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III. — Nouvelles de la peste bovine

Toutes les nouvelles que nous recevons confirment de plus en plus la diminution de l'épizootie qui règne depuis deux ans avec tant de gravité en Hollande, en Angleterre et en Allemagne. Le système des abatages immédiats a eu en Angleterre un succès complet, car on s'est rendu maître sans difficulté du fléau qui avait reparu , comme nous avons annoncé. Il est vrai que l'on a agi avec une grande vigueur. Ainsi deux troupeaux d'Islington , appartenant à des propriétaires qui avaient perdu la majeure partie de leur bétail dans les précédentes attaques, ayant été reconnus infectés, ont été abattus en moins d'une heure. Le premier de ces troupeaux se composait de 28 bœufs sur lesquels deux seulement étaient attaqués, ainsi que l'a révélé l'autopsie; le second, composé de 60 bêtes à cornes, ne possédait que 5 ou 6 sujets infectés ou suspects. Une autre apparition du typhus s'était manifestée dans Newington-Green-Road , et là aussi les progrès du cattle-plague ont été arrêtés avant leur développement par l'abatage immédiat du troupeau tout entier. L'autopsie faite avec soin n'a indiqué que sur les organes d'une seule vache lés lésions caractéristiques du typhus épizootique. « Grâce à l'énergie déployée par le gouvernement, dit le Gar-

dencrs Chronide, et grâce à la diligence des inspecteurs et des autorités de la métropole, nous échappons encore une fois au retour d'une calamité terrible. Quant à la question de la nécessité d'abattre les animaux qui ont été en contact avec les sujets malades, quelque sains qu'ils soient en apperence, elle ne saurait être résolue que d'une voix unanime par tous ceux qui ont observé la marche de la dernière épizootie. Dans des hangars ouverts, le cattle-plague se ré] and et se propage moins rapidement qu'avec les étables couvertes et closes, mais le fléau se répand toujours, et tous les éléments que peuvent tournif à l'observation la nature et la disposition du local ne sont qu'une question de temps pour la propagation du typhus. » C'est pour cette raison que le rédacteur du Gardeners'Chronicle propose la mesure que voici : « A l'avenir, lorsque des troupeaux sont éloignés de quelques milles l'un de l'autre, il serait urgent de ne pas s'en tenir au texte étroit de la loi, mais de considérer les animaux comme ayant été en contact et de décréter l'abatage immédiat. L'apphcalion de cette mesure devra être faite avec d'autant plus de rigueur que les troupeaux séparés appartiendront au même propriétaire et auront élé soignés et pansés par les mêmes garçons de service. Nous pouvons espérer maintenant que le mal est une fois de plus déraciné des environs de Londres et de la métropole elle-même. II est encourageant de songer que les 1 50 attaques qui sont survenus depuis la fin du mois d'avril n'ont été l'occasion que de l'abattage de 240 sujets parfaitement sains, et que grâce à ce sacrifice, l'ordre a reparu parmi nous. »

Le n° du 16 juin du Journal de la Société agricole du Brabant donne de son côté les renseignements suivants :

« Le cercle de l'épizootie se rétrécit de plus en plus en Hollande : du 19 au 25 mai on avait constaté 39 cas dans quatre provinces, tandis que dans la huitaine suivante, on n'en a plus relevé que 30 dans deux provinces, la Hollande septentrionale et la Hollande méridionale. Trois provinces, celles d'Utrecht, de Gueldre et de Nord-Brabant, n'ont plus eu d'animau.x malades, et, ce qui semble surtout rassurant pour nous, c'est que, dans le Brabant .septentrional, aucun cas de maladie n'a été observé depuis plus d'un mois. Les 30 animaux atteints ont été abattus, sauf 2 qui sont morts. On a de plus sacrifié 59 bêtes bovines suspectes, ainsi que 118 moulons, parmi lesquels 6 étaient infectés. Ces chiffres indiquent que la loi du 19 avril est aujourd'hui exécutée partout en Hollande de la manière la plus efficace, et dans ces conditions il n'est pas possible qu'on ne soit pas prochainement maître de l'épizootie.

