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EN AVRIL ET MAI

Nos correspondants ont envoyé, sur la situation agricole actuelle, les notes suivantes :

M. Vandercolme écrit de Rexpoëde (Nord), le 12 mai :

Jusqu'au I*" mai nous avons eu un temps constamment froid et pluvieux. Le 2 mai le temps a subitement changé, le soleil a reparu dans toute sa splendeur. Tout nous fait espérer une récolte exceptionnelle de tous les produits. On désirerait une petite pluie pour les lins. — Les poiriers sont chargés de fruits. — Depuis quelques jours les bestiaux sont à l'herbe. Sur un pâturage artificiel j'ai pu mettre les miens le 9 avril. En général, l'état de santé est parfait.

M. Cappon écrit de Merville (Nord), le 10 mai :

Le beau temps qui règne depuis l'entrée de ce mois a permis d'exécuter les travaux des champs, qui étaient en retard par suite des pluies du mois d'avril; la végétation du blé, par un ciel sans soleil, était faible, et il a fallu le temps actuel pour raffermir les tiges. Tous nos produits en terre sont généralement beaux; ils sont très-bien levés. Les lins, .quoique retardés dans leur levée, sont beaux quoique peu longs et font espérer un bon produit. Les blés font espérer une bonne récolte très-précoce. Il ne reste plus maintenant à semer que les haricols et à repiquer la plante de tabac, retardée par les froids d'avril. — Les herbagers ont mis

leurs bestiaux aux pâturages ; ils se plaignent des pluies du mois d'avril, qui ont tellement rendu la terre humide et mouillée, que l'empreinte des pas des bestiaux occasionnait beaucoup de pertes d'herbe. — Le prix des animaux maigres se soutient; le gras est sans variation; les porcs et porcelets sont peu demandés. — Les prairies naturelles et artificielles sont généralement belles et bien fournies. L'état sanitaire des bestiaux est satisfaisant. — Parmi les hommes, il y a beaucoup de fièvres qui font, du reste, peu de victimes.

M. Renier écrit de Racquinghem (Pas-de-Calais), le 25 avril :

Aujourd'hui, les craintes qu'avaient inspirées les froids très-vi^s de la première quinzaine de mars ont disparu, et toutes les récoltes en terre ont le plus bel aspect. Les colzas sont en pleine floraison ; les fleurs sont abondantes, et, s'il ne survient aucun accident imprévu, tout porte à croire que la récolte sera abondante. Les blés sont magnifiques; les avoines de printemps, les pois bleus et les lins lèvent dans les meilleures conditions. Les pommes de terre sont plantées et, sous quelques jours, on commencera la plantation des betteraves. L'horticulture, bien qu'un peu en retard, présente un aspect assez satisfaisant. Cependant, ce ne sera que dans les premiers jours de mai qu'il sera possible de se prononcer sur cette culture. — L'état sanitaire du bétail de noire contrée est des plus satisfaisants, et son prix est relativement fort élevé.

M. Pilât écrit de Brebières (Pas-de-Calais), le 2 mai : Les pluies incessantes que nous avons eues depuis quinze jours ont fait beaucoup de mal à nos blés; ils viennent trop épais et sans raideur. Il y a besoin de quelque temps de sécheresse pour les remettre, sans cela la récolte serait compromise par la vesce.

M. Proyartécrild'Hendecoiirt-les-Cagnicourt(Pas-de-Calais), le 7 mai : Le mois d'avril a été essentiellement pluvieux et surtout humide, car, indépendamment des 60 millimètres d'eau recueillis, nous avons eu de la pluie en quantité inappréciable au pluviomètre, mais qui ne laissait pas que d'entretenir le sol dans un état d'humidité tout à fait défavorable à la bonne exécution des semailles du printemps. Malgré cela, on a marché, on a labouré, on a' semé. Il fallait bien rattraper le temps perdu en mars. Maintenant, qu'adviendra-t-il des semailles exécutées dans de pareilles conditions? Le temps nous l'apprendra; mais déjà on s'aperçoit de leur mauvais résultat. Ainsi, les lins sont piqués par les pucerons, et les œillettes, dont le sol est plombé par l'abondance des pluies et la violence des vents, lèvent irrégulièrement et, par suite, sont dévorées par une multitude d'insectes. Comme conséquence de celte température humide, la plantation des betteraves est fort en retard. — Les avoines présentent nue bonne levée et se trouvent dans des conditions normales. — Les céréales d'automne, les hivernages, les trèfles, les luzernes se présentent bien; la floraison des colzas est satisfaisante. — Au résumé, la campagne de 1867 se présente sous des auspices peu favorables, car la culture des plantes industrielles qui, par leur nature ramènent des espèces à la caisse des agriculteurs, a été faite dans des conditions trop peu satisfaisantes pour espérer une bonne réussite. — L'état sanitaire du bétail est toujours bon.

M. Le Roy écrit d'Ardissart, près Cambrai (Pas-de-Calais), le 1 3 mai : Nos travaux qui étaient très en retard par suite de la persistance des pluies s'exécutent avec rapidité; depuis le début du mois, le soleil étant revenu. — On termine en ce moment les semis de betteraves qui s'effectuent dans de bonnes conditions. Les œillettes n'ont pu être semées que tardivement, ce qui leur portera préjudice. — Les céréales de mars, froment, avoine et orge, ont été semées dans des conditions peu favorables. Leur levée est pourtant régulière et de belle venue. — Les froments d'hiver sont de toute beauté. Que la floraison soit belle et bonne, et l'on aura une magnifique récolte. — Les colzas défleurissent et se chargent de îosses; ils sont ordinaires, on a dû en démontei pas mal à cause de l'envahissement des plantes adventices. — Les fourrages artificiels, hivernages, trèfles, luzernes sont très-beaux et poussent rapidement. — Somme toute, la récolte prochaine se présente sous les plus bel'es apparences, puissent-elles se réaliser! notre agriculture en a bien besoin. — Les prix de Poissy ont réagi sur nos marchés, la viande grasse a beaucoup baissé ; quant à la viande maigre, son prix suit la progression inverse. — L'étal sanitaire est satisfaisant.

M. Bove écrit de Parvillers (Somme), le 11 mai :

Les semailles de printemps se soBt faites et se font encore dans de mauvaises conditions, les labours s'exécutent difficilement, aussi l'ameublissement dans de telles conditions est-il long et pénible, et au total assez mal fait. — Les céréales dans les terres qui ne sont pas trop humides sont bonnes; le seigle est bien épié, sous quelques jours ce sera le tour de l'orge. Le colza depuis le commencement de la floraison a bien repris, il a poussé plus débranches latérales qu'on n'osait l'espérer de prime abord ; les siliques sont nombreuses et bien garnies. Pourtant depuis quelques jours, les fleurs supérieures ont coulé à cause des chaleurs insolites pour la saison que nous subissons depuis le commencement de la semaine. Beaucoup de champs ensemencés en oeillettes ont dû être retournés. La levée des avoines laisse quelque peu à désirer; si une bonne pluie ne vient détremper le sol, on doit craindre des vides. Le cultivateur ne procède que depuis quelques jours à l'ensemencement des betteraves. — Les trèfles à récolter sont magnifiques; beaucoup de luzernes qui auraient pu donner encore quelques bonnes récoltes sont retournées ou à retourner. Les jeunes trèfles laissent à désirer. — Les arbres à fruits promettent une abondante récolte; les pommiers en fleurs réjouissent l'œil des passants. — Le cours de nos animaux domestiques est calme, sans baisse. — L'état sanitaire de nos bestiaux est satisfaisant.

