrer encore dans bien des pièces avec les instruments. — Les vesces d'hiver se sont mieux ten nés et semblent promettre. Les autres fourrages ont une moyenne apparence. Les luzernières ont tellement souffert, que beaucoup, même les jeunes, s'annoncent mal. — Il est encore impossible de porter du fumier pour nos racines. — Nous nous plaignions l'an passé de la difficulté du niétier; mais la position est bien pire cette année. — Les animaux se vendent bien dans nos foires, il y a une hausse générale assez marquée.
M. Duguet écrit de la Chùtrc (Indre), le 5 avril :
La température du mois de mars, des plus variées depuis +20' jusqu'à — 3", n'empêche pas nos récoltes en blé et prairies de promettre de beaux rendements. Nos arbres précoces ont été gelés et la pluie trop continue (20 jours sur 31) n'a
pas encore permis de faire les semailles de: printemps. La vente de nos, bes--
tiaux est satisfaisante.
M. le baron de Thouron écrit de Saint-Junien (Hte-Vienne), lé h avril': La persistance du mauvais temps doit donner quelques inquiétudes pour les blés. Dans plusieurs localités, Os commencent à jaumr. Partout ils sont pleins d'herbe; impossible de les sarcler, à cause de la pluie. Les avoines semées lèvent difficilement; la terre ne se réchauffe pas. Grande difficulté pour conduire les fumiers^. Cependant, il serait temps de labourer et de semer les betteraves. Les arbres à fruits sont tout couverts de fleurs et n'ont pas encore souffert du froid. Il est à craindre que la lune rousse ne leur soit préjudiciable. — La santé du bétail continue à être bonne. Les animaux gras se vendent à un prix assez rémunérateur. Il n'y a pas de prix pour les jeunes animaux et ceux d'attelage ; on se les rarache. Il en est de même des cochons et des moutons.
M. Dupont-Delporte écrit de Mont-Pierreux, près Auxerre (Yonne),
le 8 avril :
Mes nouvelles sur l'état des récoltes en terre, dans l'Auxerrois et dans les environs de Chablis, ne vous transmettront ni bons ni mafcvais renseignements. Les seigles, comme tous les grains que nous avons semés de bonne heure, sont de belle apparence; les blés, semés de la fin du. mois de septembre au 15 octobre, offriraient un aspect satisfaisant, si ces continuels vents froids du N. 0. ne faisaient jaunir un peu la tige; quant aux froments tard semés, ceux surtout confiés aux terres froides, que deviendront-ils? Ils sont longs, effilés, violacés, sans tenue; ils ont trop souffert des variations déplorables de l'hiver qui s'achève. L'avenir justifiera-t-il les appréhensions qu'ils font concevoir? Au contraire, le soleil, paraissant enfin, se remonteront-ils? Un mois encore, et la question sera jugée Nos travaux se font à peu près dans les sols sableux, ou calcaires, ou argilo-oakaires ; par contre, impossible d'entrer dans les terres argileuses. Un de mes correspondants, de la Puysaie, très-habile et très-véridique agriculteur de cette belle et riche contrée, m'écrivait hier que, si ces pluies continuelles ne s'arrêtaient pas, il n'y aurait pas à song-er, dans le pays, à semer les avoines. Nos arbres fruitiers, à l'exception des abricotiers, sont chargés de bourres ou de fleurs. Que vont encore causer ces mauvais vents, c^temps si humide? — La vigne donne un complet démenti aux pronostics des pessimistes de 1866. Sa situation est bonne. — Les vins de 1866 s'enlèvent rapidement et à des prix tout à fait bas, pour les qualités compromises; lentement, au contraire, chez les propriétaires qui, ayant des vins de qualité supérieure, ne craignent pas de les conserver, afin de les vendre à un prix rémunérateur. Les vins blancs ont gagné beaucoup au soutirage. Classés très-au-dessus de ceux de 1860, ils peuvent se comparer à ceux de 1863 et seront de garde.
