LES POMMES DE TERRE ET LES FÉCULERIES
La même ordonnance nous apprend encore que la pomme de terre était cultivée aussi en Alsace, et s'appuie pour sa décision sur un arrêt rendu dans les mêmes circonstances entre les habitants du val d'Orbey.
Depuis 1 71 5, la culture de la pomme de terre n'a pas été en diminuant dans les Vosges , elle n'a pas cessé au contraire d'y prendre de l'extension. Chaque année, des terres incultes jusqu'alors sont mises en culture et plantées en pommes de terre. Est-ce un bien ou un mal ? Je crois qu'on ne s'expose pas en se prononçant pour la première hypothèse; seulement il peut être bon de rappeler que la même culture ne doit pas se reproduire indéfiniment sur un même terrain. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a pour l'instant de bien établi, c'est l'ancienneté de la culture de la pomme de terre dans les Vosges.
II. Le nombre des variétés cultivées dans les Vosges est assez restreint, et tout d'abord on peut les classer en deux catégories : les blanches et les rouges.
Les pommes de terre rouges sont elles-mêmes de deux espèces : les rouges dites anciennes et les rouges dites nouvelles ou encore dures à cuire. La première, dont la culture est peu répandue, est très-recherchée pour la table. En adoptant la classification de M. Girardin, qui classe les pommes de terre d'après leur forme extérieure en trois familles : 1° les pal raques, à tubercules généralement arrondis, offrant des yeux nombreux et apparents ; 2° les parmentières, à tubercules allongés ou aplatis, munies d'yeux peu nombreux; 3° les vitelottes, à tubercules allongés cylindriques, offrant des yeux très-nombreux et très-apparents, enchâssés dans une cavité profonde. Les deux variétés rouges cultivées dans l'arrondissement de Remiremont appartiendraient à la première catégorie. Elles se distinguent l'une de l'autre en 'ce que la variété dite ancienne est plus féculente, plus savoureuse que la variété dite nouvelle. Celle-ci est plus grosse et plus productive que la première, mais elle se vend beaucoup moins cher.
Les pommes de terre blanches sont également peu variées, elles appartiennent en général à l'espèce dite jeancé^ désignée dans le pays sous le nom de jeuch'ère. La faveur dont jouit cette espèce dans un pays où la culture de la pomme de terre tient une si grande place, est justifiée par les qualités qu'elle possède. Elle est en effet très-productive, très-féculente, et à ce titre très-recherchée par les nombreux féculiers des Vosges. Elle appartiendrait aussi, d'après la classification de M. Girardin, à la première section (patraques).
On a essayé d'introduire la pomme de terre Chardon qui n'a généralement pas réussi et qui a bientôt été abandonnée par ceux mêmes qui l'avaient d'abord recommandée. Chez quelques cultivateurs, elle est cependant encore en faveur. Ils prétendent s'en trouver très-bien ; c'est, disent-ils, une pomme de terre tardive, mais qui résiste parfaitement à la chaleur ; elle a, en outre, l'avantage de ne pas se creuser intérieurement comme cela arrive pour la. jeuchère.
On cultive la pomme de terre dans toutes les communes de l'arrondissement de Remiremont, et, par conséquent, presque toujours dans un sol siliceux; dans quelques communes le sol est argileux ; dans aucune il n'est calcaire. Ce sont donc presque toujours des terres légères