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CONCOURS D'ANIMAUX ET DE CHARRUES A BILLANCOURT

journalière. Les petiîes tyrannies sont les plus cruelles, dit Montesquieu, parce qu'on les ressent de p'us près.

La commune a quelques dettes du chef du nouveau maire ; on peut peut-être les payer en s'emparant des récoltes de cet étranger qui a pu tout obtenir de la faiblesse du bon vieillard que beaucoup regrettent cependant. Notification est faite au bûcheron titulaire du bail qui, dans son ignorance, ne la reporte pas à Grange. Le tour est fait. Grange est ruiné, ses récoltes sont partagées; la loi est pour la commune. Ne serait-ce pas le cas de dire avec le poète : Ut olim flagitiis, sic nunc legibus laboremus.

Que reste-t-il à Grange devant un procès ? Il n'a plus rien, pour le soutenir, que la bienveillance du préfet et celle dans la commune d'une seule famille.

Après trois ans d'angoisses, le préfet qui s'est intéressé à lui vient d'obtenir un secours du ministre de l'agriculture; son procès est gagné ; la charitable dame qui l'a soutenu court le lui annoncer : il est mort.

Puissent ces quelques lignes parvenir à la noble dame qui n'a pas abandonné le pauvre Grange, et au bienveillant préfet du déparlement; elles nous ont entraîné loin de Billancourt, mais elles nous ont paru bien dues à l'infortune agricole d'un des coryphées de la charrue.

A. DE LA MORVONNAIS

Séances des 6, 13, 20 et 27 février 1867. — M. de Lavergne croit utile de placer sous les yeux de la Société le tableau des importations et exportations de grains et farines pour les six premiers mois de l'année 1866, et de les comparer aux mêmes chiffres pour l'année entière :

Six premiers mois. .\nnée eniitrc.

QuinL. mélr. Quint, niéli'.

Importation de froment 735,000 3,48.i,OOÛ

— de farines ^,2,000 91,000

Exportation de froment 2,035,000 2,724,000

— de farmes 2,135,000 3,325,000

On voit clairement par ces chiffres le jeu du libre commerce; en effet, pendant les six premiers mois, l'exportation a été considérable ; pendant les six derniers, au contraire, en présence du déficit probable ou constaté da la récolle, l'exportation s'arrête, et c'est l'importaiion qui se développe En somme, les importations ont excédé, pour l'année entière, les exportations, de 761,000 quintaux métriques de froment, et les exportations de farines ont dépassé les importations de 3,234,000 quintaux métriques.

M. Gayot fait connaître à la Société l'organisation d'une Société mutuelle d'assurances contre la mortalité du bétail des espèces chevaline, ovine et bovine en Vendée. Cette institution, fondée en 1865, sous le nom de Caisse de la Vendée, a son siège à Saint-Florent-le-Vieil, et o]ière de là dans les cantons avoisinants; son cercle d'action est donc assez limité. Elle n'accepte à l'assurance que les animaux âgés d'un an au moins, et élimine successivement ceux qui sont parvenus à un âge trop avancé. L'assureur reste son projjre assuré pour un cinquième, bien qu'il contribue pour la valeur entière de son bétail. A la lin de chaque trimestre, on établit le relevé des sinistres survenus pendant ce laps de temps, et on détermine la cotisation à verser; cette cotisation ne peut dépasser I Iranc par 100 francs de valeur et par année. Le directeur rembourse le sinistre de ses propres deniers dans les quinze jours qui suivent sa déclaration; à la lin du trimestre, il se rembourse de cette somme, augmentée des intérêts à 5 pour 100.

Le cinquième de retenue est destiné à former un fonds de réserve qui est employé à payer l'intérêt des avances ou à réduire le taux des cotisations; le directeur paye l'intérêt des fonds en caisse au taux de 3 pour 100; il reçoit, en outre, 5 fr. par police et 50 centimes par an pour le couvrir de ses frais d'administration. Au 31 décembre 18 66, la caisse de la Vendée comptait 346 assurés, pour une valeur de 357,150 fr. ; le chift're des sinistres du dernier trimestre s'élevait à 1,464 fr., et la prime à payer à 0 fr. 375 par assuré. Cette communication intéressante est renvoyée à la section d'économie et de législation rurales.

M. Bella a vu, dans Eure-et-Loir, plusieurs sociétés restreintes et déjà anciennes, qui fonctionnent parfaitement; mais on a toujours refusé d'y comprendre les bêtes à laine, sans doute à cause de la difficulté du contrôle, qui est l'avantage et la garantie des sociétés de ce genre. M. de Lavergne ne pense pas qu'il soit impossible d'y faire entrer les moutons, en prenant des bases différentes, en laissant, par exemple, l'assureur son propre assuré pour la moitié de la valeur de ses animaux. IVI. Magne ajoute qu'il faut tenir bonne note des maladies épizootiques et enzooliques qui peuvent venir décimer une contrée entière et rendre l'assurance fort onéreuse. Enfin, M. Gayot fait observer qu'une clause légale porte que si le troupeau périt en entier, le métayer ne doit plus rien, de ce chef, au propriétaire, et que cette clause est, dans beaucoup de pays à métayage, un obstacle à l'assurance.

M. Sanson présente des os de moutons précoces (15 mois) de race mérinos, qui présentent ce fait particulier que les épiphyses commencent à se souder; dans les os d'une brebis de même race et âgée de 20 mois, cette soudure est déjà complète. C'est une preuve que la race mérinos peut arriver à la précocité. La viande des mérinos tardifs a un goût de suint répugnant ; celle dts mérinos précoces, au contraire, est Hue, délicate et savoureuse.

