Tome II de 1867. — 5 jun
d'un lieu à un autre et surtout sur leur agglomération. On avait espéré que ces règlements se relâcheraient en faveur des grands concours agricoles de la Société royale, de ceux de Bath et d'une autre nouvelle association dite des Comtés du Sud, qui avait organisé une grande exposition agricole à Brighlon ; mais le gouvernement a fait savoir à ces sociétés que les règlements seraient maintenus encore cette année dans toute leur rigueur. Ainsi l'espèce bovine sera encore exclue des concours de 1867 comme de ceux de l'année dernière. On sait qu'en 1866 le concours de la Société royale devait avoir lieu à Bury Saint- Edmunds, l'une des villes les plus importantes du comté de Suffolk. Les ravages de la peste bovine étaient alors à leur plus srande intensité et le découragement des malheureux agriculteurs était si profond qu'on n'eut pas même le courage de tenir un concours partiel tel qu'il sera cette année et tel que la Société de Balh et plusieurs autres associations agricoles persistèrent à le tenir dans leurs localités respectives. Cette fois-ci, la bonne ville de Bury Saint-Edmunds qui, l'année dernière, fut si rudement désappointée, va enûn satisfaire son ambition d'être le siège d'un des grands concours de la Société royale, et tout semble faire présager une brillante réunion d'agriculteurs, malgré l'absence des races bovines. Le Suffolk est le pays des beaux et bons chevaux, et le conseil de la Société royale d'agriculture vient de décider que les récompenses offertes pour les différentes catégories de l'espèce chevaline seraient augmentées d'une somme de 7,500 fr. Nul doute que l'exposition des chevaux, celle des porcs et surtout celle des races ovines qui comptent tant de célèbres éleveurs dans le Suffolk, dans les comtés d'Essex, de Cambridge et de Norfolk, qui lui sont limitrophes, et dans celui de Lincoln qui n'en est pas éloigné, ne seront fort brillantes. On parle aussi d'une belle exposition de chiens et d'une autre de volailles. Si on ajoute à tout cela l'exposition toujours si belle et si complète des machines agricoles et les concours d'instruments et de machines qui vont être organisés, il y aura pour les agriculteurs un spectacle assez intéressant pour les y attirer en foule, de tous les pays de l'Europe, malgré l'absence des durhams, des devons et des herefords.
C'est à Salisbury que la Société de Bath tiendra son concours cette année. Là paraîtront dans toute leur force et leur perfection les magnifique^ races ovines des dunes de l'Ouest comprenantleswiltshiredowns, les hampshiredowns , les oxfordshiredowns , et la race primitive connue sous le nom dewestcountrydowns, appartenant toutes au même type que les southdowns, c'est-à-dire à cette grande famille des moutons des dunes crayeuses qui s'étendent de Douvres à Bath, famille dont les points caractéristiques sont la laine courte, la face et les pattes variant du brun noir au gris foncé. Une autre belle exposition, ce sera celle qui s'organise à Brighton, cette magniflque ville assise sur la plage de la Manche et à laquelle on adonné le nom de Londres-sur-Mer, tant les habitants de la métropole aiment à s'y délasser de leurs fatigues. C'est là que la nouvelle société agricole qui vient de se former sous le nom d'Association agricole des comtés du Sud va inaugurer son existence par un concours qui promet d'être fort remarquable, mais qui l'eût été bien davantage si ce n'était cette absence des races bovines pour lesquelles
on avait tracé la place de nombreuses travées qu'il a bien fallu retrancher.
Voici les ventes de troupeaux durhams qui reprennent leur vigueur d'autrefois et l'éblouissant éclat des prix élevés qui rappellent ceux des grandes ventes des CoUings, des Ducie, des Booth, des Towneley et des Bolden. Le fait est qu'on s'est aperçu que la peste bovine, qui, comme on l'a vu plus haut, a fait tant de victimes par toute l'Angleterre, a respecté les grands troupeaux de durhams, qui ont à peine fourni une victime à ces immenses hécatombes que le fléau a dévorées. C est un phénomène remarquable dont il est bon de prendre note, et que je cite sans chercher à l'expliquer.
Quelques jours avant l'invasion de la peste bovine, alors qu'elle n'avait point encore sévi en Angleterre et qu'on ne soupçonnait pas même qu'elle dût jamais traverser le détroit, le 7 juin 1865, c'est à-dire exactement 17 jours avant la première manifestation de la peste, un nombreux public, composé des principaux agriculteurs de l'Angleterre , était assemblé dans la salle de Willis, l'une des plus grandes places de réunion de Londres. Il s'agissait tout simplement d'une vente de durhams qui, en ce moment -là même, paissaient tranquillement dans un(^ prairie avoisinant la ville de Lancastre, c'est-à-dire à près de 400 kilomètres de la salle où le commissaire-priseur, M. Strafford, les vendait à centaines de guinées. Quel contraste entre cette vente faite dans une immense salle de concert, à lambris dorés, au milieu d'une Babylone dont les bruits étourdissants pénétraient dans l'enceinte et y couvraient la voix du vendeur, et celles auxquelles nous étions accoutumés, c'est-à-dire en plein champ, autour d'un cercle formé avec des charrettes, où chacun se perche comme il peut, et au milieu duquel chaque animal présenté à la main se promène sous les regards des acheteurs. Avant cette vente de la salle de Willis, un magnifique déjeuner au Champagne avait été servi aux frais du propriétaire du troupeau qu'on allait vendre. (]e déjeuner coulait 25 fr. par tête, et cent personnes s'étaient mises à table. Dans les ventes ordinaires, le repas obligé est plus rustique ; des planches assujetties tant bien que mal occupent une vaste grange, et sur lesdites planches on entasse des masses de bœuf bouilli et rôti, de gigantesques quartiers de mouton, des pâtés pantagruéliques, et des flots d'ale et de cidre pour arroser le tout, et cependant tout finit par disparaître sous la dent vigoureuse d'un appétit qu'on ne ressent que là. Bref, ce jour-là, dans ce local accoutumé à d'autres ébats, on vendait aux enchères le troupeau Duchesse de M. Bolden. Là on pouvait acheter les yeux fermés. Il s'agissait d'animaux de la famille des Duchesses, et puis le troupeau était si bien connu de tous les éleveurs de durhams ou de ceux qui aspiraient à le devenir. que chaque animal était apprécié comme s'il avait élé présent. Il v avait en vente quatre lots de femelles groupées par 3 dans chaque lot, et 5 taureaux. Les quatre lots furent vendus comme il suit :
Grande Duchesse, 5% âgée de 7 ans. — Graale Duchesse, 7% âgée de 6 ans 1/2. — Grande Duchesse, 8% âgée de 6 ans. — Prix d'adjudication 49,875 fr.; moyenne 16,625 fr.
Grande Duchesse, 9", âgée de 5 ans et 1/2. — Grande Duchesse, 13% âgée de
27 mois. — Grande Duchesse, 18% âgée de 21 mois. — Prix d'adjudication 34,125 fr. moyenne 1 1,375 fr.