Boutrais écrit de Vendôme (Loir-et-Clier), le 2 juin
Dans la campagne il a gelé le 23 et le 24, les vignes ont légèrement souffert dans quelques terrains bas et humides. I! ne reste sur les arbres qu'un très-petit nombre de fruits ; mais les récoltes en céréales permettent d'être très-belles. On fauche les prairies artificielles qui sont magniliques.
M. Chariot écrit de Nazelles (Loir-et-Cher), le 5 juin : Nos colzas sont entièrement en fleurs ; les siliques sont bien formées, toutefois beaucoup de petits vers blancs les ouvrent et les dévorent. Les blés sont en fleurs également. Les seigles commencent à verdir et à pailler. Les vignes ont beaucoup soufl'ert et nous avons remar(iué que les vrilles sont simples. Cette année on se plaint vivement des dégâts causés par les vers blancs, les limaces et les escargots. Nous avons commencé à tondre les moutons. — Le cours des blés commence à fléchir.
M. JuUien écrit de Sainte-Solange (Cher), le 6 juin :
Le jeudi, jour de l'Ascension, 30 mai, une tempête effroyable a traversé la commune de Sainte-Solange, le soir, de 6 à 7 heures, déracinant, cassant, brisant et bouleversant tout, gros arbres, maisons, récoltes, faisant grossir les rivières, principalement celle dite du Colin, qui, dans sou débordement, a perdu les nombreuses prairies qui la bordent et qui produisent les meilleurs foins de la contrée. La pluie diluvienne, la grêle, le tonnerre, tous les éléments étaient déchaînés ensemble contre les objets terrestres; ils étaient dirigés de l'ouest à l'est. Les céréales, que l'on pouvait croire complètement ravagées, se relèvent assez bien de cet ouragan, et tout porte à croire que de ce côté, le mal ne sera pas très-grand; il n'en sera pas de même de la vigne, la grêle l'a confondue. Le peu de fruits sur lesquels nous comptions a été détruit.
M. Dupont-Delporte écrit du domaine agricole et viLicole de Mont- Pierreux (Yonne), le 7 juin 1867 :
Nous touchons à la seconde partie du mois de juin, et, sauf accidents imprévus, l'on peut juger de ce que seront uos diverses natures de récoltes. Nous sommes en pleine fauchaison des artificielles. Parmi les jeunes plantes, beaucoup de trèfle, de sainfoin, de luzerne. Parmi les plantes de trois à huit ans, de l'ivraie, de la folle avoine, de la fenasse qui étoufl'ent sainfoin et luzerne. On se hâte de faucher, afin de ne pas laisser les graines des herbes mauvaises ou nuisibles, arriver à maturité. Beaucoup d'herbes dans les prairies naturelles ; malheureusement mélangées aussi d'une grande proportion d'espèces médiocres. Nos seigles sont beaux; les blés faits tard, grêles, clairs, très-herbus. Les froments se.més à temps donneront une bonne moyenne. Les orges et les avoines se sont remontées entièrement sous l'influence des dernières pluies chaudes, et aujourd'hui promettent une abondante moisson. Les rabettes de printemps, l'reillelte, le chanvre, les lentilles, les pom-
mes de terre s'annoncent au mieux. A l'exception des pois et des haricots, les légumes de champ, betteraves, carottes, navets ont fait une excellente levée. Dans le vignoble, le plant fin, c'est-à-dire le pinot, présente peu de grappes. Les plants mifins, tels que le trefîot, le romain, le côt fourniront une demi-récolte. Seul, dans cette seconde catégorie, le mercier continue à justifier sa réputation de fidélité. Les gros plants, le gamay, le sacy, le gros-noir donneront encore une large vendange. Dans les vergers, grosse cjuantité de cerises; moins de pommes et de poires qu'habituellement; peu d'abricots, de pêches et de prunes. Tous ces renseignements ne s'appliquent, bien entendu, qu'à celles de nos contrées que la gelée et la grêle n'ont point visitées. Hélas! que de points dévastés par ces deux fléaux 1 Entre autres, les vignes des fonds sont tout à fait gelées. Mais pourquoi confier de la vigne à des situations qui ne conviennent qu'aux prairies.