M. Payen corrobore ce dernier fait en rappelant que l'huile et la graisse des cachalots et baleines adultes sont d'une saveur et d'une coloration plus nitreuses que celles dts jeunes ; que la viande de chevreau est savoureuse et dénuée de l'odeur forte et caractéristique qui dénote celle du bouc et même de la chèvre. M. Magne dit qu'il y a deux causes qui peuvent intluer puissamment sur la qualité de la viande, à savoir la castration et la nourriture. La première n'a jamais été mise en doute; il suffirait de comparer les viandes de bœuf et de mouton à celles des taureaux et des béliers. Quant à la seconde, le savant directeur d'Alfort dit qu'une partie des moutons, vendus à Paris sous le nom de prés salés, ne sont autres que des métis mérinos élevés et engraissés dans les Ardennes; les animaux engraissés à la pulpe, dans le département du Nord, n'ont pas la même finesse que ceux de mêmes espèces et races engraissés au grain et surtout à l'avoine.

M. de Béhague a souvent renouvelé ces essais sur l'intluence du régime dais l'engraissement; il a toujours vu les grains d'orge, de maïs, de lupins, donner une viande plus marbrée, plus savoureuse, plus juteuse que le tourteau, les racines ou les fourrages verts.

M. Gareau a vu établir, dans les Concours de boucherie, que la viande était mûre plus tôt dans certaines races que dans d'autres. On a eu des bœufs charolais non améhorés, très-gros, et le public trouvait qu'on ne les classait pas assez bien; mais l'éiat de graisse ne prouve pas la maturité de la viande. M. Gayot ne voudrait pas qu'on séparât les mots précocité et maturité ; la viande n'est jamais trop grasse. Or, la maturité se prouve par la dentition et par l'arrêt de développement des os. Il est remarquable que, dans les os que vient de présenter M. Sanson, et qui proviennent du troupeau d'un éleveur renommé de l'Orléanais, M. Noblet, la soudure des os commence à s'effectuer par le haut d'abord et ne s'achève que par la partie inférieure ensuite. Il y a là un fait physiologique très-intéressant et qu'il serait bon d'étudier par comparaison.

M. Gareau est convaincu que la viande des animaux précoces est non-seulement très-bonne à rôtir, mais peut aussi donner d'excellent bouillon. Les dégustations qu'il a pu faire chez lai, à la suite des Concours de Poissy, en font foi, et il en appelle au souvenir de ceux de ses collègues qui y ont pris part. M. de Béhague exprime un avis contraire, et a trouvé que la viande des animaux précoces, trèsbonne en rôti, ne fournissait qu'un bouillon médiocre et un bouilli de qualité trèsordinaire.

M. Becquerel fait ensuite une communication verbale sur l'influence que peuvent avoir les bois et forêts, quant aux climats, à la fréquence des pluies, orages,, grêles, etc. Il étudie maintenant le degré d'humidité que les forêts peuvent répandre et entretenir dans l'air de la contrée qui les environne. Le même membre dit qu'il a pu faire, dans le département du Loiret, des vins de liqueur avec des plants tirés des vignobles étrangers, comme le malvoisie. Cette année, le raisin n'avait pas mûri et le moût ne marquait que 5 à 6 degrés au glucomètre. Il a achevé de le faire mûrir dans une étuve chauffée de 25 à 30 degrés centigrades pendant un mois. Le moût a marqué dès lors 16 degrés au glucomètre et a donné d'e.xcellents vins de liqueur, à la seule condition d'y avoir ajouté un peu d'alcool.

M. Wolowski lit un supplément à son rapport sur le système de crédit foncier présenté par M. Gillet de Grémozac, au moyen de la capitalisation. L'honorable rapporteur, malgré les modifications et explications présentées par l'auteur, ne peut que s'en référer aux conclusions conlenues dans son premier rapporl.

M. Florent-Prévost lit une note sur le développement du ver blanc et la destruction des hannetons qui en proviennent. L'insecte parfait éclôt, suivant la température, de la fin du mois de mars au commencement d'avril ; il s'accouple du cinquième au sixième jour, et meurt du vingtième au trentième; huit jours après l'accouplement commence la ponte, qui est de 35 à 45 œufs pondus isolément, en terre, dans de petits trous creusés par la femelle ; ces œufs n'éclosent qu'après un temps variable de 20 à 90 jours. Il faut donc détruire l'insecte parfait avant la ponte, et le meilleur moyen paraît être le gaulis à la perche, sur les arbres, au pied desquels on a tendu une sorte d'entonnoir en toile ou en caoutchouc. L'auteur a indiqué déjà, dans une note précédente, quel parti on pouvait tirer de ces insectes dans l'élevage de la volaille.

M. de Lavergne a appris que, dans l'enquèle agricole faite à Bourges, il était relaté l'éducation des vers à soie pour graines dans le département du t. lier, et demande à M. de Vogïié s'il peut donner quelques renseignements à cet égard. M. de Vogiié répond que tout ce qu'il peut dire, c'est que quelques amateurs qui élevaient des vers pour leur distraction, ont remarqué que' ces insectes étaient exempts de la maladie; leur graine, envoyée dans plusieurs contrées, a présenté le même caractère d'immunité à la première génération. Ces amateurs sont devenus, dès lors, des industriels sur une petite échelle.

M. Robinet ajoute que ce fait n'est pas nouveau et s'est produit déjà dans le Loiret, la Touraine, le Languedoc, et jusqu'en Prusse. MM. Combes et Guéi-in- Méneville ne regardent pas comme moins intéressants ces essais, qui pouiront contribuer, par la production de graines saines, à réduire les sacrifices des éducateurs et à éteindre les germes de maladie qui, ainsi qu'ds ont eu déjà occasion de le dire, semblent d'ailleurs s'affaiblir sur beaucoup de points. On ne saurait donc trop encourager les petits éducateurs isolés qui se livrent exclusivement à la production des graines saines.

