L'EXPOSITION AGRICOLE
L'Exposition universelle est ouverte depuis le premier de ce mois, mais loin d'être achevée dans toutes ses parties; l'inauguration en a été une cérémonie obligée et il nous semble que le 20 tout pourra être au complet.
On sait que l'Exposition est à la fois artistique, industrielle et agricole, et si nous signalons ce triple caractère, c'est que les Expositions qui l'ont précédée étaient avant
1. Les deux discours de M. de Larcy et de M. Léopold de Gaillard au congrès d'Aix ont été imprimés à part, et sont en dépôt à la librairie Dentu.
tout des Expositions d'industrie. Ainsi l'agriculture n'est venue prendre place à nos Expositions qu'après l'industrie, qui n'y figure elle-même que depuis 1798. A cette époque, un ministre, qui a droit à tous nos respects, François de Keufchàteau, lui réserva une place à côté des arts qui occupaient presque inclusivement la vieille société française, brillante et polie sans doute, mais fort peu soucieuse du sort des masses \ el auprès de laquelle, il faut le dire, le travail et le capital n'étaient pas en honneur. Cette première manifestation de l'industrie était si peu de chose, que Earras, appelé à ouvrir à la tête du Directoire ce qu'on appelait alors le salon, mot qui est resté réservé aux Expositions purement artistiques, oublia d'en parler. Cent dix exposants y figuraient. Il n'est aucune des quatre-vingt-quinze classes de l'Exposition de 1867 qui n'en compte un bien plus grand nombre, et en outre cette fois, l'agriculture devait marcher de pair avec l'industrie.
C'est qu'entre la première Exposition industrielle qui s'ouvrit justement au Champ de Mars, il y a soixante-dix ans dans un temple dédié à la paix, comme ou disait alors, mais que la guerre ne laissa pas achever, il s'est opéré une véritable transfiguration. Les masses industrielles et agricoles ont remplacé une société restreinte, et la vapeur, l'électricité, les moyens de la chimie et de la mécanique sont venus successivement porter secours à l'industrie et développer la production dans des proportions qu'il est inutile de chercher à déterminer.
Les mêmes moyens viennent aujourd'hui prêter la main à la production agricole et tel est tout d'abord le caractère de l'Exposition de l'agriculture. Les machines agricoles alimentent des ateliers considérables qui possèdent toutes les ressources de l'outillage mécanique. Celles à vapeur, montées sur roues, dites locomobiles, les françaises au moins, ne faisaient qu'apparaître en 1855 ; mais aujourd'hui les sections étrangères et la nôtre présentent les plus nombreux spécimens de ces machines pouvant être employées aux usages de l'industrie annexée à la ferme, à ceux de l'agricultureproprement dite, et enfin sous forme de locomotives routières, marchant sans rails, devant servir aux transports des matières de l'agriculture et de l'industrie, à celui des voyageurs eux-mêmes et à la traction par halage sur canaux des matières fertilisantes. Déjà s'organisent des compagnies sous le nom de Messageries à vapeur, Compagnies de la traction par halage sur divers points du canal de Mons à Paris et de Caen h la mer.
Il existe donc à l'Exposition deux côtés bien distincts à envisager. Premièrement celui de l'agriculture morte, c'est-à-dire cette partie des inventions humaines appliquées à l'agriculture, inventions dues au génie de l'homme, et aux applications de la science mécanique, de la vapeur et de l'outillage.
Tout ce qui concerne l'emploi de la vapeur en industrie a pu être perfectionné, simplifié par un grand nombre d'ingénieurs et de mécaniciens. On a trouvé des emplois variés de la force expansive de la vapeur, les moyens d'exécution ont été modifiés ; améliorés ; mais il est facile, pour un œil attentif, d'apercevoir, dans la galerie des machines fixes, que les principes de Watt et Wolf restent les mêmes. Ici, on a cherché des dispositions économiques en vue du prix élevé du combustible; là, la richesse minérale y a fait attacher une moindre importance ; mais à part ces considérations, le travail de l'homme semble arrivé sur l'étendue du monde entier à une uniformité presque complète des moteurs mécaniques à vapeur appliqués à l'industrie. La même route semble suivie par la mécanique agricole ; les prix plus élevés de la main-d'œuvre et ceux moins élevés du combustible ont, plus que toute autre considération, contribué à la supériorité des Anglais et des Américains dans l'emploi des forces mécaniques en agriculture, sans qu'aujourd'hui cependant cette supériorité soit bien marquée et elle reste douteuse même pour beaucoup.