« Il est probable qu'un résultat aussi satisfaisant ne tardera pas à être obtenu en Apgleterre et en Allemagne. Pendant la semaine close le 1" juin, il n'y a en effet plus eu à Londres que 11 cas de peste bovine, qui ont donné lieu à l'abatage de 95 animaux suspects, outre le sacrifice des bestiau.'i infectés. Dans les autres parties de l'Angleterre, la maladie ne paraît pas avoir fait de nouvelles victimes.

a On assure qu'il n'y a plus eu de cas d'épizootie ni dans la haute ni dans la basse Pranconie, de sorte qu'on espère que la Bavière sera définitivement délivrée de la contagion. Dans la Thuringe, il y a de même une notable amélioration dans l'état sanitaire du bétail, et comme la Prusse a de nouveau autorisé l'entrée des animaux provenant de la Bohème et de la Moravie, on doit en induire que dans ces contrées aussi le mal a cessé d'exercer ses ravages. »

Le gouvernement français a donc bien fait de revenir aux mesures de surveillance adoucie auxquelles il s'était arrêté au commencement de cette année, et qu'il n'avait rendues plus sévères dans ces derniers temps qu'en présence d'une recrudescence du mal heureusement disparue.

IV. — Les chevaux de l'État chez tes agriculteurs. Maintenant que le ciel est serein, que tout le monde est aux fêtes, que les souverains étrangers s'empressent àrenvi de visiter la France et de venir admirer les merveilles de l'Exposition universelle, les préparatifs de guei're se ralentissent. Aussi, ainsi que cela a déjà eu lieu en 1859, 1860 et 18G1, M. le ministre de la euerre vient-il d'arrêter que les chevaux et les mulets des corps de l'artillerie et du train des équipages militaires qui excèdent aujourd'hui les hesoins du service, seraient mis en dépôt chez les cultivateurs. Mais, éclairée par l'expérience et la nécessité de trouver constamment dans ces dépôts des ressources réelles pour l'armée, l'administration de la guerre a été amenée à supprimer ie droit à la propriété des animaux au bout d'un temps déterminé, et à décider que les animaux reconnus, aux inspections périodiques, impropres au service militaire, seraient retirés aux cultivateurs pour être remis au domaine, et vendus au profit du Trésor, sauf à être remplacés, s'il y a lieu, par d'autres chevaux tirés des corps. L'application de ces nouvelles dispositions, combinée avec la mise en dépôt d'animaux de cinq à neuf ans, en bon état et susceptibles de durer longtemps, assurera au département de la guerre une réserve efficace en chevaux, en même temps qu'elle offrira de nouveau à l'agriculture le concours de services réels qui ne pourront lui faire défaut que lorsque les circonstances exigeront qu'il soit fait appel aux forces vives et au patriotisme du pays. D'après ces motifs, le ministre de la guerre a déterminé ainsi qu'il suit les nouvelles conditions auxquelles les cultivateurs pourront obtenir des bêtes de trait :

