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DANS LE CANTON D'AVIZE EN CHAMPAGNE

La culture de la vigne en Champagne remonte à des temps très-reculés, mais la renommée des vins mousseux de Champagne ne date que d'une époque peu éloignée de la notre.

Une des premières mentions à ce sujet se trouve dans le journal des états tenus à Vitry-le-François en 1744. Ce journal a été rédigé par Bertin du Rocheret, président et grand voyer de l'élection d'Epernay, lieutenant criminel au bailliage et Gouvernement de ladite ville.

On y trouve ce passage : « Avize est un bourg assez considérable, extrêmement augmenté depuis douze ou quinze ans par la frénétique invention du vin mousseux. Il était encore pauvre en 1719. » Un peu plus loin, on voit : « Les vignes, presque toutes plantées de ceps blancs, ne produisaient qu'un petit vin aigre et d'un goût rêche qui le faisait réputer un des moindres du pays; aussi ne se vendait-il ordinairement que 25 ou 30 francs la queue (muid et demi, soit 278 litres 21 centilitres); mais, depuis la manie du saute-bouchon, cette abominable boisson, devenue encore plus rebutante par un acide insupportable, se vend jusqu'à 300 francs, et l'arpent de vigne, dont on ne voulait pas à 250 francs, a été porté jusqu'à 2,000 francs. Aussi Avize est-il orné, depuis ce temps, d'une quantité de belles maisons de vendanges qui en ont absolument changé toute la face. »

D'après ce tableau peu flatteur, il est aisé de reconnaître qu'Avize a été sinon l'inventeur, du moins le propagateur du saute-bouchon champenois, vers 1730, et que nos bons aïeux oubliaient de sucrer leur vin, ce qui le rendait très-désagréable, Tous les pays voisins où la vigne était en abondance imitèrent Avize, et bientôt la Champagne ne fit plus guère que des vins blancs mousseux. Toutefois, par suite de l'addition du sucre, des améliorations apportées chaque jour à la culture de la vigne et des soins constants donnés au vin, on est arrivé à produire ce liquide agréable et pétillant que chacun connaît. Aujourd'hui, les 200 litres se vendent 350 et 400 francs. L'arpent de vigne (43 ares 23 centiares) vaut, en moyenne, 5,000 francs dans les meilleurs crus, et quelquefois il atteint 7,000 francs. Le rendement moyen de l'arpent est de 4 à 5 pièces, soit 800 à 1 ,000 litres.

Occupons-nous maintenant de la culture de la vigne, depuis sa plantation jusqu'au moment où elle commence à rémunérer son propriétaire. Nous verrons ensuite les soins à donner à la vigne en plein rapport. Cet examen nécessitera deux divisions. La première comprendra les travaux préparatoires à la plantation et les soins à donner au jeune plant jusqu'au moment où il rapportera. La seconde division embrassera les travaux nécessaires aux vignes en plein rapport.

L — Deux ans avant de planter une vigne, si on veut employer du plant obtenu par crossetles, et une année seulement, si on se sert du . plant par longuettes, on doit se préoccuper de trouver du plant.

Dans le canton d'Avize, on planle peu de raisin noir; dans d'autres localités, au contraire, suivant la nature du sol, on ne planle presque pas de raisin blanc. C'est là la seule différence entre presque tous les crus de la Champagne; les travaux, à peu de variantes près, sont les mêmes partout.

Le meilleur plant, pour le raisin blanc, est le pineau blanc de la Loire; pour le raisin noir, le pineau noir fin du Clos-Vougeot.

Yoici les différentes manières de se procurer du plant; elles sont au nombre de trois : le plant par boutures ou crossetles; le plant par longuettes; le provignemeat.

Boiilures ou crossetles, — Quand, au milieu de février, on a taillé la vigne, on prend, sur le sarment coupé, des brins qu'on a soin de mettie le plus promptement possible par petites bottes dans l'eau, pour empêcher le dessèchement. On les laisse ainsi jusqu'à ce que la sève amène la végétation dans les bourgeons. A ce moment, on les transporte dans une pépinière préparée à l'avance. On plante les brins à 3 centimètres les uns des autres et par lignes distantes d'environ 30 centimètres. On met de l'engrais sur chaque ligne, on rebouche les lignes avec de la terre, et on taille en ne laissant hors du sol que deux ou trois yeux. Au bout de deux ans au plus, les sujets qui ont réussi sont bons à planter. La plantation des crossettes prises se fait en décembre. La vigne ainsi obtenue sera encore trois ans sans rapporter.