En ce qui concerne les produits naturels du sol, il en est tout différemment. Ils sont sans doute le résultat du travail de l'homme, mais il est des conditions climatériques et géologiques contre lesquelles ni le génie ni la puissance des moyens d'action ne peuvent absolument rien. La vigne ne croîtra pas en Angleterre et le climat du Midi s'oppose radicalement à certaines cultures industrielles avantageuses, celle de la betterave notamment, qui réclame un climat ni trop humide, parce qu'elle y perd de ses qualités alcooliques, ni trop chaud, parce qu'elle ne peut y
1. On sait comment une femme d'esprit, Mme de Sévigné, dont le cœur, qui n'était pas sans indépendance, reste encore le modèle de toutes les délicatesses et les sensiljilités, parle cependant avec une inconcevable insouciance des dragonnades et de la pendaison de quelques vilains par les milices du duc de Chaiilnes.
l'exposition agricole et le premier concours a BILLANCOURT. 1S9
prospérer. Les Anglais, qui se livrent plus que tous les autres aux forces du jugement et de l'observation, savent depuis longtemps qu'une difi'érence de deux degrés en plus ou en moins de la moyenne climatérique détermine une bonne ou une mauvaise ri'colte. L'uniformité des théories absolues est ce qui a entraîné les plus nombreuses déceptions en agriculture. Ces considérations auraient dû, peut-être, prédominer dans les dispositions de l'Exposition agricole, dont les produits, comme les laines, le coton, les céréales figuraient seulement à l'Exposition de 1855, tandis que la classe vu contenait une section réservée aux machines de l'agriculture.
On a pensé cette fois qu'en limitant l'admission des produits à ceux qui peuvent, sans s'altérer, séjourner tout le temps d'une Exposition^ on privait l'agriculture de son plus grand attrait, celui de montrer au monde des visiteurs les produits et les exploitations où ils s'élaborent. Il y avait même lieu, pensait-on, de transporter à l'Exposition non-seulement le procédé, la méthode et le produit, mais le milieu s'il se pouvait. Avec quel intérêt en effet n'aurions-nous pas vu dans l'enceinte du Champ de Mars, ou y attenant, la culture propre à la Bretagne où le roc perce à chaque pas un sol trop maigre pour le revêtir ; celle de la Flandre, de la plantureuse Normandie, de la Bourgogne, du Languedoc, de la Provence elle-même. Leur diversité eût été justement l'image de la France qui, dit M. de Lavergne, traversée par quatre grands fleuves, abritée par plusieurs chaînes de montagnes, est un résumé de tous les climats et de toutes les cultures de l'Europe, et des Expositions collectives de la Bretagne, de la Normandie, du Languedoc en auraient offert l'abrégé au monde des visiteurs.
Le programme n'aurait rien que de fort séduisant si, par malheur, il ne rencontrait des difficultés insurmontables dans l'application. On ne parlait point de la coïncidence possible des concours régionaux qui offre une arène souvent suffisante à l'ambition et aux intérêts des agriculteurs. Sans répondre à des conditions cliraatériques ou géologiques spéciales, les circonscriptions administratives de l'agriculture ont à leur tête un personnel d'inspecteurs généraux, aimés et connus des agriculteurs français, dont les habitudes d'indépendance , disons-le , la résistance à l'arbitraire et à la volonté qui s'impose , sont autant d'obstacles pour obtenir leur éloignement des occupations où l'œil du maître est le plu.5 nécessaire, et si même ces concours provinciaux concordaient avec des assemblées et des réunions libres, ils seraient k divers points de vue, à n'en pas douter, la cause du développement de l'initiative qui abdique souvent, si bienveillante que soit l'intervention administrative. Alors, selon nous du moins, le gouvernement n'aurait pas besoin de décréter tantôt une enquête sur l'agriculture, tantôt sur les banques, etc.; toutes les questions seraient résolues par des intéressés; l'enquête serait constamment ouverte ; le gouvernement n'aurait pas à pencher l'oreille , il suffirait de ne pas la fermer.