M. Herbo-Prévost écrit d'Eclance (Aube), le 29 mai :
Les blés quoique ayant souffert dans les terrains bas sont généralement beaux et promettent une bonne récolte ordinaire. L'épiage commence à se faire. Le temps couvert et les pluies souvent répétées sont extrêmement favorables aux orges et avoines qui, ayant été semés dans de très-mauvaises conditions, donnaient des craintes sérieuses pour la levée. Ces craintes ont disparu et il y a lieu d'espérer une récolte passable. Les seigles, très-vigoureux dans les terrains secs, laissent beaucoup à désirer sur les terres humides. Les colzas et les lins sont dans des conditions satisfaisantes. Les prairies naturelles donneront un rendement exceptionnel; mais les prairies artificielles, par suite de la trop grande humidité sont envahies par des herbes de toutes natures et fourniront peu. Le foin sera de médiocre qualité; et encore faut-il se hâter de le couper si l'on veut que le bétail le mange. Mes faucheurs sont à l'œuvre depuis le 20 mai, et, si le temps l'avait permis, j'aurais commencé plus tôt.
11 est à craindre que l'on soit forcé de retourner les luzernières; celles faites l'année dernière résisteront seules, je crois, à l'envahissement des herbes parasites. C'est une grande perte pour cette contrée, déjà rudement éprouvée par le terrible ouragan du 12 mai. La récolte des fruits qui s'annonçait devoir être abondante est en partie détruite, partout où a passé le fléau. — La semaille des betteraves se fait avec beaucoup de difficultés à cause de la compacité des terres que plusieurs labours successifs ne parviennent point à ameublir. Il en résulte que la graine lève avec une grande lenteur et les insectes ont toutes facilités de détruire les jeunes plans à mesure qu'ils apparaissent. Un nouveau désastre est venu frapper nos pays vignobles. Les gelées des 25 et 26 mai ont détruit la récolte de la vigne dans une proportion encore assez difficile à déterminer pour chaque pays en particulier, mais qui varie du quart à la totalité. Aussi nos vignerons ont-ils augmenté considérablement leurs vins.
M. le baron de Thouron écrit de Saint-Jiinien (Haute-Vienne), le
12 juin.
Encore quelques mois et nous serons fixés sur le rendement en céréales de la récolte de 1867. Jusqu'à présent, les apparences annoncent une année moyenne. La fin du mois de mai a été froide, et nous avons eu de la gelée. Quelques pommes de terre, quelques haricots et le mais ont souffert. L'on dit que dans certains fonds les seigles et les noyers ont été touchés. La vigne n'a presque rien ressenti; elle a même bello apparence. Les prairies ont été arrêtées quelque temps. En remarquant bien, l'on s'aperçoit que les jeunes herbes ont souiïert du froid. Aujourd'hui, grâce au soleil, le mal paraît réparé. Ou commence à faucher. Les bons prés sur ks hauteurs auront beaucoup d'herbe; les prés mouillés sont moins bien favorisés. La crête de coq ou tartarie y abonde La pluie, le mauvais temps, les limaçons, les insectes ont détruit entièrement les trètles semés au printemps, c'est une perte énorme. — La santé des animaux est excellente. Nos foires, qui s'étaient ralenties pendant le mois de mai, ont repris; beaucoup. On peut même dire que le bétail d'attelage est plus cher que jamais. Il n'en est pas de même des animaux gras, qui ont subi une baisse assez sensible.
M. le docteur Lecler écrit de Rouillac (Charente), le 24 mai : Je vous annoncerai avec douleur qu'une gelée a enlevé cette nuit une partie de la récolte de nos vignerons (je suis dans le pays qui produit en cognac ce qu'on appelle fin-bois). Tous les lieux bas ont plus ou moins souffert, et les probabilités
sont qu'à la floraison les pavlies épargnées auront à soufl'rir de la coulure. Malgré cela, vous trouveriez peut-être plus d'individus contents que de mécontents, car les chais sont assez bien garnis; les propriétaires espèrent une hausse qui n'aura probablement pas lieu.