« Les chevaux et les mulets livrés seront en bon état d'entretien et de l'àge de cinq ans et au-dessus. La mise en dépôt sera constatée par un procès-verbal dressé en double expédition par le sous-intendant militaire, dont l'une sera conservée dans les archives de ce fonctionnaire et l'autre remise au cessionnaire. Ce procès-verbal indiquera l'état, le signalement, l'âge et la valeur estimative de l'animal ou des animaux au moment de la livraison, d'après l'appréciation de la commission de remonte du corps ou de l'établissement livrancier. Les animaux en dépôt seront exclusivement employés aux travaux de culture ou d'agriculture. Ils seront sous la surveillance continue de l'autorité militaire, et particulièrement sous celle de la gendarmerie. — Des inspections annuelles seront passées par des officiers d'artillerie et du train des équipages, et tout animal reconnu mal soigné ou employé à d'autres travaux que ceux autorisés, sera immédiatement relire et remis, s'il y a lieu, à un autre propriétaire. — Les juments comprises dans les cessions pourront être saillies par les étalons de l'Etat ou par des étalons approuvés pour la reproduction du cheval, à l'exclusion du mulet. Les produits deviendront la propriété des cultivateurs, sous la seule condition de déclarer la naissance du poulain au commandant du dépôt de remonte sur les contrôles duquel la jument se trouve inscrite. — Toute dépréciation des animaux provenant de mauvais entretien et de mauvaise nourriture, comme de tout accident provoqué par de mauvais traitements ou de la négligence, sera imputée au délenteur qui en versera le montant dûment constaté dans les caisses du Trésor. Les contestations à ce sujet seront soumises à l'intendant divisionnaire et, en dernier ressort, au Ministre; le cessionnaire prendra l'engagement de se soumettre à la décision qui interviendra. — En cas de maladie ou de mort de l'animal, le cessionnaire en donnera immédiatement avis au sous-intendant militaire du département, afin qu'il fasse reconnaître les causes et déterminer si la responsabilité du détenteur est engagée. — Les chevaux, juments et mulets mis en dépôt ne pourront jamais devenir la propriété des cultivateurs. — Les animaux qui, aux inspections annuelles, seront reconnus impropres au service militaire, seront retirés ,et remis au domaine pour être vendus. — Dans ce cas, et s'il est bien constaté que la réforme ne provient pas de cas imputables au détenteur, celui-ci pourra recevoir

496 CHRONIQUE AGRICOLE (PREMIÈRE QUINZAINE DE JUIN 1867). des chevaux de remplacement. — Les chevaux, juments et mulets en dépôt chez les cultivateurs leur seront repris quand l'administration de la guerre le jugera convenable. Ils devront être remis à l'autorité militaire compétente dans un délai de quinze jours après la notification de l'ordre de reprise. Tout cultivaieur qui ne répondra pas à cette réquisition remboursera la valeur intégrale de l'animal. — Les cultivateurs et agriculteurs qui désireront recevoir des chevaux ou des mulets en dé])ôt adresseront une demande à la Préfecture ou à la Sous-Prt'fecture, selon l'arrondissement, par l'entremise du maire de leur commune, qui devra constater, s'il y a lieu, que les postulants possèdent une exploitation agricole suffisante, soit en propre, soit en location, pour occuper le nombre d'animaux qu'ils réclament. »

Ces dispositions paraîtront peut-être peu libérales, mais nous les préférons à celles adoptées antérieurement, et qui avaient laissé aux agriculteurs l'espoir de posséder au bout de 7 ans les chevaux qui leur avaient été confiés. Grande a été leur déception lorsque tout à coup les chevaux leur ont été retirés. Ils sauront maintenant à quoi s'en tenir.

