L. GuiGUET
LE DOMAINE DE BÀRLIÈRE (hâute-loire).
A M. Barral, directeur du Journal de l' Agriculture.
Je vous avais fait connaître, et vous aviez publié dans le Journal d'Agriculture pratique, pendant qu'il était sous votre habile direction, le système de culture ou de succession de récoltes que j'avais adopté pour l'exploitation de mon domaine de Barlière, situé à l'extrémité sud de la Limagne d'Auvergne, dans l'arrondissement de Brioude i^Haute-Loire). Je vous avais dit, je crois, que ce domaine, acquis par moi en 1832 au prix de 80,000 fr., a'vait une contenance de 55 hectares et avait fait partie d'un plus grand dont l'étendue était d'environ 150. Mais je ne vous avais pas appris, il me semble, que celui-ci avait été cultivé, pendant une vingtaine d'années, avec de légers bénéfices, au prix
\. Aug. Coin, éditeur. Paris, 82, rue des Écoles.
annuel moyen de 2,500 fr. par une famille assez laborieuse et économe; que cette famille n'avait plus voulu l'affermer de nouveau et qu'elle avait été remplacée par d'autres, pour douze ans, moyennant pour chacun une réduction de 500 fr. Je vous avais appris enlin que la nature de la partie acquise par moi, étant généralement argilo-calcaire et privée intégralement de prairie naturelle, sans possibilité d'y en établir à défaut de sources et de cours d'eau, j'avais beaucoup réduit la culture des céréales et je l'avais remplacée par celle des fourrages légumineux, sainfoin, trèfle, etc. J'avais ajouté que j'avais aussi beaucoup augmenté celle des racines, et notamment celle des turneps anglais. Ainsi, six hectares avaient été au début semés en sainfoin qui, bien plâtrés, avaient fourni, non compris les secondes herbes, environ 4-0,000 kilog. de foin par année et avaient donné les moyens, avec le secours des racines, de garnir le domaine d'un assez nombreux bétail. Le surplus, divisé en sept lots, avait été soumis à l'assolement suivant, que je remets de nouveau sous vos yeux : 1'° année, racines avec fumure de fumier de ferme de 50,000 kilog. à l'hectare ; 2' année, semis de trèfle bisannuel avec un hectolitre et demi d'orge à l'hectare; 3' année, trèfle coupé deux, fois, la troisième coupe enfouie au commencement d'octobre et semis immédiat de blé à la herse ; 4° année, blé ; 5' année, avoine ; G" année, trèfle farouche et vesces d'hiver consoimnés verts; l'année, blé et colza.
Les six hectares en sainfoin ci-dessus, défrichés après quatre années consécutives de ce fourrage, — successivement remplacés sur d'autres points, — semés en blé trois années sur quatre, avec intercaation à la troisième d'une vesce d'hiver — coupée verte, ont rendu en moyenne pour chacune, sans le moindre engrais, 22 heclol. à l'hectare, tandis que, soumis auparavant à la culture alterne, blé et jachère, sans fumure aussi, — les fermiers en produisaient peu : ils n'avaient pour l'exploitation des 150 hectares qu'une douzaine de bêtes bovines nourries médiocrement et une centaine de moutons qui vivaient misérablement sur des terres épuisées, — tandis qu'auparavant, dis-je, leur rendement n'excédait jamais lOhectol. et ne produisait qu'une année sur deux.
Il est résulté de cette innovation un revenu net moyen de 4,000 fr. jusques et y compris 1855; en sorte qu'un peu plus d'un tiers de ce grand domaine, et la partie considérée comme de moins bonne nature, a rendu par année, sans la moindre dépense extraordinaire, sans les moindres frais de transformation, 1,500 fr. de plus, chaque année, que ne l'avait fait la totalité pendant les 30 précédentes. Il faut dire toutefois qu'au lieu de donner les premiers labours avec le léger araire de la localité, qui ne retourne qu'une couche de 10 à 12 centimètres, ils ont été opérés avec l'araire Dombasle à une profondeur de 25 à 30; qu'ainsi la terre a eu moins à souffrir de l'excès des eaux pluviales et qu'elle a été soumise à une plus grande action de l'air, de la chaleur et des principes de fertilité répandus dans l'atmosphère.
A quels importants résultats ne peut-on donc pas arriver par la culture fourragère, et combien n'est-il pas utile de la recommander toujours aux cultivateurs grands et petits, en leur disant toutefois, s'ils veulent éviter des mécomptes, de bien étudier la nature des sols
sur lesquels ils opèrent!... S'il est certain, en effet, que tous les sols sont aptes à la production des fourrages, que tous ne sont pas propres à produire les mêmes , il faut aussi avoir égard aux différences de climat.
La culture des fourrages, bien appropriés aux différentes natures des terres, fait le bien-être des agriculteurs de plusieurs façons. Elle améliore grandement d'abord la superficie sur laquelle vivent les céréales, dont le rendement est alors au moins double. Elle permet ensuite d'élever un nombreux bétail qui donne chaque année des bénéfices importants et qui est la meilleure des fabriques d'engrais. Elle acci'oît enfin considérablement la somme du capital. Vous allez juger, monsieur, si le mien a prospéré par cette pratique.