M. Jullien écrit de Bourges (Cher), le 8 avril :
Les récoltes s'accommodent très-mal de la suite de ■ mauvais temps que nous avons. Les gelées et les pluies continuelles déchaussent les racines et font jaunir les céréales. Les blés blancs en souffrent beaucoup. — Les labours ne peuvent se faire nulle part. — Les marais aux alentours de la ville sont submergés pour la sixième fois et les prairies également.
M. de Brives écrit du Puy (Haute-Loire), le 7 avril :
L'état des récoltes a complètement changé de face pendant ce dernier mois. Des pluies répétées et presque continues ont fait jaunir beaucoup de froments, ils sont clairs et entremêlés de beaucoup d'herbes parasites. — D'un autre côté, les semailles de printemps ont été très-retardées et elles se sont faites dans de mauvaises conditions. Cet aspect gros de menaces peut cependant encore être avantageusement modifié par un retour de beau temps. — - Les prairies promettent et les fourrages s'annoncent bien.
M. le docteur A. Menudier écrit de Plaud-Chermignac, par Saintes (Charente-Inférieure), le 10 avril :
Les premiers jours de mars ont été assez beaux, mais les pluies ont bien vite recommencé et ne nous ont guère quittés. Cette humidité accompagnée d'une température assez élevée a favorisé d'une manière déplorable le développement des escargots qui rongent nos vignes et nos arbres fruitiers. — Le sarclage des froments a été rapidement mené au début du mois, aussi ont-ils actuellement bonne mine ; sous peu ils seront noués ; le seigle a commencé à montrer ses épis à la fin de mars et les trèfles incarnats hâtifs seront prochainement en fleur. — Les vesces et les prairies sont magnifiques. — Les abricotiers n'auront pas de fruits, mais les pruniers et les cerisiers sont splendides. — Au 20 mars, ont paru des pampres et des grappes et nous avons commencé avec avril nos premiers labours de vignes qui ne sont pas exécutés dans de bonnes conditions, car de temps en temps, de petites pluies surviennent. — Hier, à la foire de Saujon, les froments se vendaient 25 fr. l'hectolitre, réglé à 75 kilog.
M. Delatte écrit de Ruffec (Charente), le 30 mars :
Le mois de mars a été, comme de coutume, entièrement pluvieux : de là, la cause principale du retard actuel des travaux agricoles, qui reprennent maintenant une grande vigueur. Les céréales sont belles, et sous l'influence de la température printanière, la végétation fait chaque jour de rapides progrès; les froments et les avoines sont beaux; mais les champs sont remplis de mauvaises herbes que l'on aurait pu détruire par des hersages. Les prairies artificielles sont fort avancées, et la prime promet dès aujourd'hui d'être belle et précoce, s'il n'arrive point de gelées tardives. Si l'hiver est tout à fait parti, la récolte des fruits sera bonne, car les arbres sont déjà couverts de fleurs. Les hirondelles nous sont revenues depuis huit jours; aussi avons-nous lieu de croire à la reprise des beaux jours.
M. Nebout écrit de Ferrières (Allier), le 10 avril:
Quoi de plus triste à vous annoncer aujourd'hui que la position fâcheuse dans laquelle se trouvent nos travaux sur les semailles de printemps; il nous a été impossible de toucher à nos terres en mars, vu l'abondance des pluies et orages de ce mois. Actuellement encore il ne cesse de tomber de fortes averses; nos terres sont si détrempées, qu'il faudrait des vents violents de hâle pour les ressuyer, afin d'y pouvoir semer avoine, orge, pommes de terre, etc., et l'on ne sait pas quand l'on pourra commencer. Malgré la quantité d'eau tombée, il n'y a pas eu d'inondations, les rivières ne sont guère sorties de leurs lits. Sous un climat aussi défavorable aux, travaux de la saison, les récoltes de la terre marchent à merveille là où il y a assez de pente pour l'écoulement des eaux; mais il en est tout autrement dans les terres humides qui n'eu ont pas assez. Mais comme tout est en retard de près d'un mois, nous pourrions bien nous en ressentir à l'avenir. Aussi suis-je étonné qu'il n'y ait pas un peu plus de fermeté sur les grains. La trop grande humidité a engendré des insectes nuisibles qui commencent leurs ravages.
