LES POMMES DE TERRE ET LES FEGULERIES, ETC
de terre de semaine en semaine depuis 1851 ; il peut présenter quelque utilité pour le cultivateur. L'usage de ce tableau est facile à comprendre, la courbe tracée a été obtenue de la manière suivante : cbaque semaine a fourni un chiffre représentant le cours moyen pendant la semaine; il y a donc 52 chiffres par année ; pour avoir le prix correspondant à une semaine déterminée^ il suffit de se rappeler que les temps sont comptés sur les lignes horizontales et les prix sur les lignes verticales. Deux divisions comptées sur la ligne horizontale donnent une semaine, 1 0 divisions sur la ligne verticale donnent 1 fr. Si donc on veut savoir le prix correspondant au mois d'avril 18G0, pendant la première semaine de ce mois, il suffira de savoir que la dernière semaine d'avril est la quatorzième de l'année, et par conséquent on prendi'a la vingt-huitième division à partir de 1860, et on remontera verticalement jusqu'à la courbe, on trouvera ainsi 4.75.
Cette étude, pour être à peu près complète, devrait fournir des renseignements sur la maladie de la pomme de terre. Il ne s'est rien présenté de particulier à ce sujet, le caractère de la maladie est le même que partout ailleurs, elle fait peu de ravages dans les Vosges.
Enfin il faut encore ajouter que la culture de la pomme de terre occupe une étendue considérable de terrain et que, depuis vingt-cinq ans, l'importance de cette culture a augmenté dans une proportion trèsforte. Ainsi dans le canton de Remiremont, en 1829, il y avait 1 5 hectares en pommes de terre; en 1848, 22 hectares; en 1849, 50, et les derniers recensements indiquent en 1 805,64 hectares; dans les cantons plus avancés dans la montagne, l'augmentation est plus sensible encore, parce qu'on a beaucoup plus défriché et que les défrichements sont généralement employés à la culture de la pomme de terre.
Vacca.
Nous terminons aujourd'hui l'insertion de la réponse de M. Ville aux articles que M. Rohart a publiés sur ses travaux et ses conférences. Les annotations de M. Rohart y sont jointes, comme par le passé. M. Ville, qui s'adresse à M. Rohart continue ainsi :
Je le répète, l'époque trop avancée à laquelle on a semé a nui à la récolte; mais ce qui nous intéresse ici, c'est moins le chiffre du rendement que les écarts qui se sont manifestés entre les diverses parcelles. Or, à cet égard, la conclusion est évidente, ces deux terres manquaient à la fois de phosphate de chaux et de matière azotée, elles étaient pourvues au contraire de potasse et de chaux. MM, Delestrac ont donc fait une application en grand avec un engrais composé de phosphate acide de chaux et de sulfate d'ammoniaque, et voici ce qu'ils m'écrivent à la date du 7 février :
« Nos blés des grandes expériences sont très-beaux : ils contrastent avec les voisins par une couleur verte admirable. »
1. Voir le premier volume de 18G7, pages 281, 353, 4U0 et 054; ainsi que les numéios du 5 et du 20 avril dernier, pages 64 et 157.
Je passe à une dernière application des champs d'expériences, qui en est à sa quatrième année, et au succès de laquelle je devrai de pouvoir montrer, dans quelques mois, aux visiteurs de l'Exposition un spécimen de 200 hectares de cultures diverses, toutes au régime des engrais chimiques. M. H. Lavaux, maire de Charny, dirige depuis trente-cinq' ans la ferme de Choisy-le-Temple, dont la superficie n'a pas moins de 300 hectares. En 1863, M. Lavaux m'ayant exprimé le désir de faire quelques essais des engrais chimiques, j'insistai auprès de lui pour qu'il commençât par établir un champ d'expériences. Voici quels en furent les résultats :
Rendempnt h. rhectare.
N» 1. Engrais complet 37 heotol.