M. le docteur Menudier écrit du Plaud-Chermignac (Cliarence-Inrérieure), le 10 juin :
Après quelques rares beaux jours et des pluies continuelles, nous avons eu on mai de la gelée les 23, 24 et 25. — Peu de travaux eut été faits et presque toujours l'eau les accompagnait, aussi ne sont-ils que très-mauvais. Les prés naturels él artificiels ont mal séché et les prairies des bords de la Charente sont en grande partie inondées ; la fauche des prairies élevées est commencée depuis plusieurs jours ; interrompue au début par les pluies, elle continue par un magnifique temps; cette récolle promet d'être bonne. — Les froments ont passé ileurs, donnent l'espoir d'iin produit satisfaisant, et la bai.sse se déclare dans tout notre rayon. — Les insectes continuent leurs ravages sur nos plantes potagères et nos arbres fruiliers, qui .se montreront très-avares. — Quant à notre culture la plus importante, celle de la vigne, on pense généralement que, dans les Gharentes, par suite de la gelée des dégâts causés par les insectes et de la coulure, la récolte ne dépassera pas la moitié de la dernière. — Les bestiaux ne se vendent plus aussi cher.
M. de Brives écrit du Puy (Haute-Loire), le 27 mai.
Je m'empiesse de vous adresser pour votre prochain numéro, quelques renseignements sur les résultats des gelées des 24 et 25 mai courant, dans le déparlement de la Haute-Loire. Depuis quelques jours la température s'était grandement abaissée. Le 22 et le 23 une pluie froide et neigeuse avait fait pressentir la gelée. Aussi le 24 et le 25 a-l-on été peu surpris de voir la campagne et les toitures couvertes d'un givre blanc, et le thermomètre descendre à 3 degrés au-dessous de zéro. Les effets de cette gelée se sont principalement fait sentir sur nos vignobles qui ont d'autant plus souH'ert qu'ils étaient plus avancés. Les seigles qui se trouvaient en fleurs ont dû être gravement atteints. Mais on ne pourra constaler le mal que dans quelques jours et lors de la formation des grains. Nos noyers et nos mûriers ont été grillés. On craint beaucoup pour les pommiers. Dans un jardin, toutes les pommes de terre précoces, les haricots, les asperges, les tomates, les potirons ont été emportés. Cette gelée a donc été un désastre pour nos pauvres cultivateurs.
M. de Brives écrit encore à la date du 9 juin :
La température du mois de juin a été surtout favorable aux prairies naturelles et artificielles. Aussi leurs récoltes promettent-elles beaucoup partout où l'inondation de septembre n'a pas emporté ou en-ablé les prés. Nos vesces de printemps et nos féveroles sont dévorées par des myriades de pous qui en atténueront considérablement la récolte. — Les froments sont beaux, mais leur récolte dépend encore du temps qu'ils auront pour leur floraison et leur grainaison. — Les effets de la gelée des 24 et 15 mai sont bien ceux que j'ai indiqués. Aussi tous les produits agricoles et surtout les vins et les seigles sont-ils en hausse sur nos marchés.
M. xVlamartine écrit de Saint-Martin-d'Estreaux (Loire), le 9 juin : Pendant la première semaine du mois de mai, le temps a été très-beau; mais depuis le 12 jusqu'aujourd'hui, il a été presque toujours pluvieux. Du 23 au 26 avec des giboulées de neige et de grésil, le thermomètre est descendu à 1 degré audessus de zéro, et pendant la dernière nuit, la vigne a été atteinte de la gelée dans certains endroits bas, ainsi que les haricots et la pomme de terre. Cependant à part ces trois jours de froid, qui ont aussi nui à la pousse des autres récoltes, en arrêtant brusquement la végétation, celle-ci s'est maintenue assez active', avec une température douce et surtout humide. Ce temps a été favorable surtout au froment et aux récoltes fourragères; les terres trop tassées par les pluies presr[ue continuelles avaient besoin de fraîcheur à la surface. Malgré cela, la tige du froment qui maintenant a acquis à peu près sa hauteur, est restée généralement courte; et beaucoup de champs sont remplis de mauvaises herbes, principalement d'ivraie et de vesce sauvage. Quelques-uns, et ce sont les mieux travaillés et les mieux ensemencés,. sont assez beaux et assez propres ; et on peut espérer, d'après la floraison, qui se fait par un temps assez favorable, que la récolte, quoique au-des-
sous de la moyenne, sera meilleure comme rendement en grain, sinon en paille, que celle de l'année dernière. Les récoltes de printemps, telles que pommes de terre et avoines, par suite d'une mauvaise préparation, n'out pas, jusqu'à ce moment, présenté une belle apparence. Le produit des fourrages sera partout abondant; mais si le temps continue d'être inconstant, il est à craindre que la rentrée se fasse dans de mauvaises conditions et que la qualité en soufi're. — Le pri.x du bétail est toujours élevé; les foires ne sont pas approvisionnées comme de coutume, parce que chacun, dans la perspective d'une abondance de foin, ne tient pas à vendre, et est amené à augmenter son cheptel.