M. P. Valin écrit de l'Arbresle (Rhône), le 4 avril : Pendant ces dernières semaines, les belles journées ont encore été très-rares et l'agriculture désire vivement une température meilleure : celle du printemps ensoleillé et doux. Les pluies fréquentes, les brumes fraîches n'ont rien de favorable aux cultures en général et les fourrages seuls ne les craignent point; les blés sont envahis par les herbes parasites et les limaces; et les arbres fruitiers et les colzas qui sont tout fleuris, même dans nos cantons montagneux un peu tardifs, sont e.xposés à ne fructifier qu'imparfaitement. Les travaux agricoles, par suite des in-
tempéries, sont fort en relard; et jusque dans les exploitations les mieux outillées on aura peine à les exécuter en bon temps. Les 800,000 bras qu'on tient inactifs dans les casernes trouveraient bien leur emploi aux champs. Et quand on songe qu'il est question de porter de 400,000 à 1,200,000 le nombre des soldats et d'enlever ainsi aux campagnes tous les jeunes gens valides, les plus robustes travailleurs 1
M. le baron Chaurand écrit de Lyon (Rhône), le 14 avril : Les pluies continuelles que nous avons depuis plus d'un mois ont retardé tous les travaux ; dans quelques exploitations, on n'a pu semer qu'une partie de l'avoine que l'on sème ordinairement; dans beaucoup de localités, les pommes de terre qu'il serait si avantageux de planter en février, ne sont pas encore plantées au mois de mars. Les fourrages artificiels ont généralement souffert de l'excès d'humidité de cet hiver ; dans les terres fortes beaucoup de plantes de luzerne et de trèfle ont été détruites par la pourriture, dans les terres saines et légères les plantes n'ont pas péri, mais les pousses sont faibles et grêles et ont besoin de chaleurpour se développer convenablement. Les blés ont jauni dans les terrains humides, mais ils ne paraissent pas avoir encore souffert sérieusement. — Depuis plus de trois mois la Saône n'a pas cessé de couvrir les vastes et belles prairies qui couvrent ses rives; si la récolte du foin n'est pas entièrement perdue elle sera du moins considérablement diminuée. Les colzas sont très-beaux et achèvent leur floraison. — La vigne et les mûriers commencent à montrer leurs premières feuilles et réclameraient, autant, sinon plus que toutes les autres récolles, une longue série de beaux jours; malheureusement, après trois jours de beau temps, le vent du midi a commencé hier à souffler de nouveau avec violence , aujourd'hui le temps se couvre et nous fait craindre de nouvelles pluies. — Les premières graines de vers à soie mises à l'éclosion ont bien éclos et, sans rien vouloir préjuger sur cette récolte toujours incertaine, on peut du moins penser que cette année les graines n'ont pas éprouvé les avaries qui ont, l'année dernière, causé de si amères déceptions dès les premiers jours de la campagne séricicole.
M. Vincent écrit de Bourg (Ain), le 5 avril :
Des pluies abondantes et froides nuisent beaucoup aux récoltes en terre, et feront probablement venir plus tard une grande quantité de mauvaises herbes. Ces mêmes pluies retardent tous les travaux du printemps.
M. Garin écrit de Nautua (Ain), le 8 avril :
Aujourd'hui, 8 avril, tous les arbres sont en fleur et promettent beaucoup de fruits, si toutefois le temps se met tout à fait au beau. — Dans le bas Bugey la vigne est déjà très-avancée. Dans quelques fosses l'on voit même la forme du raisin. Une gelée tardive, par conséquent, serait très à craindre et produirait déjà de fâcheux résultats.