Y. — Nécrologie.

Le North-British AgricuUurist annonce la mort d'un agriculteur extrêmement distingué, M. Alexandre Simpson. Depuis quelque temps, sa- santé s'était affaiblie sous l'influence d'accès répétés de fièvre intermittente. La longue expérience acquise par cet observateur éminent, avait attaché à son nom une autorité incontestable en Angleterre, et les communications qu'il adressait au Norlh-British AçjriruUurisl obtenaient un légitime succès. Il avait résidé d'abord à la ferme de Seafield, puis à celle de Teawig, près de Beauty ; c'est dans cette dernière habitation qu'il est mort le 23 mai dernier. Comme correspondant journaliste, il n'avait certainement pas d'égal. Esprit précis et éminemment positif, voyant aisément l'importance et les conséquences pratiques des choses, il avait le talent d'exposer l'état d'une question avec une incomparable clarté. Un journal d'inverness apprécie de la manière suivante la nature et les qualités de ce beau caractère : « M. Simpson, dit-il, était un des premiers fermiers de l'Angleterre; écrivain ék^gant et facile, il occupera une place fort belle dans l'histoire de la littérature et du journalisme agricole de son pays. Dans sa jeunesse, M. Simpson avait été pendant quelques années consul britannique aux îles Sandwich. A son retour en Angleterre il publia un travail plein d'intérêt, qui était le résumé des observatirôns faites dans ce pays. Il contribua puissamment à porter l'attention de ses compatriotes sur ce riche et curieux pays, dont il esquissa avec talent l'histoire, depuis la découverte qu'en a faite le capitaine Cook en 1778. M. Simpson a été également chargé d'une fonction officielle au Canada et sur le territoire de la compagnie de la baie d'Hudson. Malgré l'estime et les honneurs qui l'entouraient, et malgré l'appui de son oncle, directeur de la compagnie de la baie, et de son frère, sir Georges Simpson, dont les voyages dans les régions arctiques sont célèbres, Alexandre Simpson se retira modestement des fonctions publiques et s'adonna complètement à l'agriculture. Sa santé était déjà fatiguée par un séjour prolongé dans les îles Sandwich, et quand il est mort il n'avait que cinquante-sept ans. » C'est un devoir pour les amis de l'agriculture, à quelque nation qu'ils appartiennent, de rendre hommage à la science, à la patience et au désintéressement qui rendent tant de services à la cause commune des travailleurs. VL — Concours de Comices et de Sociétés d'agriculture. Nous continuons ici. comme dans notre Bulletin hebdomadaire, à

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annoncer les concours que font les Sociétés d'agriculture et le- Comices. Ces fêtes, nous ne saurions trop le répéter, sont de la plus haute importance pour le progrès agricole. Nous donnons une première place au concours hippique, agricole et industriel, qui doit tenir le 14 juillet 1867, à Nivillers, la Société d'agriculture et d'horticulture de l'arrondissement de Beauvais. Ce concours aura cela de particulier que non-seulement les cultivateurs mais encore les industriels auront intérêt à y envoyer. 11 y aura concours de chevaux de trait légers ou carrossiers, de chevaux de gros trait de culture, de hestiaux de toute chose d'agriculture, de volailles, de machines, d'industries diverses de labourage. Des pri\ de bande seront décernés aux divers animaux. Il y aura, en outre, distribution de primes cantonales à l'exploitation mieux dirigée, aux vacheries les mieux tenues, au meilleur troupeau d'élèves (bêtes à laine), aux fumiers les mieux préparés, à la collection d'instruments d'agriculture les plus utiles et les mieux perfectionnés, aux jardins les mieux tenus dans les exploitations rurales. Ajoutons enfin que l'enseignement agricole est particulièrement encouragé par la Société d'agriculture de Beauvais qui décernera des primes aux instituteurs primaires, laïques ou religieux, du canton de Nivilliers, à leurs élèves ainsi qu'à ceux de la Ferme-École d'Hétomesnil.

Parmi les comptes rendus des concours qui nous sont parvenus, nous en choisirons un aussi pour le placer sous les yeux de nos lecteurs à cause de son intérêt. Il nous est adressé par un de nos correspondant de la Haute-Vienne :

« Le limousin, par sa position topographique, ses nombreux cours d'eau, ses montagnes et ses valions, est essentiellement un pays de pâturage. Aussi y élèvet-on un grand nombre d'animaux qui se répandent dans les départements circonvoisins. La belle race limousine, si pure de formes et qui ne le cède en rien à aucune autre race française, y est élevée avec le plus grand succès. Le seul reproche qu'on puisse adresser aux animaux des environs de Limoges, c'est d'avoir un mélange de sang garonnais ou agénais, mais comme les éleveurs qui ont pratiqué ce croisement y ont trouvé leur compte, n'est-il pas juste de ne pas les en blâmer. Aujouru'hui l'on est revenu de la fantaisie que l'on avait d'élever des animaux de haute taille et on leur préfère avec raison ceux qui sont près de terre. La race limousine pure est recherchée et chacun se défend d'avoir du sang agénais dans ses étables.

