ET LES ESSAIS D'INSTRUMENTS A BILLANCOURT
Le concours des races lailières et d s reproJuctours auraél»^, sans contredit, le plus intéressant de ceux de la saisoi. Les vaches laitières onf,du res^e, le privilège d'attirer le public et les dilellauîes des deux sexes, qui n'étaient pas nombreux encore cependant, par les raisons que nous avons énumérées déj'i. Lorsqu'on spécialise un concours, on spécialise le public et l'affluence diminue; la preuve en est justement dans ce qui se passe au Champ de Mars et à Billancourt. Ajuutons que jusqu'à présent les moyens de transport n'étaient ni nombreux ni bien régularisés. Descendre la Seine sur le pont d'un vapeur et envisager le panorama des bois de Saint-Cloui et de Meudon, est un agrémeni : la remonter n'en est plus un. Nous ne parlons pas des \oitures, qu'il faut attendre au risque du mécjmpte de faire la route à piea, ou aller les joindre jusqu'aux barrières de Paris. Avouons cependant qu'un grand intérêt s'est attaché, pendant toule la quinzaine, au coi. cours et aux expériences de Billancourt, pour tous ceux au moins qui en prennent aux choses de l'agriculture.
Le premier prix des taureaux dans la race normande, qui n'avait cependant obtenu que le second prix à Saint-L5, attirait les regards des connaisseurs; le calme de sa physionomie, la culotte, et la table, comme disent les éleveurs, tout était dans des proportions admirables, et il nous a été donné de voir son vigoureux propriétare, lui mettant la main sur le garrot, s'élancer cavalièrement sur son animal qui en paraissait fier. Le premier prix pour les vaches normandes, attribué à M. Gilbert, n'a pu causer d'embarras au jury, car chacun la désignait à l'avance; les marques distinclives de ses qualités étaient vraiment remarquableset confirmaient tous les indices signalés par Guenon.
Le prix des reprodjicteurs de la race bretonne a été attribué à S. A. madame la princesse BaciocL-hi qui, comme chacun le sait, a créé, au milieu des landes de la Bretagne oîi naguère, suivant un député, il fallait encore la boussole pour se conduire, le domaine de Korn-er-Houët, dont l'influence agricole, due à l'énergique impul;ion qu'ont pu donner la puissance des moyens d'action et la présence presque continuelle de Son Altesse sur ses terres, s'étend daus un rayon imporiaut. La princesse a du reste pensé juste, lorsqu'elle est venue planter sa tente dans le Mori)ihaa, en n'éloignant pas de ses étables les races du pays". C'était d'abord ne pas s'écarter du goût des Bretons pour une race rustique et héréditaire, si tieu appropriée aux exigences du sol et du climit. Bien que personne ne doive penser avic raison à la transporter au milieu des gras pâturages du Cotentin et de la vall 'e d'Auge, celte petite race pourrait prouver mieux que toute autre que les aptitude.! diverses peuvent exister dans une même race. Bonne pour le travail, d'un bon rendement à la boucherie lorsqu'elle n'a pas été fatiguée par un labeur excessif, — à preuve l'estime particulière qu'on en fait aux îles de la Manche et en Angleterre, destinations pour lesquelles de nombreux chargements sont faits sur la côte de B etagne, — elle est encore parfaite laitière.
Quoique le durham soit, de l'aveu des gens compétents, ainsi que le déclarait dans ce journal l'honorable M. Tiersonnier, lauréat de la prime d'honneur à Poissy, l'animal supérieur par la rectitude de ses lignes, la précocité de çon dévelopoement, son aptitude à l'engraissement, S. A. madame la princesse Baciocchi n'a pas cru devoir, vu ses exigences, l'introduire dans ses étables, et on n'a recouru à Korn-er- Houët, pour les croisements, qu'à une race similaire de celle du pays, disons mieux, à la race elle-même; car si on consulte les généalogistes, la race d'Ayr n'est que la race perfectionnée des îles de Jersey et de Guernesey, qui n'est elle-même que notre race bretonne rouge améliorée. Notons à ce propos qu'on ignore généralement qu'il existe en Bretagne deux races bien distinctes, la race pie et la race rouge, et que c'est de cette dernière qu'ont dû sortir les races perfectionnées de Jersey et d'Ayr. La jjrincesse Baciocchi a donc remporté les prix des races bretonnes et d'Ayr et de leurs croisements.
Les races vendéennes se sont bien améliorées depuis quelques années, et bien qu'appartenant aux races travailleuses et moins précoces que certaines autres, elles n'en fournissent pas moins de très-bons rendements à l'étal, comme disent les bouchers, tandis qu'elles se révèlent de plus en plus comme laitières; ce qui prouverait, suivant l'opinion de David Low, que par une bonne sélection, l'aptitude à donner de la graisse n'exclut pas l'aptitude à donner du lait.
Les prix des taurtaux et vaches laitières dans la race llamande ont été remportés par MM. Declercq et Fiévet. Celte belle race a été de temps immémorial l'objet de la prédilection des Flandres, et aucune considération ne pourrait déterminer les éleveurs, non-seulement à la remplacer, mais même à la modilier. On se rend cependant h croire que la stabulation continue nécessitée par les cultures industrielles est la cause première de la péri pneumonie qui exerce ses ravages dans les Flandres plus que dans les pays d'herbages.
