Voirie numéro du 5 janvier, p
eaux, pour laisser croître cotte provende, l'y nourrir lui-même abondamment afm d'améliorer la croissance et en tirer parti comme de tous les autres animaux soumis à la stabulation. Malheureusement les parcs manquent, les viviers n'existent pas ou existent seulement sur le papier; les demandeurs trouvent dans les populations riveraines des adversaires acharnés et inintelligents. Comme si ce n'était pas assez, pour des hommes de bonne volonté, d'avoir à lutter contre les colères de la grande mer, sans avoir encore à s'occuper des chicanes mesquines de voisins arriérés! Le domaine de la mer est pourtant bien vaste, et contient assez de place pour tous les appétits!
Aveugle qui ne le voit pas! Mais les impuissants seront éternellement les plus jaloux !
H. DE La Blanchère.
Mon cher Directeur, je vous ai promis de vous donner des détails sur la culture du maïs-géant, que l'on nomme en Allemagne maïs dent de cheval. Ce maïs a l'avantage de pouvoir être semé en seconde récolte, et d'être bon à couper à une époque où il n'y a plus de fourrage vert, pour ceux chez lesquels la luzerne ne réussit pas. J'en avais obtenu en 1865 un produit si considérable, que j'en ai augmenté en 1866 l'étendue ensemencée.
Après du seigle fauché vert, on a conduit par morgen de 25 ares huit voitures de fumi r, du poids d'environ 2,000 kil. chacune, et on a répandu 6,000 litres de purin, puis on a donné un profond labour (soit 64,000 kilog. de fumier par hectare et 24 mètres cubes depurin). Dans une terre ainsi préparée, on ne pouvait pas employer le semoir. On a répandu la graine à la main, en la laissant tomber dans chaque 2' raie, de manière que les lignes de maïsse trouvaient espacées à O".*! 5 et à O^.IS dans les lignes. On a ainsi semé, les 7 et 17 mai 1866, deux morgens (50 ares), en employant par morgen 25 litres de graine qui m'a coûté d'achat 40'fr. les 100 kil., à quoi il faut ajouter le port de Mannheim ici. — Immédiatement après avoir semé, on a roulé. — Le 18 juin on a biné à la pioche la partie qui avait été semée la première, le 27 la seconde partie. Le 25 aolit les premiers panaches se sont montrés et on a commencé à couper le maïs pour les vaches. On l'a coupé à la faucille. Outre ces deux morgens, j'ai fait semer à la volée, le 30 mai, 24 litres de graine sur un espace de 15 ares.
Le maïs-géant ne talle pas, chaque graine ne donne qu'une tige. Je voulais voir si en semant plus épais ou n'aurait pas plus de fourrage avec des tiges moins grosses. J'ai effectivement obtenu ce résultat, et j'ai fait l'économie du binage. Mais une forte pluie, qu'accompagnait un grand vent, a fait coucher une grande partie de ce maïs, et je crois que, dans une terre très-riche, on doit semer en lignes en donnant l'espace que j'ai indiqué.
Je n'ai pas pu peser toute la récolte, je viens de peser le produit d'un are, et j'ai trouvé 928 kilog., ce qui donne, pour un morgen de 25 ares, 23,000 kil., soit 92,800 kilog. à l'hectare. — Les tiges avaient
en moyenne 3"'. 50 de hauteur jusqu'à l'extrémité du panache, et il y ea a eu quelques-unes qui atteignaient A mètres. — Je ne crois pas que l'on puisse obtenir de tout autre fourrage un produit aussi considérable; mais malheureusement la qualité ne répond pas à la quantité et les vaches qui ont été uniquement nourries de ce fourrage ont présenté une lactation beaucoup moins considérable. Le même résultat a été observé chez Mme de Gœlhorn, à Yaudrevange.
Vous avez bien voulu m'offrir de faire l'analyse de ce maïs, je vous en envoie, coupée en morceaux de 0'".40, une tige qui était haute de 3™. 75. Elle est emballée dans de la mousse humide pour qu'elle ne se dessèche pas pendant le voyage. J'espère que le résultat de l'analyse nous apprendra si nous devons renoncer à la culture de ce mais, ou s'il sera avantageux de la continuer, en ajoutant à la ration des tourteaux ou toute autre substance élémentaire fournissant les principes azotés nécessaires à une bonne alimentation. A'os lecteurs se rappelleront qu'il doit exister un certain rapport entre les substances azotées et les substances non azotées qui forment la nourriture, et que pour obtenir tout l'effet utile des aliments ce rapport est estimé devoir être comme 1 est à 5.2. — C'est-à-dire que pour une partie d'aliments azotés, il faut 5.2 parties d'aliments non azotés. — Ce sera un nouveau service que vous aurez rendu aux cultivateurs.