Mes ressources pécuniaires étant insuffisantes pour payer le prix d'acquisition d'un domaine placé sur un autre point du département de la Haute-Loire, je vendis en détail, à la fin de l'année ci-dessus 1855, vingt-six hectares de celui de Barlière et j'en obtins le chiffre de G4,000 fr. qui fut exactement payé ; en sorte que les vingt-neuf restant et les mieux placés, ceux de meilleure nature, ne me coûtent que 16,000 fr. Les bénéfices résultant de l'adoption du système ci-dessus étaient trop réels pour qu'il fût abandonné; il a donc été continué pour ces 29 hectares auxquels est aujourd'hui réduite la contenance de Barlière : vous allez voir qu'il a été fructueux.
Le blé a occupé et occupe toujours sept hectares; l'orge et l'avoine autres sept; 150 ares sont en vigne, en jardins fruitier, potager et d'agrément. Le surplus, — 13 hect. 50 ares, — est en fourrages légumineux et racines, distribués d'après les règles indiquées au commencement de cette lettre. Voici quel a été le rendement de ces céréales pendant les trois dernières années. Le blé a produit en 18G'r, année hors ligne en Auvergne, 35 heclol. à l'hectare, l'orge et l'avoine 45. La production du blé n'a été en 1865, — une des plus mauvaises depuis 30 ans, — que de 18; celle de l'orge et de l'avoine que de 28. Leur végétation était cependant égale à celle de l'année précédente; mais les vents brûlants du sud, trop persistants, avaient grandement altéré les épis; une partie des alvéoles étaient vides ou ne renfermaient que des grains informes. Le rendement du blé a été en 1866 de 27 hectol., ceux de l'orge et de l'avoine de 35. Ceux-ci auraient été bien au delà de 40, si encore un vent violent d'ouest, soufflant au moment de la maturité, après des journées trop chaudes, n'avait occasionné un égrenage considérable.
L'expérience m'ayant appris qu'il était utile de cultiver plusieurs variétés de blé, j'ai adopté les suivantes : le gros rouge à barbes, spécial pour les pâtes dites d'Italie; le doniol, le meilleur pour la fabrication du pain de seconde qualité ; les anglais Victoria, Hélène d'Orléans ou halet et rouge d'Ecosse; enfin l'odessa en mélange avec le bleu. — Le gros rouge et le doniol succèdent immédiatement au défrichement du sainfoin. — J'ai constaté que si on y cultive d'abord les autres, on a de la verse avec beaucoup de paille et peu de grain. — Les anglais sont placés sur le défrichement du trèfle bisannuel et forment ainsi la 4" sole ; le mélange de bleu et d'odessa l'est sur le défrichement des lèfles farouches ou vesces, 6* sole, ainsi qu'après les gros rouge et
doniol qui ont succédé au sainfoin. La maturité de ces blés est différente. Les anglais sont plus tardifs, l'odessa elle bleu sont plus hâtifs; aussi leur production n'est pas égale chaque année. Tandis que les anglais avaient produit près de 40 hectol. en 1 864, le mélange de bleu et d'odessa n'avait pas excédé 25 ; tandis que celui-ci a rendu 35 en 186C, les anglais ont à peine atteint le chiffre de 18. Ceux-là étaient cependant plus beaux en végétation, ils étaient placés sur les points les plus fertiles du domaine, ils étaient surtout admirés par les visiteurs. C'est que par leur maturité plus tardive ils ont subi peu auparavant plusieurs rosées froides qui ont rouillé les tiges et paralysé la complète formation du grain. Celles du mélange de bleu et d'odessa, plus hâtives au moins de dix jours, n'ont pas eu à souffrir de cette intempérie.
Vous me demanderez peut-être, monsieur, les motifs de ce mélange — Le voici : c'est que si l'odessa est d'une qualité supérieure, s'il est un des plus recherchés par la meunerie, sa tige est très-faible et il est très-sujet à la verse; alors sa production est minime. Or, comme la tige du bleu est forte, robuste, elle soutient celle de son compagnon, et on obtient alors un l'endement satisfaisant des deux.
Les racines et l'orge des première et deuxième soles n'ayant pu absorber la fertilité donnée à la terre par la fumure considérable qu'elle a reçue au début,le trèfle bisannuel ayant d'ailleurs presque rétabli l'équilibre à cet égard, le succès du blé de la quatrième ne peut être mis en doute. Mais n'aurez-vous pas, monsieur, quelque hésitation à croire à la bien venue de celui delà septième ? Vous pouvez regarder comme certain que la différence a été généralement peu sensible. Ils ont été inspectés par des connaisseurs qui n'ont pu y en remarquer. Si trois fois sur onze ce dernier a eu à souffrir des trop grandes rigueurs des hivers, sa riche végétation a reparu après une expansion faite, au commencement du printemps, d'une foible dose de tourteau pulvérisé de colza ou de chènevis, selon les prescriptions de M. Jamet, cet agronome si distingué, ou de guano Rohart, tous recouverts par un coup de rouleau qui a chaussé les plantes en brisant les mottes.
