ÉTUDES SUR LA VERSE DU BLÉ
2° C'est plutôt le manque de maturité et de fermeté de la fibre ligneuse qui produit ces accidents;
3" Le silicate de potasse ne semble pas pénétrer dans l'organisme des plantes; s'il a agi d'une manière fâcheuse, c'est plutôt par son alcali que par la silice;
h° La silice est distribuée longitndinalement le long des fibres ligneuses, mais elle ne forme pas des lignes droites disposées de manière à donner de la rigidité à ces fibres. Elle forme au contraire des lignes très-sinueuses, analogue à celles que présentent les brins de la laine mérinos très- fine ou analogues aux joints de suture des divers éléments d'une ammonite;
5° Ce qui paraît devoir le mieux réussir pour donner aux tiges des céréales la rigidité nécessaire pour résister à la verse, c'est l'aération el l'insolation.
Ces conséquences de nos études ne sont pas entièrement nouvelles : comme je l'ai dit plus haut, M. Isidore Pierre a constaté une abondance de silice dans les blés versés; M. Gaymard a fait pressentir la non-absorption du silicate de potasse; M. Caillât, notre ancien professeur de chimie, avait déjà observé la manière dont la silice est engagée dans les fibres ligneuses; enfin, bien des cultivateurs ont, comme moimême et depuis longtemps, recommandé les semis en lignes bien orientées, comme le meilleur moyen d'atténuer la verse.
Mais j'ai cru devoir communiquer ces résultats, parce qu'en ces sortes d'études on ne saurait trop renouveler les observations.
J'ajouterai que, malheureusement, le semis en lignes bien orientées n'est pas toujours suffisant, et je dois rappeler que, l'an dernier, la pièce de terre dans laquelle j'ai essayé les petits appareils de M. Outardcl, pour ramer les blés, au sujet desquels j"ai fait un rapport à la Société, avait été semée en lignes dirigées du nord au sud et cspacel^ de 30 centimètres, ce qui ne les a pas empêchées de verser a plat.
11 faut donc encore avoir soin de proportionner l'état de fécondité de la terre, à la possibilité des céréales, de ne pas trop avancer l'époque de la semaille^ etc.
Mais il est fort difficile, en pratique, de proportionner ainsi la fumure et la fécondité; ce qui est insuffisant dans certaines saisons sèches, devient surabondant en saisons humides. Et il n'est pas moins impossible de fixer l'époque la plus favorable aux semailles; le blé semé trop tard, si l'hiver est hâtif et rigoureux, se trouve semé trop tôt, si un hiver doux et humide vient développer la végétation plus qu'il ne faudrait.
11 faut donc en prendre son parti et se borner à chercher le partage des chances, ce qui ne doit pas empêcher de rechercher, avec ^1. Outarde!, quelque bon et économique moyen de ramer les parties de blé dont la luxuriance fait craindre la verse.
Mais la faucille et la faux resteront longtemps encore un très-efficace moyen, préféré par les cultivateurs, d'épainprer les blés trop forts.
Bell
Il est du plus haut intérêt de déterminer le dosage total des matières organiques dans les terres arables, de ce que nous appellerions volontiers riiumus, si ce nom n'avait pas été appliqué successivement à des parties plus ou moins complexes du terrain, et notamment à des éléments en partie solubles et contenant des matières minérales.
Quoiqu'il en soit du nom à donner à l'ensemble des matières organiques, nous allons déterminer ce problème. Nous nous proposons de doser toutes les matières organiques en masse, sans confondre dans le dosage l'acide carbonique engagé dans des combinaisons minérales, et l'eau des hydrates. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance capitale de cette détermination ; les phénomènes les plus intéressants de la pratique agricole s'y rattachent. C'est la richesse de ce dosage qui permet l'emploi fructueux des engrais énergiques tels que les guanos et les tourteaux ; c'est la pauvreté de ce dosage qui, sous l'influence de ces engrais ou des amendements calcaires, conduit si rapidement certaines terres à l'épuisement. Ainsi, dans les terrains argilo-calcaires de la basse vallée du Rbône, on a été amené à interdire aux fermiers dans beaucoup de cas l'emploi de la trouille (tourteau de colza), parce qu'elle amenait l'épuisement rapide du sol ; et même dans les fonds palustres qui semblaient doués sous ce rapport d'une richesse inépuisable, l'usage des engrais énergiques a, au bout d'un certain nombre d'années, amené le même résultat. On peut observer des effets analogues par l'emploi imprudent du noir animal et des superphosphates; et le nord ne fournirait pas à ce sujet moins d'exemples que le midi.