Il y a environ quinze mois que, rendant compte de la culture du maïs-géant chez moi, je disais que les vaches qui en étaient nourries donnaient beaucoup de lait et un lait riche en beurre. Celte contiadiction m'a amené à examiner les circonstances particulières de mes deux expériences et à rechercher les causes d'une telle différence observée dans la valeur d'un fourrage dont la culture prend tous les jours plus d'extension.
L'année 1 8G5 a été d'une chaleur et d'une sécheresse exceptionnelles ; toutes les plantes devaientcontenir plus de principes nutritifs. En 1866, par une température continuellement basse et humide, les plantes destinées à la nourriture du bétail ont été, au contraire, très-aqueuses. Les plaintes des cultivateurs sur la qualité des fourrages sont unanimes. Les chevaux nourris de trèfle vert engraissent ordinairement à une époque où ils n'ont pas de travaux pénibles à exécuter. En 1866, ils suaient^ maigrissaient et manquaient complètement de vigueur. Le prix exagéré de l'avoine forçait à la ménager. Beaucoup de cultivateurs n'en avaient plus et le trèfle semé au printemps dernier, atteignant après la récolte du seigle une hauteur de O^.SO, fleurissant en septembre, offrait une si belle apparence qu'on ne pouvait pas croire qu'il ne fût pas pour toutes les bêtes une excellente nourriture. — Donc, pour pouvoir juger équitablement le maïs, il faudrait aussi analyser le trèfle et comparer les deux plantes pour les principes nutritifs qu'elles contiennent.
Mais, pour ce qui me regarde, ce n'est pas encore tout. On sait quelle a été en 1865 la disette de fourrage; le trèfle a complètement manqué: les bêtes ont été dès le mois de juillet nourries de foin. Pour suppléer à la nourriture verte qui leur manquait, je donnais aux vaches en boisson une petite quantité de tourteau, qui leur a été continuée pendant le peu de temps qu'elles ont été nourries de maïs. Ce tourteau a certainement modifié la ration ; peut-être a-t-il sufli pour la rendre complète.
Je livre ces remarques à ceux qui voudront faire des essais. Par là du reste on peut voir une fois de plus combien les expériences en agriculture sont difficiles à faire avec exactitude. F. VlLLEROY
Cultivateur au Rittersliof (Bavière rhénane).
La tige de maïs qui nous a été envoyée par M. Villeroy et dont la hauteur était de 3"'. 75, était encore fraîche au moment où nous l'avons reçue. Le poids total était de 1,349 grammes. Après la dessiccation à l'air libre pendant quinze jours, ce poids se réduisit à 843 grammes. La perte éprouvée par ce fourrage à l'air libre est donc de G2.À9 pour 100. Par la dessiccation à l'étuve de Gay-Lussac, on a trouvé que l'eau totale de la plante fraîche est de 88.24 pour 100. En séparant les différentes parties de la tige on a trouvé qu'elle se composait ainsi :
Tige proprement dite 9.'j8 grammes.
Feuilles 231 —
Panicule et épis à peine formés 160 —
Total 1 , 349 grammes.
Les méthodes ordinaires d'analyse appliquées aux trois parties pour la détermination de l'eau, des matières organiques, des matières minérales ou cendres, de l'azote, de l'acide phosphoriquc, de la cellulose, ont donné les résultats suivants, les matières étant à l'état frais :
Tige Feuilles, Panicule
proprement dite. et épis.
Eau 88. ô5 85.25 90.55
Matières organiques.... 10.83 13.35 9 02 .
Matières minérales ou cendres 0.62 1.40 0.43
Totaux 100.00 100.00 100.00
.\zote pour 100 0.03 0.19 O.OS
Aciile phosphorique pour 100 0.03 0.09 O.IO
Cellulose pour 100 4.41 . 4.11 1.92
Les cendres des trois parties sont fortement alcalines, particulièrement celles de la tige et des feuilles ; elles donnent unejégère effervescence avec les acides ; elles contiennent de la chaux, de la potasse, des chlorures, des carbonates, des sulfates et des phosphates.
