Tome II de 1867. — 5 mai
au lieu de baisser, vont toujours s'élevant. La terre naturelle, au con traire, est arrivée à un état voisin de la stérilité ("'). En 1863, elle a rendu 11 hectolitres de froment; en 1864, T hectolitres; en 1865, 7 hectolitres; mais, en 1866, elle est descendue à 4 hectol. 20. Avec les engrais incomplets, les rendements sont également très-faibles. Pour arriver à la contre- épreuve dont je parlais il y a un moment, j'ai fait défricher en 1864, au domaine de Belleau, dans la Drônie, 2 hectares d'un coteau aride. La terre y est si pauvre, que le froment sans engrais y reproduit à peine sa semence. Pour 2 hectolitres semés, on a récolté 2 hectol. 8 la première année et 2 hectolitres la seconde. Avec l'engrais complet, le rendement a atteint 30 et 36 hectolitres. Avec 29,039 kilogravnmes de fumier, c'est-à-dire avec un engrais pourvu d'humus, il est resté cà 10 hectol. 8(*). Au même point de vue, l'expérience faite par M. Ponsard, à Omey, a une valeur inappréciable. Tout le monde sait bien que les terrains crétacés de la Champagne, à l'état de landes, ne contiennent pas d'humus. Eh bien! sur une terre de cette nature, avec 100 mètres cubes de fumier, on a obtenu 13 hectolitres de grains, et 33 hectolitres avec 1,200 kilogrammes d'engrais chimiques. Ainsi, soit qu'on opère dans le sable calcmé ou dans des sols naturels presque aussi pauvres, on obtient, avec les engrais chimiques, des rendements égaux, si ce n'est supérieui's à ceux que produisent les bonnes terres au régime du fumier ('').
La question de l'humus étant, je crois, résolue, il me faut répondre à une dernière objection. On ne nianquera pas de me faire remarquer que les engrais que j'emploie dans le sable calciné contiennent des produits qui ne se trouvent pas dans l'engrais complet, et qu'il est présumable qu'un jour viendra, pour les terres pauvres notamment, où il faudra ajouter à celui-ci une partie, si ce n'est la totalité des minéraux
(55) Dans quelles conditions de fumure? Sous l'empire de quelles circonstances? On n'en sait rien, et on devrait le savoir afin de pouvoir apprécier. Dans tous les cas, cette succession de six années seulement n'a rien de nouveau. Ce résultat prouve tout simplement qu'il y avait dans ca sol une couche humifère abondante, m:iis cela ne prouve pas du tout que les mêmes rendements se continueront à mesure que la quantité d'humus diminuera.
Ou a obtenu, avec le guano seul, des résultats semblables, comme avec la chaux seule, mais, finalement, on est arrivé à l'effritement du sol, et il a fallu revenir au fumier et restituer promptement tout l'humus qui avait été détruit en quelques années. L'engrais complet de M. Ville n'est qu'un mot; c'est un engrais tout aussi incomplet que le guano et tous les autres, et il conduira infailliblement aux mêmes résultats, moins vite peut-être, mais aussi sûrement. — R.
(5C) Eiilendons-nous bien. Dans aucun cas de culture régulière on ne saurait improviser une couche arable; quelque certain que soit l'avenir d'une terre, il est tout à fait impossible d'amener celle-ci, dès la première année, à son maximum de production, même en supposant telle masse de fumier de ferme que l'on pourra lui fournir
Dans la forme, les objections de M. Ville ont une certaine apparence de solidité, mais en les examinant sérieusement au fond, sans prévention, sans parti pris, elles ne résistent pas à l'examen. Cela est si vrai, que pas un agriculteur ne démentira ce que nous venons de dire. Est-ce que la multiplicité des labours n'est pas une conditBn tout à fait essentielle pour amener une terre à son maximum de production? E.-t-ce qu'il n'y a pas une première pénétration du sol par le fumier, une véritable assimilation que le temps et la continuité des labours peuvent seuls opérer? Qui .sait d'ailleurs quel était l'état de cette terre, au moment oii elle a été fumée? M. Ville n'en dit mot. Avait-elle reçu les amendements eties façons nécessaires pour que le fumier puisse s'y incorporer convenablement et produire tout son effet utile? Mais, même en supposant ces conditions remplies, il n'en faut pas moins plusieurs années avant de pouvoir dire : Voilà ce que cette terre bien préparée peut produire nonnalement avec une quantité déterminée de fumier. D'où celte conclusion que les faits mvotjués ici [lar M. Ville ne prouvent rien de ce qu'il veut leur faire dire. — R.