Je dois, monsieur, pour compléter ma narration sur mes pratiques et mes travaux agricoles à Barlière, vous apprendre quelle est la somme de bétail entretenue sur ce petit domaine. Elle est habituellement de dix-sept têtes, savoir un cheval et seize vaches ou bœufs, race de moyenne force; et quoique l'Auvergne, contrairement à tant d'autres contrées de la France, ait eu autant à souffrir de la sécheresse en 1 866 que pendant les trois années préçédentss; quoique la terre n'y ait été convenablement mouillée que par les pluies générales de la fin de septembre, la production des fourrages, tant racines que légumineux, a été si abondante à Barlière qu'il a fallu, pour les consommer, augmenter le gros bétail de deux tètes et y ajouter trente moutons, qui, soumis à l'engrais, peuvent compter pour quatre autres et en portent le nombre à vingt-trois, outre trois porcs qui y sont constamment entretenus. Ainsi cela fait presque une tête par hectare pour un domaine qui, je le dis encore, n'a pas la plus petite parcelle de prairie naturelle. Au résumé, son produit brut est de 5,400 fr. Si on distrait de cette somme 2,800 fr. pour tous frais de culture et les impôts, on a, pour 27 hectares 50 ares,
un revenu net de 2,600 fr., soit près de 1 00 fr. à l'hectare et pour une ferme dont le prix d'achat se trouve réduit à 16,000 fr.
J'ai dit précédemment que tous les terrains ne peuvent produire les mêmes fourrages, et que les agriculteurs qui veulent éviter les mécomptes doivent étudier soigneusement la nature des sols sur.lesquels ils veulent opérer. Beaucoup d'exemples ont prouvé la vérité de cette assertion. Je l'ai constaté récemment pour le brome de Schrader. Ayant eu part aussi, en partie par votre bienveillant souvenir, à la distribution de la graine de cette plante, elle fut semée près d'une allée d'arbres, sur un terrain de bonne qualité, un mélange d'argile, de cilice et de calcaire. Sa végétation ayant été loin de répondre aux espérances annoncées, j'ai fait en 1866 une expérience comparative. Trois lots ont été semés en brome : le premier à peu de distance de celui ci -dessus, mais hors la portée des racines des arbres; le deuxième sur un sol moins riche, composé en majeure partie d'argile et de calcaire; le troisième sur un terrain trèspeu calcaire, très-peu argileux, où la silice abonde. La végétation du premier a été médiocre, celle du deuxième a été au-dessous du médiocre, celle du troisième a été magnifique, sa récolte très-abondante. Il est donc résulté pour moi de cette expérience la conviction qu'on peut attendre les meilleurs résultats de la culture de ce fourrage-graminée si elle a lieu sur des poinls Irès-siliceux, naturellement frais, tels que ceux du fond des vallées, tels que ceux qui bordent les rivières; mais qu'on procède mal en les cultivant sur les sols où dominent le calcaire et l'argile, ceux qui sont si aptes à la grande production des fourrages légumineux, du sainfoin surtout.
Je n'ai pas été seul à bénéficier de l'adoption de ces innovations.
J'ai eu la bien douce satisfaction de me voir imiter par tous les habitants de la commune dont dépend Barlière et par un grand nombre de ceux des communes voisines. Ainsi, les jachères ont presque disparu de celte contrée; ainsi, le petit cultivateur comme le mieux traité par la fortune, ont tous leurs parcelles de trèfle, de luzerne, de sainfoin', de betteraves, beaucoup celles de topinambours; ainsi, le bétail y est devenu quatre fois plus nombreux et s'est beaucoup amélioré; ainsi, ceux qui étaient pauvres sont devenus aisés, ceux qui étaient aisés sont devenus riches; ainsi, les habitants de cette commune, où est situé Barlière, tous de simples paysans, ont acquis en trente ans pour près de 600,000 fr. d'immeubles qu'ils ont payés avec leurs économies; ainsi, la progression morale a marché avec le bien-être matériel!!! Par quelle fatalité faut-il qu'un état de choses aussi heureux,
aussi satisfaisant soit aujourd bui en décroissance?.... Cela est triste à voir et à dire; et cependant, cela n'est que trop vrai. La cause en est dans l'absentéisme qui s'est communiqué des bourgeois aux paysans. Ceux-ci ne veulent plus être ouvriers des campagnes, de la terre; ils ne veulent l'être que du travail urbain. Je connais bien des pères de famille villageois qui, par la seule industrie rurale, ont quadruplé leurs petites fortunes, qui de 4,000 à 5,000 fr. les ont élevées de 15,000 à 18,000 fr., et qui, arrivés à l'âge de cinquante à soixante ans, ont à peine un de leurs enfants avec eux, d'autres qui n'en ont aucun. Il est certain cependant que, sur vingt qui s'établissent à la ville, un ou deux seulement prospèrent, et que les autres vivent dans la détresse,
tandis que c'est l'inverse dans les campagnes. Il n'y a là aucune institution de charité, et il est rare que la nécessité s'en montre. Plus, au contraire, la masse ouvrière est nombreuse à la ville, plus les malheureux y abondent, plus les aumônes et les secours y sont nécessaires, plus il y a de quêtes et de souscriptions. Quel sera, monsieur, le résultat de cette lâcheuse disposition qui a gagné les classes rurales, si on ne songe pas à la conjurer, si on est sourd à la voix, et aux conseils des judicieux, des vrais amis de leur pays, tels qu'un honorable député de la (]ùte-d'Or, M. Magnin?.... La terre de France reviendra ce qu'elle fut au temps des guerres de Louis XIV, ce qu'elle fut de 1805 à 1818. A cette dernière époque, le prix du pain s'éleva plusieurs fois jusqu'à 80 cent, le kilog. Elle retournera au si improductif et si triste métayage de nos pères. Il n'en peut être autrement : les valets de ferme des deux sexes sont tellement rares aujourd'hui que n'en trouve pas qui en a besoin ; que le petit nombre en est mis à l'enchère et que leurs honoraires ont presque doublé. Enfin la manœuvre dite journalière a presque partout disparu, en sorte que la production du blé ne sera plus rémunéraloire si son prix est au-dessous de 20 fr. l'hectolitre.