« Depuis longtemps Limoges n'avait eu un concours aussi brillant que celui du 24 avril. 120 taureaux, 40 vaches et 68 génisses étaient réunis sur la place d'Orsay. Tous les propriétaires et cultivateurs des environs s'étaient donné rendez-vous pour assister à cette belle exhibition. Quelques animaux mâles étaient remarquables par leur belle conformation; quelques vaches également étaient d'une rare qualité, mais ce qui présentait le plus bel ensemble, c'étaient les génisses. Il serait difhcile de trouver un aussi grand nombre d'animaux de pareil choix. Il est à regretter que l'on ait si peu de temps pour les juger, et surtout de ne pas pouvoir désigner tous les propriétaires qui ont de tels sujets.

i Parmi les animaux étrangers pésentés se trouvait un taureau charolais. Il paraissait comme dépaysé et, à le voir, on n'eût certes pas dit qu'il appartenait à la première race de France : il en était de même de la vache cotentine qui figurait au concours et qui n'a pas dû donner bonne opinion des animaux de sa race. L'on a été surpris de ne pas voir les animaux des étables de M. Michel. Tout le monde connaît cet éminent éleveur de la race durham. Quant à l'espèce bovine, aucun progrès ne s'est réalisé. Les animaux étaient d'assez médiocre qualité.

« Malgré le savoir et les connaissances du jury, malgré la bonne volonté et l'intégrité que chaque membre apporte dans ses opérations, il est à regretter de voir toujours figurer les mêmes juges. Ne serait-il pas possible de trouver dans le dé-

partemenl, et même-en dehors du département, d'autres membres pour composer le jury.

Les primes départementales pour les cantons de la Haute-Vienne ont été décernées le 28 à Saiul-Junien. Plusieurs bons animaux étaient présentés. Le premier prix a été remporté par un taureau âgé d'un an et appartenant à M. le baron de Thouron. Le deuxième prix a été décerné à un taureau âgé de 2-2 mois, appartenant à M. Merlin Lemus. »

Les critiques contenues dans les lignes précédentes sont applicables à plus d'un concours agricole. iMais peu à peu et à travers tous les inconvénients la vérité se fait jour, et s'il y a souvent des tentatives malheureuses, chacun éclairé par l'expérience retrouve la bonne voie.

VIL — Suite de la fondation du Journal de l' Agriculture.

Nous terminons aujourd'hui le second volume de 18(56 an Journal de 1 Agriculture. Notre recueil, fondé en juillet 1867, a maintenant une année d'existence, et il a, dans ce laps de temps, atteint un succès assuré et toujours croissant. Ce résultat est dû à tous les agriculteurs qui ont bien voulu se joindre à nous et nous aider, tant de leur concours matériel que de leur plume. Nous les en remercions bien vivement, en complétant pour la première année la liste de nos fondateurs et collaborateurs. Se sont encore fait inscrire comme fondateurs : MM. Gustave Celeyron, président du comice d'Ambert (Puy-de-rDôme); — Xi«rsonnier, propriétaire-éleveur au Colombier, par Nevers (Nièvre); — Triboulet, cultivateur à Assainvilliers, par Montdidier (Somme); — et comme collaborateurs, MM. Bregière, vétérinaire à [Moulins (Allier); — Caille, à Fiassans (Var); — Delcltre, membre de la Société d'archéologie de Seine-et-Marne; — le marquis de Jocas, à Revest-du- Bion (Basses-Alpes); — Marcel de Juncarot, propriétaire à Samadet (Landes) ; — le comte de Saint-Mauris-Monlbarrey, au château du Bouchât (Saône-et-Loire); — Olive, professeur d'agriculture à Quimper (Finistère). Ces nouvelles inscriptions portent le nombre total des fondateurs, collaborateurs et correspondants du Journal à 478; nous espérons qu'il deviendra plus considérable encore.