M. Barrai s'est chargé d'analyser les varechs de printemps et d'automne présentés par M. Gareau, qui les avait rapportés de Jersey; il en donne l'analyse suivante à l'état sec :

Coupé au priiiiemps Coupe sur les rochers sur les rochers. en septembre.

Azote 1.53 0.8(i

Acide phosphorique 0.16 0.2Î

Sels alcalins 2.63 1.73

Ces chiffres expliquent la préférence donnée par les cultivateurs aux varechs de printemps sur ceux d'automne. Dans cette île, on emploie de 10,000 à 20,000 kil. de varechs par hectare, ou 6,000 kilog. de cendres de varechs, correspondant à 576 kilog. de chaux, quantité sensiblement supérieure à celle absorbée par une récolte de 25 hectolitres de froment.

Le même membre, au nom de la section des sciences physico-chimiques, lit un rapport sur la question n" 43 de l'enquête agricole : « La production du fumier est-elle suffisante? Y a-t-il besoin d'y suppléer par l'achat d'engrais naturels ou artificiels? » Une exploitation ne peut entretenir avec ses propres ressources la fécondité du sol, à moins qu'elle ne comprenne une grande étendue de praiiies irriguées. Aussi est-il important de veiller à la conservation des engrais, si souvent négligés et perdus, de prendre dans la mer, dans le sol, partout entin, les matières fertilisantes.

M. de Kergorlay regarde comme très-important de constater l'insuffisance d'engrais, la nécessité de fumer les prairies et de recourir aux engrais minéraux. M. Chevreul rappelle l'épuisement rapide par la culture des terres neuves de l'Amérique; H. Davy attribuait la ruine de l'empire romain à l'épuisement des phosphates dans le sol.

M. Barrai, au nom de la même section, lit un rapport sur la question n" 103 : « Quels ont été les progrès réalisés dans les deux industries de la fabrication du sucre indigène et des alcools?» — Partout elles ont amené l'augmentation du bétail et accru la fertilité du sol, surfout quand on lui' a rendu les eaux de déchets (lavage, etc.).

M. Robinet lit un rapport sur la priorité réclamée par M. Duchesne-Tlioureau contre M. Guyot, au sujet d'un système particulier de taille de la vigne, en faveur de M. Leclerc. M. Guyot n'a jamais prétendu à l'invention du système qu'il recommande; il a recueilli et coUigé les pratiques les meilleures, qu'il a trouvées artout, et a pris à tâche de les propager par tous les moyens. Il n'y a pas, d'aiieurs, similitude complète entre le système de taille de M. Leclerc et celui du docteur J. Guyot.

Dans une des précédentes séances, M. le maréchal baillant avait présenté, au nom de M. Bancal, de Saint-Louis du Sénégal, un échantillon de soie provenant d'araignées. M. Milne-Edwards , qui s'était chargé de l'examiner, rappelle que l'idée d'utiUser la soie des araignées n'est pas nouvelle, mais il doute qu'il y ait jamais lieu d'en faire une industrie fructueuse. Ceux de ces animaux dont on a tenté d'utiliser le produit soyeux sont des épeires, genre des arachnides, ordre des pulmonaires, famille des fileuses ou aranéides, tribu des araignées, section des araignées sédentaires, rectigrades, orbitèles ou tendeuses ; ce sont l'épeire diadème (Epeira diadcma), ou araignée à croix papale, dont le corps a 12 miUim. de long, qui tend une toile horizontale soutenue par des fils verticaux de 2 à 3 mètres de long, et se file un cocon qu'elle attache aiix murailles; et l'épeire à bandes jaunes {Epeira flavo maculata), qui fend une toile horizonfale, se file un cocon entre les feuilles et a 2 centimètres de longueur du corps; elle est indigène à Java.

M. Becquerel a reçu l'échantillon d'un engrais ainsi composé :

Phosphate de potasse '&r.'n

Sullate de potasse '29'.'72

Sulfate de soude . 13j45 ) 100.00

Chlorure de sodium ' 2.7T

Silice 2.35

Cet engrais renferme donc 17.82 pour 100 d'acide phosphorique, et 49.95 pour 100 de potasse. On lui demandait quel prix approximatif la culture pourrait payer cet engrais. M. Payen, d'après sa composition, le regarde comme très-efficace, si surtout on l'adjoint au guano, et pense que la culture pourrait le payer de 40 à 50 francs les 100 kilog. MM. Chevreul et Barrai se joignent à celte opinion. En Angleterre, on paye plus cher les engrais où, comme dans celui-ci, les sels immédiatement solubles se trouvent en abondance. M. Bella demande qu'on tienne compte de la teneur en sel marin; il s'est toujours bien trouvé de cet engrais, qu'il emploie constamment à Grignon dans l'alimentation du bétail ou donné à l'état normal au sol, en doses rationnelles, et surtout mélangé à d'auires engrais, notamment au guano. M. Payen fait observer que le chlorure de sodium n'entre que pour une proportion peu importante dans l'engrais ci-dessus du Pérou, et ne croit pas, d'ailleurs, que l'influence favorable du sel soit générale; en tout cas, il préférerait le voir adjoint à la nourriture ou mélangé aux fumiers que répandu directe- • ment sur le sol.

A. GOBIN

Dans l'horticulture, comme dans l'industrie, les arts et l'agriculture, toutes les préoccupations du moment se portent vers l'E.xposition. Là est la grande attraction; là doivent converger tous les efforts. On se fait généralement une si haute idée de tout ce qui a pris place dans cette grande lutte pacifique (style des discours officiels;, que, volontiers, on affirmerait qu'au dehors il n'y a plus rien qui vaille. Nous sommes ainsi faits, que nous avons besoin de parer nos idoles plus par la pensée que par l'action.