M. Duboscq écrit de Château-Thierry (Aisne), le 12 mai : Le froid et l'humidité persistants, qui donnaient des inquiétudes fondées à l'agriculture, viennent de disparaître pour faire place à des journées de chaleur, qui ont donné un grand développement à la végétation. — Les cuUivateurs qui jusqu'à ce moment avaient été dans l'impossibilité d'utiliser leurs terres, étant par trop mouillées, ont pu enfin opérer leurs ensemencements de plantes printanières. — Depuis une quinzaine de jours un grand nombre de champs de blés se sont bien améliorés; pourtant il est aujourd'hui facile de reconnaître que la continuité du froid et des pluies, le séjour prolongé des eaux, soit sur les terres aux bords des fleuves et rivières, soit sur celles imperméables, soit enfin sur celles qui se trouvent dans les bas-fonds, ont causé des dommages irréparables. Dans beaucoup de localités on a été dans la nécessité de labourer les terres pour les ensemencer à nouveau, dans d'autres, où le mal était moins grand, on voit que le plant est jaune, étiolé, pousse seulement sur une seule tige; quelque favorable que soit la saison, il ne pouira jamais y avoir dans ces champs de blé qu'une récolte insuffisante et du gram de mauvaise qualité. — Généralement les luzernes, surtout celles de deuxième et de troisième année, sont comjjléteaaent détruites. Les racines, d'abord attaquées par le ver blanc, sont ensuite pourries par l'humidité prolongée du dernier hiver. Au printemps, les herbes ont poussé abondamment, elles ont étouffé le peu de plantes q\ii restaient, elles ne fourniront dans tout le cours de l'année aucun fourrage, elles devront être données en pâture aux moutons et aux vaches, pour être eusuile défrichées. C'est une grande perte pour la culture. — Les avoines favorisées par quelques jours de pluie, surtout celles fanées les premières, sont très-belles, elles promettent une abondante récolte. Les petites grains sont bien levées. — Les prairies naturelles ont été favorisées par l'humidité du printemps, les herbes sont bien poussées, la chaleur leur a été très-utile, il y a espoir d'une bonne récolte de foin. — Les arbres fruitiers ont opéré leur floraison dans de bonnes conditions, jusqu'ici le temps leur a été favorable, tout porte à croire qu'il y aura cette année une récolte favorable. — La montre de la vigne est belle, sa végétation marche bien ; si les chaleurs continuent, il y a tout lieu de croire que les vendanges seront plus favorisées, pour la qualité du vin, que l'année dernière.

M. Coutil écrit des Andelys (Eure), le 12 mai :

Autant le mois d'avril a été humide, autant le mois de mai promet d'être sec; nous avons eu dix jours d'une chiileur excessive pour la saison. — Les avoines, quoique faites dans des conditions assez défavorables, sont bien levées et suffisamment épaisses. — La récolte des seigles et des blés est toujours satisfaisante, mais on craiut encore les ravages du ver blanc, car on en rencontre beaucoup dans les labours pour les betteraves. — Les colzas ont souffert des dernières gelées, ils ont été arrêtés dans leur végétation, aussi la tige est moins élevée que d'ordinaire. Cependant les rameaux sont assez nombreux, et les siliques bien garnies, la floraison

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a été bonne, sauf pour les colzas tardifs où l'altise a causé quelques dommages. La récolte sera ordinaire. Il y a peu de lin dans nos contrées, le colza qui avait bien réussi l'an dernier lui a été préféré. L'assolement de la betterave est aussi plus considérable. — Les pommiers promettent une bonne récolle, si la floraison se fait bien, ce qu'il y a lieu d'espérer après la pluie qui est tombée le 1 1 mai, à la suite d'un orage qui n'a pas causé de défjâls. — La laine de moutons gras est cotée 1 fr. 90 le kilogramme.

M. le docteur Rôttée écrit de Clermont (Oise), le 7 mai :

On s'est plaint justement du mauvais temps qui a régné en avril : il a plu presque constamment; les terres basses et argileuses sont submergées et il a été impossible de les cultiver. Les semailles ont éprouvé un retard considérable ; il en reste encore environ un qaart à faire. Des avoines semées dans de mauvaises conditions n'ont pas réussi; il faut recommencer. Néanmoins, les récoltes en terre ont toujours belle apparence; les blés sont magnifiques, mais ils sont tellement forts, qu'ils versent déjà en herbe; il en est de même des seigles, qui sont épiés. On coupe tout ce qui est versé pour donner en vert aux bestiaux. Les prairies, tant naturelles qu'artificielles, promettent une abondante récolte. On n'a pas encore pu planter de pommes de terre ni de haricots, crainte que le plant ne pourrisse dans le sol, qui est saturé d'humidité. Depuis quatre jours, nous jouissons d'un temps magnifique qui nous est arrivé, abruptum inilium. Le soleil nous envoie une chaleur tropicale : 31° centigr. hier, 31°. 5 aujourd'hui. La superficie de la terre est couverte d'une croûte qui se forme sous l'influence de cette température chaude et sèche qui a succédé subitement à un temps pluvieux et froid.

M. Boncenne écrit de Fontenay-le-Comte (Vendée), le 3 mai :

Le temps est devenu plus favorable aux travaux de la saison, et les semailles, retardées par la pluie, ont pu être terminées dans les derniers jours d'avril. Les limaces font plus que jamais le désespoir des cultivateurs et des jardiniers. — Les blés d'hiver grandissent, mais les mauvaises herbes se développent en même temps et menacent de les étouffer. — Les colzas n'ont pas souffert des gelées du mois de mars; nous comptons sur une abondante récolte de graines. — Les lins sont parfaitement levés dans la plaine ; on les sème actuellement dans le marais. — Les premières coupes de luzerne, entremêlées de beaucoup d'herbes, ne donnent qu'un médiocre fourrage. En revanche, les prairies naturelles, déjà très-avancées, ont une magnifique apparence. — Je croyais que le mais géant caragua, récolté chez moi l'année dernière, n'avait pu attendre une maturité complète ; mais plusieurs grains semés sur couche ont parfaitement germé. — L'avoine de Sibérie pousse bien, le blé chiddam de mars est, en ce moment, moins vigoureux que le hérisson. Je n'ai malheureusement conservé que quelques pieds de yaliga officine; les limaces ont dévoré tout le reste. — Les céréales sont en hausse; à notre dernier marché, les froments de bonne qualité se vendaient 24 fr. l'hectolitre réglé à 75 kilogrammes.

M. de Villiers de l'Isle-Adam écrit de Sargé (Sarthe), le 11 mai :

Il y a peu de jours encore, il faisait froid presque comme en hiver, et des pluies continuelles arrêtaient nos travaux; mais voilà que tout à coup le temps s'est mis au beau, la température s'est élevée et nous avons passé brusquement de l'hiver à l'été. — Les blés se trouvent bien de cette température; il en est de même des fourrages qui, faute de chaleur, menaçaient de rester un peu courts. — Les orges et avoines se comportent très-bien. — On a terminé la plantation des pommes de terre et l'on commence à préparer la semaille des chanvres.

M. X. Thiriat écrit de Saint-Amé (Vosges), le 1" mai :

La persistance de la pluie a considérablemsut contrarié les semailles qui ont cependant été effectuées malgré l'humidité. Les blés de printemps commencent à lever. Les céréales d'automne sont superbes, et contre l'attente générale, motivée par la douceur et l'humidité de l'hiver, il s'est produit fort peu de plantes nuisibles dans les champs de nos vallées. Depuis plusieurs années on n'a pas vu les prairies donner à cette saison une plus magnifique apparence. — On fauchera avant la fin de mai dans quelques prés feitiles, si la température ne devient pas plus froide; les prés secs des coteaux qui ne reçoivent pour arrosement que l'eau des pluies produiront, on l'espère, abondamment, — Les cerisier.s, pruniers et poiriers sont

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entrés en fleurs du 20 au 30. Ils sont tous chargés d'une épaisse toison de fleurs. Les pommiers fleuriront aussi prochainement. Les arbres forestiers sont, au moment où j'écris, à moitié feuilles. La situation agricole est en général assez satisfaisante dans les montagnes des Vosges, il ne manque que du soleil et de la chaleur pour la rendre parfaite. Malheureusement les vents d'ouest et de sud-ouest ne cessent de souffler, et nous ne pouvons espérer un changement durable dans l'étal de l'atmosphère sous le régime de ces courants humides. — Après un jour chaud et calme, l'orage s'annonce à l'horizon, et toujours le tonnerre nous amène plusieursjours de pluie et de giboulées. Les habitants de nos montagnes mettent ces intempéries sur le compte de la lune rousse et se consolent en espérant que la nouvelle leur sera plus propice. L'année dernière cependant nous a donné un mois de mai beaucoup plus froid que le mois d'avril, mais on a droit d'espérer que de moins rudes épreuves nous sont réservées pour cette année.

