LE CRÉDIT AGRICOLE. — RÉPONSE A M. DE LAVERGNE
escomples est mal dirigé, si on cède à la tentation d'augmenter son chiffre d'affaires aux dépens de la sûreté des signatures, vous aurez beau observer les prescriptions relatives à l'encaisse et aux émissions, vous finirez par succomber. Or qui donc acceptera une solidarité avec un portefeuille qu'il ne pourra pas surveiller et faire modifier.
D'un autre côté, il ne faut pas oublier que nous n'en sommes pas où en est l'Ecosse, habituée de longue main à manier ce délicat instrument qu'on appelle le crédit agricole et que nous connaissons à peine. Puis, notre sol est plus étendu et plus morcelé, nos ressources ne sont pas les mêmes, non plus que l'accumulation des capitaux. M. Jean Greffuhle vient de mourir, laissant, dit-on, 125 millions de fortune, à la grande surprise du public français. En France, il aurait pu à lui tout seul alimenter trois ou quatre banques agricoles et beaucoup plus même, sans se gêner aucunement. Ce qui est extraordinaire en France est commun en Angleterre, et c'est ce qui explique et facilite beaucoup de choses; Aussi je ne pense pas que nous puissions songer à organiser actuellement chez nous ce qui existe dans ce pays.
Peut-être à défaut d'une association de capitaux entre les banques régionales, pourrait-on trouver le moyen de créer des garanties suffisamment sûres, mais alors on risque de tomber dans des complications qu'il est toujours bon d'éviter, car en finance comme en mécanique, les rouages les plus simples sont toujours les meilleurs et les plus sûrs.
C'est pourquoi, tout en admettant des banques régionales solidaires, comme je le comprends, ou armées de garanties sûres, je préfère, avant tout, une banque-mère avec des succursales. J'y vois une complète unité d'action, la certitude de conquérir facilement la confiance du public, la possibilité de porter les ressources là où elles seront surtout nécessaires, un moyen plus assuré d'éviter des entraînements irréfléchis ou mal calculés, en un mot, plus de sécurité, cette base esseatielle du crédit.
Maintenant, comment doit-on entendre l'organisation de cette banque-mère.
Il y a, selon moi, deux moyens d'atteindre le but : le premier consisterait à diviser la Banque de France en deux départements, celui du commerce et de l'industrie, celui de l'agriculture, avec une division semblable dans chacune des succursales, qui seraient multipliées suivant les besoins. Il n'y a là rien d'insolite; la Caisse des dépôts et consignations et celle d'amortissement nous offrent un exemple saillant d'une division analogue. A part le gouverneur et les sous-gouverneurs, le personnel serait distinct, et la maison-mère comme les succursales seraient flanquées de conseils composés d'hommes en mesure d'imprimer une direction intelligente et sage, pris dans les localités et à même d'être bien fixés sur la solvabilité de chacun. Il va de soi que les statuts permettraient de prêter à un plus long terme que 90 jours (sauf modifications correspondantes pour les obligations à émettre), sur nantissement, sur une seule signature, les meilleures dans les campagnes étant celles qui répugnent le plus à en donner plusieurs, sur hypothèque, etc. Mais ce sont là des questions de détail sur lesquelles il serait toujours possible de s'entendre. Je n'insiste donc pas.