L'honneur de l'esposition était pour la race hollandaise dont les spécimens et l'ensemble charmaient tous les spectateurs. Le taureau reproducteur qui a remporté le premier prix sera représenté ici même par un dessin dû au srayon de M. 01. de Pêne. Outre ses lignes, sa table et sa croupe qui ne laissent rien à désirer, il présentait dans sa robe blanche et noire une symétrie reproduite exactement dans sa fiUe, génisse d'un an qui a valu au mèiiie propiictaire, AL de Monfgermont, le premier prix de sa catégorie. C'est M. Garnot qui a remporté le prix des vaches hollandaises, avec une mention pour la bande exposée. Pas n'est besoin de nous étendre sur les qualités des vaches hollandaises; on sait du reste quelle a été depuis un temps presque immémorial l'immense production de lait, de fromage et de beurre fournie qresque exclusivement par la Hollande à l'insatiable marché anglais, jusqu'au moment où les produits de nos races bietonnes, normandes et flamandes sont venues depuis quelques années lui disputer le terrain dans une exportation qui ne s'élève guère à moins de deux cents millions par an. La palette et le pinceau de bien des peintres, depuis Poter jusqu'à nous, ont du i-este illustré la race hollandaise.
Malgré un courant d'idées qui réagit contre la race durham et ses croisements, et se manifeste dans des publications où certainement le talent ne manque pas, mais où l'esprit pousse à cette linesse qui ne voit plus, mais imagine, un prix a été accordé à un taureau durham et un autre à une vache laitière de celle même race, dont les aptitudes sous ce rapport ont été fort contestées. Nous n'avons pas vu le taureau, il était au Champ de Mars : la vache appartient à M. Lacour.
Uue question a été soulevée par les éleveurs à propos des croisements. Tandis que le ministère de l'agriculture a doublé le nomjbre des récompenses accordées aux croisements durham, un autre ordre d'idées semble en contester l'utilité à titre de reproducteurs. Or, dans l'Anjou, la basse Normandie, la Bretagne même, ces croisements pratiqués depuis vingt ans ont apporté aux races mancelles et autres des améliorations positives, dont le résultat est apprécié sur le champ de foire par les fermiers-éleveurs eux-mêmes, acheteurs et vendeurs. Gonsidère-t-on ces résultats comme l'œuvre d'une gentry désœuvrée? Qu'on le dise, la franchise est la meilleure des habiletés. Le croisement durham qui, à grand'peine, a obtenu un second prix à défaut d'un premier qui n'existait pas, attestait encore le croisement, c'est certain, mais témoignait justement par là de l'amélioration qui peut en résulter. L'animal, près de lerre et bien roulé, présentait un avant- train et une table irréprochables. La culotte seule attestait encore le croisement ayr, dont le but du
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reste est bien défini par les éleveurs de Maine-et-Loire. La physiologie animale n'a rien à faire avec les règles arithmétiques et la théorie chimique des mélanges. Parce que dans un cheval demi-sang la croupe est ce qu'il y a de plus lent à modifier, vous ne persuaderez jamais aux éleveurs de Normandie que l'infusion du sang a été nuisible à leur race. Nous ne parlerons pas du troisième prix qui s'était présenté dans une aulre catégorie et méritait peut-être une complète disgrâce par cela même. L'animal offrait du reste un sanglement fort appréciable à l'avant-train et, malgré les bruyantes réclamations du candidat, le jugement était confirmé par l'opinion des visiteurs.
Termmons cette digression en disant, quel que soit le peu de valeur de notre opinion, qu'en comparant les résultats obtenus par la sélection et le croisement, on demeure convaincu que les perfections sont aussi difficiles à conserver dans un cas que dans l'autre.
On connaît l'esprit qui, avec juste raison, a prédominé dans le règlement de Billancourt, et on ne peut qu'y applaudir. Il suffît de remettre sous les yeux du lecteur la partie de l'article 32 concernant les animaux, s Le jury de chaque série devra s'attacher à signaler le mérite de chaque classe d'animaux'présentant les mêmes aptitudes. Quand l'exposition comprendra des ensembles de races et de pays différents, chacun de ces ensembles pourra être appelé à avoir des prix, s'il présente pour sa spécialité des sujets remarquables; de la sorte, le jury ne confondra pas les races distinctes, les bêtes des montagnes avec les bêtes des plaines. Dans la répartition de ces récompenses, il sera tenu compte aussi bien de la qualité d'un certain ensemble d'animaux d'une même race exposés par un même éleveur que du mérite hors ligne d'un seul produit, d
Il faut remarquer cependant que, préoccupé d'écarter des exceptions, notamment dans les races de boucherie, on s'est éloigné de la pensée que le reproducteur est avant tout un animal d'élection, bœuf ou cheval, et qu'il ne s'agit pas ici de prix d'ensemble.
Les nominations sont classées d'après la liste ofàcitlle, par ordre de mérite relatif.
Race normande. — Taureaux. — 1" prix : normand pur (32 mois), k M. Bertel, à Ancretteville-sur-Mer (Seine-Inférieure) ; 2", cotentin normand pur (5 ans), à M. Gingal, à Coudet-sur-If (Gilvados) ; 3«, normand (25 mois), à M. Paynel (Victor), à Champosoult (Orne).