(57) Nous nous sommes explique au sujet des essi.is de M. Ponsard, et nous ne pouvons qu'y ajouter les réflexions que nous venons de luire. — R.
que j'en ai actuellement exclus. Cette éventualité me paraît un effet probable; mais en quoi condamne-t-elle le présent et compromet-elle l'avenir? Par mes cultures dans le sable calciné^ je suis arrivé à déterminer les conditions de la production végétale à leur plus haut degré de généralité. Je demande maintenant à la pratique agricole de m'indiquer à quel point il faut s'en rapprocher : bien résolu à exclure de l'engrais complet tout ce qui n'a pas manifesté une action certaine et bien constatée, et à ne jamais devancer les témoignages des faits sur la foi d'inductions plus ou moins légitimes (^').
Je le répète donc^, je conclus du succès de mes cultures dans le sable calciné et des faits qui sont venus les confirmer, qu'on peut sans hésitation avoir recours aux engrais chimiques dans toutes les conditions, et faire faire à leur aide, à l'agriculture, un progrès dont les méthodes du passé n'étaient pas susceptibles. Mais, direz-vous peut-être encore, c'est là de la théorie et de la théorie où il n'y a rien de nouveau, tout cela a été dit et mieux dit. Alors, expliquez-moi, monsieur, pourquoi le monde agricole est si attentif à ces questions ; pourquoi des usines destinées à la fabrication de ces produits se montent sur la foi de ces nouveaux enseignements? Pourquoi ces procédés que vous déclarez si défectueux se propagent-ils avec une intensité à laquelle je n'aurais pas osé croire si je n'en voyais tous les jours de nouvelles preuves? Quoi ! tout cela est faux; il n'y aurait là qu'une œuvre de mensonge? A qui persuadera-l-on qu'à une époque de publicité comme la nôtre, l'opinion puisse devenir à la fois complice et victime d'une pareille mystiûcatiou (^) ?
J'arrive à une dernière considération que j'aurais voulu écarter, mais que vos attaques, vos allusions à nos relations et ma situation personnelle (voir note 32 et le préambule de M. Barrai) ne me permettent pas de passer sous silence. Lorsque les noms de M. Dumas et de
(58) Encore le sable calciné. Mais il n'a rien de commun avec les malières minérales qui composent les terres eu culture; ce n'est plus là, évidemment, le sable des terrains agricoles ; on sort ainsi des conditions normales. Pourrait-on nier que sous l'influence d'une température élevée l'état moléculaire du sable ne s'est pas modifié"? A'ous y croyons, parce que, par analogie, des faits d'un même ordre le prouvent. Essayez de faire de toutes pi'.ces de la cliarrée ou des cendres, et vous n'obtiendrez, sur le sol, ni les mêmes effets ni les mêmes résultats qu'en employant la cliarrée ou les cendres naturelles, parce que la température rouge a déterminé un état particulier qui influe plus tard sur le mode d'action de ces matières au contact du sol, et, partant, sur la végétation ellemême.
Ce que nous disons là, c'est ce qu'a reconnu M. Ville lui-même en disant, au commencement de sa réponse : « Dans la nature, les choses ne se passent pas aussi simplement que dans nos laboratoires. j> (Page 353 du 1" volume 1867 de ce journal.) Donc, les cultures dans le sable calciné peuvent être utiles dans le laboratoire à titre d'expérience, mais ne sauraient autoriser à conclure, au point de vue de la culture régulière, d'une façon aussi absolue que le fait M. Ville. — R.
(59) Les réponses à ces questions sont faciles à faire. En présence de tant de promesses hardies, mais certainement e.xagérées, beaucoup d'agriculteurs, espérant améliorer le rendement de leurs terres, se décident à essayer. C'est très-naturel pour ceux qui espèrent. Et puis, plus on approche du merveilleux, plus on surexcite la curiosité de chacun, surtout sous l'influence de celte lièvre de l'extraordinaire, qui a seul, aujourd'hui, le don de fixer l'attention générale. M. Ville le sait bien, très-bien, et il en profite; mais attendez que tout cela se calme, que la saine et froide raison fasse la lumière dans les esprits, et vous verrez.
