LA POMME DE TERRE ET LES FÉCULERIES, ETC
I. — Lapoinme de terre. — La pomme de terre est sans contredit la plante qui, par ses usages divers, rend le plus de services à l'homme. Originaire d'Amérique, elle a été importée en Europe, les uns disent par un Anglais; sir William Raleigh, vers 1 628, les autres par les Espagnols, après la conquête du Pérou, où elle est encore cultivée sous le nom de Papas. Cette dernière opinion me paraît la plus probable, et, en l'admettant, on s'explique très-bien comment la pomme de terre est parvenue dans les A'osges. Les Espagnols l'avaient importée dans la Flandre qui leiu' appartenait, et de là elle s'est répandue ensuite dans la Franche-Comté, la Bourgogne et les Vosges.
Quoi qu'il en soit, et de quelque cùté qu'elle soit entrée en Europe, on trouve la pomme de terre cultivée dans les Vosges vers la deuxième moitié du dix-seplième siècle. C'est là que probablement Parmentier est venu la chercher pour l'introduire dans l'Ile-de-France.
Les arrêts rendus au sujet de la dîme à percevoir permettent de fixer des dates. M. Gvsiw'ier, da.ns son Histoire derarrondissemenl de Saitit-Dié, nous apprend que « ce fut le curé de la Broque, Louis Piat, qui le premier exigea de ses paroissiens la dîme des pommes de terre. Sur leur refus, une sentence du prévôt de Badonviller, du 19 octobre 1(393, les condamna à livrer à leur curé le cinquantième du produit pour tenir lieu de dîme. »
Plus tard la culture s'étant étendue et les mêmes contestations s'étant élevées entre les divers chapitres maîtres du pays et les cultivateurs, Léopold, duc de Lorraine, fut obligé d'intervenir, et le 28 juin 1715 parut une ordonnance prescrivant la dîme. J'en extrais le passage suivant qui fait connaître l'opinion que l'on avait à cette époque sur cette plante précieuse : « Quoique cette contestation ne soit née qu'au sujet de la dîme d'un fruit vil et grossier, qui semble plutôt destiné à la nourriture des animaux qu'à celle des hommes , cependant cette cause ne laisse pas que d'être de quelque importance, parce que ce fruit étant devenu fort commun dans toute la Vùge, surtout dans les temps malheureux qu'on vient d'essuyer, elle intéresse d'un côté grand nombre de communautés, et de l'autre beaucoup de décimateurs pour lesquels l'arrêt qui interviendra servira de règlement.
« D'ailleurs, s'il est vrai qu'il ait été rapporté comme on l'a dit du fond des Indes, s'il a mérité dans la plaidoirie une description pompeuse et d'être comparé au fruit le plus rare, le plus précieux et le plus beau de tout le paradis terrestre, sans doute qu'il n'est pas si méprisable que l'on croit, en sorte que sa destinée mérite par plus d'une considération, comme notre dite cour voit, quelque attention de sa part.
« Il est vrai que ce fruit qui est commun dans la Vôge depuis environ cinquante ans se plante et se sème vers le mois de mars ou d'avril, tantôt dans les potagers ou vergers, tantôt dans des chenevières, quelquefois dans des terres arables au lieu de grains comme dans les terres de mars , mais bien plus ordinairement cependant dans les terres de repos ou qui sont versaines, selon le terme du pays ; en sorte que dans ce cas cette pomme se sème dans les sillons mêmes qui servent de préparation à lasemaille suivante. Cette pomme se nourrit et se forme dans cette terre pendant tout l'été et se recueille au mois de septembre ou d'octobre, qu'elle fait place aux grains que l'on sème dans cette saison. »