N» 2. — sans phosphate 40 —
N» 3. — sans potasse 40 —
N" 4. — sans matière azotée. 25 —
Guidé par ces indications, on employa l'année suivante, sur une pièce de 20 hectares, un engrais composé de phosphate acide de chaux et de sulfate d'ammoniaque. Le rendement fut de 40 hectolitres à l'hectare. — La deuxième récolte du champ d'expériences nous ayant indiqué que la terre était surabondamment pourvue de potasse, le même engrais fut employé de nouveau et on obtint cette fois une récolte de colza de 31 hectolitres, quoique, par erreur, on eût réduit de moitié la dose de l'azote qui est la dominante de cette plante. Sur les betteraves, même succès, bien que le semis du mois d'avril ait manqué et qu'on ait dû resemer en juin. Sur une pièce de 10 hectares, le rendement a été de 50,000 kilog. (^'). Pour moi, plus j'approfondis les questions agricoles, plus je m'applique à démêler le jeu des intérêts qui s'y rapportent, et plus je demeure convaincu que c'est par les champs d'expériences que se fera la révolution qui commence. Je convie donc les hommes de progrès qui doutent à entrer dans cette voie. La dépense est minime et l'effet d'un champ d'expériences est irrésistible. En face des contrastes qu'il révèle, les hommes pratiques sentent instinctivementqu'il y a là une puissance nouvellejusqu'ici méconnue ou mal appliquée (^); ils comprennent qu'au lieu de ces engrais immondes, dont la composition n'a aucune fixité, il y a toutes sortes d'avantages pour eux à recourir à des produits sur lesquels le commerce ne peut ni exercer de fraude, ni prélever de profits usuraires, dont l'emploi se prête avec une sûreté sans rivale à toutes les exigences de la culture et qui, des pratiques précaires de l'empirisme, la font entrer dans les voies plus sûres de la science (^j.
(37) Combien le fumier de ferme aurait-il produit, à dépense égale? C'est toujours ce qui reste à savoir. Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son. Et quand l'humus aura disparu, quand la terre de Choisy-le-Temple sera effritée, croit-on qu'elle pourra donner les mêmes résultats qu'aujourd'hui, sera-ton convaincu? C'est ce que nous attendons, parce que cela arrivera infaiUiblev\ent. Voici ce que disait dernièrement Dubrunfaut dans le Journal des fabricants de sucre, à propos de la même question et des mêmes faits : •< Les expériences que Ton cite ne permettent de « tirer aucune conclusion rigoureuse quant à l'utilité et à la fonction vraie des engrais chimiques, a dans la culture de la betterave. j> C'est net. — R.
(38) Mon, ce n'est pas là une idée pratique, et l'agriculture n'en fera rien. Nous avons dit pourquoi. — R.
(39) Le commerce déloyal peut s'exercer tout aussi bien sur les engrais chimiques que sur les autres, et même c'est déjà fait : on vend aujourd'hui, au-dessous du cours, sous le nom de nitrate de potasse, un mélange de ce dernier sel avec le nitrate de soude, qui coilte beaucoup moins cher «t qui a une valeiu: agricole moindre; — R.
Je passe à une autre critique. Vous dites :
« Dans le chapitre Notes, à propos d'une comparaison avec l'engrais Krafit, M. Ville se permet d'affirmer, sans aucune preuve à l'appui, que dans l'engrais Krafft, comme dans tous les autres, un tiers environ de l'azote se perd à l'état gazeux, c'est-à-dire au détriment de l'acheteur, c'est grave. Tous les intérêts doivent être respectés. Où est la preuve matérielle de ce fait? Qui l'a constaté? M. Ville n'en dit mot. La raison en est claire : il s'agissait d'arranger les choses au besoin de la circonstance et le tout a été manipulé avec un sans-gêne édifiant. »,
Il y a là une double erreur. D'abord la note dont il s'agit n'est pas de moi et, en second lieu, elle est parfaitement exacte.