Permettez-moi, monsieur, de ne pas clore ma lettre, peut-être trop longue, sans vous dire encore une fois quelques mots du maïs géant? Il en a été semé, en 1866, à Barlière, environ 22 ares; et, quoique la sécheresse en ait beaucoup gêné la bien venue, sa production a été assez satisfaisante. On a pu chaque jour, pendant près de deux mois, alors que le tri/le et la luzerne étaient sans végétation, en composer un repas pour chacune des seize bêtes bovines du domaine. Il entretenait la bonne santé de tous et maintenait la somme du lait des vaches. J'ai été fort surpris de lire, dans la lettre de M. Villeroy, que cette alimentation laissait à désirer à cet égard ; j'ai constaté le contraire, et comme en ce pays on a l'habitude d'exciter l'extraction de ce liquide par une ration appétissante donnée aux animaux pendant la traite, il a été reconnu qu'elle était plus abondante lorsque cette ration était en maïs géant, mais le plus éloigné que possible, sinon de sa maturité, puisqu'il n'y arrive pas sous les climats tempérés, comme celui de la Limagne d'Auvergne, au moins de son entier développement. Ne faut-il pas attribuer l'observation de M. Villeroy à la non-exécution de celte pratique? La même différence résulte de la consommation de tous les fourrages : ils sont bien plus lactifères avant leur floraison qu'après. Je suis enfin, monsieur, demeuré tellement convaincu des grands avantages qu'on peut retirer de l'adoption de ce nouveau fourrage, qu'avec le concours de la maison Vilmorin-Andrieux, j'ai fait, en 1866, une distribution de sa graine dans plusieurs communes de l'arrondissement de Brioude. Puisse ma vie, déjà bien longue — j'ai soixante-seize ans — se prolonger assez pour en voir la culture aussi répandue que celle des autres fourrages. Doniol père.
Propriétaire-agriculteur, à Barlière.
Affranchissement de tous- droits sur les piquettes de cidre ou de vin,
1 . Voir les numùros du 20 janvier, p. 136 ; ô février, p. 214, et 5 mars, p. 452.
nonobstant leur déplacement, pour être livrées même à des tiers et .par des tiers, fussent-ils autres que le propriétaire récollant. — J'ai déjà exprimé le vœu, le 30 juin 1846, que la retaille ne payât aucun droit, soit de circulation, soit d'entrée, soit d'octroi.
Jusqu'alors et depuis plusieurs années, j'avais constamment payé les droits d'entrée et d'octroi sur la retaille, comme sur le cidre , quoique cela ne me parût ni juste ni équitable; et, bien que je n'eusse pas encore examiné la législation sur la matière, la perception me paraissait illégale.
Ce n'est qu'en septembre 184G qu'il m'est venu dans la pensée de réclamer. IMe trouvant à Reims, je voulus faire sur les marcs de raisins une opération analogue à celle que j'avais faite sur les résidus de pommes. Je consultai la régie des contributions indirectes, pour savoir si ma nouvelle boisson, que j'ai appelée hydrovin, et qui est le résultat d'eau jetée sur les marcs de raisins, payerait les droits comme le vin.
Il me fut répondu qu'en aucun cas le marc ne payait, et que, si ma boisson ne circulait pas, elle ne payerait pas plus que le marc ; qu'au contraire, si ma boisson circulait, elle payerait les di'oits comme le vin.
Cette distinction entre la circulation et la non-circulation surtout pour le payement des droits d'entrée et d'octroi, ne me parut pas logique; et j'en conclus que si l'hydrovin (qui en analyse est la représentation des marcs comme le vin est la représentation des raisins) ne payait pas de droit dans un cas, même de l'aveu de régie, il ne devait en payer dans aucun.
Je payai donc, mais comme contraint et forcé, les droits exigés parla régie sur l'hydrovin.
Après avoir examiné à fond la législation, les règlements et la jurisprudence sur la matière, j'acquis la conviction la plus forte, pour ne pas dire la certitude, qu'aucun droit n'était du sur la retaille, pas plus que sur l'hydrovin.
J'adressai en conséquence, le 31 décembre iS-'iG, à JM. le ministre des finances, une demande en restitution de la somme de 6 fr. 30 cent., pour droits d'entrée et d'octroi perçus sur 4 hectolitres de retaille, et de celle de 25 fr. 80 cent, pour droits de circulation, de passe-debout, d'entrée et d'octroi, perçus sur 5 hectolitres d'hydrovin.
