Sable humifère et chaulé
On voit, par ce tableau, que l'humus peut élever les rendements dans une proportion considérable et que sa présence dans le sol est par conséquent utile, et son concours désirable ("). Mais je me hâte d'ajouter que cette proposition n'est pas le dernier mot de nos connaissances sur les fonctions de l'humus. Elle s'arrête à mes recherches de 1863. Jusqu'à ce moment, j'avais été dominé par la pensée unique de découvrir les conditions de l'activité de l'humus, et je ne m'étais point
(48) Nous n'avons pas compris l'arrangement des chiffres qui précèdent, mais, encore une fois, la conclusion qu'on en tire s'applique tout aussi bien à tous les autres engrais qui peuvent se fractionner comme les engrais chimiques. Nous venons de le prouver. — R.
(49) Ceci est l'opinion toute personnelle de M. Ville, mais les recherches de de Saussure, de Wiegmann, de Trinchinetti, de Soubeiran, de M. Malaguti et de M. Paul Thenard, se contrôlant toutes les unes et les autres, à de longs intervalles, démentent complètement les assertions si imprudentes de M. Ville, sans parler de la sanction accordée à ces travaux par MM. Dumas et BoussinKault dans la Statique chimique des Cires organisés. Tout-cela vaut bien une simple affirmation non prouvée de M. Ville. — R.
(50) Où y a-t-il donc du sable calciné en agriculture? Dans quelle contrée du globe cultive-t-on sur du sable pur préalablement chaufïé au rouge"? Et si cette condition particulière n'existe nulle part, quelle conclusion utile M. Ville croit-il pouvoir en tirer au point de vue de la pratique agricole? Nous comprenons les nécessités d'uua expérience, mais qu'on ne parle donc pas d'autre
chose. — R.
(51) Comnje tout cela est précis. Nous voili, sur la même page, en présence d'une affirmation et d'une négation : L'humus n'exerce pas d'action sur la végétation ; puis, sa présence dans le sol est utile et son concours désirable, parce qu'il peut éleVer les rendements dans un lapport important. Comprenne qui pourra. Cette dernière opinion étant universellement admise, se comprendil que M. Ville soutienne l'emploi continu, permanent, des produits chimiques, comme fumure régulière, c'est-à-dire à l'exclusion de l'humus? Heureux ceux qui pourront parvenir ;\ expliquer tout cela. — R.
préoccupé des réactions qui la déterminent. En un mot, j'avais entièrement réservé la question démodas agendi. Les nouvelles études auxquelles je me suis livré, en vue de ce but spécial, m'ont bien lût convaincu que l'humus n'avait d'action que comme agent de dissolution à l'égard du calcaire (^;. Si celte explication était fondée, j'apercevais la possibilité de le remplacer par un changement dans la composition de l'engrais complet , destiné à présenter l'élément calcaire sous une forme plus soluble et, par conséquent, d'une absorption plus facile. Après quelques inceriitudes, ce but a été atteint. On peut, dans un sol calciné, obtenir avec des engrais chimiques, et rifen qu'avec des engrais chimiques, un rendement égal à celui obtenu antérieurement dans du sable humilère chaulé. La conclusion est forcée. On peut se passer de l'humus. Mais, ne manquerat-on pas de me dire, ce sont là des expériences de cabinet. En matière agricole, on ne peut raisonnablement conclure que lorsque la pratique a prononcé. ConsuHons donc la pratique; mais, auparavant, définissons la nature et le caractère du témoignage que nous lui demandons. Pour décider si l'humus est indispensable, il y a deux moyens : le premier consiste à soumettre une terre de qualité médiocre au régime exclusif des engrais chimiques; le second moyen, qui est plus prompt, consiste à faire la même expérience sur une terre qui, dès l'origine, soit dépourvue d'humus. S'il y a concordance entre les résultats de ces deux ordres de recherches et que les rendements se maintiennent également élevés, il est évident que l'humus n'est pas nécessaire ("').
Mais, en supposant l'expérience conforme à ces prévisions, en faut-il conclure qu'on doit bannir l'emploi de l'humus lorsqu'on peut s'en procurer économiquement(^') ? Une telle conclusion est aussi loin de mon esprit que la pensée de proscrire l'usage du fumier là où on peut le produire dans de bonnes condition?.
Ce que j'ai voulu établir, c'est que l'humus, pas plus que le fumier, n'est une nécessité imposée à la culture, et voici les preuves que je puis invoquer à l'appui de cette assertion :
Le champ d'expériences de Vincennes est au régime des en^rrais chimiques depuis six ans. Or, les rendements avec l'engrais complet,
(52) M. Ville, a mal vu et se trompe. L'humus concourt directement h l'alimenlation végélale. Il n'y a pas de dénégation systématique rjui puisse tenir devant un fait comme ceiui-là, alors qu'il a été constaté par les autorités scientifiques les plus considérables que nous avons citées, et sanctionné par une pratique séculnire. — H.
(53) M. Ville se contente de nous dire ce qu'il y aurait à faire pour prouver, mais il ne dit pas qu'il l'a fait. Que conclure dès lors?
Tout cela serait très-bien et peut-être concluant s'il s'agissait de faits réguliers deprati ;ue agricole m;ds s'il n'y a pas même une série d'expériences, pourquoi conclure comme si les fai;s usuels avaient prouvé souverainement pendant une suite d'années? Et puis, c'est bien peu précis « une terre de qualité médiocre, n II faudrait sivoir plus exactement ce que cettç qualification e.-çprime car enfin il existe précisément des terrains que l'on considère comme médiocres, à raison de la surabondance d'humus et de débris végétaux qui caractérisent leur composition. Là en efîet l'action des engrais chimiques ne saurait être douteuse, mais il reste à prouver que les résultats ne changeraient pas à mesure que la couche humifère disparaîtrait. Sur ce point si importa;it M. Ville n'a rien prouvé du tout. — R.
(54) Remarquons bien ce passage, il est important ; « En supposant l'expérience conforme à ces prévisions. » Ainsi l'expérience n'est pas faite et M. Ville n'en méconnaît pas moins tous les travaux antérieurs aux siens en niant tout pour adopter des hypothèses, de simples suppositions, c'est-àdire sans faits bien établis ; et il s'étonne qu'on discute ses témérités, alors qu'on entend dire à des agriculteurs ; Je bouleverserai de fond en comble tout mon système de culture. — R.