Reportez-vous au tome XLIX des Annales de physique et de chimie, page 1 85, et vous trouverez dans un mémoire de M. Ville le fait que vous contestez établi sur des preuves décisives {"') ; mais sachant d'avance que ce qui émane de M. Ville n'a pas le don de vous convaincre, je vous renverrai au tome XLII, page 58, des Comptes rendus de V Académie des sciences, où vous trouverez le même fait reproduit par M. Reisetdans les termes suivants :
a Les matières organiques, en voie de décomposition lente ou de putréfaction, déversent incessamment dans l'atmosphère un volume considérable d'azote (^'). »
Trouverez-vous ces deux témoignages insuffisants, je puis y joindre celui de M. Boussingault. Au tome II, page 355, de ses Mémoires sur l'agronomie, vous pourrez lire :
a De nombreuses expériences ont été entreprises dans le but de déterminer s'il y a émission d'azote pendant la destruction des matières organiques azotées.... Dans la plupart des cas, cette perte s'élève à 1/7 ou à 1/8 de l'azote constituant de la matière ; dans un cas elle s est élevée à 40 pour 100 ("). i
Cette observation est due à MM. Lawes et Gilbert.
J'arrive, monsieur, au point culminant de vos critiques, à l'un de vos arguments de prédilection ; le fumier de ferme est, dites-vous, l'engrais type par excellence, l'engrais le plus efficace, le plus puissant, et le seul qui soit d'un effet sûr et durable.
« M. Ville oserait-il bien affirmer, dites-vous, qu'il est indifférent d'ajouter au sol une matière organique azotée, ou d'imposer à la végétation un sel d'ammoniaque et surtout un sulfate ? La culture normale, sans la participation des matières végétales, est une utopie, un songe creux, un rêve, ce n'est pas un progrès, c'est la ruine de l'avenir. M. Ville à eu la prétention d'en faire un système, mais il n'est guère parvenu qu'à un mélage de contradictions qu'il est difficile d'expliquer. Le sulfate d'ammoniaque sera toujours un bon adjuvant des engrais, un excellent auxiliaire, mais quant à servir de base à des fumures quelles qu'elles soient, comme matière azotée exclusivement, jamais 1 »
Laissons-là, s'il vous plaît, ces grands mots. De quoi s'agit-il ? Il s'agit de savoir deux choses : la première, si les engrais chimiques sont inférieurs ou supérieurs, comme puissance de production , au fumier, et si le sulfate d'ammoniaque est lui-même supérieur aux ma-
(40) D'après le conseil de M. Ville lui-même, nous nous sommes leporlé à la source (|u'il indique, et, précisément, nous n'y avons rien trouvé qui eût trait aux engrais de M. Kraffl. Tout cela est bien simple : c'est que M. Ville a une façon particulière A'arrangcr les choses. — R.
(41) Ici encore, je n'aperçois pas le nom de M. Krafft, que M. Ville a prononcé. — R.
(42) Pardon, monsieur, vous n'oubliez qu'une chose dans tout ceci, et c'est la principale, savoir que toutes ces expériences se rapportent au fumier de ferme et non à l'engrais de M. Krafli, que vous avez désigné. Niez, si vous l'osez, les textes sont là! — B.
tières organiques. Sur ces deux points , ma réponse est aussi nette qu'explicite. Je dis que les engrais chimiques sont supérieurs au fumier et que le sulfate d'ammoniaquô l'emporte sur les matières azotées d'origine organique. J'ajoute que l'emploi du sulfate d'ammoniaque peut être continué indéliniment et toujours avec succès. Voici mes preuves :
1° Le sulfate d'ammoniaque est supérieur aux matières organiques. Depuis plusieurs années, j'ai institué des cultures parallèles dans lesquelles on emploie d'un coté du tourteau de colza, comme matière azotée, et de l'autre du sulfate d'ammoniaque Ç'). Dans les deux cas, on ajoute du phosphate de chaux, de la potasse et de la chaux aux mêmes doses, de façon que la différence ne porte que sur la nature de la matière azotée. Eh bien! depuis trois ans l'avantage est toujours resté aux engrais où le sulfate d'ammoniaque et le nitrate de soude représentaient l'élément azoté. Ne voulant pas me servir, dans cette discussion, des résultats obtenus à Vincennes, j'emprunterai mes preuves à M. le marquis d'Havrincourt, chez qui a été faite l'année dernière une expérience de cette nature, dont voici les résultats ("j :
Rendement à l'hectare.