Le rôle d'un agriculteur à une exposition universelle diffère de celui d'un industriel. En quoi les ressources d'une publicité sans égale peuvent-elles servir ses intérêts, lorsqu'il jouit des facilités de transport avec le marché voisin pour l'écoulement de ses produits? Obtenir de lui un séjour permanent ainsi que l'exigerait l'échelonnement des concours de Billancourt pendant une durée de sept mois, est presque une impossibilité, et sans doute si l'intérêt de l'agriculture avait été seul enjeu, et non celui de l'entreprise et du spectacle qu'on désirait ménager au public, il en eût été tout autrement, surtout si cette exposition avait été l'œuvre collective de l'agriculture; car il faut le dire, l'élection est le seul principe sympathique aujourd'iiui en France, même en cette matière. Au lieu d'un éparpillement des concours d'animaux de quinzaine en quinzaine avantageusementconcurrencés sans doute par les solennités des concours régionaux, tout en maintenant une spécialisation pour les races de boucherie, les races laitières, les animaux de travail, on eût pensé à une exposition plus compacte, comme celles d'Angleterre, et d'une durée qui n'eût pas contraint à des déplacements successifs pendant sept mois, de quinzaine en quinzaine, les agriculteurs et le public qui se rendra à Billancourt ; car si Billancourt ne devait être en principe qu'un champ d'expériences, la force des choses n'en a pas moins fait une exposition spéciale. Or, si une exposition est faite pour le public, réciproquement ce sont les visiteurs qui en assurent le succès financier, et si vous spécialisez les concours, vous spécialisez le public et l'affluence diminue. C'est ce qui ne peut manquer d'arriver à Billancourt où. Dieu merci, on jouit, jusqu'à cette heure, d'une parfaite liberté d'entrer et sortir. La lassitude même éprouvée au Champ de Mars
par les visiteurs les plus détermine's et qui rencontrent là, du reste, tout ce qui peut salis l'aire leurs désirs sous le rapport de la mécanique agricole et de l'agriculture morte est un grand obstacle au succès de Billancourt. Pouvait-on rencontrer, au début, des annexes autour du Champ de Mars, même les vastes pelouses et la plateforme du Trocadéro, ainsi que nous en avons vu émettre la pensée? Nous l'ignorons. Au reste, la Commission impériale s'est gardée de livrer ses secrels au public et de prêter l'oreille aux idées du dehors.
On avait pu penser cependant, au début, que le principe de l'initiative et d'une certaine décentralisation devait prédominer, et siles expositions passées étaient l'œuvre de la Commission impériale h. laquelle les exposants adressaient leurs produits pour être classés par ses soins, cette fois les exposants allaient pourvoir à leurs frais à leurs inslallations. Malgré les prix élevés de certaines sections, ce qui faisait plaisamment objecter à certains exposants que l'usqu'ici c'étaient les acteurs qu'on payait, mais que cette fuis ils payeraient le public, le succès a répondu à cette manière de faire en ce qui concerne l'industrie, au moius; car en agriculture il a fallu y renoncer pour Billancourt et offrir gratuitement le logement aux exposants d'animaux des concours, et le terrain aux spécimens d'agriculture, tandis que les exposants de l'industrie agricole pourvoient aussi là à leurs frais, à leurs installations.
Malheureusement c'est peut-être moins la pensée d'une plus large marge laissée à l'iDitiative, que celle de ne point compromettre le capital de garantie et le retrouver par les frais imposés aux exposants, qui a constamment préoccupé la Commission impériale ; car chacun sait que la ville de Paris et l'Etat subventionnent de douze millions, d'avance sacrifiés, l'Exposition; mais quant aux huit raillions restant, ils sont fournis par des souscripteurs dont il faut sauvegarder les intérêts. A ce moyen, écrivait un célèbre publicisle, la Commission impériale s'est trouvée partagée entre le désir du succès et l'intérêt des souscripteurs, et l'œuvre, malgré sa splendeur incontestable, n'a le caractère ni d'une création nationale ni d'une spéculation particulière.
En ce qui concerne l'agriculture, ce qu'il n'est point téméraire d'affirmer, c'est que l'annonce des frais à supporter par les exposants a éloigné beaucoup d'amis de l'agriculture; celle-ci, du reste, n'a eu voi.x au chapitre que par quelques heureuses désignations.
Il faut le dire cependant, l'sgriculture a tout d'abord manifesté une grande bienveillance pour l'idée d'une représentation générale, et plusieurs agriculteurs distingués avaient consenti à établir des spécimens de leurs méthodes et à s'exposer, dans un but d'utilité générale, à la critique du public, sachant bien qu'il s'y rencontre plus de gens disposés à nier qu'à agir, et nous pouvons citer MM. Decrombecque, Trousseau, Bignon, Vallerant, Harry, etc., qui ont fait pratiquer à Billancourt les essais comparatifs de méthodes que l'observation et la pratique leur ont révélées pour une plus grande et plus économique production. Deux noms chers à l'agriculture, MM. Bourcier et Bouthors, n'ont pas, parait-il, rencontré dans l'exécution de leur mandat toute l'initiative qu'il leur paraissait devoir comporter tt qui répondait à leur zèle; ils avaient été mis à la tête du service et se sont retirés, aux regrets de leurs amis, ceux de l'agriculture, et des ouvriers de Billancourt qui ont voulu les leur témoigner.