C'est une erreur de voir ainsi, dans le grand effort d'intelligence que représente l'Exposition universelle de ISGT, l'expression absolue de tout ce qui a quelque valeur en France et à l'étranger. Quels que soient le choix et le nombre des merveilles exposées, il en reste bien d'au-

très qui réclament notre attention et nos études. Pour ne point dépasser les limites de noire domaine, l'iiorlicullure, il nous faut avouer qu'on ferait une grande faute, par exemple, en jugeant ainsi. L'iiorticullure française n'est pas toute au Champ de IMars, tant s'en faut. Deux séries de Concours se sont déjà ouvertes, et les premières tentatives de la saison horticole, encore peu clémente, n'ont pas été à la hauteur de ce qu'on attendait. Ce n'est pas la faute des organisateurs, mais les producteurs n'ont pas encore mordu. On se regarde, on écoute, on hésite, on laisse venir son voisin, on est normand malgré soi. Il ne faut pas se compromettre, en épuisant ses premières forces prématurément et rester après sur le terrain, au figuré, s'entend. D'ailleurs, ce n'est pas sans crainte que les horticulteurs émérites confient leurs plantes dans cette période inconstante de Ihiver qui s'en va, aux risques des transports et des débarquements dangereux.

Il ne faut donc point s'étonner si les deux premiers ordres de Concours, du V et du 15 avril, n'ont pas produit des résultats aussi intéressants qu'on l'espérait. Et nous ne parlons pas d'une autre considération assez importante, mise en avant par les exposants, à savoir qu'ils regrettent une division des Concours aussi étendue, et que leurs etîorts, dispersés pendant tout le cycle de l'année, ne produisent pas l'effet qu'on en eût pu espérer, en organisant seulement une, deux, voire trois grandes expositions générales, où toutes les forces réunies eussent enfanté de grandes e't fécondes manifestations horticoles.

Toujours est-il que si l'horticulture n'est pas représentée d'une manière digne d'elle, il n'en faudra pas reporter la faute sur la parcimonie des préparatifs. La Commission impériale a fait les choses largement. Un crédit de plus de 1 million est affecté à l'établissement du jardin. Nous nous sommes informé, auprès de la Commission consultative, que préside M. Brongniart, membre de l'Institut, de la répartition de cette somme entre les divers chefs de dépense. 11 paraît que la contribution de l'État serait de 05,000 fr., donnés par le ministère <le la marine pour l'aquarium d'eau douce, de 75,000 fr. pour l'aquarium mariiime, et que la Commission impériale ferait le reste. Bien que, à rencontre des autres parties du Palais et du Parc, la place des exposants soit tout à fait gratuite dans le jardin l'éservé, certains d'entre eux auront dépensé, en frais d'installation, des sommes importantes. Nous parlons surtout des fabricants de serres. Une douzaine de ces constructions, où l'on retrouve les noms de MM. Pantz, Izambert, Herbeaumont, Michaux, Basset, Maury, Binet, Cochemont, etc., forment une ceinture variée autour du jardin. La plupart ont absorbé des mises de fonds assez fortes. Le palais de cristal, bâti par la maison Lefebvre et Dormois, coûtera, dit on, 120,000 fr., dont 60,000 seulement remboursés par la Commission, à titre d'indemnité. Si ces chiffres paraissaient intéressants, nous pourrions ajouter que les rochers sont comptes pour 70,000 fr., les ruisseaux et bassins bitumés pour 20,000, le diorama botanique, destiné aux vues des végétations tropicales, pour 45,000 fr. Nous ne parlons pas de la consiraction proprement dite du jardin, dont les mouvements de terrains, tout artificiels, ont coûté fort cher, ni des plantations d'encadrement, des conduites d'eau, des terres végétales, etc.

Nous disions plus haut que les deux premières séries de Concours avaient été maigres. Toutefois, elles ont révélé des lots pleins d'intérêt en eux-mêmes'!^ Ainsi, les nouveautés de M. Linden, liorticulteur à Bruxelles, et de M. Veitch, de Londres, ont été justement appréciées des amateurs. Nous les connaissions toutes ou peu s'en faut, pour les avoir vues récemment en Angleterre et en Belgique, mais leur entrée en France méritait un éloge particulier qui ne leur a pas fait délaut. De helles Orchidées de MM. Thibaut et Kételcër, Guibert, de Nadaillac, Veitch, Linden; des Aralia, do ce dernier exposant; de superbes Conifères, où se lisent les noms de MM. Cochet, Oudin, Veitch, Leroy, Charozé, Croux, Deseine, Defi'esne, Jamin et Durand, etc. ; des Camélias superbes, bien fleuris, que nous louerons en tant que plantes, sans louer de même Texposanl, qui n'a eu, pour toute éducation, qu'à les acheter; de charmantes Marantacées et plantes tropicales à feuillage coloré, de M. Linden; les Rhododendrons himalayens, de M. Knight; les Aucubas, de M. Davoine; les Bruyères, de M. i\Itchel; quelques Roses forcées, des primeurs, des fruits conservés et d'admirables Jacinthes, de M. Krelage, de Haarlem (Hollande); de curieuses Cactées, de MM. Pfersdorff, C(ds et Ramus; les Agaves, de MM. Jean Verschaffelt et Cels; des Broméliacées signées Linden, de Smet, Liiddemann; les Cinéraires, de MM. Dufoy et Vilmorin; les Azalées, de MM. Thibaut et Kéleleër, avec quelques et cœlera, tels sont, en y ajoutant de nombreux arbres fruitiers taillés sous toutes les formes, les traits saillants de ces premiers apports, qui eussent fart bien fait sur un petit théâtre d'exhibition ordinaire, mais qui se sont trouvés perdus dans ce grand jardin inachevé.

Nous ne saurions en dire davantage des quelques lots hors concours disséminés dans le parc intérieur, ni des sections affectées à l'horticulture dans l'annexe de Billancourt. Les Conifères de M. Pissot et les arbres fruitiers de MM. Baltet sont encore tout ce qu'on y voit d'installé avec quelque soin. Il faut savoir attendre.