M. Trénel écrit de Septème (Isère), le 1 4 avril :
Les pluies abondantes et continues de la seconde quinzaine de mars et de la première huitaine d'avril ont suspendu les travaux de la campagne et causé des dégâts importants aux blés placés dans les plaines humides et sans écoulement. Les sécheresses des années 1864 et 1865 avaient encouragé la création de nombreux champs de luzerne, ces dernières pluies les ont presque détruites; nos agriculteurs se hâtent de les remplacer par des semis d'avoine et d'orge. — Sous l'influence du beau temps qui nous revient avec la chaleur, les blés deviennent vigoureux et tallent Lien. — Les prairies, trèfles, sainfoins, promettent une bonne récolte et les dernières plantations s'effectuent rapidement. — Il n'est pas encore possible d'apprécier les dégâts causés dans nos vignobles par le froid rigoureux des nuits des 18 et 19 janvier, la pousse des bourgeons ayant été retardée par le refroidissement causé par les pluies. — Les arbres fruitiers sont en pleine floraison. — Les bestiaux sont toujours d'un prix élevé et les fourrages d'un placement difficile et inférieur à celui de la paille.
M. Delalo écrit de Salers (Cantal), le 9 avril :
Malgré la fréquence des pluies, nos récoltes ont bonne apparence ; nos prairies poussent dru; les montagnes reverdissent; les arbres fruitiers commencent a bour-
geonner, mais il nous faut du soleil; — L'état sanitaire des bestiaux est excellentceux-ci se vendent cher. Le 4 avril, jour de foire à Salers, M. Gautier, secrétaire du Comice agricole de Provins, en a acheté 32 têtes de tout âge et de tout sexe pour importer dans Seine-et-Marne.
M. Dat écrit de Villasavary (Aude), le 30 mars :
La pluie qui est tombée en grandes quantités pendaut le mois de mars a suspendu tous les travaux des campagnes; de leur côté les blés jaunissent, les fourrages sont stationnsires, les vieilles luzernes sont envahies par les pissenlits. Les arbres fruitiers ont énormément soufl'ert ainsi que les légumes primeurs, surtout les fèves. Nous espérons cependant que les céréales et les iourrages reprendront malgré l'épreuve qu'ils subissent. Voici le moment propice à l'ensemencement du maïs, mais les terres destinées à ce grain ont été tassées par les pluies et sont inabordables. Les quelques bourgeons prématurés que l'on pouvait déjà remarquer, dans les vignes ont disparu.
M. Laupies écrit de Rousson (Gard), le 9 avril :
La température du mois a subi des écarts très-considérables, et, malgré l'abaissement qui s'est produit pendant les jours de pluie, qui ont été très-nombreux, la moyenne thermométrique a été exceptionnellement élevée; aussi l'année agricole est très-précoce. — Les vers à soie sont en général éclos dans l'arrondissement d'.llais; la bonne graine est très-difficile à trouver; tout l'espoir des sériciculteurs, à quelques exceptions près, repose sur la graine japonaise d importation directe ou de reproduction.
M. Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 2 avril :
De nombreux orages ont éclaté, le 31 mars, dans le nord du département du Gard et se sont étendus d'un côté dans l'Aveyron et de l'autre dans l'Ardèche et Vaucluse. Sur bien des points la grêle a été mêlée à la pluie. Dans les lieux élevés des Gévennes, la pluie s'est transformée en neige. Le lendemain, \" avril, il s'est levé un vent violent du nord-est et la température s'est fort abaissée. Les cultivateurs redoutaient la gelée qui, en ce moment où la vigne est en pleine végétation, ferait de grands ravages. Heureusement la violence du vent a persisté pendant les deux dernières nuits; aujourd'hui la température s'élève et le vent faiblit. On espère traverser cette bourrasque tardive sans gelée.
M. Petit-Laffitte écrit de Bordeaux (Gironde), le 3 avril :
Les premiers jours de mars, du 2 au 5, ont été froids. Les pois ont souffert; les blés se sont un peu arrêtés dans leur développement extérieur, mais il leur est resté de l'herbe en abondance. — La vigne qui pleurait depuis longtemps a ralenti, sous cette influence, les préparatifs de sa foliation. Néanmoins, on a pu montrer dans les vignes blanches quelques boutons tachés par le froid. — On signale une grande abondance de chenilles et de limaçons. — Les prairies sont en bon état et leurs produits paraissent devoir être abondants.