Plant par longuettes. — On obtient ce plant sur un cep à deux bras, dans une vigne en rîipport. On choisit les brins qui doivent donner le plant au momcht de la taille, qui a lieu, quand il ne gèle pas, du 20 janvier au 20 février. Quand on a choisi son sujet, on coupe un des bras, comme à la taille en biseau, seulement au sommet, en ayant soin de laisser une certaine longueur de peau qui sert à distinguer le sujetparmi les autres ceps, puis on provigne ce brin en bêchant. 11 donne une récolte l'année même, et, l'année suivante, quand il a pris racine, on le lève et on le plante, dans le terrain dont on veut faire une vigne, vers le 1 0 décembre. Ce plant réussit presque toujours, quand il est fait dans les conditions de temps indiquées plus haut. La vigne, ainsi plantée, sera trois ans encore sans rapporter. Toutefois, on voit qu'en employant le plant par longuettes, on peut planter un an plus tôt qu'en employant les crossettes.

Proviijnement. — Le provignement (expression locale : provignerie), qui, dans la culture du chasselas, n'a pour but que de rajeunir le tronc, est, en Champagne, un travail qui a pour but de rendre les ceps plus drus dans les vignes en plein rapport. On ne fait, d'ailleurs, de

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provins que dans ces dernières. Ce travail, qui rentre dans la seconde division, sera l'objet d'un chapitre particulier.

Une des bonnes conditions de culture pour la vigne est le choix de l'exposition. Les deux meilleures expositions sont le midi et l'est. Quand on possède, sur un mamelon, un terrain propre à la culture de la vigne, c'est-à-dire quand ce terrain est bien bêché, privé d'herbes et qu'il remplit les conditions d'une bonne exposition, on procède à la confection d'une tête de vigne fon dit lêtière dans le pays). Ce Iravad consiste à amonceler, en plan incliné, de bonne terre, en haut de la vigne, du côté ouest ou nord, en opposition à l'exposition.

En surélevant ainsi le sol, on a pour but de remédier à un inconvénient qui dérive des travaux qui doivent suivre; car, sur une pente, ils font prendre à la terre une tendance à toujours redescendre dans le sens de l'exposition.

Quand la pépinière contient assez de plants de crossettes pris, ou quand, dans d'autres vignes, on a assez de longuettes réussies, on les transporte sur le terrain dont on veut faire une vigne, et on plante, en ayant soin que la première route soit placée au moins à l'".20 de la tête de vigne. Les assises, les provins et les ceps, que l'on enterre en bêchant, suffisent à remplir cet e!|)ace en peu de temps. On a aussi le soin de laisser, de chaque côté de la vigne, une petite sente sur laquelle sont plantées les bornes qui font ligne de séparation entre la propriété que l'on plante et les vignes voisines. Ces sentes doivent, à moins de conventions particulières, être maintenues toujours avec la même largeur. Elles ont d'ailleurs un autre but très-utile, c'est que les riverains puissent accéder à leurs vignes en causant le moins de dommage possible sur les biens voisins.

Assises Je la vigne (les vignerons disent assiseler). — Deux ans après la plantation, si la vigne en plante a été bien soignée, on peut faire les assises, assiseler. Si le pied de plant porte deux ou trois bras, on les couche en terre, en les écartant les uns des autres, et on met sur chaque brin une certaine quantité d'engrais, puis on recouvre de terre. Quelques yeux seulement, à l'extrémité, sortent du sol. Après ce travail, les brins deviennent ceps, et, l'année suivante, ils commencent à rapporter. On fait les assises en mars ou en novembre, avant que la sève ne donne. Il faut, en novembre, éviter de faire les assises par la gelée. Pendant l'année où l'on a assiselé, la vigne en plante doit être labourée à la racle (roâle), au moins quatre fois, pour éviter 1 herbe, qui profiterait de l'engrais et affaiblirait d autant les assises. En faisant les assises, on place les échalas pour maintenir chaque brin. Celte opération jette les fondations, les assises de la vigne.

Tous les travaux ci-dessus sont usités et utiles pour donner à une jeune vigne toutes les qualités nécessaires à un bon rapport.

