ÉTUDES SUR LA VERSE DU BLÉ
assez d'engrais, même quand on nourrit unelèle de bétail par hectare, et il faut toujours profiter du retour des voitures qui vont porter des denrées à la ville^ pour en ramener des matières fécondantes.
Et voilà pourquoi, dans toutes les discussions qui se sont élevées dans le sein de la Société d'agriculture, au sujet de la verse des blés, je n'ai pas hésité à m 'élever contre l'opinion qui tendait à prévaloir, que c'est à un manque de silice dans les tiges qu'il faut attribuer la verse des céréales.
On m'a objecté, il est vrai, que la présence d'une quantité de matière minérale, plus grande dans les liges versées que dans celles restées droites, ne prouvait pas rigoureusement la suffisance de la silice dans les blés versés; cependant, quand on considère la manière abondante dont la silice est répandue dans la nature, sa présence dans tous les terrains, dans toutes les eaux, on devrait, je crois, considérer les faits signalés par moi comme suffisamment probantes. Quoi qu'il en soit, et bien que les remarquables recherches de M. Isidore Pierre soient venues depuis, justifier et prouver complètement mes premières observations, j'ai cru devoir les continuer et faire rechercher par nos élèves la cause de la verse et les moyens les plus efficaces de l'éviter.
J'ai fait disposer des carrés égaux comme étendue et comme situation, dans un champ crayeux dont la composition me semblait de nature à faire ressortir l'inefficacité de la silice que nous devions ajouter, mieux que des terrains silico-argileux ou argilo-siliceux. Le champ avait été grandement amélioré par la culture précédente, et je lui ai fait donner un engrais pulvérulent, mélange de guano et de phosphoguano, de manière à produire une végétation luxuriante. Le blé y fut semé à la volée, suivant la méthode ordinaire.
Dans l'un des carrés, on ajouta au guano, du silicate de potasse; dans un deuxième carré, on se borna à éclaircir le blé, de manière à le placer en lignes espacées de 50 centimètres et orientées vers le midi. Le troisième carré servit de terme de comparaison.
Ce fut le blé du premier carré silicate qui versa le plus vite et le plus complètement. Ce fut, au contraire, le blé éclairci qui devint le plus fort et resta le plus droit.
J'avais confié l'expérience à- M. Velter, ingénieur de l'école centrale des arts et manufactures, répétiteur de chimie à Grignon, qui m'a habitué à compter sur son zèle et sur son exactitude. M. Veller ne s'est pas contenté de constater ces faits, il a recueilli un certain nombre de pieds de froment de chacun des lots, et il les a soumis à une série d'études : analyse chimique, détermination des degrés de flexion sous le propre poids des tiges, détermination des poids de rupture, examen de la fibre ligneuse, recherche de la manière dont la silice est groupée dans son organisme, etc. Ces études intéressantes ne sont pas encore terminées; elles doivent d'ailleurs être publiées dans le Bulletin de l'école de Grignon. Mais je peux déjà faire connaître les résultats sommaires auxquels notre habile expérimentateur est parvenu.
Ces résultats peuvent se résumer ainsi :
1° Ce n'est pas le manque de silice qui produit la verse, puisque les tiges versées en contiennent plus que celles restées droites;