J'invoquai non-seulement l'absence complète de tarif pour ces deux boissons provenant d'eau jetée sur les marcs ; j'invoquai en outre l'arrêt tout spécial de la Cour de cassation du 4 juillet 1820, affaire Delavéne.
Ayant ouï dire que la direction générale des contributions indirectes ne partageait pas ma manière de voir et pensait au contraire que ma réclamation devait être rejelée en principe, je transmis le 10 février 1847, à Son Excellence M. le ministre des finances, quelques nouvelles observations à l'appui de ma demande.
M. le ministre a ordonné la restitution des droits d'entrée perçus sur la retaille au profit du Trésor, ainsi qu'il résulte de la décision du conseil d'administration des contributions indirectes à la date du 16 juin 1847, à moi notifiée le 28 juillet suivant, par M. le directeur du département des Ardennes. La restitution a été opérée.
M. le préfet, par son arrêté du 4 septembre, même année 1 84 7, con-
forme à l'avis de M. le maire de Charleville^ a ordonné la restitution des droits d'octroi perçus sur la retaille au profit de la ville et M. le receveur municipal m'en a effectué le remboursement.
Mais je dois ajouter que l'administration n'a pas cru devoir ordonner également le remboursement des droits dont mon hydrovin avait été fijappé, en se fondant uniquement sur ce qu'il n'était point établi que cette boisson provînt de ma récolle; d'où il suit évidemment que, si pour l'hydrovin j'eusse opéré sur ma récolte comme pour la retaille, la restitution eût aussi été ordonnée d'après la régie elle-même.
Bien que la décision de M. le ministre des finances, sur ma réclamation particulière ci-dessus relatée, ne me satisfît pas complètement, puisqu'elle n'était applicable, d'après M. le ministre, qu'au propriétaire récoltant, cependant il faut reconnaître qu'elle fut un premier pas important dans le sens de ma manière de voir. Elle constitue déjà un avantage réel pour le propriétaire récoltant.
En effet, d'abord plus de passavant à prendre ni à payer ; c'est '25 centimes en moins, outre l'embarras des démarcbes'près de l'employé des contributions indirectes, que l'on n'a plus à faire. Le propriétaire ne peut, en général, faire circuler une boisson, même dans le village oii est le pressoir pour la faire rentrer dans sa cave, sans un passavant,
IMais, quand la régie n'a pas de bureau (ce qui arrive très-souvent), soit dans le lieu du pressoir, soit dans le lieu de domicile du propriétaire, le passavant occasionne un déplacement fort désagréable et qui peut faire perdre beaucoup de temps, La décision ministérielle en affranchit le propriétaire récoltant.
11 en est de même du passe-debout. La retaille du propriétaire récoltant peut passer devant les bureaux d'octroi sans être obligée de stationner. Que de temps désagréable de moins pour les voituriers! La dépense de 10 centimes que l'on payait pour le passe-debout, quoique très-minime, est toujours une nouvelle économie.
Enfin les droits d'entrée et d'octroi réunis sont toujours considérables; c'est là, eu égard à la valeur vénale de la boisson, une économie immense. Plus de station non plus" pour le payement de ces droits.
Mais je ne voulus pas me borner à mon intérêt particulier; je fus mû par la pensée de réclamer dans un intérêt général.
En 1851 une commission législative ayant été nommée pour l'examen des modifications à introduire dans les lois sur les boissons, et plus spécialement en ce qui concerne la perception des droits, la publication qui fut faite du travail de cette commission me parut une circonstance tout à fait opportune pour me déterminer à adresser, le 26 novembre 1851, à Son Exe. M. le ministre des finances, des réflexions générales tendant à l'insertion, dans le projet de loi sur les boissons, de nouvelles dispositions additionnelles qui me semblaient en être le complément indispensable, et spécialement d'un article ainsi conçu :
« Les taxes prévues, soit par la présente loi, soit par les lois antérieures, en tant qu'il n'y serait j^as dérogé, ne sont applicables, en aucune façon, aux boissons dites piquettes, et spécialement à la retaille
ni à riiydrovin , provenant d'eau jetée sur les résidus ou mares de pommes, poires, raisins qui préalablement pressurés ont déjà servi à la fabrication du cidre, du poiré ou du vin.
« II n'est plus fait aucune distinction entre les propriétaires récoltants ou autres.
« Ces boissons jouissent de toute franchise de droits.
« En conséquence, l'article 42 de la loi du 28 avril 1 81 6 ainsi conçu : Les boissons diles piquettes, faites par les propriétaires récollants avec de l'eau jetée sur de simples marcs, sans pression, ne seront pas inventoriées chez eux et seront conséquemment exemptes du droit, à moins qu'elles ne soient déplacées pour être vendues en gros ou en détail, est abrogé en tant qu il assujétissait à une taxe ou à un inventaire la piquette déplacée pour être vendue en gros ou en détail. »
Et il est ainsi remplacé :
« Les boissons dites piquettes faites, soit par les propriétaires récollants, soit par des tiers, avec de l'eau jetée sur de simples marcs provenant de fruits qui ont déjà subi l'action du pressoir, seront exemptes de tout droit quelconque, quand même elles seraient déplacées pour être vendues en gros ou en détail. »
Dans le cas où la proposition principale ci-dessus ne serait pas adoptée, j'avais fait une proposition très-subsidiaire ainsi conçue :
« Les boissons dites piquettes (retaille et hydrovin), faites avec de l'eau jetée sur de simples marcs provenant de fruits qui ont déjà subi l'action du pressoir, seront seulement assujetties, quand elles seront déplacées pour être vendues en gros ou en détail, au dixième des droits perçus sur les cidres, poirés et vins, le tout sans préjudice à la franchise consacrée par l'article 42 de la loi du 28 avril 1816 en faveur du propriétaire récollant, laquelle franchise est toujours maintenue. »
J'avais supplié M. le ministre de vouloir bien soumellre l'examen des deux propositions ci-dessus transcrites, à la commission d'enquête de celte époque.