II. — Nous allons nous occuper maintenant des travaux à faire dans les vignes en plein rapport, travaux qui reviennent annuellement. Ces travaux sont :

1° La taille ou taillerie; 2° la bêcherie; 3" le provignement ou provignerie; 4° le premier labour; 5° le premier rognement ou rognerie; 6° la liaison; 7° le deuxième labour; 8^ le deuxième rognement; 9° le troisième labour; 10" les vendanges; 11° l'acherie des échalas. Ce mot est probablement un diminutif altéré du mot arrachement.

r Taille. — La taille consiste à couper le bois qui a porté fruit dans l'année, en ne laissant que le maître brin avec trois yeux et celui du collet. Quant aux ceps qui doivent fournir des provins et qui sont presque toujours à deux brins, on ne les taille pas. On se sert, pour ce travail, d'une serpette simple ou d'une serpette-sécateur. On taille dans les premiers jours de févi'ier.

2° Bêchage. — La bêcherie a pour but d'enterrer le bois de l'année précédente, bois de deux ans, jusqu'à la naissance ou collet du bois sur lequel on a récolté dans l'année ou bois d'un an. En bêchant, on retourne toute la terre de la vicrne. On bêche ordinairement vers la fin de févier ou les premiers jours de mars. L'outil qui sert à ce travail est une pioche ou hoyau non fourchu, à manche recourbé. Quand l'outil est en main, la courbe du manche est toujours en dedans, c'està-dire tournée vers la terre. Dans les vignes où l'on n'a pas fait de provins, on plante un échalas au pied de chaque cep après qu^on a bêché.

3° Provignemetit. — Le provignement consiste à enterrer, à 20 centimètres de profondeur environ, le cep double qu on a réservé à la taille pour être provigné. Les brins ne sont mis en terre que jusqu'au troisième œil avant leur extrémité. On écarte chaque brin d'à peu près 20 ou 25 centimètres, on verse une panerée d'engrais dans la fosse ainsi creusée, puis on recouvre de terre. L'engrais est apporté aux ouvriers qui provignent par des femmes ou des enfants, et dans des petits paniers que l'on appelle dans le pays paniers-mandelettes. Après ce travail, chaque provin devient cep et rapporte dans l'année. Dans les ceps à raisin blanc, on ne peut prendre de provin sur un provin qu'au bout de quatre ou cinq ans; sur les ceps de raisin noir, on peut gagner une année. Après le provignement, on met un échalas à chaque pied de vigne.

On se sert pour ce travail du hoyau à bêcher et d'un crochet en fer terminé en pointe à l'extrémité opposée à la courbe, et long d'un peu plus de 30 centimètres. Ce crochet sert à maintenir le cep couché auprès de l'ouvrier, pendant qu'il creuse le trou où doit être placé le provin. On provigne ordinairement du 20 avril au 1 5 mai.

4° Premier labour. — Après la mise des échalas dans les vignes où l'on n'avait pas fait de provins; après le provignement et la mise des échalas dans celles où l'on a provigné, fin avril dans le premier cas, 15 mai dans le second, on donne le premier labour, qui consiste à gratter la terre pour enlever les herbes. On se sert pour cela de la racle ou roâle, qui est une petite pioche à manche droit et à lame non fourchue et peu épaisse. La monture de la lame est coudée, comme au hoyau à bêcher, à l'endroit où s'adapte le manche. Ce labour se donne dans la deuxième quinzaine de mai.

5° Premier rognemenl. — Ce travail consiste à rogner la pousse de la vigne. On laisse deux yeux au-dessus du dernier raisin. La partie écourtée, qui reste adhérente au cep, est ce qui doit donner le bois pour la taille de l'année suivante. Cette opération, qui a pour but de faire profiter le raisin encore petit de la sève qu'eût absorbée la partie enlevée, se fait toujours à la main. On rogne au mois de juin.

C° Liaison. — La liaison a pour but d'attacher chaque cep après l'échaias que l'on a planté à son pied. On se sert pour cela de la meil-

leure paille possible. Il faut, en moyenne, 8 Loties de paille de 10 livres pour lier un arpent de vigne. Ces bottes s'appellent glus. On ne met que trois ou quatre brins de paille à cbaque cep. La liaison se fait à la fin de juin.

1" Deuxième labour. — Le second labour se ftiit absolument comme le premier et dans le même but. Il se donne en juillet.