M. du Peyrat écrit de Beyrie (Landes), le 1" avril :
On a achevé la plantation et le labour de 5 hect. 20 de vignes ; ce travail a été fait avec soin. Hersage des froments et semailles du trèfle sont terminés; nous avons porté le fumier et labouré pour les semailles de printemps. Nous avons attaché les vignes à l'osier et réparé les clôtures pendant les pluies. Les vesces ensemencées au printemps ont fort bien levé et celles d'automne sont magnifiques ainsi que toutes les emblaves d'automne. Les animaux sont en bon état et, malgré les pluies, les ouvrages ne sont pas trop en retard.
M. de Lentilhac écrit de Lavallade (Dordogne), le 5 avril :
Mars a répandu sur toutes nos cultures le souffle vital du printemps. A peine sortis du sommeil hivernal, les végétaux, sous l'influence d'averses nombreuses, d'une température qui s'est élevée jusqu'à 20 degrés, ont pris un essor inaccoutumé. Quelques froides matinées, oii le thermomètre est descendu à quelcfues degrés audessous de zéro, ont à peine ralenti la végétation des fourrages, relativement avancés pour la saison. — Les blés se refont à vue d'œil, la vigne pousse à l'envi, les arbres fruitiers se couvrent littéralement de fleurs, les prés étalent la plus riche verdure; que de promesses!..,, que de craintes aussi jusqu'au 15 du mois de mail
M. de Presie éeril de Saint-Martial (Dordogne), le 9 avril :
Le mois de mars a été bien peu favorable aux travaux des champs ; nous n'avons pas eu ces vents secs qui permettent de herser les blés et les avoines, de transporter les fumiers sans écraser les terres. Il a plu tous les jours pendant ce dernier mois; aussi combien de champs mal préparés pour recevoir les plantes sarclées. On ne peut toujours attendre le beau temps qui ne vient pas. L'hiver n'ayant pas détruit les œufs des limaces, leur nombre a doublé ; les semis de trèfle et de luzerne sont fortement attaqués, et des champs sont entièrement détruits. On redoute beaucoup ce fléau pour les jeunfes betteraves qui ne tarderont pas à sortir de terre ; ce qui fait que plusieurs agriculteurs n'ont pas encore osé semer. — Les ouvriers, qui font absolument défaut, ne permettront pas d'arracher les herbes si nombreuses dans les blés et les avoines. — On est obligé de labourer les vignes, malgré le mauvais temps; elles entrent en végétation; il est impossible de reculer plus longtemps ce travail. — Si les luzernes ont beaucoup souffert de l'humidité constante que nous avons depuis bientôt dix-lniit mois, par contre les prairies naturelles sont magnifiques. — Tous les arbres fruitiers ont belle apparence, les pruniers ont passé fleurs. Les cerisiers et les poiriers aussi bien que les pommiers sont rarement plus chargés de fleurs. Les lilas ont montré leurs beaux et odorants rameaux beaucoup pins tôt que les années précédentes. Les prix des bestiaux gras n'éprouvent guère de variations dans nos foires et marchés. Ceux des jeunes bœufs d'attelage sont extrêmement élevés. ■
M. d'Imbert écrit de Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne), le 1 1 avril :
Depuis bon nombre de jours, le temps est bien mauvais pour les arbres fruitiers et pour la vigne. Nous avons eu de la pluie, de la grêle, des bourrasques de vent, des brouillards très-intenses et une température très-froide pour la saison. Mais : heureusement les nuits n'ont pas été sereines et les gelées de la lune rousse n'ont pas paru. Il ne faut pourtant pas croire que tout danger ait complètement cessé. , Nous ne sommes pas encore au milieu du mois d'avril et bien de mauvais jours peuvent encore nous être réservés. — La végétation de la vigne a bien au moins quinze jours d'avance sur les années ordinaires. Les pousses, fatiguées par l'inclémence de la saison, paraissent étiolées, spécialement celles des raisins précoces, et , l'on comprend que si des gelées survenaient et les prenaient dans cet état de faiblesse, elles auraient beaucoup à souffrir. Nous sommes au moment des premiers labours à donner à la vigne, et le mauvais temps nous met en retard.