Le 17 mai 185'i et à raison de l'exposition de quelques bouteilles de retaille que je me proposais de faire au concours général de Paris qui eut lieu du 2 au 10 juin même année, j'adressai à Son Excellence un nouveau mémoire, dans le sens de ma pétition précitée du 20 novembre 1851, en faisant remarquer que cette pélilion n'avait pas, que je susse, reçu de solution jusqu'alors, bien que j'eusse supplié Son Excellence de vouloir bien la soumettre à la commission d enquête législative.
Le 5 novembre 1854, ne recevant aucune réponse, je rappelai à M. le ministre mes précédentes demandes, insistant vivement pour qu'il fût pris, dans le plus bref délai possible, les mesures nécessaires, afin que la décision ministérielle précitée du 10 juin 1847, qui affranchit de tout droit le propriétaire récoltant, fût étendue à tout particulier faisant de la retaille ou de l'hydrovin, même destinés à être vendus, sans aucune distinction entre les propriétaires récoltants ou autres, etc.
Je ne me bornai pas là. Le même jour, 5 novembre, je fis part de mes réclamations à M. le ministre de l'agriculture, le priant de vouloir bien les appuyer de sa puissante autorité près de M. son collègue, à raison de l'intérêt évident qu'elles présentaient pour l'agriculture.
Le 14 décembre même année, M. le ministre de ragricullure me répondit que l'examen de la question était en dehors de ses attributions et concernait exclusivement 31. le ministre des finances auquel j'aurais à m'adresser à l'avenir.
Evidemment, et bien que la solution fût dans les attributions du ministre des finances, il est certain que mes réclamations intéressaient l'agriculture; dès lors il me semble que M. le ministre de l'agriculture pouvait les recommander à son collègue.
Mais, dès la veille, 13 décembre, M. le ministre des finances avait rompu le silence; il m'avait déclaré qu'il lui était impossible de donner suite à la demande d'exemption que je lui avais adressée.
En lisant la lettre de M. le ministre il est facile de reconnaître que sa religion a été grandement surprise, notamment en ce qui concerne les renseignements à lui fournis sur l'assimilation de la retaille au cidre, et sur les abus prétendus qui résulteraient de l'exemption de droits en faveur de la retaille, et ce, au préjudice de l'impôt.
Tel est aujourd'hui l'état des choses sur mes diverses réclamations (tant dans mon intérêt privé que dans un intérêt général;, relatives à l'affranchissement de tous droits en faveur des boissons dites piquettes, et spécialement de la retaille et de l'hydrovin.
L'article 42 de la loi du 28 avril 1 8 i G et la décision ministérielle spéciale du 16 juin 1847, qui en a fait en partie application, suffisent pour garantir le propriétaire récoltant contre toute perception, quand il n'y a pas de déplacement pour vente.
Mais si jusqu'ici je n'ai pas obtenu un affranchissement général sans condition et s'appliquant aussi, sans distinction, au tiers comme au propriétaire récoltant, le moment favorable est arrivé pour persister dans une demande à la fois si juste et si équitable.
Le gouvernement impérial^ dans sa vive sollicitude pour tous les intérêts agricoles, a provoqué une enquête générale.
La retaille et l'hydrovin, boissons toutes deux populaires, font évidemment, par leur innocuité et leur peu de valeur vinale, partie des premiers besoins de l'agriculture dont elles sont une émanation directe.
J'ai donc été heureux, de faire connaître à cet égard, dans l'enquête agricole, les besoins dont il s'agit ; et je serai grandement récompensé de ma persévérance, si mes efforts parviennent à triompher.
Les considérations qui suivent suffiront pour démontrer que la l'etaille et l'hydrovin ne doivent être frappés d'aucun droit.
MiLLART père,
Conseiller honoraire de préfecture à Chadeville. {La suite prochainement.)
Nous continuons encore l'inserlion de la réponse de 'SI. Ville aux critiques de ]\L Rohart contre son système, insérées dans les tomes I et II du Journal de
1. Voirie 1°' Tol de 1866. pages 281, 353, 400 et 554; et le numéro du 5 avril, page 64,
158 LES KNGRAIS CHIMIQUES.
l'Agriculture, et nous publions, comme nous l'avons fait jusqu'ici, les notes ajoutées par M. Rohart à divers passages de la lettre de M. Ville.