8" Deuxième rognement. — A la sève d'août, une seconde pousse, qui sort des bourgeons laissés au premier rognement sur la première pousse, amène un second rognement sur la pousse nouvelle. On coupe, toujours à la main, jusqu'à l'œil qui est au-dessus du dernier œil laissé au premier rognement. Cette seconde pousse donne aussi du fruit qui ne mûrit jamais dans nos pays. On fait le second rognement du 1 5 au 20 août.

9° Troisième labour. — Le troisième labour est identique aux deux autres; seulement, on y adjoint un travail très-utile. On a soin, en labourant, de creuser un peu autour de chaque cep, pour que les raisins qui traînent sur terre en deviennent isolés. Ce travail leur donne de l'air et les empêche de pourrir. Ce labour se donne aussitôt le second rognement, du 20 au 25 août.

1 0° Vendanges. — Après tous ces travaux viennent les vendanges. Heureux si le temps favorise et si la saison a été propice à la maturité du raisin! On a alors une bonne récolte, mais il faut se hâter, car il y a de terribles maraudeurs qui se gorgent de fruit. Grives, sansonnets, perdreaux et cailles s'en donnent tout leur soûl; parfois aussi, les renards ne s'en font pas faute.

Voici comment se fait ce travail si important pour notre pays : Les villages sur la Marne vendangent les premiers. Alors vient s'abattre sur la Champagne une nuée de travailleurs de tous pays. Hommes, mulets, chevaux, tout abonde. Cependant, presque tout ce monde se loue par escouades, et, sous la conduite du propriétaire ou de son chef vigneron, chaque matin une horde ou hordon se rend à la vigne où commence le travail.

La horde comprend : les vendangeurs ou cueilleurs; les porteurs de petits paniers; les débardeurs ou porteurs de grands paniers. Chaque vendangeur a son petit panier ou panier mandelelte. Le propriétaire a fait transporter dans ses vignes ou sur les chemins les plus proches ses grands paniers ou paniers mannequins, espèces de grandes corbeilles en osier pouvant contenir iOO kilog. de raisin. Les débardeurs placent ces grands paniers dans les sentes de la vigne que l'on vendange. Aussitôt qu'un cueiUeur a rempli son petit panier, un porteur de petits paniers le vide dans le panier mannequin; aussitôt que ce panier est plein, deux débardeurs le portent, soit avec une barre de bois et sur l'épaule, soit avec une civière, jusqu'au plus proche chemin, où une voiture, un cheval de bât, un mulet ou un âne, vient le prendre pour le transporter chez le propriétaire, et ainsi de suite jusqu'à ce que la récolte soit achevée.

Le raisin est pressé, en général, le lendemain du jour ou il a été cueilli. On vendange, dansle canton d'Avize, vers le milieu d'octobre. Dans des années exceptionnelles , on vendange quelquefois en septembre, mais aussi, dans d'autres plus néfastes, on cueille quelquefois en novembre; alors, le raisin n'est presque jamais bien mûr.

11° Acherie. — Quelques jours après les vendanges, on arrache les éclialas. On a soin de réserver dans les vignes, de distance en distance, des espaces circulaires où il n'y a rien de planté. C'est là que l'on amasse les éclialas en moyères, et ils y restent jusqu'au moment où on les replace aux ceps après la bêclierie ou le provigneraent.

Travaux supplémenlaires . — Travaux d'hiver. — Les travaux d'hiver consistent à transporter aux vignes et à y répandre par petits tas les magasins et les engrais.

Le magasin se compose de fumier et de terre superposés par couches, les autres engrais sont les fumiers ordinaires.

Le magasin a sur ces derniers un grand avantage : c'est qu'en produisant les mêmes résultats, il fournit en plus de la terre, ce qui fait que les propriétaires ont moins souvent à recharger leurs vignes de terre, qu'il faut presque toujours transporter d'assez loin. On fait les magasins dans les mois d'août et de septembre.

Ces engrais servent au provignement, et l'avantage de la dispersion par petits tas, c'est que les provins à faire ne sont pas éloignés de ces petits monceaux d'engrais et que Ion gagne ainsi du temps sur le transport. Certains vignerons ménagent, à l'extrémité des vignes et dans un coin, au bord du sentier, autant que possible, un espace carré qu'ils creusent de 30 à 35 centimètres. C'est là qu'on dépose le magasin, et on vient le prendre à cet endroit pour provigner.