Vienne demain un promoteur de végétation électrique, sans un atome d'engrais quelconque, et quinze jours après il aura des croyants, des adeptes, des prôneurs, des fanatiques; il lui aura suffi de savoir s'y prendre.
Quant aux fabricants de produits chi^miques et aux négociants, c'est tout simple : on leur fait un pont, ils y passent et ils ont raison, c'est parfjitement légal; mais qu'est-ce que tout cela prouve par rapport au fond des idées de M. Ville? Pas granirchose, et même rien. — R.
M. Boussingault se présentent sous votre plume, votre enthousiasme s'élève jusqu'à l'apothéose et votre lyrisme ne recule pas devant la nécessité de travestir des faits authentiques pour en changer le caractère devant l'opinion. Vous êtes de bonne foi. je n'en doute pas, et cependant, quand je compare ces éloges aux critiques que vous faites de mes conférences, sans les avoir lue?, il est vrai, je ne ruis oublier certaines coïncidences dont il me semble qu'il est bon que !ii public soit instruit. Ainsi, vous ne pouvez nier que l'initiative de M. ïiamas, indirectement appuyée par M. Boussingault, vous oit valu un concours financier d'une grande importance en faveur de l'industrie que vous avez cherché à fonder en Norvège pour utiliser les résidus provenant des pêcheries. Je ne veux mettre en cause ni votre loyauté, ni votre indépendance, ni vos convictions, je me borne à constater, entre vos éloges et un service rendu, une coïncidence qui malheureusement n'est pas la seule que j'aie à signaler ('").
Vous avez parlé de nos relations; elles remontent, si je me souviens bien, à 18G0 ou 1861. Elles sont nées de votre initiative. Je vous ai reçu avec politesse, avec bienveillance même. Vous désiriez connaître mes travaux, je vous ai conduit à Vincennes, je vous ai ouvert mon laboratoire. Comment eussé-je manqué de courtoisie envers un homme qui m'écrivait le 1 1 février 1862, par exemple, à propos d'une attaque dirigée contre moi par le Journal d' Agriculture pratique :
« Ce n'est pas vous, monsieur, que je défends, c'est la. vérité, et je continuerai à la défendre toutes les fois que l'occasion s'en présentera. C'est là seulement qu'est la véritable indépendance et la noblesse de cœur, et jamais un mensonge ou une flatterie ne viendra salir ma plume. Je sais ce que vaut la tourbe des journalistes (il s'agissait du Journal d' Agriculture pratique), et je le dis assez haut en toute circonstance, s'ils ne s'étaient adressés qu'à moi je leur pardonnerais de grand cœur, mais je fais remonter jusqu'à eux la plupart des turpitudes dont les hommes ont à se plaindre, et sur lesquelles peuvent gémir tous ceux qui aiment sincèrement leur pays, à quelque opinion qu'ils appartiennent, etc , etc. ("). »
J'ai reçu de vous huit ou dix lettres de ce style. Je n'en citerai plus qu'une qui porte la date du 10 déceaibre 1863 :
a J"ai à vous demander la relation de vos travau.x afin de pouvoir aider de toutes mes forces à faire ressortir l'importance de vos recherches. L'avenir est à vous,
(60) Fidèle à ses précédents, M. Ville ne pouvait manquer de faire des personnalités inconvenantes, en mettant en cause, sans ménagement et sans respect, des hommes éminents qui sont tout à la fois la gloire et l'honneur de la science, aussi bien que du pays, et qui sont absolument en dehors du débat.
Après cela, nous ne devrons pas être surpris de tout ce qui va suivre; mais .s"il est toujours facile de faire des suppositions, nous avons réduit à néant celle que fait ici M. Ville, car il est maintenant prouvé que nous avons toujours soutenu la même thèse contre l'emploi exclusif des engrais chimiques. Dans tous les cas, les appuis si honorables que M. Ville veut bien nous prêter, ne prouveraient rien contre nous, et font seulement penser que bien des gens n'en sauraient diie autant. — K.