11 ne nous reste qu'à prier nos amis de pousser, autant qu'ils le pourront, à la propagation du Journal, comme de notre côté nous nous livrons au travail le plus opiniâtre.

J.-A. Barral.

Mazille, près Luzy (Nièvre) , 26 mai 1867.

Monsieur, l'échec du brome de Schrader dans mes cultures n'a pas été sans me causer quelque désappointement. J'avais fondé de grandes espérances sur cette plante, et depuis la iiolc insérée dans le premier volume, page 139 du Journal de VAgriculture, les nouvelles qui vous sont parvenues me semblent apporter peu de raisons en sa faveur. Les dernières plantes de mon semis de trois ans se sont éteintes cet hiver. L'expérience si précise de l'honorable M. Avril (t. II, p. 566 1, qui concorde presque exactement avec la mienne pour les résultats, me semble désormais laisser peu d'espoir au succès de ce fourrage.

Et cependant, l'avenir de l'agriculture repose sur la production

abondante des fourrages; vérité devenue banale à force d'être évidente et répétée. Une grande partie de la France n'a de valeur que par ses prairies naturelles, et la surface qui les produit constitue souvent seule toute la valeur vénale des propriétés. Dans ce cas, les terres cultivables, à cause de leur faible produit et de la main-d'œuvre qu'elles exigent, ne comptent pour rien.

Pour amener ces terres à la plus haute fertilité possible, c'est-à-dire au produit le plus élevé, il faudrait souvent y enfouir en amendements et engrais, un capital double et quelquefois triple de leur valeur. Et malheureusement, même en supposant que l'on pût se procurer les engrais nécessaires, un pareil moyen d'amélioration serait la plus fâcheuse de toutes les imprudences, car aucun calcul ne peut assurer du résultat.

Aussi, pour celui qui a vu les collines dénudées de la Bretagne, de l'Auvergne, de la Drôme, de l'Ardèche et d'une partie du Midi et du Centre de la France, ces malheureuses campagnes lui paraissent vouées éternellement à produire de loin en loin de maigres récoltes de seigle et à se voir parcourues par des troupeaux de chétives brebis.

Les capitaux n'iront jamais se placer là, et c'est avec raison. Le boisement serait un procédé d'utilisation avantageuse pour ces montagnes dénudées. Mais le boisement ne peut être le fait que de l'homme riche qui peut faire des avances à vingt ou vingt-cinq ans d'échéance, et qui, pendant ce temps, peut se priver des produits tels quels des minces récoltes de seigle et du pâturage des moulons. Et ti les forêts sont avantageuses pour le propriétaire, elles enrichissent peu le pays sur lequel elles se trouvent, par suite du peu de main-d'œuvre qu'elles fournissent.

Mais s'il existait une plante fourragère, par exemple, pouvant se passer d'engrais et exigeant peu ou point de frais pour son établissement sur le sol, végétant vigoureusement dans ces terrains arides, elle les transformerait en surfaces productives et même en plantureuses prairies; ce serait là comme la réalisation d'un rêve. Or, cette plante, qui est bien de toutes celles que produit la iTature celle qui, en apparence, est la moins propre de toutes à la nourriture du bétail, cette plante existe : c'est Vajonc.

Je commence par dire que j'habite un pays où l'emploi de cette plante comme fourrage est inconnu. Je n'ai connaissance de ses pro^ priétés nutritives que par les récits des auteurs et par quelc[ues essais en petit, qui me paraissent concluants en faveur de cette plante.