M. Villeroy écrit de Rittershof (Bavière rhénane), le 30 avril :

Toujours la même désolante température; il est rare qu'une journée se passe sans pluie. Dans beaucoup de vallées, l'eau couvre encore les prairies. Les grains d'hiver souffrant; le colza est mauvais. Les semailles d'avoine qu'on a pu faire l'ont été dans les plus mauvaises conditions, et il y a encore bien des champs dans lesquels on ne peut entrer. A peine, dans les terres légères, a-t-on commencé la plantation des pommes de terre. Les trèfles sont beaux; les prés promettent une abondante récolte; le foin n'est pas cher, mais les pommes de terre qui, au mois d'octobre, valaient 5 fr. les 100 kilog., valent aujourd'hui 9 Ir. — Le bétail est toujours très-cher.

M- Villeroy écrit encore, à la date dti 7 mai :

Nous avons enfin le beau temps. Le vent est à l'est, le ciel est pur, le soleil chaud. On travaille avec activité, mais tout est bien en retard.

M. l'abbé MùUer écrit d'ichtratzheim (Bas-Rhin), le 8 mai :

Le mois d'avril qui, pris isolément et abstraction faite des cataclysmes de ses devanciers, eût été excellent par cette circonstance, a été par trop humide. A cause de l'immersion encore uoe fois réitérée de beaucoup de terres, surtout du côté des Vosges, beaucoup de labours printaniers n'ont pu se faire; on n'y a pu planter ni pommes de terre ni semer l'orge ou d'autres céréales. Tout cela se fait en ce moment, en mai. Ici on avait pu finir ces travaux en avril. Dans beaucoup de champs inondés depuis décembre, les semailles d'automne ont été noyées, du côté de Strasbourg, près du Kochersberg et le long des montagnes. Dans beaucoup d'endroits l'herbe des prés, trop longtemps couverte par les eaux, a péri et du jonc a surgi à sa place. Ici le froment et l'orge prospèrent et promettent de bonnes récoltes. — Les arbres fruitiers ont eu presque universellement un temps excellent pour fleurir. Les poires, cerises j prunes, réussissent et sont déjà nouées. Les pommiers n'ont pas encore défleuri jusqu'ici, cette floraison a été aussi favorisée par une température et l'absence d'électricité, qui doit être, dit-on, pernicieusee aux pommiers en fleurs. Depuis le 3 mai au 7, nous avons joui d'un temps limpide, d'un ciel sans traces de nuages et les chaleurs sont devenues excessives; ce temps a prodigieusement fait pousser la vigne, laquelle, nonobstant le défaut de maturité du bois, pourra donner des vendanges excellentes, sinon copieuses. Nos prairies, longtemps inondées par le débordement des rivières, présentent une herbe touffue et promettent une fenaison abondante, aux endroits exceptionnels près qui ont été trop longtemps sous l'eau. D'un autre côté, les trèfles se font très-bien. — A cause des ondées diluviennes précédentes, bon nombre de jardins n'ont pas été cultivés. On y est en ce moment, mais toutes les légumineuses souffrent de ce retard. Espérons que la sécheresse, venue subitement après un diluvlum de cinq mois, ne- sera pas trop compensative par sa durée, et laissera arriver de bonnes pluies d'orage, et le temps qu'il fera pourra compenser à son tour encore le mal qu'il a causé précédemment.

M. André écrit de Metz (Moselle), le 9 mai :

Le temps, pendant le mois d'avril, a été déplorable pour la culture : du froid et de la pluie tous les jours; les blés les plus avancés ont jauni et ont été attaqués lég èrement par la rouille; ceux qui étaient en retard ont fait peu de progrès; les

colzas étaient effilés et fleurissaient lentement et d'une manière irré.iïulière. Les cultures du printemps, que l'on commence d'ordinaire en mars, ont été fort retardées, et, las d'attendre, les cultivateurs les ont laites en avril dans de très-mauvaises conditions. Le labourage retournait la terre en planches sans la diviser, et les avoines, qui demandent une terre bien ameublie par la herse, ont été semées sur un sol qui se durcira à la première sécheresse et compromettra les récoltes. Il est donc à craindre que les blés, les colzas, et surtout les avoines, ne donnent pas d'abondants produits; les choses étaient dans cet état à la fin d'avril, mais, depuis le 1" mai, le temps s'est mis au beau, et déjà les plantes reprennent de la vigueur; fi l'on considère aujourd'hui la surface des champs, on est assez satisfait de l'ensemble. — Les pommes de terre ont été plantées dans la boue et se trouvent dans d'assez mauvaises conditions; mais les piochages peuvent réparer le mal. Les orges seules, semées tardivement, peuvent donner beaucoup d'espoir. — Les prairies naturelles, aussi bien que les prairies arlificielles, ont grandement profité des pluies d'avril; il y aura, quoi qu'il advienne, une abondante récolte de fourrages. — La vigne n'a point souffert; elle se développe dans des conditions normales.

M. Gy (de Kermavic) écrit de Palud de Carnac (Morbihan), le 1 4 mai :

Depuis ma dernière lettre nous avons eu un temps très-sec; vendredi soir un orage est venu avec de la pluie, et depuis ce jour il pleut toutes les nuits et quelquefois dans la journée; tout profite, nos foins sont magnifiques et vont bientôt être bons à couper; toutes les autres récoltes ont une jolie apparence. On prépare les terres pour ensemencer les mils, on plante les haricots, on butte les pommes de terre. Je finis ces jours-ci de couper mes trèfles incarnats, c'est un fourrage trop peu apprécié, c'est le meilleur de tous, il est plus avantageux que la luzerne; mes chevaux, qui ne sont nourris qu'avec ce trèlle, sont aussi vigoureux que s'ils mangeaient de l'avoine, mes bêtes à cornes engraissent aussi et donnent beaucoup de lait, mes cochons en sont très-avides; je regrette beaucoup que chez moi je ne puisse en semer au printemps pour couper en été. Cette plante a un autre avantage, c'est qu'elle étoufl'e les mauvaises herbes et après sa récolte on peut semer les rails, les sarrasins ou blés noirs, planter des betteraves, des pois, des haricots et semer des fourrages pour couper en vert.

M. Boudy écrit de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), le 10 mai :

De même que les mois d'hiver qui l'avaient précédé, avril s'est montré très-humide par les nombreux jours pluvieux qui l'ont caractérisé, sans donner lieu cependant à une grande quantité d'eau tombée. Bien qu'aucune gelée n'ait été à signaler, et que la température moyenne soit assez élevée, cette grande humidité a ralenti la marche de la végétation qui, à la fin du mois, était relativement peu avancée. Aussi les arbres fruitiers ont-ils pu fleurir et nouer leurs fruits dans d'assez bonnes conditions pour promettre quantité de pèches, de cerises, de poires et de pommes que favorise maintenant un retour au beau temps et à la chaleur. — Les céréales de printemps et les différents fourrages qui ont pu être semés dans de bonnes conditions pendant les quelques trop rares beaux jours de mirs et d'avril sont.en ce moment d'un aspect satisfaisant. — Les froments continuent à être beaux dans les champs qui n'ont pas eu trop à souffrir de l'humidité. — A en juger par leur état actuel, les fourrages de prairies naturelles et de prairies artificielles pourront donner une première coupe abondante, si les circonstances météorologiques du mois de mai ne leur sont pas défavorables.

M. Diiguet écrit de la Cliâtre (Indre), le 2 mai :

La température du mois d'avril a été aussi des plus variées : de 0' à 24°. Les pluies, plus de la moitié du mois, et les quelques jours de très-grands vents ont bien un peu dérangé la végétation trop tendre; malgré cela et les petites gelées blanches, les récoltes sont un peu plus belles. Les agriculteurs et horticulteurs se plaignent avec raison d'une grande quantité de très-petites limaces qui dévorent complètement tous les semis. — L'état de santé des bestiaux est satisfaisant. — J'ai planté et fait planter des pommes de terre de Norvège dans cinq terrains difl'érents.

M. Chariot écrit de Nazelles (Indre-et-Loire), le 14 mai : Nos blés poussent à merveille, car il pleut tous les jours. Nous avons beaucoup de seigles qui sont fleuris. Nos betteraves sont en fleur et poussent énormément.

