‹ Journal de l'agricultureChapitre 352 sur 527 · LE CRÉDIT AGRICOLE. —RÉPONSE A M. DE LA VERONE · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT AGRICOLE. —RÉPONSE A M. DE LA VERONE

Dans le cas où il serait impossible d'aboutir avec la Banque de France, le deuxième moyen consisterait h créer une banque analogue à celle-ci, sauf à établir des statuts dans le sens que je viens d'indiquer par aperçu seulement. Le siège social serait à Paris ou ailleurs, peu m'importe. Cette banque aurait des succursales partout où le besoin s'en ferait sentir, par conséquent beaucoup plutôt dans des centres d'importance secondaire que dans les grandes villes, où il n'y a pas d'industrie agricole.

Bien organisée, bien conduite, chose facile si on veut prendre des hommes capables et non des faiseurs et des protégés, avant trois ans, cette banque et ses succursales feraient pour plusieurs milliards d'afîaires. Il est vrai que tous les petits escompteurs, une foule d'hommes d'affaires, les usuriers en éprouveraient un réel préjudice^ mais ce serait un petit mal pour un grand bien.

Reste la grande objection : le privilège de la Banque et l'unité du billet, deux unités qui se confondent.

Sur ce point je répéterai à peu près dans les mêmes termes ce que j'ai déjà dit. Je ne vois pas en quoi le gouvernement serait reprochable s'il autorisait la création d'un établissement faisant les affaires que la Banque de France refuse de faire et qu'il importe essentiellement de ne pas laisser plus longtemps en souffrance. Ce n'est pas là une concurrence élevée contre son monopole. Elle n'accepte pas le papier de l'agriculture, même quand il est revêtu de la signature du crédit agricole de Paris. Elle ne le prend qu'au comptant, c'est-à-dire qu'elle se borne à encaisser pour compte. Quel préjudice éprouverait-elle et peut-elle soutenir que, ne voulant pas faire le papier agricole, elle s'oppose à ce que d'autres le fassent?

Quant à l'unité du billet, si l'on y tient absolument, pourquoi la Banque de France n'en fournirait-elle pas la quantité qui serait fixée, sauf à elle à exiger toutes les garanties désirables. Pourquoi, au besoin l'État n'interviendrait-il pas pour donner sa garantie dans une certaine mesure? II l'a bien fait pour les chemins de fer. A plus forte raison ne doit-il pas hésiter quand il s'agit de l'agriculture.

Dira-t-on que la Banque ne peut prêter ainsi son concours gratuitement? Je réponds que c'est la rançon de rénorme monopole qui lui est conféré, et qu'avec de tels avantages elle doit accepter des conditions même sans profit pour elle. On peut d'ailleurs, au delà d'un certain dividende, l'admettre au partage des bénéfices. Objectera-t-on que les statuts de la Banque ont encore trente ans de durée et que jusque-là ils doivent être respectés? Si la combinaison que je propose est bonne, j'estime que la Banque s'y prêtera. J'ajoute qu'elle serait dans l'impossibilité morale de s'y refuser. Il serait souverainement injuste qu'un intérêt considérable et de premier ordre fût paralysé dans son seul intérêt, alors qu'elle ne serait pas lésée.

M. de Lavergne, qui sait combien il est difficile de vaincre des intérêts, groupés et coalisés, dit que si le gouvernement se refusait à autoriser des banques d'émission, il vaudrait encore mieux organiser des banques privées, plutôt que de ne rien faire, sauf à prélever un intérêt plus élevé, l'agriculture étant de plus en plus dans l'impossibilité de trouver l'argent dont le besoin se fait et se fera sentir de jour en jour

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