A la page 1 120 de yoire Bon Fermier, vous présentez l'ajonc comme étant un fourrage des plus nourrissants et des plus économiques, et vous indiquez quelques procédés pour arriver au broyage des tiges et des épines. Si l'ajonc a ces qualités, pourquoi ne revient-on pas à satiété sur ces questions? 11 faut répéter souvent les choses aulx, cultivateurs pour les pénétrer des vérités agricoles. Pourquoi le gouvernement n'encourage-t-il pas cette culture aussi bien et même de préférence à tant d'autres? Pourquoi les machines propres à broyer l'ajonc ne sontelles pas décrites? Le cultivateur est déliant à l'égard des choses nouvelles, et il a raison. Pourquoi le prix de ces machines n'est-il nulle pai't indiqué? L'économie est une des qualités les plus précieuses du

cultivateur, et ce avec les meilleurs motifs, et surtout à cause de l'exiguité si fréquente de ses profits.

L'article de M. Camille Boudy, publié dans le Journal d'Agriculture pratique (iSG6, t. I, p. 184), donne d'excellents renseignements sur l'ajonc : 20,000 à 30,000 kilog. de produit à l'hectare! C'est énorme! Plus que la meilleure prairie! Et je ne fais pas de difficulté pour accepter comme vraie celte allégation, en présence des pousses de l'année dernière de 1 mètre de long. El l'ajonc, par une faveur comme providentielle, ne vient que dans les terres non calcaires, dans la silice pure ne contenant pas d'humus, sur les rochers dénudés, quand il y existe un peu de gravier dans lequel il puisse germer et des failles où il puisse glisser ses racines aussi puissantes que celles des arbres, que celles des hêtres ou des châtaigniers. La culture de l'ajonc est nulle, puisqu'on le sème dans une céréale et qu'il peut se passer, à la rigueur, de tous soins postérieurs.

L'ajonc se récoltant et se consommant pendant l'hiver, à mesure des besoins, n'exige ni fanage ni emmagasinage comme le foin. Les frais de broyage doivent être loin d'atteindre le prix de la main-d'œuvre des autres plantes fourragères. Cette plante a l'avantage de présenter pour le bétail une nourriture verte quand toutes les autres font défaut. Ses épines hérissées sont pour elle une protection de la nature, sans laquelle il est probable que, dévorée par les animaux pendant l'hiver, elle eût disparu de la surface du globe. On signale que l'ajonc gèle dans les hivers rigoureux; cela est vrai, mais cet inconvénient est nul quand on le cultive comme fourrage ; car les tiges seules gèlent, et la plante repousse rez-terre de nouveau très-vigoureusement.

L'aspect misérable , grotesque et famélique de l'ouvrier broyeur d'ajonc de M. Boudy laisse une impression pénible après la lecture de soii article et en fait oublier en grande partie le mérite, surtout quand il nous dit quelNL Rieffel, directeur de la ferme-école de Grand-Jouan, a trouvé bien des défauts à la machine à broyer l'ajonc. Donc, ce malheureux, qui se livre à un travail si pénible, serait le seul agent que l'on aurait pour utiliser l'ajonc! Ce serait à y renoncer, et si je vous adresse celte noie, c'est dans la croyance qu'il existe des instruments convenables, — vous en indiquez quelques-uns, — tels que faux renforcées pour le fauchage de l'ajonc et broyeurs pour écraser les tiges, et pour attirer sur eux, s'il est possible, l'altention du public et des agriculteurs à l'Exposition, afin que ces instruments soient étudiés avec soin et indiqués aux agriculteurs, pour qu'ils puissent en profiter.

Veuillez agréer, etc. ^ Xavier Garexae.

Parmi les modes d'exploitation des domaines ruraux, on doit distinguer d'une manière particulière le système de culture sous la surveillance des propriétaires par des régisseurs associés. Il est de l'intérêt du pays que ce système se propage, car il permet plus facilement que tout autre l'intervention du capital et de l'intelligence dans l'exécution des travaux de la campagne. Il a pour avantage fondamental de conserver et d'accroître les fortunes qui reposent sur la possession du sol, en assurant aux familles la sécurité, en donnant à leurs membres ne-

Plan Général

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