Nos arbres fruitiers promettent une bonne récolte. — Les vesces et les jarosses poussent à merveille. — On commence à tondre les moutons. On se propose dans nos pays de créer des entrepôts pour les grains.

M. Rebaudingo écrit de Châtillon-sur-Loire (Loiret), le 2 mai :

L'année agricole en train de s'écouler continue d'accuser, en température et en pluie, plus que la moyenne. Par ces deux caractéristiques générales, on a le moyen de juger de sa valeur définitive. On l'a déjà dit : les quautités ne feront pas défaut, mais bien les qualités.

M. Boutrais écrit de Vendôme (Loir-et-Cher), le 6 mai :

Les pluies de la fin du mois ont été très-favorables aux avoines. Les blés sont plus verts et bien plantés; les seigles sont épiés presque partout; les prairies bien parties; toutes les récoltes ont un aspect très-satisfaisant. La vigne a un peu souffert du ravage des limaces et des colimaçons; elle est, en général, bien préparée.

M. Jullien écrit de Bourges (Cher), le 7 mai :

Généralement, les céréales vont bien. Les menus grains promettent bien aussi. Depuis quelques jours, les labours s'opèrent avec facilité; les pluies incessantes de la fin d'avril les avaient rendus impossibles. — Les prairies vont très-bien ; le soleil chaud que nous éprouvons dans ce moment vient corroborer le bienfait des grandes pluies. — La vigne, s'il ne lui arrive rien d'extraordinaire, est dans un état prospère. — En général, le biome de Schrader va bien. C'est la culture maraîchère qui a le plus souffert des mauvais temps; par trois fois les semis n'ont pas voulu lever; les légumes se vendent très-cher, le pays n'en fournit pas encore de nouveaux. Voici une série de beaux jours qui me donnent beaucoup d'espoir pour mon éducation de vers à soie, et qui nous permet de mettre à l'incubation ; la feuille ne peut nous manquer.

M. Mauduyt écrit de Poitiers (Vienne), le 6 mai :

Depuis le 3 mai, nous sommes au beau temps; la chaleur qui se fait sentir fait grand bien aux blés et aux vignes. Les blés jaunissaient; la grande humidité et le froid les faisaient souffrir; le soleil les reverdit. — Quant aux vignes, elles ont un ennemi : ce sont les limsçons qui dévorent tout; il faut espérer que la chaleur va faire cesser cette calamité. — Nos vins de 1866 se vendent mal, surtout les rouges; quant aux blancs, ils s'enlèvent encore assez facilement. Nous craignons de l'eau ; le vent est presque toujours à l'ouest; nous pourrions bien avoir des orages.

M. le docteur Menudier écrit du Plaud-Chermignac (Charente-Inférieure), le 7 mai :

Avril n'a pas mieux valu, pour la culture, que les mois précédents, car nous avons eu presque continuellement de la pluie, du froid humide et de la grêle; à peine avons-nous pu faire d'assez mauvais labours souvent interrompus. — Les prairies naturelles sont très-belles; les froments ne laissent rien à désirer dans les terres argilo-siliceuses, mais, en terres calcaires, ils sont généralement moins apparents. — Les pruniers et cerisiers, qui présentaient les plus magnifiques espérances, seront loin de les réaliser, la plupart des fruits n'ayant pas résisté à une température des plus contraires à leur succès. — Les plantes potagères, semées trois et quatre fois, ont été détruites par les loches. Les dégâts causés dans les vignes par les escargots, les loches, les limaces et les chenilles s'élèvent, dans les terres calcaires, à la hauteur d'un désastre, qu'il nous semble maintenant impossible de réparer, car l'eau et le froid ont, en outre, allangui la végétation des ceps, qui ne demandaient que du soleil; les bourgeons à fruit ne sont pas, à beaucoup près, aussi nombreux qu'en 1865 et 1866, et les circonstances les plus favorables viendraient-elles à se produire jusqu'à la récolte, que celle-ci devra être inférieure, en quantité, aux deux qui l'ont précédée.

M. de Brives écrit du Puy (Haute-Loire), le 8 mai :

Le temps pluvieux du mois d'avril avait contrarié les derniers travaux des champs

et laissé en retard toutes les récoltes; mais les chaleurs de la fin du mois, et celles

surtout des premiers jours de mai, succédant à la pluie, ont donné une impulsion

extraordinaire à la végétation et, en ce moment, toutes les récoltes sont en avance

de plus de quinze jours et présentent les plus belles apparences. Les prairies naturelles et artificielles sont surtout magnifiques. — Tous les arbres à fruit, moins les pêchers, ont eu une belle floraison et donnent de belles espérances. En somme, tout est pour le mieux en ce moment.

M. Nebout écrit de Ferrières (Allier), le 9 mai :

Mars a cédé à avril son temps pluvieux, froid et brumeux ; cependant, avec cette saison toute extraordinaire, les récoltes n'en ont presque pas souffert ; car, dans ce moment-ci, on ne peut pas les désirer plus belles. Nous avons eu, le 3 et le 4 mai, deux petites gelées blanches qui n'ont causé aucun dégât, et depuis, elles nous ont amené le beau temps. — L'humidité a nui aux travaux de la saison en retardant les semailles de printemps, et a contribué largement à la multiplication de myriades d'insectes nuisibles qui, dans certaines contrées, détruisent entièrement les jeunes prairies artificielles. — ■ Nos prairies naturelles et artificielles sont pleines d'herbe. Nous avons beaucoup de fourrages. — Nos bestiaux ne se vendent plus aussi cher, à cause des nombreuses foires de printemps. L'état sanitaire est satisfaisant. — Nous aurons en abondance des noix, des poires, des cerises, si les temps humides ne durent pas trop ; quant aux pommes, elles seront plus rares, les pommiers ayant peu fleuri.

M. Garin écrit de Nantua (Ain), le 4 mai :

Gomme le mois de mars, le mois d'avril a été excessivement humide, avec cette différence que le même nombre de jours de pluie a fourni une quantité d'eau de plus du double; car j'ai recueilli dans mon pluviomètre pendant les 12 jours de pluie du mois d'avril 254 millimètres d'eau. Les pluies du 4, des 21, 26, 27 et 28 surtout ont été très-abondantes. Les blés souffrent un peu de cette excessive humidité, ainsi que plusieurs arbres à fruit dont la fleur a mal passé. 11 y a eu par suite de cette température anormale une légère hausse sur les blés dans nos derniers marchés. Cependant le vent du nord qui souffle depuis aujourd'hui, et la marche légèrement ascendante du baromètre, nous donnent l'espoir de voir enfin le beau temps s'établir d'une manière durable.

* M. Pierre Valin écrit de l'Arbresle (Rhône), le 7 mai

Après un mois d'avril détestable,' froid et humide, le mois de mai s'annonce comme devant être doux et serein. Nous avons eu une suite de très-belles journées depuis le dernier jour de la lune rousse, un soleil éclatant du matin au soir. Toute la végétation est revivifiée par cette température bienfaisante. Les vignes, dont la végétation laissait à désirer, poussent avec vigueur ; les blés montent en tige ; les seigles sont épiés; les avoines deviennent drues. On peut, aujourd'hui, bien augurer des céréales. On en désespérait presque il y a une huitaine. — Les fourrages sont magnifiques. — Les cerisiers, les poiriers, les noyers, parmi les arbres des vergers, promettent d'être plus productifs. La récolte des colzas sera abondante. On espère bien des pommes de terre. Puissent ces heureuses prévisions ne pas être déçues par le retour du mauvais temps 1 Tous les travaux agricoles, exceptionnellement en retard, peuvent être, maintenant qu'il fait beau, poussés avec activité. Cependant, l'appel de plusieurs classes de la réserve a enlevé à beauco.up de familles des auxiliaires bien précieux.