L'immense famille des Conifères joue un rôle important, disionsnous, dans les hjts exposés. C'est qu'en effet elle comprend les arbres les plus précieux au point de vue productif et ornemental. Le nombre des espèces qui la composent s'accroît de jour en jour avec les voyages d'exploration, et nos parcs, depuis une dizaine ou vingtaine d'années, ont pris des aspects qu'ils ne connaissaient pas auparavant. Déjà, eii 1855, M. Carrière, chef des pépinières du Muséum, qui a passé la plus grande part de sa laborieuse existence sur cette précieuse tribu de végétaux, avait publié un excellent livre qui justifiait à ce moment son titre de « Trailé général des Conifères. » Depuis douze ans il avait vieilli; la science avait marché. I^'édition nouvelle que M. Carrière vient de nous donner était devenue indispensable. Le livre, grâce aux additions survenues pendant cette période, a grossi de près de moitié. 11 contient de notables modifications même dans le groupement et la nomenclature de la première édition, et, bien que certains passages puissent paraître singuliers, nous respectons trop le labeur et le savoir de M. Carrière pour les contredire. Le temps d'ailleurs et l'espace nous feraient défaut. Mais notre devoir est de saluer au passage ce livre écrit avec conscience, étude persévérante, grande sûreté de coup d'œil et concision. Il est appelé à rendre de signalés services.

La plupart des livres sur l'arboriculture fruitière se suivent et se

ressemblent. Ils sont d'ordinaire la copie les uns des autres^ sauf quelques modifications de détail, et même il faut se défier de certains d'entre eux qui ont mal copié et propagent des erreurs. Il serait donc utile aux nombreux professeurs d'arboriculture d'avoir un guide sûr dont les préceptes puissent passer ensuite par leur bouche, pour être répandus dans le public. Nous leur conseillons, dans ce cas, le Guide arboricole que vient de faire paraître M. van Hulls, jardinier en chef du Jardin botanique de Gand. C'est un livre bien fait, divisé en leçons, ayant à la fois la sûreté des observations scientifiques et pratiques.

L'horticulture est maintenant assez répandue et assez importante pour avoir ses annuaires comme les autres scienceso Depuis plusieurs années, M. Pynaert, de Gand, publie, en flamand, un petit volume, Revue des progrès cueompUsen Belgique et en Hollande; M. Robert Ilogg, dans son Year-Book, fait la même chose pour l'Angleterre, et, pour la France, \e Mouvement horticole que nous publions depuis deux ans chez Rothschild, remplit le même office. Ces petits volumes, d'un prix peu élevé , contiennent pour les gens étrangers aux publications périodiques de l'horticulture, des résumés utiles de toutes les découvertes de l'année. Ils sont écrits d'un ton plus relevé que le classique almanach, et sont une revue critique plutôt qu'un catalogue fait à coup de ciseaux.

Les 7* et 8" livraisons de la Flore de M. van Houtte viennent de paraître. Quel bel ouvrage! quelle perfection dans l'exécution typographique, le choix des matières traitées, l'élégance et la vérité des dessins! Il y a dix planches coloriées superbes, parmi lesquelles nous remarquons : \e Dodecallicon Jeffreyi, fort belle nouveauté de pleine terre, Ylligginsia regalis, le Fillonia argyroneura, tous deux de serre chaude, YUydrangea paniculata grandiflora, arbuste rustique apporté du Japon par feu M. de Siebold, de nouveaux Négélias hybrides, le Maïs du Japon panaché, le Maraida roseo-picla de Linden.

Nous avons également trouvé dans ce fascicule de bonnes études sur la germination de la cuscute du Lin et du Trèfle, et leurs ravages dans les cultures, l'indication d'un procédé très-intéressant du durcissement des têtes du Chardon à foulon {Dipsacus fullonurn) pour prolonger la durée et la force de' leurs crochets-peignes, en les plongeant dans une solution de sulfate de cuivre, et aussi une note de Pynaert sur les semis de Poiriers. M. Pynaert chevauche toujours sur la même erreur qui consiste à admettre que les variétés fruitières dégénèrent par le seul fait de leur vieillesse normale. C'est là une obstination regrettable. Si vous tenez compte des accidents survenus aux arbres, des mauvais sols, delà perpétuation des maladies par la greffe des rameaux épuisés, chancreux, malsains, vous trouverez qu'en dehors de ces causes, tout accidentelles, les variétés fruitières ne dégénèrent pas. Cette croyance est un préjugé fort répandu; il faut s'en défier. Parce que vous rencontrez beaucoup de Poiriers Saint-Germain à fruits pierreux, tavelés, détestables, vous concluez que le Saint-Germain est dégénéré. Cela ne prouve pas autre chose sinon que vous avez affaire à des sujets malades; mais cherchez bien, et vous trouverez assurément en quelque jardin bien soigné, la variété dans toute son excellence originelle; mais que l'erreur est près du vrai' et qu'il se faut défier des apparences!

CHRONIQUE HORTICOl.E. 2o3

La mort fauche d'une manière terrible depuis quelque temps dans les rangs de Thorticulture. Hier M. Jacques, aujourd'hui M. Verrier, jardinier en chef de la Saulsaye, un maître ès-arboriculture, un homme de bien et de progrès. M. Barrai a rendu un hommage funèbre à sa personne et à son talent dans ces colonnes : nous ne pouvons qu'y ajouter les regrets particuliers des horticulteurs qui l'ont connu.

Le printemps, depuis huit jours, éclate en toute sa splendeur. Avec lui font irruption les catalogues d'horticulture. Nous en sommes encombrés. Bon nombre d'entre eux ne conùennent que les collections ordinaires et rentrent dans la loi commune ; mais quelques-uns annoncent d'intéressantes nouveautés que, pour terminer, nous saisissons au passage. Elles peuvent frapper l'esprit de quelques amateurs.