Sulfate d'amiiioniaque. Tourteau, kil. kil.
N» 1. Betteraves 29,290 18,840
Ces deux champs ayant été attaqués par le ver blanc, le résultat ne peut être accepté comme définitif, mais il n'en est pas de même du suivant :
Rendement à l'iieclare.
Sulfite d'ammoniaque. Tourteau.
Kil. Kil.
K° 2. Betteraves 37,281 29,672
K° 3. Pommes de terre 13,300 7,000
Pour rester dans la même exactitude des faits, je dois ajouter qu'à Vincennes les différences sont un peu moins fortes.
2° Je dis qu'avec les engrais chimiques les rendements sont plus élevés qu'avec le fumier ("). Les résultats que je vais citer se rapportent à la fois aux betteraves et au froment. Je commence par les betteraves.
Rendement à l'hectare.
Kil.
M. du Peyrat, à la ferme J ': 1;™^-?° ' ?^™' """"P'"* ^o'-n!^
dp Rpvrip i 2' 80,OUO kilog. fumier 52,o00
"'^J ( 3° Terre sans engrais 11,300
M. le marquis de Virieu, j 1 , 4.50 kilog. engrais chimique 50,000
à la Pupetière j 50,000 kilog. fumier consommé 46,800
(43) Singulier raisonnement! M. Ville affirme que les engrais cliimiques sont supérieurs au fumier de ferme, et, pour le prouver, il avoue qu'il a mis les engrais chimiques en comparaison avec... du tourteau de colza! pjais il conclut de cette expérience contre le fumier de ferme! — R.
(44) Une simple observation. M. Ville a déclaré, dans l'une des pages précédentes, qu'il ne publierait que « les résultats de ses propres e.Kpériences » tandis qu'il prend partout les expériences de tout le monde. Nous n'y voyons pas grand mal, quant à nous, mais cela nous autorise à dire que cette interminable réponse est tout aussi remplie de contradictions que la doctrine elle-même. — R.
(45) Les chiffres qui vont suivre peuvent être intéressants, mais il ne faut pas leur faire dire ce qu'ils ne disent pas du tout. Oii est le rapport de l'utilité à la dépense? Où sont les priï de revient (le chaque récolte? Où sont les prix d'achat des matières premières mises en œuvre? Et si des données de cette importance manquent, que reste-t-il pour conclure? Il n'est pas même question des différentes richesses fournies par chaque engrais mis en expérience. — R.
/ 1 ,400 kilog. engrais chimique 62.370
M. Leroy, à Vincennes., \ 50,000 liilog. fumier ) /a'^a^
( 300lciloi gmnû S ''O'OOO
, 1" 1,700 kil. engrais chimique (azote 80 kil.) 47,325
M. Cavallier, au Mesnil- ) S° 1,800— — — (—104 — ) 51,000
Saint-Nicaise i 3° 1,950— — — (—136—) 50,640
\ 4° 50,000 — de fumier 35.000
! Cultures allaquies fyar les vers blancs.
1° 1,374 kilog. engrais chimique 36,490
2° 33,000 kilog. fumier 28,215 Cultures non attaquées par les vers blancs.
3° 9S7 kil. engrais chimi(jue (azole, 00 kil.). 42,701
4° 67,681 kil. compost avec écume Je défécalion. 34,111
Je passe aux expériences sur le froment.
Heclol.
/ 1° Engrais chimique. Blé 35.60
/ — — Avoine ' 5.00
MM. Masson et Izarn, h j. engrais chimique. Blé 33. .50
"î™"^ 1 - - Avoine 4.00
\ 3° 30,000 kil. fumier. Blé 19 00
Rendement à l'hectare.
Hectol.
il" 1 ,200 kil. engrais chimique 25.6 versé.