M. d'Ounous écrit du Vigné-Saverdun (Ariége), le 6 mai : Les beaux jours de la fin du mois d'avril ont permis de donner une grande activité aux travaux de saison. Si dans quelques localités la nature du sol et son humidité ont retardé les semis des maïs et des haricots, il en est d'autres, au contraire, ou ils se sont parfaitement faits. Les pommes de terre ont reçu, après un fort hersage, une première façon; les maïs, les haricots ont une bonne apparence. J'ai eu l'occasion de dire qu'après le fauchage des jarosses, des vesces et avoines et des seigles, on peut encore semer des maïs de grain et de fourrage, des haricots. — Si le mois de mai continue à donner les mêmes espérances que le mois d'avril, il est à croire que les céréales donneront de bons produits. Les avoines, les seigles, les blés ont une remarquable végétation; les seigles fleurissent et les blés vont montrer leurs épis; ils sont, en général, propres et nets. — On est aussi à la veille d'opérer un premier soufrage, le raisin paraissant nombreux. — Plusieurs propriétaires et l'Orphelinat vout faire encore des éducations de vers à soie qui, généralement, réussis-

sent bien. — On fauche lesjarosses, qui sont belles, et les grandes luzernes, garnies d'herbes qu'il ne faut pas laisser trop mûrir. Les spartes manqueront dans les terres argilo-calcaires ; mais les trèiles sont d'une beauté remarquable, ainsi que les prés hauts et bas : les pluies, assez fréquentes en avril, leur ont donné une grande vigueur. On n'a pas négligé de les fumer et de les terrer. — Les vignes ont reçu généralement la première façon, après un premier sarclage et un pincement ; on devra, avant la floraison, opérer un soufrage qui sera, je crois, encore nécessaire. J'ai déjà aperçu des traces d'oïdium sur des souches en treilles et sur des vignes de mon école. — On a opéré de nombreuses et considérables plantations d'arbres fruitiers; dans quelques années, les vallées de l'Ariége pourront verser sur les marchés de nos villes des fruits beaux et abondants. Malheureusement, en 1867, des gelées tardives ont enlevé les fruits des cerisiers et poiriers; il est resté suffisamment de pèches, et les pommiers, après une très-belle floraison, ont conservé beaucoup de fruits. Il n'y a pas encore apparence de chenilles. — Le prix des bestiaux reste toujours fort élevé. Les bœufs de choix valent de 1,000 à 1,200 fr.; les jeunes agneaux de iO à 25 fr. Il y a baisse sur les porcelets. -— Le cours des céréales se soutient de 25 à 28 fr. les 80 kilog. nets; les avoines 9 fr. 50 et 10 fr. ;' le maïs 12 et 13 fr.; les haricots de 18 à 20 ir. ; l'hectolitre de pommçs de terre de semence de 3 à 3 fr. 50.

M. Giâillier écrit de Nîmes (Gard), le 2 mai :

Nous aurons beaucoup d'abricots cette année ; il n'y a plus à en douter; ce sera la deuxième fois seulement que j'aurai vu réussir ces fruits à Nîmes depuis 1862. Les pêchers sont aussi bien chargés de fruits, mais ils ont beaucoup à souffrir de la cloque, que les cultivateurs du pays appellent la malandre. Il y aura également beaucoup de cerises; on en voit déjà une variété précoce sur le marché, où elles se payent 1 fr. le kilog. Il est bien vrai que certains propriétaires feront une belle récolte d'amandes; je m'en suis assuré de visu. Mais ce qui paraît bien extraordinaire, parce qu'on n'y est pas habitué, c'est que les pommiers sont couverts de fruits; cela tient à ce que les insectes destructeurs, et notamment la cétoine hérissée, ne se sont montrés qu'en petit nombre, ainsi que je vous l'ai écrit dernièrement. Les poiriers sont aussi bien chargés; mais, malheureusement, ces arbres sont toujours atteints de chancres et de cane qui les font bientôt périr dans ce pays-ci. Tous les moyens curatifs ou préventifs tant prônés par les arboriculteurs sont absolument inefficaces contre ce mal, dont la cause, quoi qu'on en puisse dire, est absolument inconnue. Toutes les fleurs printanières, ou à peu près toutes, sont actuellement épanouies; les rosiers remontants et autres étalent leurs brillantes fleurs; mais on en jouit peu sous notre climat, à cause des myriades d'insectes qui se ruent sur ces pauvres fleurs et qui les dévorent en quelques instants. La vigne et les oliviers se comportent bien.

M. Boucoiran écrit de Nîmes (Gard), le 9^ mai ;

Depuis le commencement du mois, la température est devenue très-chaude. Sous l'influence d'un soleil ardent, la végétation a pris de l'essor, et toutes les récoltes se présentent en ce moment sous un aspect favorable. — La vigne, qui fournit les produits tes plus importants à l'agriculture méridionale, a poussé vigoureusement; mais l'on remarque sur les ceps moins de fruits que l'année dernière. Jusqu'à présent, l'oïdium ne se montre pas; cependant, par prudence et comme moyen préventif de la maladie, on continue à employer le soufre. — Les blés sont généralement beaux. — Les fourrages printaniers se préparent par un temps trèsfavorable; les sainfoins, en particulier, ont donné un excellent approvisionnement. — Dans toutes les Gévennes, on ne s'occupe en ce moment que de l'éducation des vers à soie. Dans les localités les plus chaudes, les éducateurs ont leurs chambrées arrivées sans encombre et sans trop de plaintes à la troisième mue ; sur les hauteurs, les vers sont moins avancés. Les apparences sont en général meilleures que les années précédentes, ce qui indiquerait une diminution sensible de l'intensité de la maladie qui, depuis quinze ans, plonge dans la misère les populations industrieuses des Gévennes. Toutefois, il ne convient pas d'émettre un jugement définitif sur les produits des cocons, la maladie se déclarant surtout après la quatrième mue. — Les arbres fruitiers, qui forment pour certains propiiétaires une somme de produits qui n'est pas sans importance, sont bien portants. Il y aura peu d'ar

mandes et de poires, médiocrement d'abricots, mais beaucoup de cerises et de pêches. — La terre est un peu sècbe, et les cultivateurs soupirent après une pluie qui leur rendrait plus faciles les travaux qui restent encore à exécuter.

M. Laupies écrit de Rousson (Gard), le 9 mai :

Ordinairement mars est venteux et avril pluvieux ; le contraire arrive cette année, aussi la croûte de la terre durcit et la charrue la pénètre péniblement, les labours sont en retard. Les blés s'annoncent bien; les prairies qui ne craignent pas la sécheresse ont une belle apparence, les autres laissent à désirer; certains vignobles sont très-maltraités par les insectes. — Il existe, dans l'arrondissement d'Alais, un écart très-considérable dans l'âge des vers; la majorité a franchi la troisième mue, d'autres sont plus jeunes, une partie importante s'alite à la quatrième mue ou bien en sort. Les plaintes commencent à se produire sur les graines indigènes, on se plaint fortement des semences à cocon jaune.

M. Petit-Lafûtte écrit de Bordeaux (Gironde), le 4 mai : Le mois d'avril n'aurait pas été désavantageux pour la végétation, si déjà les mois antérieurs l'avaient favorisée d'une manière plus directe. La douceur et l'humidité de l'hiver avaient grandement poussé les blés et, dans plusieurs localités, il a fallu arrêter ce luxe de végétation. D'innombrables mollusques, limaces et limaçons, se sont jetés sur les feuilles du printemps et leurs dégâts sont considérables. — La vigne en particulier, surtout dans les sois calcaires, en a cruellement souffert. C'est par hectolitres que certains propriétaires les font ramasser chaque jour, et l'autorité, dans plusieurs communes et par des molifs de salubrité, a dû en prescrire l'enfouissement immédiat. Le 19, la grêle a frappé plusieurs parties du département. Le 28, une tempête furieuse a cassé ou déraciné grand nombre d'arbres. Plusieurs routes ont été momentanément encombrées par leurs débris.

M. de Lentilhac écrit de Lavallade (Dordogne), le 4 mai :

Les pluies incessantes, avec une température relativement élevée, ont favorisé outre mesure, cette année, le développement des limaces. Tous les semis de printemps, sacs exception, sont radicalement dévorés ; trèfle, luzerne, sainfoin, betteraves, carottes, tabac, tout est à refaire; on essaye de ressemer, mais arriverat-on?.... c'est probable.

L'ensemble de la végétation se ressent de l'excès d'humidité qui l'énervé ; tout demande la chaleur.