MM. Vilmoriii-AnJrieux et Cic, quai de la Mégisserie, Paris : graines d'arbres et d'arbustes nouveaux, notamment de Conifères ; plantes à feuillafçe oruemenlal, et nouveautés légurnières, florales, forestières, etc.; — Huber, à Hyères : graines d'arbres du Midi et nouveautés; 38 espèces d'Enca'iptes ; — Verditr (Charles), 12, rue Duméril, Paris : 66 Roses nouvelles; — Grœnewegen, à Amsterdam : hautes nouveautés de serre chaude; — William Bull, à Chelsea (Londres) : graines de Rhaphanus caudal us; — lîaage et Schmidt, à Erfurth : graines de nouveautL^s de pleine terre; — Thibaut et Kétekèr, îi Paris, rue de Çharonne : Gloxinias nouveaux, et un bel arbrisseau de plein air, le Rlius glabra laciniala, que nous ne saurions trop recommander.

Ed. ÂNuaK.

CHRONIQUE DE L'APIGCLTURE.

Les souffrances de l'apiculture. — L'intermédiariat. — De la concurrence faite à. nos miels par les niiels étrangers — Manie de réglemeufationde quelques autorités locales. — Servitude deTapiculture dans le Calvados jusqu'en 18G5. — Arrêté du maire de Prunay-le-GiUon. — Décision du ministre de l'intérieur et du Consiil d'État. — Procès intenté par deux vieilles filles à un apiculteun — Note de M. Lecler sur les bâtisses. — Observations de M. Chapron et réponse de U. Leclerc. — ■ Fait curieux touchant les mœurs des abeilles ligurieiuies. — Procédé pour réunir les colonies. — Mort d'Œttl, l'émiaeul apiculteur allemand. — L'apiculture à l'Exposition universelle de 1867. — Conservation du rucher du jardin du Luxembourg. — Note sur l'apiculture algérienne; ruche commune du littoral algérien.^ La fourmi mellifère du Mexique. — Importations et exportations de miel et de cire pendant les neuf premiers mois de 1866. — Plancher de transport de M. Léchai lier. — Renouvelïemen't du conseil d'administration et du bureau delà Société centrale d'apiculture. '' "'i- ■ ! ' ;,

Les souffrances de l'apicuUure. — Une des questions à l'ordre du jour, dans tous les journaux qui se préoccupent des intérêts agricoles, est celle des souffrances de l'agriculture. Dans la plus grande partie de la France, pour ne parler que de notre pays, certaines denrées sont à vil prix, et le producteur, loin d'être rémunéré de ses peines et de ses sacrifices, n'arrive même pas à couvrir les frais de la production. En même temps qite le cultivateur ne trouve k échanger ses produits qu'à des prix infimes, il est un l'ait non moins constaot et non moins déplorable, c'est que le consommateur paye ces mêmes produits à des prix très-élevés. Celle situiilion n'est pas particulière aux cultivateurs proprement dits : les apiculteurs la connaissent aussi. Laissons parler M. Hamet :

(1 Le miel blanc, s'il est vendu 50 centimes le demi-kilograname l'.ar le producteur, est payé 1 franc par le consommateur. Ici, notre conviction est que l'intermédiaire — le commerçant, pour l'appeler par le nom consacré — est la cause de l'avilissement du prix de producteur et de la hausse du prix de consommateur; que c'est lui par conséquent qui diminue la production et la consommation du miel ; qu'en un mot, c'est l'ennemi coinmun contre lequel les apiculteurs et les consommateurs de miel ont à lutler. Toutefois, on peut lui accorder le bénéfice des circonstances atténuantes, car il peut invoquer les exigences croissantes du capital, depuis que les Espagnols, les Mexicains, les Turcs et autres lui ont fait les

honneurs de leur caisse, et invoquer aussi qu'il consacre toute son ardeur au culte qu'on a développé de nos jours : s'enrichir par les moyens les plus rapides et les plus faciles.

« Il dioiinue la production, parce que les bénéfices étant amoindris, le producteur restreint et même délaisse la culture des ruches pour s'occuper d'une industrie plus lucrative, pour se faire commerçant, quitter les champs et aller se fixer à la ville. Il diminue la consommation, car plus un produit est vendu à prix élevé, moins il est consommé: c'est aus^i certain que deux et deux font quatre.

c< La cause du mal est donc, pour le principal produit de Dolre apiculture, l'iatermédiariat. Quand la cause d'un mal est connue, il faut aitaquer cette cause si l'on veut détruire le mal, et ici l'intervention du gouvernement n'est nullement nécessaire. Dès qu'il n'impose ni ne réglemente, voilà tout ce qu'on lui deuiande, on se contentera de celle liberté-là. Les producteurs peuvent faire leurs afl'aires tout seuls ; ils doivent s'orga'iiser, s'associer pour envoyer directement leurs produits aux consommateurs. .Issociés, ils seront puissants : ils pourront obtenir des Compagnies de chemins de fer une réduction d? prix pour le transport de leurs produits; ils obtiendront aussi des municipalités de certaines localités la suppression de l'octroi, des droits de marché, etc., toutes choses qui, dans l'état actuel et avec la prime énorme perçue par les intermédiaires, restreignent la consommation.

« Le mal est ailleurs, répondent les partisants du stalu quo; il est dans la concurrence que viennent faire à nos miels obtenus sur des sols à loyer élevé, ceux du Chili, obtenus sur des sols à loyer très-bas; et ils ajouteront avec un certain air de philanthropie : il faut, en vertu du chacun chez soi, protéger nos produits, en imposant les étrangers ;i l'entrée. — Mais lorsqu'on aui-a mis un droit d'entrée de 20 ou 40 centimes par kilogramme sur les miels du Chili, est-ce nue messieurs les intermédiaires cesseront de percevoir le dvoil de 100 pour 100 qu'ils perçoivent sur nos miels indigènes? S'ils maintiennent leur prime, ce sera 20 ou 40 centimes que le consommateur sera obligé de payer de plus le miel du Chili, lorsqu'il voudra en user.