M. Leyrisson écrit de Tridon (Lot-et-Garonne), le 13 avril :
L'hiver excessivement pluvieux qui vient de s'écouler a exercé une fâcheuse in- fluence sur les blés situés en certains terrains légers, et sur bien' d'autres dont les fossés d'écoulement voisins ne sont pas en état d'égoutter convenablement les eaux. Afin de pouvoir bien ameublir nos guérets fortement tassés par la pression -des-eaux de pluie et même dans bien d'autres cas par celle des eaux des débordements successifs, nous aurions besoin encore d'un temps exceptionnellement propice. — ■ Les pruniers sont couverts déjeunes fruits, mais la saison du travail des cordonniers (on appelle ainsi la piqûre des fruits par un insecte) n'est pas arrivée. — Les limaces reparaissent en grand nombre, et les petites hélices, en quantité non moins prodigieuse, cramponnées chaque malin aux pieds de vigne, exécutent sur les jeunes bourgeons un genre de pinçage qu'aucun auteur n'avait encore recommandé 1... — La perte du trèfle incarnat dévoré par les limaces, dans notre contrée, va causer un grand vide dans l'alimentation des bestiaux. Les prairies artificielles de luzerne sont magnifiques et montrent aujourd'hui une végétation bien plus vigoureuse que mon brome de Schrader. IL n'y a cependant ici rien que de naturel i la luzerne végète avec fougue la moitié de l'anné^ environ et passe 1 autre moitié de sa vie dans l'inaction; le brome, au contraire, marche avec moins de vitesse, mais ne s'arrête jamais ; c'est ainsi que ces deux excellents fourrages peuvent satisfaire à différents besoins....
M. deMoly écrit de Toulouse (Haute-Garonne), le 3ï mars :
Bien de nouveau et de saillant .à consigner ici. Le mouvement commercial et agricole est bien lent. Le bétail gras et maigre est toujours très-élevé ; les transactions sur les grains sont aussi restreintes que possible ; la tendance à la hausse est
en quelque sorte intermittente, cependant on continue à croire à une reprise. Les récoltes en terre, très-avancées jusqu'ici, non-seulement éprouvent un temps d'arrêt de la grande quantité de pluie qui est tombée et du froid qu'il fait depuis une quinzaine, mais elles commencent à en soufl'rir, et les semailles du mais, si importantes dans notre département, en seront plus ou moins retardées et affectées.
M. de Moly écrit de nouveau à la date du 11 avril :
Le printemps, avec sa douce température, a bien de la peine à s'établir, et l'avance de la végétation, si considérable il y a six semaines, n'existe presque plus. Depuis bientôt un mois, des pluies froides moins abondantes que dans le Nord, sans nuire positivement aux céréales, ont fait beaucoup de mal aux fruits à noyaux, cerises, pêches, prunes, et, ce qui est plus grave, ont retardé et interrompu la préparation des terres pour les récoltes d'été (betteraves) et surtout le maïs, que l'on devrait semer maintenant. — Quant aux blés, assez beaux en apparence maintenant, ils ont encore bien des chances mauvaises à courir. Puissent-elles être favorables! — Le mouvement commercial extérieur est bien lent. Le prix du blé oscille entre 27 et 28 fr. les 80 kilog. avec tendance k la hausse, mais les transactions sont très-limitées. — L'élévation de la température à la fin de la semaine dernière a activé la marche de la végétation ; mais que peut-on dire de la récolte prochaine, qui a encore tant de chances à courir?
M. Allard écrit de Cervières (Hautes -Alpes), le 28 mars :
Le mois de mars a été pluvieux et assez chaud, et nous a enfin débarrassés de l'abondance de neige qui recouvrait nos campagnes. Sous l'influence de cette température exceptionnelle, la végétation se développe avec rapidité. Les céréales d'automne se présentent sous les meilleures conditions possibles; les prairies artificielles donnent les plus belles espérances, et les luzernes sont aussi magnifiques. Les prairies naturelles verdissent, et si la chaleur continue, il y a espoir d'avoir une récolte abondante de fourrage. L'état sanitaire des campagnes est loin d'être satisfaisant : les fièvres sévissent en ce moment dans tout le Briançonnais ; la rougeole, la coqueluche et la grippe accablent principalement les enfants et les jeunes gens.