M. Nebout écrit de Ferrières (Allier), le 1 1 juin :
Depuis ma dernière note sur l'état des récoltes, nous avons eu dans nos parages de rudes épreuves ; la pluie toujours la pluie et le beau temps par intervalles, puis est venu la terrible gelée du 25 au 26 mai qui a eu lieu après la neige qui est tombée le 23 et 24, ce qui ne se voit que rarement dans oetle saison, aussi l'alarme s'était-elle répandue parmi les agriculteurs. Quant à l'eft'et de ces neiges et de la gelée, l'expérience m'a appris que le mal n'était pas très-appréciable momentanément, mais qu'il ne se fait bien connaître qu'à la moisson et surtout à l'époque des battages. J'ai vu dans le jardin de l'hospice civil de Vichy des melons nouvellement plantés qui étaient abrités avec des pots à fleurs, des potirons, des tomates, harricots, pommes de terre, et mêmes les gousses de petits pois, des corbeilles de fleurs du parc impérial qui étaient complètement gelées, cependant les noyers n'avaient aucun mal ni les vignes de treilles, j'en ai vu quelques-uns de gelés dans les fonds. A Ferrières et dans les montagnes rien cependant n'a été endommagé, excepté les fougères et les bois qui se sont trouvés très-élevés ou mal tournés, mais il y eu a qui ont beaucoup soullert. — L'état général de la récolte est assez satisfaisante, les avoines et pommes de terre ne peuvent pas être plus belles, les froments sont partout atteint de la rouille, maladie qui aura une certaine influence sur la grenaison, et j'ai remarqué aussi que les épis ne sont que tout petits cette année. — Les chanvres ne valent rien, les haricots sont partout dévorés par des légions de limaçons, la récolte fourragera souffre en ce moment, car il y a beaucoup de fourrage à terre, cependant depuis quelques jours le temps s'est remis au beau, mais l'on craint qu'il ne tienne pas longtemps. Les fourrages seront en abondance celte année, aussi doit-on craindre l'annonce de ce vieux proverbe année de foin, année dcrien. — Jjans un assez long voyage que je viens de faire dans l'Allier, j'ai vu généralement les pommiers tous brûlés comme s'ils avaient été brûlés par un vaste incendie, par des innombrables essaims de chenille ; ici nos pommiers n'ont pas grand mal, mais ce sont nos chênes; à les voir de loin l'on dirait qu'ils sont tous morts. — L'état sanitaire de tous nos animaux est assez bon en ce moment.
M. Vincent écrit de liourg (Ain), le 8 juin :
Dans notre contrée, le blé présente des apparences très-diverses : très-beau dans les vallées où le sol est profond et riche; médiocre dans les parties du sol oii les labours ne sont pas profonds. Il a été remarqué que les récoltes venues sur un labour superficiel sont les premières compromises par les intempéries. — Nous avons eu une succession de pluies d'orages très-froides ; il y a même eu de la neige le 25 mai. Nous avons eu une assez forte chaleur pendant deux ou trois jours, mais la température s'est abaissée de nouveau le 3 juin. Il serait bien opportun que nous eussions un beau temps continu ; la floraison des blés le demande. Il en est de même de la floraison de la vigne. Déjà les vignerons se plaignent que les formes des grappes sont moins nombreuses que les années précédentes. La gelée des derniers jours de mai n'a atteint qu'une faible partie du vignoble de l'Ain. Les autres cultures ont un aspect passable; seulement, les semis du printemps sont dévorés en beaucoup d'endroits par les colimaçons, résultat des pluies persistantes. Les prairies sont très-belles.