« Il est un cas oii nous demanderions des entraves pour l'entrée des miels du Chili, ce serait s'ils étaient falsifiés. Mais comme ils sont purs et bien faits, et que l'apparition des frelatiers, qu'on a signalés dans quelques cantons non loin de Paris, n'a pas encore eu lieu au Chili; il faut laisser ces miels venir librement faire concurrence aux nôtres, concurrence que supporteront facilement les producteurs frauçais lorsqu'ils sauront s'associer pour vendre directement leurs produits. Us ne payeront plus alors à l'intermédiaire le lourd impôt qui paralyse leur industrie. »

Mais les causes de souffrance indiquées plus haut ne sout pas les seules. Une des principales c'est la manie déréglementation qui tourmente certains préfets et certains maires, et leur fait s'arroger le droit, en dépit de la loi de septembre 1791, de fixer, oar exemple, le nombre de ruches qu'un propriétaire peut entretenir. Bien plus, dans le Calvados, on n'a pu, jusqu'en 1866, cultiver de mouches à miel qu'après en avoir dûment obtenu l'autorisation du maire de la commune, .\illeurs, à Prunay-le-Gillon, dans l'Eure-et-Loir, un maire prend l'arrêté suivant :

c Article l". — Il est inlerdU d'établir des dépôts d'abeilles en ruches de plus de 10 ruches, à moins de 500 mètres des habitatiops (hameaux).

■c Art. 2. — Chaque chef de famille ne pourra avoir dans l'intérieur des habitations (hameaux) qu'un seul dépôt d'abeilles.

« Alt. 3. — Le garde champêtre est chargé de verbaliser contre les délinquants. »

Des réclamations ont été adressées au ministère de l'intérieur et au Conseil d'État qui les ont favorablement accueillies. Voici, par e.xemple, ce qu'on lit dans le Journal des communes : » Doivent être considérés comme nuls les ^règlements qui, sous prétexte que certaines industries .seraient situées à proximité des routes et chemins, en prohiberaient l'éiablitsemeiit dans une zone déterminée. Un arrêté récent du Conseil d'État, appliquant ce principe, annule les règlements de voirie prohibant les moulins à vent à 100 mètres des chemins. — La même jurisprudence est adoptée par le ministère de l'intérieur relativement à l'établissement des ruches d'abeilles à proximité des routes.... Il va sans dire que l'autorité administrative ne peut, par ses règlements, porter atteinte à la propriété privée. »

Is'ous signalerons encore aux apiculteurs, comme un précédent dont ils pourraient s'autoriser au besoin, l'issue d'un procès intenté, dans une commtine de Lot-et-

Garonne, par deux vieilles filles à un apiculteur, leur voisin. Ses abeilles, disaientelles, détruisent nos arbres fruitiers, piquent nos vaches, nous piquent nousmêmes. L'affaire vint devant le juge de paix qui prononça en faveur du cultivateur d'abeilles. Le Glaneur d'Agen qui raconte le fait, saisi d'une louable indignation, invite les abeilles incriminées à se tourner fièrement contre leurs accusatrices et à leur dire :

Vieilles, nous sommes les abeilles!

Des chalets ombragés de treilles

Notre ruche orne le fronton ;

Nous volons, dans l'azur écloses, ,

Sur la bouche ouverte des roses

Et sur les lèvres de Platon.

Noie de M. Lecler, sur les bâtisses. — Nous croyons utile de reproduire ici la note suivante adressée à l'Apiculteur par M. Lecler, instituteur <\ Bourdenay :

n Pourquoi trouve-t-on encore aujourd'hui des apiculteurs qui contestent et qui rejettent le bon emploi qu'on peut faire des bâtisses, qui détournent d'autres apiculteurs d'en faire usage? C'est que ces apiculteurs ne sachant pas conserver leurs bâtisses, les ont employées malpropres; par là, ils n'ont pu en connaître la valeur, ni en retirer aucun profit ; et encore parce que ces apiculteurs ayant réalisé de beaux produits, ne veulent pas donner connaissance de ce qu'ils font, ni des procédés qu'ils emploient pour mener à bonne fin un rucher.

« Ces cultivateurs d'abeilles écrivent pour écrire, et non pour donner des conseils. Il faut dans cette industrie rendre un compte exact et non vague, s'appuyer sur des faits et non sur des idées, et ne pas condamner un essai au premier coup, quand même on aurait éprouvé une déception. — Le temps approche où il faudra utiliser ses bâtises et non les rejeter : j'en fais usage depuis longtemps ; j'ai toujours réussi. Je'conseille donc aux vrais amis de la science apicole et du progrès de garder soigneusement la plus petite bâtisse pour en faire usage au besoin.

« Pour appuyer ce que j'avance ici, je citerai les faits et les observations d'un propriétaire apiculteur, âgé de plug de soixante ans, et dont le père est aussi propriétaire apiculteur. — Je fais usage, dit-il, des bâtisses depuis plus de vingt ans ; j'en ronserve pendant deux ans Irès-propres et je m'en sers avec un très-grand avantage. — G« collègue a un rucher composé de soixante ruches, et il a constaté depuis quinze ans, en différentes années, que des essaims logés dans des bâtisses ont ramassé en moyenne, en deux ou trois jours, quatre fois plus que les essaims logés dans des ruches neuves. Voilà des faits et des observations.

a Les bâtisses propres sont toujours très-avantageuses, tant pour les essaims que pour le calottage et le culbutage, toutes les fois, je le répète, qu'on sait en faire un bon usage. »