M. Allier écrit de Berthaud (Hautes-Alpes), le 4 avril :
Quoique les pluies n'aient pas été très-abondantes dans le courant de mars, elles ont été assez fréquentes pour entretenir le sol dans un état d'humidité tel qu'il a été presque impossible de se livrer à aucun des travaux de la saison. Il y a très-peu d'avoines, orges et autres graines de printemps de semées. — Les semis de betteraves et les plantations de pommes de terre précoces sont également impraticables, et ces retards ne peuvent avoir que de fâcheux résultats; à peine si l'on peut entrer, dans les vignes pour les tailler, ce cpi n'a pas été fait pendant l'hiver. — Heureu sèment les craintes que nous inspirait l'état avancé de la végétation, pour les arbres fruitiers, ne se sont jusqu'à présent pas réalisées, grâce à une température assez uniforme, mais sommes-nous tout à fait à l'abri de gelées tardives? — Toutes les emblavures d'automne ont un aspect très-satisfaisant; ce qui néanmoins ne fait pas baisser le prix du blé dans nos contrées, où il est recherché à 35 et 36 fr. le quintal métrique, soit 27 et 28 fr. l'hectolitre.
M. P. de Gasparin écrit d'Orange (Vaucluse), le 4 avril :
Le mois de mars a été très-favorable à la végétation ; les blés sont magnifiques et même beaucoup trop avancés; dans certaines terres, ils commencent à se coucher, et il est à craindre de voir une nouvelle vérification du proverbe : « Les blés ne font pas plaisir deux fois. » La pluie a été très-peu abondante sur la rive gauche de la Durance, et les travaux n'ont pas éprouvé d'interruption; les défoncements sont très-avancés, et la première culture de la vigne est presque terminée. Sur la rive droite, au contraire, l'humidité surabondante a mis toutes les cultures en retard. Heureusement, le mois d'avril s'annonce par des vents du nord très-violents, et l'assèchement de la terre sera rapide ; ce temps peut aussi éclaircir les blés qui en ont besoin. — Toutes les graines de vers à soie ont fait comme la végétation : elles éclosent spontanément, et, malheureusement, les mûriers, par exception, sont en
retard; on ne voit pas comment on se sauvera de cette difficulté. La vigne n'a pas eu la prudence des mûriers, et s'il survenait une gelée blanche, la vendange serait faite pour cette année ; on voit que le mois d'avril a beaucoup de grosses questions à résoudre.
M. d'Ounous écrit de Sabarat (Ariége), le 5 avril :
Les derniers jours du mois de mars et les premiers de celui d'avril ont fourni d'assez basses températures et des pluies fréquentes qui suspendent les travaux agricoles si nombreux en ce moment; elles nuiraient par leur continuité aux céréales et retarderaient les semis de printemps. Ces derniers jours pluvieux fatiguent les colzas déjà mal réussis lors de leur plantation. — Des milliers de pucerons en compromettent la floraison et rendront leur récolte des plus médiocres. Je ne puis que répéter ce que je disais naguère sur la triste situation des jardins potagers, presque aussi vides et dénudés qu'en plein hiver. On a beau planter, répandre des cendres, du plâtre, chauler les semis et repiquages de choux, de salades, d'oignons, de pois, etc., etc., «des limaces presque imperceptibles les dévorent en deux ou trois nuits. Les seigles montent en épis, les avoines sont belles, propres et bien préparées, mais les blés précoces et tardifs jaunissent et vont se remplir de mauvaises herbes qu'on ne peut sarcler pendant ces temps de pluie. Les prairies naturelles et artificielles s'annoncent bien et ont reçu en temps convenable des engrais suffisants ainsi que les vignes auxquelles on devra se hâter de donner une première façon. Les viticulteurs soigneux vont employer le soufre pour garantir leurs cépages de la maladie et favoriser la végétation du précieux arbuste. Le prix des céréales se soutient sans donner lieu à des affaires nombreuses et actives ; l'hectolitre da blé varie de 24 à 26 fr. , suivant qualité. Les seigles valent 13 fr., le maïs 12 et 13. Cette sorte de grain trouve à se placer avantageusement. — Le prix des bêtes bovines reste toujours très-élevé : bœufs de labour, d'engrais et de croît sont enlevés sur les foires et les marchés. Les bêtes ovines et porcines sont aussi très-recherchées. Le prix des volailles et des œufs est en baisse en ce moment. — En somme, on a lieu d'espérer que le mois d'avril réalisera les promesses des premiers mois de l'année, et que les agriculteurs n'auront qu'à profiter de l'étude des concours régionaux et de l'Exposition universelle qui vient de s'ouvrir.