Vaches. — l" prix : normande (7 ans], à AI. Gilbert, à la ferme de Wideville (Seine-et-Oise); 2% normande (6 ans), à M. Gilbert; 3% cotentine (5 ans 2 mois), à M. Delaville, à Bretteville-sur-Odon (Calvados); deux mentions honorables, cotentines, à M. Paynel (Gyrille), à Ménil-Mauger (Galvados); mention honorable, normande (8 ans), à M. Gilbert.
Race bretonne. — Taureaux. — 1" prix : breton (1 an 4 mois), S. A. Mme la princesse Baciocchi, à Korn-er-Houët (Morbihan).
Vaches. — 1" prix : bretonne (2 ans 3 mois), à S. A. Mme la princesse Baciocchi; 2% bretonne (3 ans 1/2), à M. le baron Walckenaer, au Paraclet (Aube); 3% bretonne (Sans 2 mois), à S. A. Mme la princesse Baciocchi; mention honorable, bretonne (3 et 4 ans), à M. Doubeveyer, à Salute-Julienne-en-Val (Seine-et- Oise).
Race vendéenne. — Taureaux. — 1" prix : nantais pur (48 mois), à M. Pilet, à Saint-Etienne-de-Montluc (Loire-Inférieure); 2°, nantais pur (17 mois), à M. Chapron, à Jean-de-Moreau (Loire-Inférieure); 3% nantais (30 mois), à M. Boiscourbeau, à laRivière-en-Couëron (Loire-Inférieure); mention honorable, nantais (6 ans), à M. David, à la Reingolie (Loire-Iaférieure).
Génisses. — Pas de 1" prix; 2% nantaise (26 mois), à M. Boiscourbeau.
Vaches. — 1" prix : nantaise pure (26 mois), à M. Pilet.
Race aamande. — Taureaux. — 1" prix : flamand (2 ans), à M. Declerq, à Loon (Nord).
Génisses. — l" prix : flamande (2 ans), k M. Declerq.
Vaches. — 1" prix : flamande (9 ane 1/2), à M. Fiévet, k Masny (Nord); 2% flamande (4 ans), à M. Fiévet; 3% flamande pure (6 ans 1/2), à M. Paillard, au chî-
teau d'Hymmeville (Somme); mention honorable, flamande (8 ans 1/2), à M. Fiévet.
Race garoiiiiaise. — Mention honorable pour une bande appartenant à M. Bajau, à Toulouse (Haute-Garonue).
Taureaux. — Pas de 1" ni de 2" prix; 3% lourdais (22 mois), à M. Mailhet- Omer, à Monières (Hautes-Pyrénées).
Vaches. — 1" prix, Jourdaise (4 ans 10 mois), à M. Mailhel-Omer.
Race iiniiandaise. — Taureaux. — l"prix : hollandais pur (3 ans 10 mois), à M. de Monigermont, au château de Gouhert (Seine et-Marne); 2% hollandais (3 ans), à M. Boisseau, au Basbougé (Seine-et-Marne); 3% hollandais (32 mois), à M. MoDzerolle, à Marly-la-^'ille (Seine-et-Oise); mention honorable (24 mois), à M. Maurice, h Boissy-Fresnoy (Oise); menliun honorable, hollandais (5 ans), à M. Joucla, à Toulouse (Haute-Garonne); mention honorable, hainaut (30 mois), à M. Deleporte-Baillart, à ^'alenciennes (Nord); mention honorable, hollandaise pur (3 ans 9 mois), à M. Ghristolle, à Soulens (Seine-et Oise).
Génisses. — L" prix, hollandaise pure (1 an), à M. de Monigermont.
Vaches. — 1" prix : hollandaise (4 ans 1/2), à M. Garnot, h Ville-la-Roche (Seine-et-Marne); 2% hollandaise (3 ans), à M. Boisseau; û", hollandaise (5 ans), à M. Hamoir, à la ferme de Rougeville (Nord); mention honorable, hollandaise (4 ans 1/2), à M. Garnot; mention honorable, hollandaise (3 ans 8 mois), à M. Ghristoile; m.ention honorable pour une bande appartenant à M. Garnot.
Race diirham. — Vuches. — l" prix, durliam (6 ans), à M. Lacour, à Saint- Fargeau (Yonne).
Race sohwiiz. — Taureaux. — Pas de 1" ni de 2" prix; 3" prix, schwitz (15 mois), à M. Jambon, à Grisfeuille (Bouches-du-Rhône).
Croisements diiriiaïu. — Taureaux. — Pas de 1" prix; 2'', ayr-durham (4 ans 11 mois), à M. Parrage-Farron, à Angers (Maine-et-Loire) ; 3', durham-cotentin (2 ans 9 mois), à M. Desloges, à Mézières (Indre-et-Loire).
Génisses. — Pas de 1"' ni de 2' prix; 3°, durham-cotenline, à M. Paynel (Cyrille).
Vaches. 1" prix : ce prix a été remporté par une vache exposée au Champ de Mars; nous ne connaissons pas encore le nom de son propriétaire ; 2°, durhampicard (9 ans 1/2), à M. le marquis d'Havrincourt, à Havriucourt (Pas-de-Calais) ; 3", à une vache appartenant à M. Paynel (Cyrille); mention honorable, durhamcharolaise (3 ans), à I\L Lacour; mention honorable, durham (5 ans), à M. Angot, à Saiût-Lô (Manche); raeniion honorable, pour une ban Je de durham-picard, à M. le marquis d'Havrincourt.
