ÉTUDES SUR LA VERSE DU RLÉ
Je viens donner suite à des observations que j'ai eu l'honneur de communiquer à diverses reprises à la Société, au sujst de la verse du blé; l'un des accidents qui s'opposent le plus à la régularité de récoltes que tend à produire le système de culture améliorante.
Je dois dire, cependant, que je n'ai pas été conduit à cette étude par son importance même; au moment où je l'ai entreprise, la culture de Grignon n'en était pas encore à craindre la verse de ses blés; il ne s'agissait encore que d'améliorer des terres appauvries et de produire du blé sur des sols qui n'en avaient jauiais porté.
Mais il fallait établir la comptabilité de l'exploitation sur des bases rationnelles et chercher le prix de revient de nos récoltes. Or, il était nécessaire, pour arriver à ce résultat, de se rendre compte de la manière dont les fumures, qui constituent le principal élément des prix de revient, se répartissent entre les difi'érentes cultures qui en profitent.
C'est pour éclairer cette question d'agronomométrie, de phorométrie ou de statistique agricole, suivant les diverses expressions successivement admises, pour représenter cette partie si délicate et si importante de la science agricole, que j'avais été conduit à déterminer les quantités de matières minérales enlevées à la terre par différentes récoltes, et c'est en déterminant ces quantités que j'avais été amené à constater que la quantité de matière minérale, enlevée au sol par les céréales, varie suivant les espèces du blé, suivant les saisons, et surtout suivant l'état de fécondité de la terre.
C'est lorsque la terre est riche, lorsque la fécondité produit une abondante et luxuriante végétation, lorsque surtout cette luxuriance amenait la verse, que je constatais le plus de matières minérales dans 100 kilog. de lises sèches.
Cette considération est fort grave, parce que si la spéculation des exploitations qui suivent les préceptes de la culture améliorante est basée sur la vente d'une certaine quantité de paille ou de fourrages, il s'ensuit que l'exportation de matière minérale de ces exploitations est proportionnellement plus considérable que celle des autres exploitations soumises à un autre système de culture.
Or, comme c'est précisément dans le voisinage des grands centres dont il faut approvisionner les nombreux chevaux, que les terres et la main-d'œuvre sont le plus chères, et que, par conséquent, il y a surtout motif à adopter les systèmes de culture améliorante, il s'ensuit l'impossibilité de suffire à cette exportation énorme de matière minérale par l'assolement, même le plus améliorant, et la nécessité de recourir à des importations de matières fécondantes beaucoup plus fortes qu'ailleurs. De là une conséquence que j ai souvent signalée : la nécessité de l'interdiction aux villes, pour cause d'utilité publique, de jeter dans les rivières les résidus de leur consommation; de là aussi le pré cepte de l'école de Grignon, posé par son fondateur : on n'a jamais
1. Communication faite à la Société impériale et centrale d'agriculture de France.