M. du Peyrat écrit de Beyrie (Landes), le 2 mai :

Le mois d'avril a été pluvieux, il est tombé en 13 jours 70 mill. 1/2 d'épaisseur d'eau; la plus haute température, le 10, s'est élevée à 28°. 6 à 3 heures après midi, et la plus basse a été de b°.6 le 1", — moyenne du mois 14''.02. — L'élévation brusque de la température les 18 et 19, a produit une petite épidémie de fausse rougeole qui nous a inquiété pendant quelques jours, puis des pluies abondantes sont survenues jusqu'à la fin du mois. — Heureusement que nous avions fumé, labouré et hersé tous nos champs pour les cultures du printemps; les betteraves ont été semées avant les grandes pluies du 10 au 15 au semoir mécanique et dans de bonnes conditions, elles commencent à lever; tout est prêt pour ensemencer les mais, nous ferons celte importante opération pour ce pays, selon le temps, vers le 10 mai. — Les blés et les vesces d'automne ont la plus belle apparence ; la sortie des raisins ne paraît pas aussi abondante que les années précédentes, mais il y aura toujours assez de vin, vu la difficulté que nous éprouvons à le vendre, et le prix ancien de 50 fr. l'hectolitre est tombé à 15 Ir. pour le rouge et à 10 fr. pour le blanc piquepoul. — Le bétail est en assez bon état, nous venons d'achever de consommer les betteraves. Pendant quelque temps le bétail va être nourri au foin sec. Il attend le vert avec impatience, il le regarde avec convoitise en passant. Tous les ouvrages de la saison sont à jour, et cependant nous ne pouvons pas nous écrier : 0 Fortunulos nimium sua si hona norint agrkolas.

Hélas 1 le temps des bucoliques est passé, l'homme des champs vit avec bien de la peine.

M. Amadieu écrit de Martel (Lot), le 1 1 mai :

Malgré le temps favorable qui règne depuis quelques jours, le blé est à hausse

sensible. Les craintes sérieuses sur les résultats de la récolte, produites par les pluies continuelles de l'hiver et du printemps, ne sont pas dissipées. La vigne a une apparence superbe, mais elle a souffert considérablement dans quelques localités des ravages des insectes. Le petit nombre des éducations qui se font dans nos environs marchent parfaitement. Les vers, pour la plupart, vont franchir la troisième mue.

M. d'Imbert écrit de Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne), le 12 mai :

Le mois d'avril a été froid et mauvais dans son ensemble et s'est signalé par des rafales de vent et de pluies torrentielles qui ont duré des journées entières et nui considérablement aux arbres fruitiers. Les pêchers notamment, dont les feuilles sont toutes cloquées, sont dans un état misérable. Toutefois nous n'avons pas eu de ces gelées blanches, si communes dans la lune rousse, qui aient pu inspirer des craintes aux vignerons. — Mais en ce moment, à dater des derniers jours d'avril, nous sommes sous une température tout à fait anormale pour la saison. Un vent de sud-est, sec et brûlant (le sirocco de nos contrées) souffle constamment en tempête, dessèche les terres à une grande profondeur et active la végétation avec une telle violence qu'où verrait presque les plantes pousser à vue d'oeil. La vigne, surexcitée outre mesure, est d'un aspect magnifique; les mannes sont assez nombreuses, sauf sur le cépage le plus apprécié de nos contrées, le pkd-rouge, qui paraît peu chargé cette année. D'un autre côté, les personnes qui observent attentivement les phénomènes de la végétation, ont remarqué que le conire-bourgeoa a poussé généralement en même temps que le bourgeon et que même il porte une ou deux mannes, ce qu'on peut considérer comme une heureuse exception. — Que doit-on attendre d'une précocité et d'une vigueur de végétation si extraordinaires : nul ne saurait le prévoir. Mais ne peut-on pas craindre que, par l'effet de cette vigueur même et sous une température brûlante, la vigne ne soit trop pressée dans sa floraison et ne perde beaucoup par la coulure. — Les vignerons attentifs qui n'attendent pas que l'oïdium ait envahi complètement leurs vignes pour lui opposer des soufrages, dans ce cas trop impuissant, doivent se tenir pour avertis que le moment est venu d'exercer une active surveillance. J'ai reconnu, il y a trois jours, la présence de l'oïdium dans un carré de negret, cépage fin, excellent, mais prédisposé aux atteintes du cryptogame. Il est donc temps de se mettre en mesure de soufrer si on ne veut être pris au dépourvu. — Les blés souffrent beaucoup, on ce saurait se le dissimuler, d'un vent qui dessèche si profondément les terres. L'épi sort rapidement de sa gaîne et la ttoraisun est imminente, mais dans les terrains légers, sablonneux ou calcaires, les blés sont tellement flétris ou desséchés que la récolte est sérieusement compromise. Les chanvres avaient été semés dans de bonnes conditions ; mais les terres ayant été fortement tassées par de fortes pluies, puis durcies et desséchées, la levée des plantes est trop irrégulière et peu satisfaisante. — Les plants de tabac, dévorés par les insectes, sont généralement en retard et manquent même sur plusieurs points. — Au moment ou j'écris, il semble que le temps veuille se déranger : une bonne pluie serait considérée comme une bénédiction.

M. Leyrisson écrit de Tridon Lot-et-Garonne), le 13 mai :

Nous nous attendions à faire nos semailles de printemps dans de très-mauvaises conditions, mais le temps nous a favorablement trompés et tout est allé le mieux du monde. — Les cheuiUes fileuses pointiliées, qui, l'année dernière, n'avaient paru que par exception sur nos pruniers, ont fait une invasion presque générale cette année-ci. — Les blés montrent leurs épis depuis trois ou quatre jours. — Les vignes sont magnifiques. — Le brome de Schrader, dont je signalais dans ma dernière note la lenteur de végétation, a repris merveilleusement depuis cette époque : j'ai des tiges, porte-graines, qui mesurent jusqu'à 1 mètre 40 centimètres.

M. de Moly écrit de Toulouse (Haute-Garonne), le 1"' mai :

Le mouvement de hausse sur les blés et les maïs paraît s'accentuer et est dû surtout aux nouvelles qui arrivent de Marseille, où le stock diminue et où les demandes augmentent, sans qu'on puisse prévoir de forts arrivages des pays de production où on a puisé jusqu'ici. La récolle donne toujours des espérances, mais, pour assurer des conjectures un peu certaines, il faut attendre au moins que l'épiage et la floraison soient passés. Le temps étant dérangé et assez froid, quoique.

sans gelée jusqu'ici, la végétation achève de perdre l'avance qu'elle avait il y a deux mois.

M. de Moly écrit encore à la date du 1 1 mai :

Voilà quinze jours de beau temps qui, accompagnés d'une température assez élevée, a fait faire de grands progrès à la végétation. Les Liés ont commencé à épier et s'il n'y a point de ralentissement par suite de pluie bientôt nécessaire, une grande partie aura accompli sa floraison avant la fia du mois. La vigne aussi pousse à vue d'œil. Les semailles de printemps et surtout les maïs sont finis, on commence naême à sarcler les plus avancés. Il y a cependant une ombre à ce tableau. Depuis bientôt huit jours souffle un vent du sud et très-fort, qui nuit beaucoup aux fourrages, moins aux blés, mais surtout aux fèves ; récolte assez importante dans la contrée dont le vent fait tomber la fleur et empêche la fécondation.

M. Esquirol écrit de Labége (Haute-Garonne), le 5 mai :

Rien de nouveau ni de bien saillant à vous dire : les semailles des mais sont à peu près terminées; elles le seraient sans les pluies des derniers jours d'avril; il ne faut pas nous plaindre de ce petit retard, cette bonne rosée a fait du bien à tout. — Les semences de la grande luzerne, qui ont été faites de bonne heure, se réjouissent de cette pluie ; celles à faire, un peu tardives si vous voulez, s'en trouveront bien et naîtront à plaisir. — Les récoltes ont bonne apparence; les épis sont prêts à sortir, mais que de chances à courir avant de l'avoir en grenier ! — La vigne se montre bien; on voit beaucoup de raisins; un peu de chaleur lui serait bien nécessaire. — Les prairies naturelles poussent bien; les grandes luzernes sont généralement infectées de mauvaises et grossières herbes; aussi est-on forcé de les couper avant le temps, pour qu'elles ne durcissent pas trop et qu'elles puissent être utilisées avec profit. — Le prix des bœufs destinés à la boucherie et de tous les bestiaux, en général, est toujours très-élevé. — Nous avons grand besoin pour toutes nos récoltes d'une température élevée et sèche. Depuis quelques jours, le soleil luit radieux, mais les vents du sud soufflent avec une violence qui nous fait craindre la pluie.