M. Valin écrit de l'ArbresIe (Rbôr;e), le 4 juin :
Le 25 mai la gelée a gravement endommagé nos vignobles, la moitiéde la récolte a été détruite dans les cantons les moins éprouvés. La gelée a été si forte que dans les bas-fonds il y avait une couche de glace de plusieurs millimètres d'épaisseur sur les flaques d'eau et la terre était durcie comme par une gelée d'hiver. Une chose à noter c'est que dans ces bas-Ionds oîi l'abaissement de la température était encori.'
plus prononcé qu'ailleurs, les vignes n'ont pas souffert. L'explicalion de ce faU c'est que le soleil à son lever ne donne point sur les bas-fonds aussitôt que sur les coteaux, et comme, vers les six heures, le soleil a été voilé par quelques nuages les pousses des vignes en question ont dégelé sans subir la brusque transition du froid au chaud qui a saisi la végétation des vignes plantées sur les coteaux. Le fait milite en faveur de l'adoption des toiles-abris de ;\I. du Breuil. Les pommes de terre et les haricots ont aussi rudement souffert des effets désastreux du rayonnement. Les plantations de haricots sont généralement à refaire. Précédemment à la journée du 25 mai beaucoup de localités du Lyonnais et du Beaujolais ont été grêlées. Nos agriculteurs ont à supporter bien des épreuves sans compter que le malaise qui se prolonge et s'aggrave même parmi les populations industrielles, leur fait grand tort pour la vente de leurs denrées. Heureusement les céréales promettent une abondante moisson. Les colzas qu'on récolte en ce moment ont très-bien réussi et donneront un bon produit au dépiquage.
M. Delalo écrit de Salers (Cantal), le 10 juin :
Le mois de mai n'a point été très-favorable à notre contrée. La pluie a rendu difficile les labours et les semailles. Le 23 la neige est tombée sans discontinuer ; des vacheries ont été obligées de quitter les montagnes où elles avaient été établies depuis quelques jours. Dans la nuit du 23 au 24, une forte gelée est survenue. Elle a sévi plus ou moins dans divers endroits. Dans le canton de Salers, elle a emporté les fruits et grillé les frênes, les noyers. Les seigles ne se trouvant pas en lloiaison n'ont pas été atteints. Le canton de Pleaux, limitrophe du département de la Corrèze, a beaucoup souffert. Les seigles, en pleine floraison, ont été entièrement détruits. C'est un véritable désastre pour cette contrée qui ne cultive principalement que des céréales. — Nos bestiaux s'enlèvent à tout prix; de longtemps l'on n'a vu pareille hausse. — Les prairies fourniront du foin en abondance; les fanages sont excellents et bien fournis.
"M. Emile Dat écrit de Villasavary (Aude), le 16 mai : Mon courrier comme le précédent sera encore triste pour l'agriculture. Les semences de printemps principalement de maïs s'étaient effectuées dans de bonnes conditions, et nous travaillons aux labours d'élé, lorsqu'après un vent d'est qui depuis plusieurs jours desséchait les blés et les fourrages se sont formés d'énormes nuages chargés d'électricité dont les effets désastreux n'ont pas tardé à se faire sentir. Le 14, vers trois heures, à la suite de violents éclats de tonnerre, une grêle épaisse et volumineuse s'est abattue sur plusieurs communes du département depuis l'Ariège, par les cantons de Belpech, Fauzeaux, Montréal, Carcassonne et Minervois jusqu'à l'Hérault. Quelques-unes de ces communes auront à regretter la perte complète de leurs fruits et de leurs récoltes. Les grêlons de la grosseur d'une noix étaient de formes variées; les premiers, d'une consistance molle, s'écrasaient dans leur chute mais les derniers étaient durs et brisaient tout ce qui ne pouvait résister à leur choc. Des volailles ont été tuées. Chassé par un vent d'ouest, l'ouragan s'est dirigé par une ligne plutôt courbe que sinueuse vers le nord-est et a frappé à peu près les mêmes localités que celui du 25 mai 1866. Le 15 un nouvel orage a éclaté accompagné de grêle. A l'est du pic de Nore, dans l'Hérault, on apercevait sur la crête de la Montagne-Noire une épaisse couche de grêle qui ne pouvait être fondue le lendemain matin. Ces orages sont très-désastreux , car celle année la vigne a été dans le midi d'une précocité anormale; les bourgeons ont paru à la fin de mars et les soufrages de mai ont été faits en avril. Les vents du sud-est et de l'est sont favorables au Narbonnais et préjudiciables au Lauraguais. Ce sont les vents inverses, ouest et sud-ouest qui sont nécessaires pour ce dernier pays.