(01) Malgré les intentions bien perfiiles de M. Ville et l'emploi peu scrupuleux qu'il sait faire de toutes les corre.spondances intimes qu'on lui adresse, nous n'avons à protester ici que contre une nouvelle supposition, celle qui est relative au Journal d'Agriculture pratique.
En fait, il n'est nullement question de ce journal dans la lettre citée, et en suivant la pensée qui y domine, on ne sent là, en effet, qu'une appréciation purement générale, et c'étiit bien notre intention. Peut-être M. Ville sait-il mieu.v que nous ce que nous avons voulu dire?
En reportant nos souvenirs jusqu'à 1862, nous nous sommes souvenu des causes qui avaient soulevé en nous, à propos d'actes arbitraires et de spoliation violente, un mouvement d'indignation légitime que nous n'avons pu contenir. Il n'y a donc eu là qu'une explosion de colère, mais qui n'avait rien de spécial dans l'espèce. Il y a toujours eu et il y aura toujours de la tourbe dans toutes les couches sociales, mais nous allons voir dans un instant que M. Ville ne recule devant remploi d'aucun moyen. — R.
monsieur, et venir en aide à vos efforts si louables, ccsl faire une bonne action et servir ulilement les intérêts de l'agriculture ('*). »
Vous ne vous borniez pas à ces éloges épistolaires et en quelque sorte confidentiels. En juin 1865, vous exprimiez dans V Annuaire des engrais (page 162), à propos d'une nouvelle attaque dirigée contre moi par M. Barrai :
<t Est-ce là de la discussion?E5l-il vraiment di^ne d'unjournal d'aE;i'iculture français, diriijé par un savant français, d'accueillir et par conséquent d'encourager de pareilles platitudes dirigées contre un savant français par des gens que nous ns connaissons même pas, et pour en arriver finalement à ne rien prouver du tout ("'). »
Nous en étions là, lorsque le 27 juin de cette même année 1865, c'est-à-dir3 quinze jours plus tard, je reçus, non plus de vous, mais de M. votre fils, une nouvelle lettre où je lis ("') :
(62) Ceci montre clairement qu'à l'époque où tiouî demandions i M. Ville de nous communiquer la relation de ses travaux, nous avions les meilleures intentions de venir en aide à ses efforts. Ce passage ne dit pas autre chose. Où est le mal"? Que conclure de cela contre nous? Et à qui la faute si, après avoir bien lu et bien vu, nous avons été complètement désillusionné? Hélas! nous n'apas fait voir tout, mais il faudra bien nous résigner et montrer enfin, en prenant les chiffres nièmes de K. Ville, à quoi se réduisent toutes ces belles assurances et ce pauvre système qui ne saurait se tenir debout, tant il est pitoyablement charpente. — R.
(63) L'un des correspondants du Journal d' AfjricuUure pratique avait en effet publié que!qu!3 moqueries contre la personne et contre le système de M. Ville, mais sans préciser suffisamment le bien fondé d'une critique proprement dite. Qu'avons-nous donc commis de blâmable en prolestant, en cherchant à défendre M. Ville jusqu'au jour où nous avons enfin découvert ce qu'il y avait réellemenl au fond de tout cela?
L'abus scandaleux que fait M. Ville des- choses que lui-même reconnaît comme confidentielles, montre assez clairement la perfidie de ses intentions; mais, précisément à propos de ces dernières citations, il se garde bien de dire toute la vérité, car, dans la page de VAnnuaire citée ici, il est dit : « Nous ne pouvons croire que la reproduction du passage relatif à M. Ville soit du fait de M. Barrai, i Est-ce clair? Et, précédemment encore, nous disions ; « Nous devons croire qu'il y a eu surprise du côté de M. Barrai, en retrouvant ces lignes dans un coin de son journal. »
Donc, la personne de M. Barrai était hors de cause dans tout ceci, comme dans tout ce qu'il a plu à M. Ville de supposer. — R. .
(64) M. Ville nous impose ici une nécessité des plus pénibles, celle de lui répondre, pour un pauvre enfant qui n'est plus, au sujet d'un fait qui ne nous est pas personnel, et qui s'est passé en arrière de nous alors que, pendant huit mois, nous étions retenu à l'extrême nord de l'Europe.