Sans doute la question d'épuisement est complexe; elle porte à la fois sur les éléments minéraux solubles indispensables à la vie végétale et sur les éléments organiques, et l'on ne doit perdre de vue aucun des côtés de la question. C'est un sujet que nous ne saurions trop recommander à l'étude des personnes qui réunissent les connaissances scientifiques à la pratique agricole. Chaque fois qu'elles auront réussi à expliquer dans le laboratoire les observations scrupuleuses de la pratique dans des cas particuliers, elles auront fait faire un pas sérieux à la science agricole et ne regretteront pas les dépenses considérables de temps et de patience qu'elles auront été amenées à consacrer à cette poursuite.
Des savants éminents, et pour n'en citer que deux, en Allemagne M. Liebig, en France M. Boussingault, ont déjà fait de grandes choses dans la direction que nous indiquons; mais la vie de l'homme est si courte et le champ est si vaste qu'il faut beaucoup d'ouvriers pour le cultiver. Heureusement nous sommes à une époque ou la diffusion des connaissances scientifiques du talent d'observation et de l'adresse opératoire permet d'eipérer que l'œuvre se complétera.
Le procédé que nous proposons pour le dosage de la totalité des matières organiques n'est certainement pas d'une rigueur absolue; mais il est assez simple, peut réussir entre les mains de chimistes médiocres, et donne une approximation suffisante dans la plupart des cas; et sous
ces rapports nous le croyons beaucoup plus rigoureux que les méthodes généralement pronées. Ces méthodes sont fondées sur la calcination de la terre soumise à l'expérience. Ou bien cette calcination est faite sur l'échantillon avant la séparation des carbonates par l'attaque acide; ou bien elle est faite après cette séparation.
Dans le premier cas il y a deux causes principales d'erreur. Une partie notable de terres alcalines est vivifiée et les hydrates sont déshydrates. La perte de poids de la terre est augmentée par ces deux causes et dans certaines espèces peut accuser le double et même le triple du dosage réel des matières organiques. Quand on calcine la terre dépouillée de ses carbonates^, sans doute on échappe à une cause d'erreur; mais on en crée une nouvelle, car la partie soluble des matières organiques a disparu par le lavage; si l'attaque acide a été faible, les hydrates persistent dans le résidu insoluble. Si au contraire elle a été énergique, les matières organiques ont été désorganisées, et il devient impossible de présumer ce que le résidu insoluble a pu en retenir.
Dans l'un comme dans l'auti'c cas, on ne peut se flatter d'avoir une approximation, et des essais de cette nature ne peuvent servir qu'à égarer celui qui les fait. 11 vaut sans doute infiniment mieux estimer grosso modo, les matières organiques par la réduction de l'oxide de plomb; si on n'a pas un résultat, on établit au moins un rapport entre les différentes terres soumises à l'expérience.
Mais si l'on examine de près les principales causes d'erreur de la calcination directe de l'échantillon, avant toute attaque, on voit qu'elles consistent en deux points : 1° Perte d'acide carbonique par la vérification des terres alcalines; 2" Perte d'eau par deshydratation du sesquioxyde de fer.
Sans doute, il peut se trouver un peu d'hydrate de silice et d'hydrate d'alumine; mais de nombreuses expériences nous permettent d'affirmer qu'il ne faut pas s'en préoccuper. Il faut donc pour obvier à ces deux causes d'erreur, d'abord rétablir les carbonates; en second lieu, déterminer rigoureusement l'eau de combinaison de l'hydrate de sesquioxyde.
Le rétablissement des carbonates se fait avec la plus grande facilité, en soumettant la terre calcinée à un courant lent et prolongé d'acide carbonique pur, qu'on obtient en traitant un poids de marbre blanc décuple de celui de la terre par l'acide azotique dilué, et faisant passer le courant par un tube rempli de fragments de craie. Quant à l'eau de l'hydrate de sesquioxyde, des expériences rigoureuses établissent que le sesquioxyde hydraté retient à la température de 90% température ordinaire de l'éluve, et quelle que soit la durée de la dessiccation, deux équivalents d'eau, soit 0.225 du poids du sesquioxyde. Il faut donc doser rigoureusement le sesquioxyde parles procédés connus, et retrancher de la perte par calcination de la terre 0.225 de ce dosage. Avec ces deux précautions, la détermination des matières organiques offre pour toutes les natures de terrains des résultats exacts et concordants.
Nous n'avons pas besoin de dire qu'on doit employer pour la dessiccation les pesées, et la séparation du sesquioxyde, tout le scrupuLsans lequel il n'y a rien de sérieux.
P. DE Gasparin.
blO CONCOURS GÉNÉRAL ANNUEL