UNE VISITE DANS LA CREUSE
Appelé dernièrement par des intérêts particuliers à Évaux, chef-lieu de canton du département de la Creuse, j'ai eu le bonheur d'être mis en relation avec un des grands propriétaires de ce pays. J'ai visité le domaine de M. Fourot, domaine qu'il exploite avec l'aide d'un régisseur actif et intelligent. Comme M. Fourot a fait de bonnes et belles choses dans cette contrée, dont on ne parle pas assez au point de vue agricole comme à beaucoup d'autres, du reste, je vous demande la permission, monsieur le directeur, de raconter à vos lecteurs les progrès récents accomplis dans la Creuse depuis quelques années, grâce à l'initiative d'hommes dévoués.
Ce pays est très-pittoresque. En quittant Montluçon, on entre dans une série de montagnes granitiques qui va de la Creuse au Puy. Ce sont des pentes abruptes, cultivées encore, il y a quelques années, et où ne croissent plus aujourd'hui que le genêt et l'ajonc avec une étonnante profusion. Sauf l'aspect des montagnes, c'est à se croire en pleine Bretagne. L'illusion était d'autant plus complète pour moi, qu'il y avait ce jour-là foire à Montluçon ; la route était couverte d'hommes aux grands chapeaux ronds en feutre, portant la veste ronde en drap foncé ; les femmes étaient vêtues de futaine, avec le tablier à pièce. Tout ce monde traînait à sa suite de chétifs moutons de la Sologne, à l'air misérable, des porcs démesurément hauts sur pattes et encore plus maigres, et pas mal de bœufs à la robe fauve et la plupart fort étiques.... C'était triste, bien triste! Dans les champs, il n'y avait que quelques seigles généralement beaux, mais emblavés seulement sur la moitié de leur surface, le reste étant absorbé par de petites rigoles d'écoulement où l'herbe avait su occuper une large place. C'était ainsi jusqu'à Evaux, qui est situé au sommet d'une côte très-raide, au pied de laquelle coule le Cher. La culture ordinaire est semblable à la précédente.
L'aspect général de la propriété de M. Fourot forme un contraste frappant avec les habitations voisines, et, bien que tout ne soit point fini, l'intérieur ne le cède en rien à l'extérieur. En entrant dans la vacherie, j'ai trouvé deux jeunes taureaux qui peuvent rivaliser avec les