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LE JOURNAL DES DÉBATS ET LE CRÉDIT AGRICOLE

En mars 1 866, le Journal des Débats, par l'organe de M. Léon Say, l'un de ses rédacteurs, soutenait que la solulion de la question du Crédit agricole se trouvait dans la création d'obligations remboursables en quelques années, puis il ajoutait assez lestement que si les banquiers n'étaient pas forts en agriculture, les agriculteurs le leur rendaient bien en fait de banque.

Nous avions dit auparavant et nous avons répété depuis, à plusieurs reprises, que l'agriculture demandait à être favorisée autant que l'industrie et voulait, comme elle, quand elle offrait des garanties suffisantes, avoir de l'argent au taux normal de l'escompte, sans commissions supplémentaires; que cela était impossible, autrement qu'avec la monnaie fiduciaire, parce qu'on ne trouverait pas, à une époque où on peut placer facilement à 6 et 7 pour fOO et réaliser de suite, les fonds à intéi'êt réduit au moyen de dépôts ou d'obligations; que si, dans un grand centre comme Paris et duns des moments de stagnation, les dépôts pouvaient avoir une certaine importance, il n'en saurait être de même ailleurs, surtout quaad les affaires sont florissantes; qu'aussi fes dépôts à intérêt réduit et les obligations remboursables en quelques années, ne pouvaient être qu'un appoint, qu'ils ne pouvaient être une base.

Mais voici que dans le numéro du 26 avril f 867, le même journal, par l'organe du même rédacteur, dit exactement la même chose que nous, donnant l'excellent exemple de ne pas persévérer dans l'erreur et prouvant ainsi, une fois de plus, que la raison finit toujours par avoir raison. En eflét, nous lisons dans l'article des Débats : « Le moyen de trouver le milliard (il faudrait dire deux ou trois au moins) qui est nécessaire à l'agriculture ne consiste pas, nous en sommes convaincus, à ne le faire débourser p5r personne (allusion à la brochure de M. Bastide d'Izar, il faut, au contraire, trouver q\ielqu'un qui le débourse, et c'est là le point difficile). Il y a bien quelqu'un qui le possède, ce milliard, c'est le public; mais le public ?îe veut pas prêter son milliard à 3 pour fOO aux agriculteurs., quand il trouve d'autres emprunteurs à b, 6 et 7 pour 100; (7 a mille fois raison d'en agir ainsi,^ etc.... » On ne peut pas s'exécuter de meilleure grâce, ce qui est fort louable. Mais, en fin de compte, les agriculteurs n'avaient pas tout à fait tort quand ils s'exprimaient comme ils le faisaient.

La question du crédit agricole fait chaque jour un pas de plus et, depuis deux ans, le chemin qu'elle a parcouru est considérable; elle aboutira certainement, en dépit de résistances intéressées ou de préjugés qui finiront par disparaître.

Quant à la question des banques de dépôt ou d'obligations à intérêt réduit comme solution, je ne vois plus guère personne qui la soutienne. Ce serait, en effet, vou- '

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