Si l'on ramène par le calcul les résultats précédents des analyses au cas où la plante serait considérée comme absolument sèche, on trouve pour représenter sa composition les chiffres suivants :
Tiye Feuilles. Panicule
proprement dite. et épis.
Matières organiques 94.58 90.51 95.46
Matières minérales ou cendres 5.42 9.49 4.54 ■
Totaux 100.00 100.00 100.00
A20te 0.25 1.28 0.88
Acide phosphorique pour 100 0.27 0.58 1.04
Cellulose 38.50 27.87 20.29
On voit, ce qui est du reste à peu près général pour toutes les plantes, que la cellulose est plus considérable dans la tige et que l'acide phosphorique va en augmentant, quand on passe de la tige au panicule et aux épis (lesquels n'étaient pas encore complètement formésj. On peut encore reprséenter d« la manière suivante la composition des différentes parties de la plante ' :
1. Pour avoir les matières azotées on a multiplié par 6.25 la proportion d'azote. La cellulose a été dosée directement par des lavages successifs au moyen des alcalis et des acides et ensuite dessiccation.
A l'état frais. A l'état sec.
Tige. Feuilles. Panache. Tige. Feuilks. Panicule
et épis.
Eau 88. .iô 85.2.5 90.55 » »
Matières azotées u.20 1.19 0.50 1.56 8.UÛ' 55.50
Matières hydrogénées (gomme ,
sucre, etc.) ë.n 8.05 6.60 ô'i.52 54.6't 69.67
CeUulûse A. kl 4.11 1.S2 38 50 27 87 20.29
Pliospliale (le chaux 0 07 0.20 0.22 0.59 1.27 2.29
Autres matières minérales 0 55 1.20 0.21 4.83 8.22 2.25
Totaux 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00
Il est facile maintenant de se rendre compte de la composition de la plante entière de maïs-géant lorsqu'elle est intégralement donnée au bétail ; en effet, la tige, les feuilles et le panache, d'après les chiffres précédents, sont dans le rapport suivant :
A l'eiaL frais, A l'état sec.
Tige 71.02 68.61
Keuillcs 17.12 21.93 '
Panicule et épis 11.86 9.46
Tottux 100.00 100.00
Par de simp'es calculs de proportions, on obtient pour l'ensemble de la plante la composition suivante :
Plaute totale à l'état frais. Plante totale à l'état sec.
Eau 88.24
Matières organiques 11.05 93.94
MatiOres minérales ou cendres. .. . 0.71 6.06
Totaux 100.00 100.00
AzotepourlOO 0.06 0.53
Acide phosphorique pour 100 0.05 0.42
^ CeUulûse pour 100 4.05 34.43
On peut encore indiquer cette composition de la manière suivante :
Plaïuc totale à l'état Irais. Plante totale à l'état sec.
Eau 88.24 «
Matières azotées ou albuminoïdes. 0.37 3.31 Matières hydrogénées ( gomme ,
sucre, etc.) 6.63 56.20
Cellulose 4.05 34.43
Phosphate de chaux 0.11 0.92
Autres matières minérales tl.60 5.14
Totaux 100. OU 100.01)
Le trèfle à l'état vert contient 0.50 d'azote pour 100 et la luzerne verte 0.^5. Onvoit donc que le maïs-géant îi l'état frais ne vaut, au point de vue des matières azotées (0.06 d'azote), que le septième environ de ces deux fourrages verts. Il est bien entendu que ces chiffres ne se rapportent qu'au maïs provenant de la récolte de 1866, qui a pu être de qualité inférieure, ainsi que M. V'illeroy l'a fait remarquer. Si on le .compare à d'autres substauces données à l'état frais comme nourriture au bétail on trouvequel'équivalentnutritifdu maïs-géant ci-dessus analysé, en ne tenant compte que des matières azotées, est à peu près le quart de celui des betteraves et des carottes, le tiers de celui de? rutabagas, la moitié de celui des navets ordinaires. Les feuilles sont plus nutritives, elles équivalent à. peu près à l'état frais à la betterave, au\ rutabagas, aux carottes»
La quantité d'eau est très-considérable ; l'aliment devient beaucoup plus riche en matières nutritives lorsqu'on le laisse sécher. Mais, même alors, le maïs géant n'équivaut qu'à la moitié euviron du bon foin de prairie. Ce sont les matières sucrées de la tige et des feuilles qui expliquent l'appétence du bétail pour cette nourriture.