M. Allier écrit de Berthaud (Hautes-Alpes), le 10 mai :

Le mois d'avril, ainsi que le constate le tableau météorologique, a été très-beau dans nos contrées; l'abaissement de la température au-dessous de zéro, dans la nuit du 2 au 3, a été sans influence funeste, grâce au vent violent qui agitait en même temps les' arbres et toutes les plantes. Nous n'avons, pour ainsi dire, pas eu de pluie dans tout le courant d'avril, mais le sol se trouve encore passablement imprégné de celles du mois précédent, et toutes les récoltes, céréales, fourrages et autres, présentent jusqu'à ce jour l'aspect le plus satisfaisant.

M. P. de Gasparin envoie, à la date du 5 mai, la note suivante sur l'état des récoltes et des cultures dans les arrondissements d'Orange et de Tarascon-sur-Rhône (Vaucluse) :

Le mois d'avril a été sec, et cette sécheresse a eu plus d'avantages que d'inconvénients. Elle a arrêté le développement herbacé des céréales et les a forcés à épier bas; mais, d'un autre côté, la pourriture et la verse des blés, beaucoup trop avancés pour la saison, ont subi un temps d'arrêt. En résumé, on a regagné en espérances ce qu'on a perdu pour la paille; la floraison commence pour quelques variétés, notamment pour les touzelles; c'est encore une époque critique, et nous ne pourrons apprécier sainement les probabilités de récolte qu'après cette épreuve. — La vigne ne se présente pas mal, mais il est à craindre que la maladie ne prenne un grand développement cette année dans le département de Vaucluse, car, l'année dernière, elle s'était largement étendue après la véraison. — Les vers à soie donnent beaucoup moins d'espérance que l'année dernière ; les reproductions japonaises, qui forment la masse des éducations, sortent difficilement de leurs mues et laissent beaucoup de traînards dans les litières. — Enfin, les fourrages sont petits et peu fournis.

M. le docteur Piffard écrit de Brignoles (Var), le 2 mai :

Du vent, encore du vent, et toujours du vent, fréquemment impétueux, telle a

été la météorologie du mois d'avril. Par suite, la campagne est abîmée et les prairies que l'on commence à faucher ne donnent, à cause de la sécheresse, qu'un médiocre rendement. Les gelées blanches du 13 et du 14 ont fait quelque mal aux vignes des bas-fonds. La température froide et extrêmement variable qui règne constamment nous menace de bien d'autres pertes. Les pousses des vignes sont vigoureuses ; en général, elles ne paraissent pas être surchargées de grappes. — Les vins sont à la hausse; les bonnes qualités sont recherchées. — Le baromètre a beaucoup varié entre 746 et 760 millimètres.

M. Gros le jeune écrit de Réglisse (Var), le 7 mai :

Quelques petites pluies, que nous avons eues vers la fin d'avril, ont suffi pour remettre nos terres de l'état de désolation où les avaient mises les vents tempétueux qui ont régné pendant la première quinzaine. De quelque point de l'horizon qu'ils arrivassent, ils étaient toujours d'une violence extrême. En l'état cependant, toutes nos récoltes se présentent bien jusqu'ici, soit céréales, prairies artificielles, vignes et arbres fruitiers chargés de fruits paraissant maintenant à l'abri de tout .événement, sauf quelque désordre qui pourrait arriver dans la température de notre atmosphère. — Les prix des froments sont toujours en faveur autour de 32 à 32 fr. 50 l'hectolitre.

M. Franc écrit de Ramatuelle (Var), le 12 mai :

Le mois d'avril nous a donné 25 jours de beau ciel, un seul jour, le 20, de petite pluie et 15 jours de vent du nord-ouest, le fléau de nos contrées; la température a varié de 11°. 5 à 15°. — Le manque de pluie en avril, la persistance du vent du nord-ouest ont gravement compromis la récolte des fourrages et celle des légumes. Les céréales qui montraient en mars une végétation luxuriante, semblent s'étioler et le rendement sera bien au-dessous de l'ordinaire. — Les vignes seules ont une belle apparence, les grappes sont nombreuses et si la floraison s'accomplit dans de bonnes conditions et qu'aucun orage ne vienne s'abattre dans nos contrées, la récolte sera au-dessus de la moyenne. L'oïdium se montre sur quelques ceps, mais il est enrayé par les soufrages qui se pratiquent en général. — La récolte des vers à soie, qui semblait promettre une bonne réussite en général, semble entrer dans une phase désastreuse depuis cinq à six jours que le vent d'esl règne. Néanmoins nous avons quelques petites éducations" qui seml)lent résister à ce changement de température et il est à remarquer que ce sont celles provenant d'une race du pays qui a résisté jusqu'ici à la pébrine. Aussi, les cocons de ces éducations sont recherchés par les graineurs qui les ont payés l'année dernière de 20 à 25 fr. le kilog. On parle pour la récolte de 1867 du prix fabuleux de 30 à 35 fr. — Il s'est fait un petit achat de vin à destination de Nice au prix de 19 à 20 fr. — Le prix des blés est stationnaire de 44 à 45 fr. les 8 doubles décalitres.

M. Darru écrit d'Alger, le 7 mai :

Dans nos plaines, les récoltes sont magnifiques ; celles du Sahel sont loin d'être aussi bien préparées. On a déjà, arraché ou coupé des lins; la floraison est en grande partie terminée, et on va commencer à couper quelques avoines. En général, si l'on ne tient pas compte du manque d'eau pendant l'hiver dernier, on sera à peu près satisfait.

En résumé, l'état présent de notre agriculture n'est pas mauvais, mais il faudra de bonnes conditions atmosphériques pour que la fauchaisôn et la moisson rémunèrent le cultivateur de ses pénibles travaux pendant l'hiver et au commencement du printemps. Dans le nord de la France et dans le midi, la situation est meilleure que dans l'est et dans le centre oîi les pluies, les insectes nuisibles et les herbes parasites ont causé des pertes sensibles. En somme, les travaux qui n'avaient pu être faits en mars, par suite des pluies continuelles, oai été exécutés en avril. Les pommes de terre, les betteraves, les lins, les colzas sont assez beaux. Les céréales ont également un bel aspect près [iie partout ; dans le Midi, les blés sont sur le point d'épier. Les Fourr icces artificiels, les luzernes, les trèfles, ont souffert dans plusieurs endroits de la trop

grande humidité; quant aux prairies naturelles, il y a lieu de compter dès à présent sur une bonne récolte. Les arbres à fruits, tels qu'abricotiers, pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, amandiers, sont ou ont été magnifiquement fleuris; aussi les fruits apparaissent déjà bien noués. Lavigne est généralement très -avancée, peu sujette à la maladie; les vignerons fondent de grandes espérances sur la récolle. Nos renseignements sur les éducations des vers à soie sont meilleurs que ceux du mois de mars. (Voir même numéro à l'article météorologie les notes sur l'état des récoltes qui n'ont pas trouvé place ci-contre). J.-A. Barral.

qu'il serait utile d'importer ou DE DOMESTIQUER DANS L'EUROPE MOYENNE. — VIII '. Passant à l'examen des végétaux utiles, nous verrons bientôt que leur

Fig. 35. — Cassis ou groseillier à fruit noir.

importance est au moins aussi grande pour l'agriculture que celle des animaux à l'existence desquels ils sont intimement liés, puisque dans l'éternelle circulation de la vie, c'est des plantes que se forment les animaux, et c'est des. débris des animaux que vivent les plantes,

1. Voir le 1. II de 18GG, pages 284, 359 et 499, le t. I de 1867, pages 32G et 427, et les numéros du 5 et du 20 avril dernier, pages 29 et 248.

EXAMKiS UKS ANIMAUX KT LES PLANTES, ETC.

