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UNE VISITE DANS LA CREUSE

plus beaux durhams. Deux bêtes magnifiques, deux animaux splendides, à la poitrine large et profonde, à la descente admirable; eh bien ! monsieur, — qui voudrait le croire? — ces animaux, âgés seulement de 27 mois, pèsent 750 kilog., et ils appartiennent à la race charolaise. J'aurais donné beaucoup pour que MM. Jamet et de Charnacé se fussent trouvés là; ils eussent été convaincus que tout cultivateur intelligent peut faire d'aussi beaux et bons animaux de boucherie avec une race française pure que nos voisins d'outre-Manche avec leurs durhams. Vous croyez peut-être que, pour arriver à ces résultats, on prodigue une nourriture recherchée et dispendieuse? Détrompez-vous, car ces animaux n'ont d'autre nourriture que du foin et de la paille hachée fermentes avec des racines dépulpées; aussi, un demi-sang durhamcharolais, qui est au même régime, fait une triste figure à côté d'une dizaine d'élèves charolais pur sang. Si M. Fourot voulait exposer à Paris, il trouverait difficilement un rival redoutable. Je ne puis vous faire un plus bel éloge de ces magnifiques animaux que de vous annoncer que leur propriétaire les a vendus pour 10,000 francs l'an passé, et que tous sont nés à la maison. J'ai remarqué aussi un lot de moutons de la Charmoise, âgés d'un an, et qui ne le cèdent en rien à quelques beaux échantillons de southdowns purs qui sont à côté. Décidément, l'Angleterre est vaincue, et par des races françaises; cela peut paraître paradoxal à quelques esprits, mais j'invite tous les anglomanes à s'en assurer par eux-mêmes, et je suis persuadé que M. Fourot se fera un véritable plaisir de les convaincre.

Les cultures sont dignes des animaux, sans autre engrais que ceux produits par la ferme et un peu de chaux prise au dehors. M. Fourot, qui est aussi modeste qu'obligeant, avoue qu'il a été encouragé dans ses essais par l'exemple de M. de Montaignac, lauréat de la prime d'honneur dans l'AUier.

Pour me résumer, monsieur le Directeur, je tiens bien à faire constater au lecteur que, sur le sol pauvre de la Creuse, on est arrivé à des résultats aussi beaux que dans les pays les meilleurs et les plus fertiles de notre patrie, et que les races françaises, nourries dans ces contrées, donnent autant de poids et autant de produits que la race anglaise si appréciée. J'ai voulu, en un mot, montrer un homme qui a su doubler son revenu par l'agriculture seule, et semer le bien-être et la fortune autour de lui. Charles Lefèvre,

Agriculteur à la Maison-Neuve (Seine-et-Marne) .

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