Races ayr et ayr-bretoniie. — Taureaux. — 1" prix : ayr (1 an), à S. A. Mme la princesse Baciocchi, déjà nommée ; 2", ayr (1 an 9 mois), à M. Arnaull, à Surgères (Charente Inférieure) ; 3", ayr-breton (3 ans 1/2), à M. le comte de Ghampagny, au château de Lopiat (Morbihan); mention honorable, ayr, à M. Foulhiade, à Montvalent (Loi).
Génisses. — 1" prix : ayr (2 ans 3 mois), à S. A. Mme la princesse Baciocchi ; 2', ayr (14 mois), à M. Foulhiade; 3% ayr (1 an 10 jours), à S. A. Mme la princesse Baciocchi.
Vaches. — 1" prix : ayr (3 ans 1 mois) à S. A. Mme la princesse Baciocchi ; 2% ayr (2 ans- 9 mois), à S. A Mme la princesse Baciocchi; 3% ayr (3 ans 1/2) à M. Foulhiade; mention honoiable, ayi'ikire (3 ans), à M. Mallet, à Jouy-en-Josas (Seine-et-Oise) ; mention honorable, ayr (4 ans), à S. A. Mme la princesse Baciocchi ; mention honorable jiccordée à l'ensemble des génisses, vaches normandes pures et croisées durham, de M. Vavasstur; mention honorable accordée à l'exposition collective du Comice agricole de Seine-et-Marne, au Champ de Mars.
Les essais des instruments présentaient, à nos yeux, un intérêt d'un atïtre genre, plus vif peut-être que celui des concours d'animaux auxquels nous avons tant de lois assisté déjà.
L'usage des instruments perfectionnés présente en France deux obstacles, la force d'inertie qui s'appelle l'habitude ou la routine, et enfin les prix élevés de ces
ET LES ESSAIS D'iNSXaUMENTS A BILLAXGOURT. 319
instruments eu égard à un sol qa'émiette chaffue jour la petite propriété, excellente sans doute pour pourvoir à ses besoins immédiats, mais n'usant ni du crédit, ni des instruments d'un prix élevé.
Les semoirs apportent d'une manière incontestable un» économie de maind'œuvre et de semence, et facilitent les sarclages et binages, en un mot toutes \ei façons désirables, et cependaut quelles difficultés l'usage n'en rencontre-t-ii pas daus la pratique? Il faut le dire, le prix est surtout le principal obstacle. Quel eu le petit fermier qui osera acheter au prix de 1,000 et 1,200 fr. les excelleuts se- . moirs de MM. S uiih, Garrett et sons, L clère, etc.? Chacun a pu admirer la précision des expériences faites par le jury sous ce rapport, en notant d'une manière précise l'espace ensemencé par chaque semoir, la quantité de blé dépensée, et au retour la quantité de blé débitée et constatée par un sac. Inutile de dire que les prix ne peuvent être distribués qu'après les levées.
Les semoirs à engrais entrent, selon nous, dans une voie très-profitable pour l'agriculture, l'utilisation de l'engrais à la plante, au lieu de sa distribution à la volée. C'est à la fois faire de la théorie et de la pratique.
Bien d'autres instruments présentent, selon nous du moins, un vif intérêt. Nous y reviendrons prochainement.
A. DE LA Moavo.^HiiS-
OBSERVATIONS SUll LE COiNCOURS DE POtSSY ".
Ma; trouvant de passage à Paris à l'époque du dernier concours dTainimaiiix: gras àPuissy, j'ai tenu à le visiter, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps-.. GïetM;Mrcune Je plusieurs anaées rendait ma visite fort intéressante, car j'ai pu mieuix apprécier te progrès (fui s'est accompli depuis quatre ans au moins et en mesurer 1 importance au Juiih e puiat de vue Je l'amélioration de nos races françaises, en ce qui concerne la symétrie et la précocité, et de l'habileté de nos engraisseurs dans l'art difficile d'accumuler la chair et la graisse sur Les auimiux de concours d'une façon uniforme et bien proportionnée^
Je m'empresse de dire tout d'abord' que l'Ekposîtion m'a paru fort remarquable à tous les points de vue possibles. Quelqiues-uues de nos races françaises ont, sans aucun doute, parcouru un espace considérable dans la voie dje l'aimélioration et du progrès-.. Entre autres je citerai la race charolaise qui, soit à l'é'fat pur, soit surtout comme croisement avec le sang durham, a attainX une perfecliou de formes et de qualité' de viandJa; qu'il serait diflicile de surpasser. Les trois lauréats exposés par MM Suif, Doucy. et M. le vicomte Benoist d'Azy pouvaient rivaliser avec des durhams, dont ils se rapprochaient du reste, et par les formes et par la qualité d'engraissement.