Partout où elle réussit, c'est la vigne qui tient le premier rang dans les cultures, parce que c'est elle qui fait rapporter au sol son plus fort intérêt; elle est le départ de beaucoup de belles fortunes, et met en circulation d'immenses sommes d'argent; elle mérite donc bien qu'on s'occupe sérieusement d'elle. Lorsqu'on a vu la vigne dans son pays natal, l'Espagne, où toutes les années elle se couvre de fruits sans qu'on la fume jamais, et où de mémoire d'homme elle occupe toujours le même terrain de ses souches immenses, on a peine à croire que nos vignes appartiennent à la même espèce, tant elles paraissent chétives et misérables; aussi est-on forcé d'admettre que notre climat est trop rigoureux pour elle. Cela posé, il est aisé d'arriver à se convaincre que si on pouvait substituer à la vigne commune des espèces plus robustes qu'elle, ouïes greffer sur elle, on augmenterait beaucoup ses produits; eh bien, ces espèces existent, et les États-Unis en possèdent dix bien distinctes, dont la culture a produit déjà plus de dix fois autant de variétés; leur vigueur est telle, qu'un pied de l'une d'elles, appelée mustang, mesurant 60 centimètres de circonférence à sa base et s'élevant jusqu'à la cime d'un gros chêne, fournit, bon an mal an, à son

Fig. 36. — Groseillier à maquereau.

propriétaire 200 litres de vin. Il y a longtemps qu'on connaît en Europe l'une des plus belles espèces de ce groupeappelée vigne Isabelle ou raisin du Cap; on l'emploie, à cause de sa vigoureuse et rapide végétation, à couvrir des tonnelles et à garnir des murs; elle a les feuilles vert foncé dessus, blanches dessous, et très-grandes; les grappes sont fortes, les grains gros, bien espacés et du plus beau violet; ils sont très-su-

crés, mais la peau a un goût très-prononcé de cassis qui ne plaît pas à tout le monde, et qui est commun à la plupart ae ses congénères, ce qui ne signifie rien pour le vin, puisqu'il ne se communique pas à lui, quand on ne laisse pas fermenter le moût sur les rafles. Les meilleures espèces cultivées en Amérique sont appelées : clinton, covcord, liardford prolific, plymoulli, bartlett, sage, delaware, Isabelle, diana, rebecca, muscatowney, catawba, warren, pauline, lenoir, scuppernong etpalmetto. Le plus précoce de tous est le hardford proliûc. Les espèces à grains blancs ou ambrés sont : rebecca, muscatowney, plymouth, arrott et sugar grape. Les rouges : catowba, delaware, fairfax, bartlett et sage ; toutes les autres sont violettes.

Fig. 37. — Framboisier commun. Fig. 38. — Topinambour.

La plupart de ces vignes ayant une végétation exceptionnellement active, il est important de les tailler à longs bois ou de les laisser grimper sur des arbres sans les tailler, sinon elles s'emportent en bois et ne donnent pas de fruits. Si la culture sur arbres était adoptée pour ces espèces, il serait avantageux de la combiner avec celle des mûriers noirs destinés à fournir la feuille nécessaire à l'alimentation des vers à soie.

On peut se procurer à Paris, chez MM. Vilmorin, Andrieux et C% la plupart des vignes américaines sur lesquelles nous ne saurions trop

qu'il serait utile d'importer ou de domestiquer. 351

appeler l'attention des cultivateurs, afin qu'ils les essayent en petit pour n'avoir plus qu'à choisir plus taz'd celles qui conviendront le mieux au sol dont ils disposent.

Le cassis ou groseillier à fruit noir ! lîg. 35) devient depuis quelques années, en Bourgogne, l'objet d'une culture plus fructueuse que celle de la vigne, parce que son produit est complet dès la seconde année de plantation, qu'il est régulier, abondant et d'un écoulement facile. La culture de cet arbrisseau, qui vient partout, se borne à des sarclages, à une forte fumure et à l'enlèvement du bois mort; on ne taille jamais. Le cassis sert à fabriquer la liqueur douce et aromatique qui en porte

Fig. 39. — Igname de Chine.

le nom; on peut d'ailleurs en faire aussi des gelées plus belles et tout aussi bonnes que celles des groseilles à grappes. On doit préférer à l'espèce commune sa variété à gros fruits dite cassis de Naples. Il paraît qye les feuilles si fortement odorantes du cassis jouissent de propriétés fébrifuges prononcées, au moins leur infusion théiforme est-elle employée dans le Bordelais contre les fièvres des marais.

Le groseillier à maquereau (fig. 36) n'est pas assez cultivé. Ses variétés à gros fruits sont excellentes et produisent abondamment ; elles sont tellement recherchées en Angleterre qu'on a institué des concours destinés uniquement à l'exposition et à l'encouragement de la culture

de cet arbrisseau qui est de tous celui qui rapporte le plus. Il demande une bonne terre bien fumée et fraîche, et veut être replanté tous les trois ou quatre ans, sous peine de voir l'abondance et la grosseur des fruits diminuer; c'est à deux ans qu'il est dans toute sa force, donne des fruits gros comme des noix, et dont j'ai souvent cueilli 10 à 12 sur le même bout de branche. Les variétés les plus fructifères sont les rouges à fruits velus, mais les meilleures sont les jaunes et les vertes à fruits lisses.

Le framboisier commun (fig. 37), dont tout le monde aime* les fruits savoureux et parfumés, a été complètement chassé des jardins par ses variétés remontantes qui donnent leurs fruits au moins deux fois l'an, et plus encore, par le framboisier de l'Himalaya, robuste espèce à

Fig. 40. — ' Igname de D^caisnc à racines rondes.

fruits oranges énormes, et plus parfumes encore que ceux de l espèce commune. Cet arbrisseau est destiné à prendre une grande importance à cause de la consommation toujours croissante de son arôme par les fabricants de vins et de liqueurs. On obtient ce produit, appelé essence de framboise, en faisant infuser les fruits dans de l'alcool et filtrant; quelquefois on le distille, afin de l'avoir incolore. Comme le framboisier ne croît que dans les pays froids, il est peut-être l'unique source de parfums que les pays chauds ne puissent pas nous disputer; aussi faut-il le cultiver avec le plus grand soin, et développer le plus possible la culture de cet intéressant arbuste, qui est identique à celle du cassis.

Le topinambour (ûg. 38) devrait remplacer la pomme do terre dans les terres humides, où il rapporte beaucoup plus qu'elle, et ne pourrit jamais. Comme il ne gèle pas non plus, on arrache ses. tubercules à mesure des besoins, et on les donne crus et découpés en tranches au bétail. Quant aux fanes, qu'on coupe avant les premières gelées, on en fourrage les feuilles, et on garde les tiges pour chauffer les fours et les poêles, où elles produisent le même effet que les fagots de sapin.

Dans les terres sèches, par contre, un des végétaux qui rapportent le plus est l'igname de Chine (fig. 39), robuste plante grimpante, dont les tiges souterraines et charnues ont toutes les qualités des meilleures pommes de terre; en hiver, les tiges gèlent, mais les racines se conservent fort bien en terre, où elles pénètrent profondément, ce qui en rend l'arrachage très-difficile. La variété à racines rondes, dite de Decaisne (fig. 40), n'a pas cet inconvénient, qui rendait la culture de cette igname impossible dans les ferre:- pierreuses. Les fleurs abon-

Fig. 41. — Zizanie aquatique ou riz du Canada.

dantes de cette plante sont une ressource précieuse pour les abeilles, parce qu'elles s'épanouissent à la fin de l'été, précisément à l'époque où les fleurs des champs font défaut à ces industrieux insectes; elles répandent durant toute la nuit une délicieuse odeur de vanille.

La zizanie aquatique ou riz du Canada (fig. 41), pourrait changer la face de nos marais et transformer nos tristes tourbières en sources abondantes d'un grain excellent et d'un fourrage de première qualité. Cette plante annuelle ressemble au seigle, et veut avoir sa racine dans, l'humidité, sinon dans l'eau; coupée en vert, elle vaut la meilleure herbe; arrivée à maturité, elle donne un grain et une paille qui

valent ceux du seigle. Les essais qu'on en a faits depuis quelques années, dans les marais de Poméranie, ne laissent pas de doute sur l'importance que cette culture aurait pour tous les marais d'Europe.

[La suite prochainement.) Prof. Sacc.

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