‹ Journal de l'agricultureChapitre 49 sur 527 · XVIII. Foin · texte numérisé non relu

XVIII. Foin

Dans l'e-xpérience XI, faite avec du. foin seulement, la densité du lait à 15 degrés a, été de 1032.2. — Dans l'expérience XII, l'orge a été donnée matin et soir en farine, qu'on délayait dans 4 parties d'eau. La vache, en prenant en breuvage 1 ou 2 kilogr. d'orge, buvait ainsi 4 à 8 litres d'eau. Le lait du 5 aoiît a été analysé ; le rendement en lait est resté à peu près ce qu'il était dans l'expérience X. Les analyses indiquaient une très-notable augmentation dans la proportion d;; beurre. La vache a été saillie le 5 août. — Dans l'expérience XIII, suivant un usage adopté en vue de diminuer les chances de météorisation, le trèfle n'a été mis dans le râtelier [u'après avoir passé 24 heures dans le fiUkrgang. Il est alors moins aqueux; c'est \ cet état qu'on le pesait. Le rendement n'a pas plus changé que la composition du lait : il y avait encore une forte proportion de beurre que l'on n''urait pas manqué d'attribuer au régime du vert, si l'on n'eût pas trouvé la même richesse en beurre dans le lait de l'expérience XH, alors que la vache était i ationnée avec du foin et de l'orge moulue. -^ Dans l'expérience XIV, la vache a été mise au régime du foin; on lui en donnait 15 kilogr. toutes les 2 4 heures; elle l'an] ange sans en laisser dans le râtelier. Le lait da 20 août, analysé, a donné une foi te diminution dans la sécrétion et dans la proportion de beurre. ■ — Cerlaines idées théoriques ont coi;dnit M. Ghossat à penser que le sucre favorise la production de la graisse dans l'organisme des animaux. Les travaux de l'un de mes élèves, Letellier, ont montré .qu'en se plaçant dans les mêmes conditions que celles où avait observé M. Ghossat, le sucre ne ^ivoduit pas de matières grasses. C'est pour savoir si le sucre augmenlerait la proportion du beurre dans le lait que, par l'expérience XV, on en a introduit dans la ration de la vache. La mélasse de sucre de canne, de très-bon goût, a été donnée diluée dans quatre fois son poids d'eau; de sorte qu'en en prenant 1 kilogr., la vache buvait 4litres de ce liquide. Chaque jour on mettait dans le râtelier 15 kilogr. de foin ; comme on l'a toujours fait, on pesait ce qui restait à la fin de la journée. Le lait du 31 août au matin a été analysé. On a voulu, en exécutant cette analyse, constater la richesse en matière grasse aux diverses périodes d'une même traite. Pour atteindre ce but, on a recueilli successivement et séparément le lait à mesure qu'il sortait du pis. Ainsi qu'on le savait déjà par les analyses du lait d'â!:esse et du lait de vache faites par M. Pébgot et par M. Reiset, le lait est bien plus riche en beurre à la fin d'une traite qu'au commencement. Par la ration où la mélasse est intervenue, le rendement en lait a baissé d'à peu près 1 kilogr. par jour. La question de savoir si cette baisse est due à l'âge de la traite et non au régime se reproduit toujours ; mais la richesse en beurre a uotiblement diminué sous l'intluence

de la mélasse, bien que dans les 2 kilogr. 1 25 gr. de ce sirop pris chaque jour, il entrait probablement 1 kilogr. 70 gr. de sucre, ce que peuvent contenir 22 kilogr. de betteraves. Au reste, depuis longtemps, nous nous sommes aperçu dans la pratique que la betterave, malgré sa richesse saccharine, ne pousse pas à la production du beurre quand on la lait entrer en forte proportion dans le régime de la vacherie. La vache a' pris avec avidité la boisson sucrée, et, par la consistance de ses excréments, on a pu s'assurer que la mélasse, même à la dose de 3 kilogr., n'avait pas exercé une action laxative ; néanmoins l'appétit de la vache pour le foin a diminué ; il est resté dans le râtelier, toutes les vingt-quatre heures, 1 kilogr. 6 gr. de ce fourrage. — Dans l'expérience XVI, la vache a été mise au régime du foin. Le rendement est resté ce qu'il était dans la dernière expérience. Le lait contenait un peu plus de beurre. — Dac s l'expérience XVII, comme dans l'expérience IX, faite avec la vache blanclie, on s'est proposé de rechercher si un aliment très-riche en principes gras déterminerait un accroissement de beurre dans le lait. La graine de lin broyée a été donnée en breuvage deux fois par jour. En consommant 1 kilogr. de farine de lin, la vache prenait 2 litres d'eau. Le rendement a continué à baisser. La proportion de beurre dans 100 de lait est montée de 3.08 à 3.84; néanmoins cette dose ne dépasse pas la proportion normale, quoique, chaque jour, dans la ration, il entrât près de 400 gr. d'huile de lin. Sous ce régime, la vache a consommé moins de foin. — Pour savoir si la diminution d'un dixième dans le rendement en lait que l'on venait de constater dépendait du régime dans lequel il était entré une graine oléagineuse, régime ayant pour effet de réduire la consommation du foin, ou bien si cette diminution de rendenient était simplement une conséquence de l'âge de la traite, la vache a été de nouveau, dans l'expérience XVIII, rationnée avec du foin seulement, toujours donné à discrétion. Le rendement a continué à baisser, si on le compare à celui de l'expérience précédente. La composition du lait n'a pas varié notablement. La proportion de beurre, qui était de 3.84, est devenue 3.74. La vache a mangé par jour 1 kilogr. de foin en plus qii'elle n'en consommait dans l'expérience XVI.