Pa'rmi nos racjs françaises, nulle ne s'est prêtéft miieux que la race charolaise aux efforts des éleveurs pour l'améliorer par elle-même. Ou a bien essayé de lui infuser du sang durham eu se servant de taureaux à robe blanche afin de conserver aux produits cette Couleur Jistinctive, mais ces croisements, chose remarquable, ont presque toujours donué des veaux â robe rouge ou rouanne, produit d'un atavisme chez ks taureaux Jurhams d'un degré plus persistant que leur couleur blanche, qui n'était qu'un accident inliviJuel. Or, on sait que, eu règle générale, c'est le mâle qui donne au produit l'appareil locomoteur, c'est-à-dire le squelette, la viande et la peau qui les recouvre ; il ne faut donc pas s'étonner que l'atavisme du pelage blauc si fortement lixé dans la race charolaise ait été vaincu dans ces croisements entre des vaches charolaises et des taureaux durhams. Ainsi au point de vue de l'amélioration de cette admirable race française il a fallu renoncer à l'infusion du sang durham et procéder par le système de la sélection, plus persistant dans ses effets et plus sûr sans doute, mais qui demande beaucoup, du temps et surtout l'exercice d'un jugement et d'un tact infinis.
Ce à quoi les éleveurs de charolais doivent surtout s'attacher aujourd'hui, c'est à diminuer l'ossature de la race dont les os sont encore trop volumineux. Il est vrai que le fanon a presque entièrement disparu, mais il existe encore trop de déchet dans la partie antérieure de l'animal. Quant à la question si importante de la
1 . Voir le compte renJu tie ce concours, numéro du 20 avril, p. 187 de ce volume.
précocité, les jeunes bœufs exposés ayant de 33 à 40 mois, ne m'ont pas donné une impression très- favorable. A une ou deux exceptions près, tous ces jeunes animaux ne présentaient aucun caractère de maturité.
Je connais trop peu la race charolaise, ne l'ayant guère étudiée que dans les concours, pour prétendre qu'elle manque de précocité; mais lorsqu'on vient à comparer les jeunes bœufs de race pure exposés au concours de Poissy avec des bœufs du même âge issus du croisement durham-charolais, on est frappé tout d'abord du contraste énorme qui existe entre ces deux classes d'animaux et de l'immense supériorité de ceux-ci ou ceux-là. Voici d'abord le magnifique bœuf de M. Tiersonnier âgé seulement de 34 mois, (fig. 33), et qui est bien pur sang durliam, j'en réponds, malgré l'indication du catalogue ; puis vient celui de M. le marquis de Monllaur, âf{é seulement de 35 mois, le dernier provenant sans doute de croisement durhamcharolais. Eh bien, habitué comme je le suis depuis si longtemps à suivre et à étudier les grands concours de l'Angleterre, je n'hésite nullement à déclarer que ces deux animaux, à pari quelques légers défauts de conformation, auraient figuré avec honneur à Birmingham et même à Smitbfield.
Il est en général fort téméraire dans une chose aussi importante que la trans-
Fig. 33. — liœul duiham-charulais appartenant à M. Tiersonnier el ayant remporté la coupe d'honneur au Concours de Poissy en 1867.
formation des races, et leur amélioration parles croisements dans un but quelconque, de tirer des conclusions absolues d'après les observations nécessairement fort restreintes que l'on peut faire dans un concours. Toutefois, devant des exemples aussi frappants que ceux que je viens de citer, il est diflicile de ne pas conclure qu'au point de vue de la production de la viande, avec la race charolaise comme avec tant d'autres, le croisement durham est on ne peut plus avantageux.
Ici vient se poser une question fort intéressante et sur laquelle il existe une confusion incompréhensible dans l'esprit de beaucoup de gens, c'est la relation qui existe entre le cheptel de traction et le cheptel ue rente. — Dans les petites exploitations, il est parfaitement rationnel que ces deux cheptels soient confondus en un seul. D'après ce système, les vieux bœufs qui ont servi à la traction font place à de plus jeunes lorsque ceux-là ne sont plus assez forts pour travailler et quittent le joug pour passer à l'engraissement. Dans ces circonstances qui, certes, ne sont pas fort avantageuses, la production de la viande qui, dans toute exploitation agricole, doit être l'auxiliaire obligé de la production du pain, n'est plus qu'un ac-
cessoire secondaire, une espèce de pis-aller dont il faut subir la nécessité. Je comprends donc qu'on défende ce sysiètne et, comme conséquence naturelle, qu'on préconise nos races de travail et qu'on en recommande l'élevage exclusif, car il est évident que le croisement durham convient bien moins au but principal de l'élevage de ces races, c'est-à-dire le travail. Seulement il ett bon de se rappeler que les bœufs qu'on fait travailler ne donnent absolument que du travail tant qu'ils restent dans cette condition. L'engrai.ssement est tout autre chose, et bien que le bœuf qui est aujourd'hui bête de trait puisse devenir demain bête d'engraissement, ces deux conditions sont on ne peut plus distinctes, et porter au crédit du bœuf de trait le fruit acquis par le bœuf d'engrais, c'est une erreur de comptabilité agricole que bien des gens commettent de fait et comme raisonnement, mais dont il est bon de se garder.