Ces lignes de M. Lecler ont provoqué certaines objections de la part de M. Chapron, instituteur à Vaumoise. M. Lecler y répond en ces termes, dans une note adressée à l' Apiculteur :

« M. Chapron rejette l'emploi des bâtisses qui ne contiennent pas de miel ou qui sont utilisées tardivement : il dit aussi que loger des essaims ou des populations dans des bâtisses en mauvaise année, c'est perdre ses populations ; cela est évident, car logez des colonies en temps de disette, avec ou sans bâtisses, dans de belles ruches, les abeilles mourront, si l'on ne vient à leur secours; mais faut-il conclure de là que les bâtisses sont inutiles? N'a-t-on jamais vu, après avoir logé un essaim dans une ruche neuve, quantité d'œufs que la mère a laissé tomber, faute de cellules préparées? C'est à l'apiculteur intelligent à pourvoir aux besoins de ses ruchers; il n'y a que l'apiculteur négligent qui puisse dire : je n'ai pas employé mes bâtisses en temps opportun ; mes abeilles sont mortes de faim. »

Fait curieux. — Je trouve dans le Gardcners'Chronick la note suivante de M. Arthur Maw :

K II y a quelques jours, j'ai fait une intéressante découverte touchant les mœurs des abeilles liguriennes. Au mois de septembre dernier, j'en avais acheté un essaim, que j'avais placé, ce printemps, dans un hangar construit pour six ruches : à une extrémité j'installai les abeilles liguriennes, à l'autre une ruche d'abeilles communes, et l'intervalle resta vide. Un jour, en découvrant, par le haut, la ruche • des abeilles communes, je fus surpris d'en voir s'échapper une abeille ligurienne : mais je pensai qu'elle y était entrée pour piller. Cependant je ne tardai pas à

m' apercevoir que cette supposition était fausse et qu'un grand nombre d'abeilles liguriennes vivaient en commun avec les autres. Je comptai eu une minute di.x abeilles liguriennes entrant dans l'autre ruche : or, ce n'était pas évidemment pour piller, car elles étaient presque toutes lourdement chargées; et de ce moment, je n'examinai pas une seule fois la ruche sans y remarquer un bon nombre d'abeilles liguriennes travaillant en parfaite harmonie avec les abeilles co'mmunes. »

Procédé 2:>our réunir les colonies. — M. Muletle, apiculteur à Paissy (Aisne), dans une note adressée à la Société centrale d'apiculture, faisait connaître, il y a quelque temps, une manière de réunir les colonies dont il est très-satisfait. A la nuit close, il approche les paniers à réunir (ses paniers ont des manches mobiles). Il en dévisse le manche et met en contact les issues supérieures qu'il vient d'ouvrir ; il lance quelques bouffées de fumée aux abeilles des deux colonies et place un fumeron sous la ruche dont il veut faire sortir les mpuches. Bientôt celles-ci se dirigent par les trous des manches dans la ruche supérieure, et, en moins de dix minutes, elles se sont transvasées toutes seules, et la réunion est consommée.

3Iûrt (TOEUl. — L'apiculture vient de faire une perte sensible. Le savant et passionné observateur des abeilles, le curé J. N. (Eltl est mort le 7 septembre dernier, après une maladie de vingt-quatre heures, dans sa petite maison de Prœlas, près Podersan. U Apiculteur promet une biographie de l'éminent apiphile allemand : nous en reproduirons les traits principaux.

L'apiculture à l' Exposition universelle. — La commission impériale, dit l'Apiculteur, a loué l'île de Billancourt ià trois quarts d'heures du Champ de Alars) dans le but d'y installer un champ d'expériences agricoles. Une place sera affectée à la culture des abeilles et à la préparation de la cire et du miel; c'est-à-dire qu'on pourra y installer des ruches garnies d'abeilles et les faire fonctionner. Les constructions seront à la charge des concessionnaires. Outre cette exposition pratique , le parc du Palais, au Champs de Mars, réunira des appareils agricoles. — Les exposants pourront vendre leurs produits pendant le cours de l'Exposition pour les remplacer par de plus frais.

Conservation du rucher du Luxembourg. — ^.M. Hamet rassure en ces termes les amis de l'apiculture, qui pouvaient craindre de voir disparaître le rucher du Luxembourg : o; La hache et la pioche viennent d'entamer la pépinière du Luxembourg, et déjà un certain nombre des arbres remarquables qu'avait créés M. Hardi pour l'enseignement public sont convertis en fagots et en bois de corde. Les lignes indiquées par des jalons et les tranchées ouvertes nous ont confirmé que le rucher expérimental subsistera, ou du moins qu'il ne tombera pas à la première coupe. D'ailleurs, le plan du dernier projet (le définitif) publié par le Moniteur nous laissait cette espérance. Au mois d'avril donc nous pourrons continuer nos leçons habituelles d'apiculture. »

Sur l'apiculture algérienne. — « Partout où je suis passé, écrit de Sétif iVI. Brelonnière, correspondant de l'Apiculteur, je me suis informé de nos laborieuses ouvrières. Je suis allé jusqu'à 100 kilomètres au delà de Bou-Saâda; mais dans cette région aride, où il ne croit guère que de l'halpha, les abeilles ne sont connues que parleurs produits, dont les indigènes sont très- friands. A Bou-Saâda même, il n'y a pas une ruche, bien qu'il y ait autour de cette ville une centaine d'hectares de jolis jardins, où les abricotiers atteignent un diamètre dépassant parfois 60 centimètres. La saison des fleurs y est trop courte. A M'silah, ville située en plein Hodna, j'ai vu quelques ruchers. Les propriétaires avouent que leurs insectes prospèrent médiocrement. Là aussi courte durée de la saison des fleurs. Les colonies

sont logées dans des ruches couchées, les unesrectangulaires, construites en petits ois refendus, les autres rondes laites eu halpha, plante qui sert de matière uni-

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