Ces deux dispositions sont très -usitées; cependant il y a des personnes qui préfèrent faire les magasins non loin du pays où elles habitent et qui le font transporter par voiture ou à dos de cheval dans leurs vignes au moment de la provignerie. Ces travaux d hiver closent la série des travaux nécessaires aux vignes champenoises.

Avant de terminer cet aperçu, il faut mentionner différentes tentatives faites pour introduire des systèmes différents de celui qui a été mentionné plus haut. Depuis quelques années, on a essayé de la culture en cordons, et d'autres systèmes encore, mais les résultats n'ont pas encore été bien constants ni très-bien connus, de sorte que ces tentatives n'ont pas été imitées. Peut-être y a-t-il beaucoup de bon dans ces systèmes essayés, mais ce bon n'a pas encore pu être suffisamment apprécié.

Les détails donnés plus haut ne concernent donc que le système usité depuis longtemps et que les résultats ont pleinement justifié. Presque tous les vignobles de la Champagne l'emploient, et les différences, qui existent de pays à pays dans la pratique, sont si peu sensibles, qu'elles ne modifient en rien le système adopté par tous.

Léon JouRON.

Q€ IL SERAIT UTILE d'iMPORTER

OU DE DOMESTIQUER DANS L'EUROPE MOYENNE. — VII '. Parmi les oiseaux sauvages utiles à l'homme, arrêtons nous quelques

1. Voir le t. ]I de 1866, pages 284, 359 et 499, le t. I de 1867, pages 326 et 427, et le numéro du 5 avril dernier, page 29.

instants aux chouettes, buses^ cresserelles, pies-grièches, hirondelles, fauvettes, rouges-queues, engoulevents et cailles.

Les hiboux (fig. 22) et les chouettes (fig. 23) sont avec les buses (fig. 24), les cresserelles ffig. 2.")) et les corbeaux (Gg. 26), d'intrépides chasseurs de souris qu'ils poursuivent, les uns pendant la nuit, les autres pendant le jour, sans trêve ni repos; une petite chouette, que nous avons pu observer pendant trois semaines en été, mangeait, toutes les nuits, de 30 à 32 souris, en sorte qu'on ne saurait trop protéger cet utile oiseau. Quant aux oiseaux de proie diurnes et auxquels on doit assimiler les corbeaux et leurs similaires, les pieset les geais , les eervices qu'ils rendent en détruisant les souris sont amplement compensés par le mal qu'ils font en détruisant les petits oiseaux insectivores tels que fauvettes, pinsons, alouettes, cailles et perdrix ; aussi ne doit-on les protéger que dans une certaine limite déterminée par l'abondance des oiseaux, de proie nocturnes qu'il vaudrait bien mieux pouvoir leur substituer totalement, puisque le bien qu'ils font n'est pas diminué par un mal appréciable, sauf pour ce qui regarde le grand-duc (fig. 27), qui attaque aussi les perdrix et même les lièvres.

La culture des poissons est une de celles qui doit attirer au plus haut degré l'attention de tous, parce qu'elle peut devenir, partout où on a de l'eau, la source de bénéfices importants, surtout pour ce qui regarde le saumon et la truite qui sont rares et cliers sur tous les marchés d'Europe; mais il leur faut des eaux fraîches et courantes, et une nourriture animale abondante, ce qui limite leur production à quel-iues localités privilégiées.

La carpe est le poisson du pauvre, parce qu'elle se développe rapidement, vit dans toutes les eaux et n'exige qu'une alimentation végétale, tandis que celle de la truite, uniquement animale, est fort coiiteuse. Partout où on peut créer un petit étang de quelques pieds carrés, on devrait élever cet utile poisson dont la chair est une précieuse ressource pour les pauvres. Au reste, la carpe mérite aussi de paraître sur la table des riches, car quelques précautions bien simples enlèvent à sa chair le goût de vase qu'on lui reproche ; il suffit de la mettre pendant quelques jours dans une eau propre et courante où on la nourrit uniquement d'avoine gonllée dans de l'eau bouillante, et de lui verser dans la gueule, immédiatement avant de la tuer, une cuillerée de vinaigre fort. J'ignore comment agit cet acide, mais le fait est qu'il enlève complètement les dernières traces de ce désagréable goût de vase, qu'on serait donc tenté d'attribuer à la présence de l'ammoniaque, et qu'il laisse la chair de ce poisson ferme, blanche et savoureuse. La carpe atteint jusqu'à 1 mètre de long, et pèse alors jusqu'à 10 kilog. ; mais on la pêche, ordinairement à deu.v ans, ayant un poids moyen d'un demikilog. Elle constitue l'unique revenu des propriétaires d'étangs du Haut-Rhin ; l'un d'eux, qui n'en possède qu'un de moyenne grandeur, en tire 300 fr. par an, et sans aucun frais, puisque c'est l'acheteur qui prend lui-même le poisson au filet, en une seule fois, pendant le carême. Dans les étangs plus petits, on nourrit les carpes en leur jetant de l'herbe ou de l'avoine gonflée dans l'eau bouillante, des fruits gâtés et des débris de cuisine.

