‹ Journal de l'agricultureChapitre 52 sur 527 · SUR LES CONDITIONS A REMPLIR POUR LES RONS LÂROURS · texte numérisé non relu

SUR LES CONDITIONS A REMPLIR POUR LES RONS LÂROURS

Dans le troisième alinéa de ma note sur les conditions à remplir pour les bons labours (numéro du 20 décembre 1866, page 558), on a imprimé deux fois le mot pluie au lieu de gelée. Je tiens à ne pas laisser persister cette erreur dont les termes sembleraient (pour peu que le lecteur s'attachât à la lettre plus qu'au sens) me faire approuver un système qui n'influe pas moins fatalement sur la santé du laboureur et des bêtes de trait que sur les résultats futurs des labours'. Les labours e.sécutés en temps de gelée sont, au contraire, exempts de la plupart des difficultés qu'on éprouve en labourant par un temps pluvieux : le froid stimulant l'appétit des bestiaux, le pansement devient plus facile, l'énergie des bœufs s'accroit, le sol cèco moins sous leurs pieds, la terre ne se colle pas contre le versoir, etc.

En creusant différentes parties d'un terrain quelconque par une matinée de fort ' ■ gelée, il est aisé de s'apercevoir que la congélation pénètre profondément dans le sol en raison de l'ameublissement de celui-ci; mais en revanche un terrain bien ameubli est, par cela même, beaucoup plus sujet à être tassé par les fortes pluies qui peuvent survenir avant l'arrivée des fortes gelées. La congélation, dans ce cas, no pénètre guère plus profond que si le sol n'eût pas été remué. Il est donc très-avan-

1. Si les prorerîies de Salomon ont été traduits textuellement, le vénérable roi aurait eu grandement tort, ce me semble, de dire : « Le paresseux ne labourera pas à cause du mauvais temps, mais il mendiera durant la moisson. » Proverbes, chap. xx , verset 4.

tageux, toutes les fois qu'il y a possibilité, de profiter des matinées de gelée pour exécuter certains labours préparatoires , surtout dans les terrains forts destines à être ensemencés au printemps suivant. Tout semble concourir à l'avantage de ce genre de labours dont les bons efl'els sont presque toujours immédiats!

Virgile conseillait de « labourer les terres grasses dès les premiers jours de l'année (fin décembre chez les Romains) afin que l'été pût cuire les moites. ^ En réfléchissant sérieusement on voit que, si l'auteur n'avait pas compté sur l'effet des gelées, il n'aurait pas conseillé un labourage si hâtif; et ce qui tend à me persuader davantage, c'est lorsque, plus loin, il dit aux laboureurs : « Laboureurs, demandez aux dieux des solstices d'été pluvieux et des hivers sereins. »

A.-P. Letrisson.

Depuis longtemps, on cltercbe les nioyens à adopter pour se garantir d'une façon certaine contre les fureurs des taureaux qu'on laisse libres dans les herbages. Il y a là, en effet, une grave question de sûreté publique qu'il serait bon de voir prise en sérieuse considération. Les accidents qui sont annuellement occasionnés dans les campagnes par les poursuites de ces animaux ont ému depuis longtemps les chercheurs. On a inventé, essayé, sans arriver à des résultais très-pratiques, un grand nombre d'armatures destinées à empêcher les taureaux d'être dangereux. Avant 1854, un cultivateur distingué des environs de Fécamp, M. Lachèvre, avait inventé déjà une armature en fer, pesant 3 à -4 kilogrammes, qui fut très-vite adoptée dans la contrée et qui rendit de véritables services, malgré ce qu'elle laissait à désirer. Peu à peu, des médecins-vétérinaires distingués, MM. Verrier, des éleveurs eux-mêmes, la modifièrent, tant sous le rapport de son poids que de sa forme et de son application. De 4 kilogrammes, on réduisit son poids à 1 kilogramme, et la Société centrale d'agriculture de Rouen parvint, en 1 854 , à en faire fabriquer un modèle qui ne coiitait que 8 fr.

Celte armature, dont le principe appartenait toujours à M. Lachèvre, affectait la forme d'un triangle. Une tige horizontale, traversant la cloison nasale, réunissait intérieurement les deux branches de ce triangle et était fixée par un écrou. Deux courroies entouraient à leur base les cornes du taureau et venaient se boucler à une tige transversale qui correspondait au iVont de l'animal. Une autre courroie, placée derrière le chignon, empêchait l'écarlement de ces boucles parallèles. Une large pièce, en forme de croissant arrondi, ayant une courbure en avant, était soudée vers le milieu de la branche frontale de l'iuslrument. Le croissant avait une pointe en regard du front de l'animal : elle le piquait vigoureusement dès qu'il voulait frapper avec sa tête. Ainsi maintenu, le taureau restait tranquille; sous la menace, d'une souffrance très-vive et instantanée, il se laissait toujours conduire paisiblement.