La Société de secours mutuels des jardiniers de la Seine avait fait la demande d'un espace assez étendu, et qui devait être un champ modèle de jardinage et de culture maraîchère; mais devant des dépenses qui se seraient élevées à un chiffre relativement très-important, et peut-être aussi par défaut d'entente mutuelle, elle y a renoncé. La culture maraîchère, du reste, lorsqu'elle est pratiquée d'une manière étendue, se rapproche des règles des assolements agricoles. Cette société a judicieusement fait, selon nous, en abandonnant le projet de consacrer à une exhibition des sommes qui trouveront un meilleur emploi dans les secours qu'elle peut distribuer à ses membres peu favorisés parle succès. D'ailleurs la véritable exposition des produits maraîchers, exposition quotidienne et permanente à laquelle le département de la Seine est loin de concourir seul et qu'alimentent, grâce aux facilités de transport, les départements les plus éloignés de la capitale, où souvent le terrain, le climat et les facilités exceptionnelles de main-d'œuvre ont créé des spécialités de culture, cette exposition, disons-nous, est, chaque jour, aux Halles centrales.
L'arboriculture est bien représentée îi Billancourt. MM. Baltet frères, pépiniéristes et jardiniers à Troyes, y ont exposé une collection vraiment remarquable de leurs arbres qui ne manqueront pas d'acheteurs assurément, taudis que le professeur Gressent, dont les leçons ont offert tant d'intérêt à un public d'élite, y fait figurer des spécimens des méthodes qu'il enseigne à une école établie à Sannois (Seine-et-Oise). L'arboriculture compte en France de nombreuses illustrations, comme MM. Du Breuil, Rivière, Alexis Lepère.etc, et est destinée à jouer un rôle de plus en plus important lorsque pénétreront partout les notions de physiologie végétale, de la taille, de la plantation et du sol.
La difficulté d'un compte rendu s'accroît de la double position qui est laite à l'agriculture au Champ de Mars et à Billancourt qui, pour être une exposition spéciale, ne participe pas cependant à d'autres récompenses que celles de l'Exposition générale. Force serait donc pour un chroniqueur, en ce qui concerne les instruments,-de suivre tour à tour les sections anglaise, française et américaine, et de rendre compte à leur date des concours. Le premier vient d'avoir lieu et nous publions ci-dessous l'ordre des récompenses. Il avait pour objet la race ovine.
On sait que ces concours doivent se succéder de quinzaine en quinzaine pour ce qui concerne les races d'animaux. Sous peu de jours aura également lieu le premier concours d'instruments agricoles en commençant par les charrues, machines à vapeur, etc.
Tout est au complet à Billancourt en fait d'instruments et on s'y prépare au concours de charrues. La section anglaise est là avec toute la série de ses instruments, mieux représentée peut-être qu'au Champ de Mars, bien que nous ne leur cédions en rien, du moins en apparence, car la pratique de la mécanique est presque héréditaire chez eux.
S. M. l'Empereur, qui s'était rendu à Billancourt, considérait avec attention une magnifique paire de chevaux de labour du comté de Bedford, traînant une charrue de MM. J.-J. et F. Howard et sortant d'un champ de labour et d'entraînement que ces honorables gentlemen ont loué; d'autres équipages sont attendus d'Angleterre.
L'Empereur arrivait au moment où finissaient les opérations du jury pour la race ovine; sa position particulière et celle de AL le comte de Bouille, lauréat de tant de primes d'honneur, les avaient fait exclure du Concours.
Nous sommes heureux de signaler la voie suivie cette fois par le jury et, comme on peut s'en convaincre, c'est l'ensemble des e.xpositions et non des individualités souvent exceptionnelles qui a été primé.
Vendredi, les animaux reproducteurs quitteront Billancourt pour faire place aux animaux destinés sans doute à l'insatiable marché de Paris. Au reste, on sait que ' dans l'élevage de la race ovine tout l'intérêt se concenti-e aujourd'hui sur la production de la viande, le marché des laines du pays étant depuis quelques années dominé par l'importation des laines d'Australie et de la Plala, où dégénèrent cependant déjà, dit-on, la race qu'ils doivent à notre établissement national de Rambouillet, dont l'établissement et la conservation rappellent tant de souvenirs sympathiques.