Le compte du bœuf de trait doit se solder d'un côté par le prix d'achat, le coût de son entretien et de sa nourrilure, portés à son débit, et d'un autre côté, par
Fig. 34. — Vache durham-oharolaise appartenant à M. Laoojr, de Saiiit-Fargeau (Yonne); prix d'honneur de Poissy en 1867.
sa valeur au moment où il entre àl'étable d'engraissement, portée à son crédit. La différence entre ces deux comptes représentera le coût du travail que le bœuf aura fait et par conséquent la valeur de ce travail dont on devra débiter les cultures. Ce compte de travail, comme on le voit, est tout à fait distinct de celui de l'engraissement, qui devient alors une opération \ part et que l'on doit considérer absolument comme si elle se faisait avec un nouvel animal. Lorsque le travail de la ferme fait passer le bœuf de trait à l'étable d'engraissement, je le répèle, cet animal n'a donné au cultivateur, pendant toute la période qu'a duré sa condition de force motrice, absolument que du travail, et je doute fort qu'on puisse même faire entrer en ligne de compte le misérable fumier que donnent les bêtes de travail, car la déperdition musculaire, causée par le labeur, absorbe, par une assimilation d'autant plus énergique que le travail est plus pénible, toutes les parties azotées de la nourriture. En un mot, le bœuf de trait ne donne que peu ou point de fumier, point de viande, presque toujours le contraire
et lorsqu'il est vieux et à bout de force et qu'on veut le livrer à la boucherie, il ne faut naturellement estimer sa valeur que comme animal à viande. La difftTence entre cette valeur et celle du produit ficai arirès eopraifsement rpprésen'e la valeur que l'animal aura acquise pendant la périnae de son engraissement, et si l'on di^duit de cette différence les frais d'entretien et t'e nourriture, on arrivera à une appréciation régulièrbment exacte du profil ou de la pf rte que cette seconde opération aura produite. Voilà, selon moi, la seule manière lopqiie d'envispper !a ques ion.
Confondre ces deux conditions distinctes de travail et d'enpraissement est une erreur, car il se peut fort bien que la condition de travail donne un bon résultat, tandis que celle de l'engraissement en donne un mauvais. Dans cette dernière hypoilièse, que devifnt l'argument de ceux qui prétendent que le travail de leurs bœufs se trouve payé par !a plus-value qu'ils acquièrent au bout de leur engrais^emrnt lorsqu'ils les livrent au boucher? Je suis un de ceux qui sont pTsuadés qu'on vieux bœuf usé par le travail est l'animal le plus ingrat qu'on puisse choisir pour l'engraissement et que son augmenianon n'est point en rapport avec le coût de sa nourriture et de son entretien. Je suis en outre persuadé aussi qu'en prenant un jeune bœuf au lieu d'un vieux l'opération d'engraissement donnera, à dépense de nourriture égale, un bien meilleur résulta, même en admettant qoe 1 cngraifseme' t des vieux bœufs de travail donne nai résultat mii se solde en profit, ce qoe je sràs l'iin d'accorder. Dans tous les cas, îl est éwaent que Ja confusion des deux oonditiotns d'un bœuf que l'on fait travailler'â'abord puis qu'on engraisse est une profonde emneur de comptabilité agricole qui ;peut entraîner le cultivateur dans une voie 'j'icieuse. Je le répète, la production de la viande est BDeojpéra'ion complètement distincte ôt le cultivateur devra considérer ranimai qu'il prend à la force motrice poirr «n faire de la viande, absolument comme s'il achetait un nouvel animal dans unefoiire ou sur un marché. Dans les calculs mte l'on fait pour se rendre compte 4u i^ndemeitt final du bœuf de travail et du bœtiiff'ceingraissement, ily abiendes gens.flud ine tiennent nullement compte de l'intérêt (fin icupital immobilisé dans l'animaîl. .Sujifposans qu'un bœul de travail ait cnijté 300tJr..i€(l <qu'QB l'ait ganidé trois ans,, il esttëwdent'gue dans !a comptabilité on doit débii«r lett(ravaîliàe>laaïtënêl'de ce cajpitail à un tœnx suffisant pour couvrir, outre l'intérStiÛB ca]iitan'lnî-iii*Bme, lesmisgiies'd'aocideiits de maladies ordinaires et d'épizootie.'Ceoi «est irai point auqfnd 'on «ne fait pas -'assez attention lorsqu'on cherche à se TÊindne comijpte du coût aieîatif tâes différents modes de force motrice en agriculture.