M. Ville n'ignore aucune de ces trois circonstances, qui auraient du l'engager à s'abstenir. Nous l'y avons invité, en faisant appel au respect que mérite la mémoire d'un défunt dont la perte est si récente, et aussi par égard pour une douleur devant laquelle chacun sait oublier les ressentiments et les haines; mais M. Ville est resté insensilile devant ces considératious, et, en homme qui n'hésite pas à braver tout, il a mieux aimé se venger en frappant deux fois un père deux fois malheureux. Voici la lettre que M. Ville a laissée sans réponse, et qui relatait d'une façon si précise les trois circonstances que nous venons d'indiquer :
» Paris, 10 mars 1867.
« Je viens de lire, monsieur, la réponse que vous avez f.iit signifier à M. Barrai, jiour le prochain numéro du Journal de l'Agriculture.
« Avant de vous répondre publiquement, je crois dei'oir le faire ici en ce qui concerne le^issage de votre réponse relatif à mon fils, déccda, que vous mettez inutilement en cause, sans le moindie égard pour la douleur de son père et de sa famille.
« J'ignore absolument ce qui s'est passé entre vous et mon enfaut, mris ce que vous dites n'a évidemment aucun rapport avec le sujet en discussion.
« Je suis, d'ailleurs, d'autant plus -étranger à ce qui a pu être dit entre vous et mon fiU, que j'étais alors bien loin d'ici. Vous ne l'ignorez pas. A mon retour, m )n fils m'a parlé de projets sur lesquels il avait basé des espérances et des calculs impossibles, et je n'ai cessé un sjul jour de m'opiioser à leur réalisation. D'ailleurs aussi, il est notoire que ce projet n'a reçu aiicune exécution et que je ne m'en suis jamais occupé, ni avec vous ni avec personne.
< Donc il n'y a là rien qui me soit personnel, absolument rien, et le jour où doit paraître votre réponse est précisément le jour anniversaire du déjès de mon pauvre enfant,
« Voyez, monsieur, ce qu'il vous reste à faire après ces explications, et recsvez, etc.
a F. ROHARI. a
M. Barrai a bien voulu m'épargner la douleur de répondre sur ce sujet à la date du 20 mars, et je crois devoir l'en remercier ici.
Précédemment, et bien qu'il nous eacoiUit d'écrire à M. Ville, nous lui avions demandé de renoncer aux personnalités, pour se tenir uniquemsnt sur le terrain des faits en discussion ; il n'y a pas plus répondu qu'à la lettre qu'on vient de lire et n'en a tenu aucun compte. C'est donc à regret que nous avons vu le débat s'engager sur ce terrain, après avoir tout fait pour le prévenir. — R.
« Je partage entièrement vos vues ausujetdela situalionde notre agriculture, etc.» Puis un paragraphe ainsi conçu : « Je serais bien aise de m'entrelenir avec vous à ce sujet, monsieur, et comme je connais votre bienveillance et votre initiative pour tout ce qui touciie aux intérêts de Tagricnlture, je serais heureux de vous soumettre quelques projets qui, je l'espère, feront plus que vous intéresser ('^). d
L'entretien avait pour but de solliciter de moi ou de mes amis un concours de 60 à 70,000 francs pour donner à votre usine d'Aubervilliers une base nouvelle et plus étendue (''). Par M.Dumas etM. Boussingault vous veniez d'obtenir un concours pour votre affaire de Norvège. On s'adressait à moi en faveur de l'établissement que vous possédez en France. Ma réponse, très-bienveillante dans la forme, se réduisit néanmoins à un refus aussi explicite que péremptoire. M. votre iils ne se le tint pas pour dit cependant : le 6 juillet 1865, une nouvelle lettre me fui adressée; 7 pages in-8 dans lesquelles on m'exposait très en détail les conditions de remboursement et autres avantages présumés. On me disait par exemple :
<c Qu'avec 87,750 fr. de fonds de roulement, équivalant à 1,500,000 kilog. de matière fabriquée, et 55,000 fr. de valeur immobilisée, on pouvait gagner 47,250 fr. de bénéfice net, soit en chiffre rond 34 pour 100 (''). »
J'avais toujours soupçonné que vos engrais et leurs analogues étaient grevés d'un énorme profit. Mais dans ces appréciations, je dois le confesser, j'étais resté beaucoup au-dessous de la vérité (^). Dans cette même lettre on me disait encore :
« Permettez-moi, monsieur, de compter sur votre appui lorsque j'en aurai besoin, car je sais que le cercle de vos connaissances est très-étendu et que vous pouvez faire beaucoup si vous le voulez, et si j'ai été assez heureux pour vous convaincre. »
Le 12 du même mois, nouvelle demande. Je fis répondre cette fois par un refus des plus nets et après lequel de nouvelles sollicitations devenaient impossibles. Depuis cette époque je n'ai plus entendu parler de vous, si ce n'est par la série d'articles auxquels je viens de répondre.