Les analyses dont le détail précède confirment ce que j'ai reconnu autrefois dans une suite d'observations faites dans nos étables, à savoir : que la nature des aliments n'exerce pas, comme on l'a prétendu, une influence bien marquée sur la constitution chimique du lait (je ne dis pas sur la qualité, sur la saveur, l'arôme). Je reproduirai ici les données qui ont conduit à cette conclusion en rappelant qu'à l'époque à laquelle elles ont été obtenues on ne dosait pas la lactine aussi exactement qu'on l'a fait depuis.

Composition du lait produit sous l'xnflnmCe de divers régimes, les vaches c'Iant rationnées avec Vequivalent de 15 kilogrammes de foin [race de Schivit:).

Aliments.

Beurre.

Lactine.

Caséum,

albumine

et matit'res

minérales.

Matières fixes.

Eau.

Age de 1.1 traite.

Jours.

Foin, trèfle vert

Trnflp vprt

Trèfle vert

Foin, pommes de terre..

Pommes de terre

Navets

Topinambours

Ces recherches tendent à établir qu'un aliment riche en principes gras n'élève pas perceptiblement la proportion du beurre dans le lait sécrété par la vache qui le consomme. En effet :

La moyenne de beurre contenu dans 100 de !ait, produit sous l'inflence d'une ration

dans laquelle il n'entrait ni tourteau ilc colzi, ni graine de lin, a été : . . 3.71

100 de lait produit sous l'influence du tourteau, contenaient (II) beurra 3.3't

100 de lait produit sous l'influence de la graine de lin, contenaient (IX) 4.01

]''0 de 1; ' produit sous l'influence de la graine de lin, contenaient (XVIII) 3.8i

La différence en faveur de l'intervention d'un aliment chargé de graisse est bien peu de chose, et en consultant le tableau l'on y trouve des laits riches en beurre, sans que la ration mise dans le râtellerait contenu des tourteaux ou des graines oléagineuses. Par exemple :

100 fie lait venant d'un régime de foin seul ( VIII) renfermaient, beurre 3.96

lOU de lait d'un régime foin et orge (XII) renfermaient, beurre 4.91

iuû de lait d'un régime au trèfle vert (XIII) renfermaient, beurre 5.06

Ces proportions de beurre, supérieures à la proportion moyenne, se présentent assez fréquemment dans la lactation, sans que l'on puisse les attribuer à la nature ou à la quantité des aliments consommés par l'animal ; elles se montrent et disparaissent sans causes apparentes. Ce qui frappe dans l'ensemble de ces analyses, toutes exécutées par le même procédé et par le même opérateur, c'est la constance de la proportion de lactine ; cette constance a, je crois, été signalée pour la première fois par M. Poggiale; depuis que le dosage de ce glucoside a été perfectionné, elle devient de plus en plus manifeste, et on la voit persister, quelles que soient les variations que subissentles proportions de matières grasses ou de substances albuminoïdes. Dans le cours de ce travail, il ne s'est présenté qu'une exception, encore était-ce dans un lait d'un ecomposition véritablement anormale, provenant d'une vacheàpeu près tarie, puisqu'elle ne rendait plus qu'un litre par jour. Dans 100 de lait trait peu de temps avant le vêlage, on a dosé 2.9 de lactine, une trèsforte proportion de beurre, 6.2, et une proportion non moins forte de principes albumino'ides, 5.3. C'est seulement dans le colostrum que l'on a rencontré une aussi faible quantité de lactine : 2.8 pour 100, et 4.3 un peu plus tard. Dans le colostrum il y a aussi, comme dans le lait de vache tarie, de fortes proportions de principes albuminoïdes : 14.4 d'abord, puis plus tard 4.34 pour 1 00. Il y a toutefois cette différence que, dans le colostrum, la proportion de beurre est plus faible que dans le lait.

Dans des recherches faites avec précision, quand on a, d'un côté, pesé exactement l'aliment mis dans le râtelier, de l'autre, le lait rendu par la vache, il est possible d'exprimer la relation qui existe entre le fourrage consommé et le lait produit. Ce rapport a de tout temps excité l'intérêt des cultivateurs; mais, il faut bien le reconnaître, les nombres présentés par les observateurs d'ailleurs très-consciencieux sont loin de s'accorder entre eux. Les variations tiennent évidemment à une circonstance que l'on a souvent négligé d'indiquer, l'âge de la traite, qui modifie singulièrement le rapport que l'on veut établir.

Dans les expériences que je viens d'exposer, on est arrivé aux résultats que voici, sous l'influence de lOOkilogi-ammes de foin consommé :

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