Les méthodes particulières aux diverses sciences procèdent par voie d'approximation et ces approximations sont d'aulant plus circonscrites que les phénomènes auxquels elles se rapportent sont eux-mêmes plus simples. Lorsqu'on veut définir le mécanisme de la production végétale, les démonstrations ne peuvent revêtir le caractère de simplicité que comportent les phénomènes astronomiques ou physiques. Sachons donc nous restreindre aux résultais utiles et pratiques. En fait^ que voulons-nous? Nous voulons savoir avec une approximation raisonnable dans quelle mesure les principales divisions d'un domaine sont pourvues des quatre termes de l'engrais complet, et ceux de ces quatre termes qu'on peut supprimer afin de réduire la dépense à la limite la plus basse, sans nuire aux récoltes. Pour cela que proposons-nous? Nous proposons d'établir, sur les parties de l'exploitation qui diffèrent par leur degré de fertilité^ des champs d'expériences bornés à quelques mètres de surface. Lorsqu'il s'agit d'exploitations morcelées, ces champs peuvent se réduire à deux semis de froment et de pois sans engrais. Si les deux rendements sont élevés on y verra la pi'euve que le sol est pourvu à la fois de matières azotées et de minéraux. Le rendement du froment est-il précaire, la couleur de son feuillage d'un jaune pâle, alors que les pois prospèrent et donnent un abondant produit, on peut tenir pour certain que ce sol pourvu de minéraux manque de matière azotée, etc., etc. (voyez la 4' conférence de Vincennes, page 227 et suivantes). Mais, ajoute-t-on, l'état du ciel, les conditions météorologiques peuvent affecter les résultats. C'est vrai ; mais n'est-il pas vrai aussi que ces influences perturbatrices, si elles réduisent le rendement du carré cultivé avec l'engrais complet, affecteront dans le même sens le carré sans fumure et ceux à fumures incomplètes, et qu'en définitive cette cause de trouble sera sans influence sur la comparaison des résultats (^'y ? Comme preuve du parti qu'un esprit judicieux peut tirer des champs d'expériences, je rapporterai quelques exemples de leur application auxquels je suis resté étranger. Je citerai en premier lieu les faits que M. A. Cavallier vient de rendre publics dans le Journal des fabricants de sucre. Sur une terre épuisée par quatre récoltes successives obtenues sans fumier, M. Cavallier a établi un petit champ d'expériences en parcelles d'un are, qu'il a affecté à la culture de la betterave. Voici les résultats qu'il a obtenus :
Rendement rapporté à l!heclare.
Engrais oomj.let (105 kilog. d'azote) 51,000 kilog.
— sans chaux 47,445 —
— sans potasse 42,500 —
— sans phosphate 37,881 —
— sans azote 36,854 —
Terre sans engrais 25,500 —
Mais, dites-vous, on ne peut pas conclure du petit au grand, d'un champ d'expériences à une exploitation régulière. Laissons répondre
(33) Oui, si chaque pièce de terre était la même partout, si la couche arable avait A peu près la même composition sur tous les points de sa surface, il pourrait y avoir là une idée utile, mais cette condition indispensalle d'uniformité de composition n'est pas assez générale pour pouvoir conclure d'une façon générale, comme le fait M. Ville. Donc, à moins de multiplier indéfiniment les champs d'expérience, on ne pourra obtenir que des indications tout à fait inexactes. — R.
encore M. Cavallier. Deux champs d'un hectare chacun, voisins du petit champ d'expériences, ont été mis au régime des engrais chimiques. Quels résultats y a-t-on obtenus? Les voici (''j :
A l'hectare.
r Engrais complet, avec 130 kilog. d'azote 59,640 kilog.
2° — avec 84 kilog. d'azote 47,325 —
Moyenne des deux champs (azote 107 kilog.) 53,432 kilog.
Parcelle n° 1 du champ d'expériences (azote 103 kÈlog.).... 51,000 —
On me dira peut-être que cette expérience est une exception. Que le rendement obtenu par M. Cavallier tient à quelque cause mystérieuse, inaperçue, que dans tous les cas on ne peut pas fonder une méthode générale sur l'observation d'un fait isolé. Je pourrais répondre à cette objection par les résultats que j'obtiens à Vincennes depuis cinq ans; mais j'ai promis de ne me servir que de documents étrangers. Je me bornerai donc au témoignage des faits rendus publics par M. Leroy, de Varennes.
A l'hectare.
1» Engrais complet 62,:n0 kilog.
2° — sans phosphate 48,330 —
3' — sans potasse 42,390 —
4° — sans matière azotée 28,3.')0 —
5° Terre chaulée 9,450 —
Si l'on était encore tenté de croire que ces rendements sont une exception, pour dissiper les derniers doutes, il me suflirait, je crois, d'ajouter qu'à la ferme de Pupetières, M. le marquis de Virieu a obtenu, sur une terre qu'il qualifie d'exécrable, 50,000 kilog. de betteraves, et M. du Peyrat, à la ferme-école de Beyrie, 57,'i50 kilog. à l'hectare, sur une terre dont le rendement sans engrais a été de ■11,300 kilog. C").