M. Gros le jeune écrit de Régusse (Var), le 5 avril : Les pluies continuelles que nous avons eues en mars ont bien retardé les travaux de culture, comme la plantation des pommes de terre, qui n'est pas finie; les prairies artificielles et le pâturage des terres vagues ne manquent pas de fourrage, aussi le prix du bétail est-il augmenté sensiblement, chacun voulant accroître son troupeau. — Les amandiers et autres arbres fruitiers sont bien fleuris et promettent beaucoup, si quelque froid tardif n'y vient porter malheur. — La vigne commence à bourgeonner. — Le prix du froment se maintient de 29 à 31 fr. l'hectolitre. — Les vins de 6 à 10 fr. l'hectolitre.
M. le docteur Piffard écrit de Brignoles (Var), le 7 avril :
La température excessivement variable du mois a sans cesse entravé les travaux de la campagne. Comme partout la végétation est extrêmement avancée. La fréquence des jours pluvieux a mis excessivement en retard la première culture des vignes, laquelle s'est faite jusqu'à présent dans de mauvaises conditions. Les bras manquent en ce moment. Nos journaliers exigent des prix très-élevés. — Les bourgeons des vignes étant déjà assez longs, le piochage demande à être fait avec beaucoup de précautions. Sur aucun point de l'arrondissement les vignes n'ont eu à souffrir des gelées blanches. — Les graines de vers à soie, quoique rares, sont peu recherchées, toutes de qualités douteuses et excessivement chères; on comprend le peu de zèle de nos ménagères pour se livrer à l'éducation des vers à soie dans de pareilles conditions, et pourtant il est temps ou jamais de mettre la graine àéclore. — Les ventes sur les vins continuent à être restreintes; toutefois le vin se soutient à de bons prix pour les qualités supérieures. — Les fourrages sont à vil prix.
En résumé, la quantité d'eau tombée dans toute la France et la. fréquence des jours de pluie expliquent parfaitement Timpossibilité presque absolue oii les agriculteurs ont été de labourer les terres ; ce
n'est guère que depuis quelques jours qu'ils ont pu faire les semailles du printemps. Les blés, malgré la température relativement peu élevée du mois de mars et l'abondance des pluies, sont beaux à peu près partout. Dans quelques localités pourtant, ils ont commencé à jaunir. Les prairies naturelles sont magnifiques; il y a tout lieu d'espérer que la récolte de fourrage sera abondante. Quant aux luzernes, aux trèfles, ils ont souffert. La température toujours humide du mois dernier et du commencement de ce mois a engendré une foule de plantes parasites qui gênent le développement des céréales. En outre, les limaces, les pucerons, etc., respectés par l'biver, recommencent à exercer leurs ravages. Malgré le mauvais temps, qui a empêché tout travail au dehors, la vigne semble bien préparée. Les arbres fruitiers ont été ou sont encore admirablement fleuris; la crainte d'une absence 'de récolte de fruits a donc disparu. On voit, par ces détails, que nous avons besoin d'une température élevée et de sécheresse pour tous les travaux que réclame l'agriculture. Les nouvelles que nous .recevons concernant les vers à soie ne sont toujours pas satisfaisantes. On est plus porté à avoir confiance dans les graines du Japon que dans les graines de provenance française.
J.-A. Barual.