Ainsi, entre vos éloges et un service à vous rendu par MM. Dumas et Boussingault, première coïncidence (''). Nouvelle coïncidence entre un
(65) Cette simple citation fait voir dans quel sens j'avais eu occasion de m'e.xprimer autour de moi, sur le compte de M. Ville, à une époque où, malheureusement, je ne le connaisssais pas assez. — R.
(65) Mou fils, craignant que mon usine d'Aubervilliers ne passât en des mains étrangères, ainsi qu'il en avait été question, essayait, en mon absence et à mon insu, de la reprendre personnellement. Il n'y a là rien que de très-naturel, mais enfin, j'y suis complètement étranger. — R.
(67) Ciest précisément quand j'ai eu connaissance de tous ces calculs d'enfant, de jeune homme sans expérience des choses de l'industrie et du travail, que je me suis opposé énergiquement au projet dont il s'agit; mais, en ce qui concerne M. Ville, je n'ai eu connaissance de C3 qui s'est passé entre lui et mon fils que par l'usage bien peu délicat que M. Ville vient de faire des communications qu'il a reçues à titre confidentiel, comme il le reconnaît. — R.
(68) Hélas! monsieur, que ne dites-vous vrai en faveur d'un pionnier de l'industrie et de l'agriculture qui a tout sacrifié, (ont, entendez-le bien, pour aller fonder au bout du monde, dans les conditions les plus pénibles, une création qui survivra i votre haine, et qui, à un jour donné, fera retourner contre vous les turpitudes et les méchancetés que vous avez su accumuler, que vous osez étaler eu public, sans respect aucun pour ce que la douleur d'un père et le deuil d'une famille ont de plus inviolable. Vous avez commis là, monsieur, une bien mauvaise action. Puissiez-vous ne pas tiop vous en souvenir un jour! — R.
169) Toujours des suppositions! Mais des milliers d'agriculteurs ont aujourd'hui en mains le Guide des Engrais et les Annuaires, dans lesquels, depuis plus de dix ans, nous n'avons cessé de défendre la cause du fumier de ferme contre les prétendus engrais complets qui ne sont pas complets du tout, et qui ont tous la prétention ridicule de mettre le fumier de ferme à la porte. Nous n'avons pas cessé un seul jour de soutenir cette thèse, et M. Ville sait bien qu'd ment en attribuant la critique que nous avons faite de son système à de purs motifs de condescendance. — R.
refus de concours financier de ma part et vos critiques succédant à des éloges faits pour embarrasser même ce que vous appelez mon orgueil(™). Voilà les faits, monsieur, je laisse à l'opinion le soin de les apprécier. Je mets de côté votre indépendance et votre loyauté. J'admets qu'il soit possible, sans manquer absolument de ces deux qualités, d'accorder dans les jugements humains une part aux sentiments personnels, à la reconnaissance surtout; mais il faut que le public soit instruit ("'). Quanta moi, je me borne à poser une question : Un écrivain dont l'éloge et le blâme, par un concours de circonstances que je ne veux pas apprécier, coïncident si parfaitement avec le succès ou les mécomptes de ses intérêts privés, remplit-il auprès du public les conditions d'une critique indépendante, sûre, aux jugements de laquelle l'opinion puisse se confier? Cette question, je la pose à nos lecteurs d'abord, puis au conseil de surveillance du Journal de r Agriculture. La réponse dira ce qu'il faut penser de la profession de foi placée en tête de ce recueil et dont le conseil s'est porté garant envers le public ('^).