. La question du rendement se trouvant mise hors de cause, passons à la valeur pratique des indications fournies par les champs d'expériences. Mais ici, au lieu de discuter moi-même les résultats, je laisserai la parole à ceux-là même qui les ont obtenus. On verra par ces citations le chemin qu'ont fait les opinions que je défends. Yoici comment s'exprime M. A. Cavallier :
« Opposé à la première parcelle, le rendement de la deuxième m'a particulièrement frappé. Je connaissais la valeur de la chaux comme amendement des terres argileuses de ma région; je savais qu'à la dose de 50 à 100 hectolitres par hectare elle avait le privilège d'activer la solubilité des matières fertilisantes et de rendre le sol moins rebelle aux instruments aratoires, mais je n'aurais jamais pu prévoir qu'une addition de 2 kilog. par are piît provoquer des modifications de cette importance, puisqu'ils ont déterminé une augmentation de poids égale à 35 kilog. 550 par are (3,555 kilog. par hectare).
(34) Les 130 kilog, d'azote, fournis dans l'expérience qui va sui^Te, représentent, en fumier de ferme ordinaire, 32,50iJ kilog. Il nous semble qu'il aurait fallu, avant de conclure, employer comparativement, dans les mêmes circonstances, ces 32,500 kilog. de fumier, et établir ensuite le rapport de la dépense au produit obtenu. CeU est tout h fait élémentaire. A défaut de cette donnée, il n'y a donc aucune conclusion à tirer de ces e.xpérienees. Personne ne contestera cela.
(35) Le nom de M. du Peyrat est pour nous une garantie des plus respectables, mais M. Ville ne prouve pas du tout la possibilité d'obtenir toujours les mêmes résultats, en se plaçant toujours dans les mêmes con litions. Tout est là.
La chaux, la chaux seule, a donné très-souvent, pour ne pas dire toujours, des résultats p'.us beaux que cela, pour une dépense insignifiante ; mais, encore une fois, c'est la durée, la continuité de cette action qu'il faut voir.
>;on, mille fois non, ces e.vpériences d'un jour ne signifient rien; il faut qu'elles soient sanctionnées par une continuité de résultats, parce qu'il s'agit moins de conclure au point de vue du présent qu'au point de vue de l'avenir. — R.
« La diminution de poids déterminée par la suppression de l'azote (14,166 kilog.) ne m'a pas surpris ; je m'y attendais.
'■ Mais je supposais aussi que le terrain de ces expériences était dénué de potasse et qu'il ne devait pas manquer de phosphate de chaux, parce que j'avais acquis la certitude que le noir animal n'y produisait pas un effet appréciable. L'événement n'a pas justifié mon attente : la partie fumée sans carbonate de potasse, mais avec l'azote, le phosphate de chaux et la chaux, a produit 42,500 kilog. à l'hectare, alors que celle qui n'avait pas reçu de phosphate n'a produit que 37,881 kilog.
« Gomment expliquer ce phénomène étrange, à première vue? Il tient à deux causes principales : à la forme spéciale du phosphate de chaux , car il l'ésulte de vos expériences que le phosphate acide de chaux produit plus d'effet sur les betteraves que le noir et les os; eu second lieu, il est probable aussi que la passivité du noir reconnue sur ce champ, par des observations antérieures, était due k l'emploi isolé que j'avais fait de ce produit, et tout me porte k penser que si on l'avait associé à une matière azotée, le résultat eût été très-différent. »
Passant aux deux champs d'un hectare sur lesquels il a obtenu 59,ri'i0 et 47,325 kilog., M. Cavallier fait remarquer que le surcroît du premier rendement est dû à une quantité plus forte de matière azotée. Si on rapproche, en effet, les récoles qu'il a obtenues, tant sur le champ d'expériences que sur les deux champs d'un hectare, on trouve :
Rendement à riiectara.
Que sans azote, le produit a été de 3G,8.'i4 kilog.
— avec 400 kilog. de sulfate d'ammoniaque 47,325 —
— avec 500 —' — 51,000 —
— avec 650 — — 59,GiO —
D'où il conclut : « que si la potasse, le phosphate de chaux et la chaux jouent un grand rùle dans la végétation de la betterave, c'est à l'azote qu'appartient en réalité le rôle prédominant. » M. Cavallier aperçoit très-bien et fait ressortir les conséquences économiques de cette prédominance de l'azote. Prenant, comme point de départ, le rendement de 30,834 kilog. obtenu avec l'engrais sans azote, il montre qu'avec 400 kilog. de sulfate d'ammoniaque, l'engrais amorti, le bénéfice dû à l'excédant est de G7 fr. 82. — ■ Qu'avec 500 kilog. il s'élève à 1 08 fr. 20 — et peut atteindre 228 fr. 62 avec 050 kil. ('■').
Je passe à d'autres résultats obtenus sur le froment, et dont nous sommes redevables à un membre très-distingué du corps impérial des ponts et chaussées, M. Delestrac, actuellement ingénieur en chef à Nice, qui s'est livré à quelques expériences, de concert avec ÎM. Delestrac, son frère, membre du conseil général de Vaucluse. Les champs d'expériences dont il s'agit ont été établis trop tard. Les semis n'ont eu lieu que le 7 décembre. Aussi les rendements sont-ils inférieurs d'un tiers au moins à ce que l'on obtieut d'ordinaire; ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient décisif sous le rapport de la composition du sol :
1" Vomainc de la Corgière. 2° Domaine de Blanqui.
Rendement Re'idcment
kl'liectare. il l'hectare.
hect'il. hectol.