Il ne faulpas dob plus {perdre 3e vuene point essentiel, c'estifne le bœuf est surtout un animal de boucbenie ; son empilai 'comme animal de tmait n'est point une condition indispensable fleson existence, car son travtdl peut élue remplacé par celui des chevaux et surtout pair l'emploi deih A':aipetiîr.. En thèse gëi>éra:le il fdut donc considérer Yélevsge Ce l'e^aèce bovine an point de vue âe'lainouTriture de l'homme, et c'est donc 'dans ce sens igoe doivent «urtout se diriger les efforts des éleveurs. Quelques persannes, en paniaoit de nos ■races françaises, prétendent que le croisement avec un sKng amëGaoïaiteBr n'a j)a£ de raison d'être, en ce sens qu'il est illogique. Voici leur raisonnement : la race charolai o par exemple est une race qui nous donne un travail plus économique que les chevaux; puis, à un moment donné, elle nous donne de la viande, etc. (toujours le même raisonnement vicieux que j'ai exposé plus haut). Nou' admettons que la race durham est supérieure pour la boucherie, eh bien 1 qu'on fasse du durham pur pour la boucherie, et conservons notre race charolaise telle qu'elle existe. Il y a d'autres personnes tout aussi sincères dans leur opinion qui s'élèvent avec lorce contre ce qu'ils appellent des bœufs-veaux, e'est-à-dire contre une des plus précieuses quahtés des races améliorées, la précocité. Selon ces personnes, un jeune bœuf de trois ans n'est pas mûr, sa viande est malsaine, elle ne contient pas encore assez d'une certaine substance à laquelle on donne le nom imposant d'osmazon", je crois. Ces personnes sont d'avis qu'il faut faire travailler les bœufs avant de les livrer à la boucherie et que c'est seulement par ce moyen qu'on peut diminuer le coût de la production de la viande. J'ai déjà expisé ce qu'il y a de peu réel dans un pareil calcul et combien ce raisonnement est erroné ; mais quand bien même ce principe d économie rurale serait aussi avantageux qu'il l'est peu en réalité, oîi en serait l'alimentation de nos marchés, si on n'abattait que les bœufs qui ont travaillé ! Il est évident que les bœuls de trait ne forment qu'une faible proportion de la totalité livrée à la boucherie ou à l'exportation. Ce raisonnement n'est donc pas applicable à la question de la production de la
Tiande, et l'élevage d'une race quelconque dans le but exclusif du travail est un véritable non-sens fgronomique, — car le but final de toutes les races bovines : races de Iravail, races de viande, races laitières et autres, est fatalement et irrésistiblement l'abattoir. La grande question est donc de les y faire arriver dans ks meilleures conditions possibles, c'est-h-dire en première ligne la précocité, afin que le capital de l'en^raisseur reste le moins de temps possible immobilisé, ecsuite l'aptitude à l'engraissement, la symétrie, la bonne conformation du corps, l'amoindrissement des parties de déchet et le développement de celles qui fournissent les meilleurs morceaux. — La question du travail est une question qui n'intéresse que certaines contrées, et, comme je l'ai dit, c'est une question à part et complètement distincte de celle de la production de la \iande,etil importe beaucoup que cette distinction soit riffoureusement maintenue toutes les fois que l'on veut exactement se rendre compte de l'une ou de l'autre opération.
Mais on vient dire que la viande des jeunes bœufs n'est pas nutritive, qu'elle manque de saveur, etc. Je me rappelle qu'on en disait autant de la viande des vacbes et de celle des génistes. — Ln admettant la vérité de cette assertion, qui en réalité n'est nullement fondée, ce raisonnement serait entièrement au point de vue du consommateur. — Il est évident, en efftt, que le producteur a bien plus d'avantages à réaliser ses bœufs à trois ans que d'attendre cinq ou six ans tout en n'ayant pas un poids supérieur. Un jeune bœuf de trois ans pesant 800 kilog. coûtera bien moins à produire qu'un bœuf de c!nq ou six ans ne pesant pas davantage, donc l'agriculteur retire plus de bénéfice sur le jeune bœuf que sur le vieux. Mais on nous dit que la viande du vieux est meilleure, qu'elle est plus goùt'e du consommateur, etc. Fort Lien, mais le consommateur gourmet consentirail-il à la payer plus cher? Evidemment non, il jetterait de fameux cris si on s'avisait de hausser les prix du bœuf, en raison de sa vieillesse et du travail qu'il aura fait. Quelle est donc cette économie agricole qu'on vient nous prêcher et qui consiste à IJatter le goût du consommateur aux dépens du producteur?
Mais on nous dit encore : Puisque la racedurham est si avantageuse comme race de boucherie, alors faites du durham pur et laissez-nous nos races à l'état de pureté aussi.
A cela la réponse est facile. Pour faire du durham pur au point de vue de la bouclierie, il faut d'abord en avoir, et cela à des conditions de prix de foires et non de ventes aux enchères. Cette race précieuse n'est pas encore assez répandue en Frarce pour qu'on puisse se la procurer sur les marchés et dans les foires. Llle n'existe encore que dans quelques étables comparativement peu nombreuses où il est difficile de puiser, et où le prix des sujets est toujours fort élevé. Ainsi la race pure durham n'existe pas encore à l'état de race de rente ; c'est une race exclusivement d'élevage et il s'écoulera encore bien des années avant qu'elle puisse entrer dans les étables d'engraissement comme race de rente. En Angleterre, oii cette race existe depuis près d'un siècle, les familles d'élite sont encore à des prix presque inaccessibles; bien que par les croisements on peut dire universels de toutes les autres races avec le sang durham, on soit aujourd'hui parvenu à établir une espèce de sous-race durham qui possède à v.n degré fixe et permanent toutes les qualités de la race pure elle-même et qui peut s'obtenir sur tous les marchés comme race de rente, les animaux à généalogies illustres bien au henliquement garanties obtiennent encore des prix inabordables au plus grand nombre. Il est évident que si la race duibam existait dans les conditions de valeur des autres races, sa culture, au point de vue de la production de la viande serait on ne peut plus avantageuse, mais dans les conditions où elle se trouve aujourd'hui, il faut se contenter du croisement avec les taureaux purs et les femelles de nos races françaises, et certes les résultats de ces croisements avec toutes nos races Eont assez beaux et assez lucratifs, à en juger par les produits exposés dans ks concours de boucherie, pour qu'on les pratique et qu'on en soit satisfait.