' Georges Ville,
Professeur-administrateur au Muséum d'histoire naturelle.
Mon cher collègue,
J'ai reçu et je vous adresse une nouvelle lettre de notre ami, M. Villeroy, toujours sur le même sujet, les croisements. Malgré la réputation — très-exagérée à mon sens — de légèreté et de superficialité qu'on nous a fait à l'étranger, je ne doute pas que nos lecteurs n'accueillent avec plaisir cette nouvelle note de l'éminent éleveur, d'autant plus qu'elle présente une face, sinon nouvelle, du moins peu connue de la pratique des croisements.
Pour le plus grand bien de la chose, comme disait Olivier de Serres, il serait à désirer que cette profession de foi de M. Villeroy engageât ceux de vos abonnés qui ont des faits bien observés à leur connaissance à les publier. Dans les sciences d'obsei'vation, comme l'agriculture, on n'étend le domaine scientifique que par l'observation attentive et con-
(70) Cette autre suppositicn ne Saurait nous atteindre, par la raison que nous ne sommes pas en cause sur ce point; mais rimputation est si blessante, si injurieuse dans ses intentions, qu'elle s'appelle d'un nom qui ne saurait trouver sa place ici. Nous le dirons eu face à M. Ville, quand il le voudra, car il commet contre nous, directement, l'acte qu'il ne peut nous reproclier qu'en dénaturant l'état naturel des choses. — R.
(71) Non, vous n'instruisez pas en parlant ainsi, car vous restez dans des suppositions où vous dénaturez les faits. — R.
(72) Pour conclure, laissons là les mots, et prenons les faits. Pour M. Ville, comme pour nous, il s'agissait de prouver; c'est ce que nous avons proposé en terminant notre critique; nous avons offert de procéder expérimentalement, comparativement, sous la direction et le contrôle de quelques Sociétés d'agriculture, c'est à-dire eu arrière de chacun de nous; mais M. Ville s'esthien gardé d'accepter des essais contradictoires; il se refuse à toute comparaison; il ne veut ni du contrôle, ni de la publicité des résultats, ainsi que nous le lui avons ûtl'ert. Quand on refuse une proposition aussi loyale, on est jugé.
Un dernier mot. L'examen attentif des chiffres mêmes de M. Ville, en prenant les assolements qu'il propose et les produits qu'il emploie, conduisent à des résultats on ne peut plus curieux. 11 y a là de quoi édifier sérieusement tout le monde sur le caractère de la doctrine et la façon pitoyable avec laquelle elle a été conçue et formulée. Nous y reviendrons donc, pour la dernière fois, nous l'espérons, dans un prochain numéro. F. Rohart.
sciencieuse des faits. On le restreint, au contraire, en procédant comme le font certains esprits systématiques et les gens de parti-pris, qui commencent par poser un principe, puis, faisant un large emploi de la faculté d'éleciion, s'emparent des faits qui sont favoraLles à ce principe et contestent, éliminent ou dénaturent ceux qui lui sont contraires.
C'est parce que l'immense majorité des faits consciencieusement observés est conforme à l'opinion développée par M. Villeroy que lui et moi nous l'avons adoptée. J'ajouterai que, quand on se trouve dans cette voie avec les Gayot, les Magne, les Youatt, les Renault et tant d'autres, on peut se dire en assez bonne compagnie.
Et néanmoins, si d'autres faits, bien observés, bien constants, se trouvaient en contradiction formelle avec cette opinion, je déclare que je n'Iiésiterais pas à reprendre et à étudier à nouveau la question tout entièie avec le seul désir d'arriver à la vérité.
IMais pour cela, il me faut autre chose que du persiflage, fût-il spirituel, ou que des exposés de principes et de soi-disant faits qui, malgré la forme affirmative et absolue, et malgré des termes nouveaux plus ou moins scientifiques, n'ont et ne peuvent avoir encore qu'une simple valeur de renseignement.
La science, la vraie, c'est-à-dire la loi de la génération, de la coordination et de la succession des faits, demande, elle aussi, autre chose.
Agréez, mon cher collègue, etc.