1" prix : M. Nouette-Delorme, pour l'ensemlile de son exposition de southdowns ; — 2°, M. Plucliet, pour l'ensemble de son expcsition (race Phichel) ; 3", M. de Béhague, pour l'ensemble de son exposition.
1" deuxième prix : M. Malingié, pour son exposition race charmoise ; — 2°, M. le marquis de Vpgiié, pour son exposition; — 3% M. le marquis d'Havrincourt, pour son exposition ; — 4°, M. Signoret, pour animaux Dishley.
1"'' troisième prix : M. Riverain Collin, pour l'ensemble de son exposition southdowns; — 2", M. Céran-Maillard ; — 3", IVI. Poulain, race charmoise et autres; — 4°, M. Hamot, pour southdowns.
Menlions très-honorahles : Comice de Seine-et-Marne; M. Fouquier d'Héroûel ; M. Rasset, soutdown.s, cauchois; M. Lacoiir, morvandelle; M. Bignon; M. Hecquet ; ftj. de Saint-Maurice; M. Forgas.
Nous avons remarqué les mérinos chinois de M. Teyssier des Farges qui, malgré une fertilité exceptionnelle de quatre agneaux par an, n'ont point obtenu de mention.
A. DE LA MORVONNAIS
Nous avons pu apprécier, dans notre précédent article, rimportance des fours à chaux de Laroque-Genest et de Bahais, et les services que la compagnie chaufoumière de l'Ouest rend à l'agriculture de plusieurs départements, en leur fournissant à bas prix un amendement de premier ordre pour leurs sols argileux.
A certaines époques de l'année, principalement dans l'intervalle qui s'écoule entre les travaux de la fenaison et ceux de la moisson, les cultivateurs placés à proximité des fours y viennent s'approvisionner eux-mêmes, et Ton a compté, certains jours, jusqu'à mille voilures attendant .leur tour de chargement. Tandis que cette opération se fait, les chevaux et bœufs sont, ainsi que nous l'avons dit, dessellés et placés à l'abri du soleil ou de la pluie, sous de vastes hangars où l'on répand, au lieu de paille et comme litière, de la poussière de chaux éteinte qui absorbe les urines des bestiaux et conserve leurs déjections sans fermentation et sans émanations délétères. G est de ce fait pratique qu est née l'invention de la chaux animalisée et de ses dérivés : chaux stipersaturée, urines imputrescibles et taffo français, que la compagnie chaufoumière prépare pour la fumure des terres et livre maintenant à l'agriculture en quantités considérables.
Celte propriété spéciale qu'a la chaux éteinte en farine, de retenir longtemps sans décomposition les matières azotées, avait été déjà constatée par M. Payen et signalée par ce savant /lans sa notice sur les lilieres terreuses. La chaux qui, à l'état de chaux vive, sert à dégager les substances azotées et les alcalis engagés sous diverses combinaisons dans le sol, et qui aussi, dans la fabrication des composts, sert, toujours à l'état de chaux vive, à désorganiser promptement les matières animales et végétales, peut donc, quand elle a perdu sa causticité, jouer un rôle tout différent et servir à conserver et rendre facilement utilisables toutes les immondices des grandes villes, notamment les déjections humaines solides et liquides.
La chaux animalisée est composée d'un mélange de déjections humaines et de chaux éteinte avec de l'urine, dans le rapport suivant : trois quarts de matières fécales solides ou liquides, et un quart de chaux grasse pure. Il y a dans ce procédé deux questions d'une haute importance : d'abord l'assainissement des grands centres de population et la restitution à l'agriculture d'un engrais sans cesse à sa disposition, cet engrais ne courant pas le risque, comme le guano, par exemple, de voir son épuisement mettre un jour l'agricuUeur dans la nécessité de lui chercher un remplaçant, et sa fabrication n'entraînant aucune cause d'insalubrité pour les localités où on le prépare.
Nous allons donner à nos lecteurs quelques renseignements sur l'importance de la fabrication de cet engrais naturel et décrire les différents moyens employés par la Compagnie chaufoumière pour récolter et utiliser les matières fécales, qui jusqu'ici n'ont été qu'une cause d'insalubrité et d'infection, tandis que leur application intelligente à