En résumé, on peut conclure que partout où le travail du bœuf est reconnu comme moyen économique de force motrice sur la ferme, l'élevage des races de travail à l'état de pureté est utile et par cela même on doit s'y attacher, car cet élevage exclusif dans des circonstances locales données a sa raison d'élre; mais même à côté de celte exigence et surtout dans les pays où la force- traction agricole est exercée par lQ„cheva!, la production de la viande ce peut se faire avantageusement qu'avec le croisement durham. Ceci est une vérité irréfutable : on peut la contester avec des
32i OBSERVATIONS SUR LE COXCOURS DE POISSY.
préjugés et certaines prédilections locales que je suis le premier à respecte trui; mais ces préjugés et ces prédilections, queli|ue naturels qu'ils soie
ter chez au- . - ^ . - , , . soient, ou'on
le sache bien, ne tiennent pas devant les faits économiques que je viens de aévelopper, et un moment de saine réflexion suffit pour les dissiper à tout jamais dans les esprits sérieux. Tant que la nécessité de faire du fumier dans la ferme existera, l'entretien du cheptel de renie en dehors du cheptel de force motrice sera une nécessité indispensable pour le cnliivaleur, et le croisement durham, ce qui veut diie la précocité, l'aptitude h l'engraissement et la symétrie des formes, sera pour lui une nécessité non moins rigoureusement absolue.
Parmi les croisements durhams, j'ai beaucoup admiré un bœuf ayr-durham exposé par M. le comte du Pontavice. Ce jeune bœuf, âpé tout au plus de 35 mois, ne pesait pas moins de 835 kilog. C'était une véritable merveille de perfection comme engraissement et comme qualité de chair. Avec un peu plus de développement, car pour la boucherie on a beau dire et beau faire, ii faut de la masse, il eût certainement mérité la coupe. Il faut féliciter M. du Pontavice de cet heureax et magnifique échantillon de son habileté comme éleveur et engraisseur.
M. de Falloux avait aussi exposé un bœuf durham âgé de près de 39 mois qui mérite un examen particulier. Comme perfection d'engraisssement il n'y avait pas un animal dans tout le concours qui pût lui être comparé; seulement il est à regretter qu'on n'ait pas njieux choisi dans l'étable du Bourg d'Iré, où il doit nécessairement se trouver des sujets moins défectueux de forme et de développement que celui qu'on a malheureusament jugé digne de représenter cette étable célèbre dans un concours qu'on peut regarder comme le plus important de la France. Ce bœuf, remarquable d'ailleurs à plusieurs titres, manquait de longueur; il était trop ramassé, trop trapu dans ses formes : son ventre développé outre mesure, lui donnait un flanc étriqué et avait complètement enlevé son arrière-main. C'était grand dommage, car, selon moi, c'était le bœuf le mieux réussi de tout le concours au point de vue de l'engraissement.
J'ai pu constater une immense amélioration dans toutes les races de la vallée de la Garonne, telles que garonnaise, bazadaise, landaise, etc., en un mot, toutes ces belles races du midi de la France, avec la chaude teinte de leur robe froment, leur belle ligne dorsale si droite et la profondeur de leurs longs flancs. Avec une ossature plus fine et des côtes plus cylindriques, ellesprendraient la meil'eure place parmi les races françaises.
J'ai vu avec peine que la bonne et utile race de travail des salers n'exposait que des sujets fort mesquins. J'en dirai autant de la race normande, qui certes était bien mal représentée.
Les catégories de vaches et génisses étaient fort remarquables, et par le nombre et par la qualité des animaux exposés. Là encore, on a pu voir les efl'ets du croisement durham-charolais, dans la magnifique génisse de M. Lacour (fig. 34). Montrez-moi donc une génisse de race pure charolaise à vingt-reuf mois, pesant comme celle-là 745 kilog., et possédant une qualité de chair et d'engraissement pareille 1 Heureux les gourmets qui ont pu goûter au filet et à l'aloyau de celte admirable bête ! Je suis bien persuadé que comme viande, il n'y avait rien de supérieur au concours de Poi?sy, n'en déplaise aux détracteurs des bœufs-veaux.
Parmi les petites races, mon humble compte rendu ne serait pas complet si je ne mentionnais les bœufs algériens exposés par MM. de Ruzé et Sanson. Leur exposition m'a fortement intéressé, moi qui arrivais d'Afrique et avais visité les exploitations de ces hardis et habiles colons. Gloire leur soit rendue d'avoir amené sur les marchés de la Provence, et même sur ceux de Paris, les délicieux produits de la vieille Afrique I J'en appelle à tous les éleveurs qui ont visité le concours de Poissy, est-il possible de rien voir de plus parfait comme symétrie, comme forme, comme aptitude à l'engraissement, que ces charmants petits bœufs algériens? Quelle finesse, quelle exiguïté de charpente osseuse, comme ils sont près de terre ! Comme leur petite tête, à l'a^il large et brillant, est bien attachée à leurs épaules. On dirait des durharus en miniature. Je raconterai plus tard, dans ce journal, les observations que j'ai faites sur les races agricoles de notre colonie africaine, que je viens de visiter au point de vue agronomique, et aussi la marche intelligente et dévouée suivie par M. de Ruzé et par son infatigable et zélé coadjuteur, M. Sanson. Ce sera un exemple à suivre, et par cela même un précieux enseignement.
Je trouve sur mes notes beaucoup d'animaux dignes de remarque, mais il y en a