Malgré son utilité bien reconnue, cette armature avait des défauts graves. Elle faisait des plaies profondes qui se cicatrisaient souvent lentement, et parfois jamais, et l'animal de prix restait défiguré pour sa vie. On abandonna peu à peu cet instrument, et les études des praticiens firent revenir à l'emploi de l'anneau de force passé dans les fosses nasales, dont l'usage est très-commun, aujourd'hui encore, dans diverses contrées.

Un agriculteur de mérite, un chercheur qui sait trouver, M. E. Le Bas, de Tronquay, a repris dernièrement l'armature de MM. Lachèvre- Yerrier. Il l'a modifiée d'une façon ingénieuse, et nous sommes heureux de donner la description de cette nouvelle armature représentée par la figure 14.

L'armature LaclièvreYerrier paralyse à tout jamais l'attaque de front ; il suffit qu'une fois l'animal ait voulu en user. Mais il ne tarde pas à reconnaître que les deux autres moyens d'attaque lui restent. Il n'est donc pas, comme on l'a dit, entièrement désarmé. Il faut pourtant qu'il le soit. Dans le but d'obtenir l'annihilation de ces trois forces, voici ce qui a été fait par M. Le Bas :

Sur le croissant de l'armature (fig. 1 U), on a rivé une barre transversale, dont chaque extrémité, en forme de cuiller, vient se placer en face de celle des cornes et un peu au delà. Pour maintenir la fixité de l'appareil, fixité qu'aurait pu compromettre la barre ainsi mise en équilibre et en même temps rendre plus puissant l'effet de bascule sur la cloison nasale, on a placé, à la base du croissant, une queue qui vient s'attacher sur le centre d'un cercle qui, lui, à hauteur du nez environ, s'appuie sur les bi'anches latérales. Enfin, on a cannelé le milieu de la cheville ou tige devant traverser la cloison nasale; celleci a été perforée à l'emporte-pièce. Les choses ainsi disposées, on a jilacé l'appareil sur un taureau dangereux. Rendu à lui-même, l'animal a voulu reprendre ses anciennes allures : il a heurté sa mangeoire, puis, tour à tour, lescôtés de sa stalle.

Partout il a trouvé grande et même douleur; il en a gardé le souvenir et n'a point recommencé. La pointe du croissant s'est trouvée trop éloignée pour pouvoir fonctionner; du reste, elle me paraît superflue.

L'expérience a fait reconnaître divers inconvénients : 1° la partie supérieure du

croissant , inutile s'engage

Taureau muni de Tarmatuve de M. Le Bas.

d'ailleurs,

trop facilement dans les branches d'arbres ou de haies et dans les fils de fer servant de clôture; 2° la tête est trop couverte; il est difficile de la tenir propre; 3" si les cuirs d'attache se rétrécissent ou s'allongent, le mouvement se fait sentir sur la cloison nasale; 4° il est impossible de retirer l'appareil sans enlever aussi la cheville qui traverse cette cloison; 5" difficulté d écarter ou de rapprocher du nez les branches latérales.

M. Le Bas a remédié à ces inconvénients, sans compromettre en

rien la puissance de l'appareil, en le réduisant aux deux branches latérales tenues plus longues, à la barre transversale à cuiller et à la cheville. Chaque branche latérale est, en bas, percée non pas d'un trou rond, mais d'une rainure de longueur proportionnée au mouvement présumé de va-et-vient des cuirs. La cheville possède à chaque bout un pas de vis avec écrou. Au haut de chaque branche latérale est rivé un clou à pas de vis aussi avec écrou; la bande ou barre à cuiller est percée de deux trous ronds dans lesquelles clous à vis viennent s'engager. Il va sans dire que les branches latérales sont, à parlir du point d'attache avec la base des cornes, coudées et inclinées de telle sorte que la barre à cuiller se trouve en face de l'extrémité de ces cornes et à distance convenable pour le mouvement de bascule. Au surplus, si le système de l'appareil est trouvé bon, d'autres praticiens viendront encore améliorer sa structure. Le progrès se fait petit à petit, et chacun, successivement, ajoute des perfectionnements aux découvertes du voisin.

Georges Barral.

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