Fig. 'P. — Hibou.

Fig. 23. — Chouette.

Fig, 24. — Buse commune.

Fig. 25. — Cresserelle.

qu'il serait utile d'importer ou de domestiquer.

Il n'y a que Tabeille et le ver à soie qui puissent nous intéresser parmi les insectes; mais tous les deux méritent notre attention, parce qu'ils donnent des produits dont la valeur va sans cesse en augmentant.

Qui ne connaît l'abeille (fig. 28), cette active ouvrière qui nous fournit le miel et la cire; mais on a trop oublié, depuis que le sucre est abondant; que le miel peut le remplacer dans la plupart de ses usages. Quant

Fij-'. iO. — Corbiau.

Or ii.d-ljuj.

à la cire, elle est la source la plus brillante de lumière artificielle que nous possédions; aussi est-il bien k désirer que, totalement abandonnée depuis qu'on a les bougies stéariques, elle redevienne à la mode et fasse derechef l'ornement de nos habitations. On assure que l'abeille ligurienne, plus petite, mais plus active que la nôtre, mérite de lui être substituée; c'est un essai bien facile à l'aire, puisque cette jolie espèce est la seule qu'on élève de l'autre côté des Alpes. L'an dernier, une ruche de cette espèce a fourni à un de mes amis 108 kil. de miel et trois essaims, dont le troisième est en ce moment SMSsi fort que la ruche mère.

Le ver à soie (fig. 29) n'est point assez cultivé dans les parties tempérées et froides de l'Europe, parce qu'il y réussit beaucoup mieux que dans le ]Midi; aussi ne pouvons-nous douter que la production de la soie ne

passe tl'ii.i à peu d'années, en presque totalité, du midi au nord de l'Europe, où il est urgent par conséquent d'effectuer de grandes plantations de mûriers. Contrairement à l'opinion généralement admise, la feuille du mûrier noir vaut mieux pour l'alimentation de ces chenilles

Fig. 29. — Ver à soie du mûiii'i- à son 2i° jour.

Fig. 30. — Ver à soie Bombyx du chêne.

que celle du blanc qui les débilite. Il faut, dans les pays froids, tenir les mûriers en buisson, autant parce qu'ils sont moins exposés à la gelée que parce que la cueillette des feuilles est plus aisée. Quand les

qu'il serait utile d'importer ou de domestiquer. 253

chenilles n'ont pas consommé la totalité des feuilles on donne le reste au bétail qui en est très-friand; le mûrier exploité comme plante fourragère i-endrait de grands services dans les terres sèches et pierreuses qui ne produisent pas de fourrage.

A coté du ver à soie du mûrier on devrait élever celui du chêne ou yama maï(fig. 30), belle et robuste espèce qui produit juste la moitié plus de soie que celle du mûrier, mais ne supporte pas d'être élevée en captivité, en sorte que, dès que ses œufs sont éclos, on porte les jeunes chenilles sur les taillis de chênes où on les laisse jusqu'au moment où elles ont filé leurs cocons (ûg. 31), qu'on recueille plus tard. Le mauvais C(Mé de ces éducations en plein air est qu'il faut défendre les chenilles contre leurs nombreux ennemis qui sont, outre les oiseaux, les arai-

Fiy. 31. — Ver el oocoa du Bombyx du chêne.

gnées, les fourmis et les guêpes. Cela est difficile, mais on y pare en mettant à i'éclosion deux Ibis plus d'œufs qu'on ne peut élever de chenilles.

[La suite prochainement.) Prof. Sacc.

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