J.-A. Barral.
LA RÉFORME SÉPICICOI^. 147
ri
LA RÉFORME SÉRIGIGOLE. — \'
Depuis que nous suivons la voie laborieuse qui a pour but le salut de la sériciculture, le temps a marché et nous presse; l'opinion publique a parlé et nous devons nous incliner devant sa toute-puissance. De tous les côtés nous est venue cette idée, cette pensée avec la forme impérative : concentrez tous vos efforts' sur la question de la graine et laissez au second plan la question de la magnanerie hygiénique, industrielle et m-obile. Le temps seul nous ferait une loi d'obéir à cette pression impérative de l'opinion publique, si l'état présent de la sériciculture ne nous en faisait pas un devoir.
Le point saillant aujourd'hui, dans cette industrie, c'est le péril qu'elle court par la destruction commencée, et de plus en plus intense, du mûrier; du mûrier, un des trois éléments qui, avec la magnanerie et le ver, concourent à la production de la soie. Il ne faut pas oublier que depuis quinze ans les éducateurs ne font que des pertes et qu'ils seraient plus heureux et plus riches si, dès l'apparition de la pébrine, ils eussent arraché leurs mûriers et cherché d'autres produits; il ne faut pas oublier que les graines du Japon n'ont pas répondu aux espérances des éducateurs sous le rapport delà pureté et encore moins sous le rapport du produit en filature. Il faut tenir compte de ce fait que la main-d'œuvre devient rare et chère pour les grandes magnaneries et pour les moyennes, que les graines indigènes à cocons jaunes valent jusqu'à I franc le gramme, et que les graines du Japon seront, cette année, moins abondants, moins pures et plus chères.
Nos lecteurs ne seront donc pas sui'pris si, pour résumer cette situation périlleuse, nous citons un fait bien significatif et bien connu dans nos contrées, c'est l'intention arrêtée chez un de nos premiers éducateurs d'abattre, cet hiver, un nombre de mûriers suffisant pour nourrir les vers à soie de 40 onces de graine. Cet éducateur, lauréat d'un concours régional, honoré de cette grande récompense pour ses succès en sériciculture, se fonde, pour justifier cette destruction, d'abord sur les considérations ci-dessus exposées, et ensuite sur le fait qu'il n'a pas un local suffisant pour élever ces 40 onces et sur cette particularité que, bien que placé près d'un gros bourg de 4 à 500 feux, il ne trouve personne à qui les donner à faire ni à 'qui vendre sa feuille.
Telle est la situation périlleuse de la sériciculture, situation qui ne lui laisse qu'une issue, l'association des éducateurs pour produire la graine. Nous savons bien qu'outre cette issue unique, il y a des demi-mesures, des moyens termes, mais le mal est si grand que nous ne croyons pas devoir nous y arrêter en ce moment, sauf à les apprécier et les juger plus tard.
Mais si la nécessité d'une association des éducateurs nous paraît de la dernière évidence, nous ne pouvons nous dissimuler qu'il faudra surmonter des obstacles formidables avant d'arriver à cette réalisation. Le premier de ces obstacles est celui qui ressort de l'association elle-même et des œuvres multiples qu'elle aura à innover ; le deuxième de ces obstacles se trouve dans les illusions, encore nombreuses et tenaces, qui font croire aux éducateurs que la spéculation et le commerce peuvent leur fournir des graines présentant quelque garantie. Le troisième de ces obstacles, et c'est le plus considérable, est celui qui se trouve dans les illusions qu'a fait naître le beau mémoire de M. Pasteur, présenté à l'Académie des sciences sous ce titre : Nouvelles éludes sw la maladie des vers à soie, mémoire reproduit par un grand nombre de journaux agricoles, et qui tire du nom de son auteur une importance des plus grandes. Il ne faut pas perdre de vue que, pour organiser les éducations spéciales de graines, en dehors de la zone infestée, dans le nord de la France, en Corse, en Algérie, il faut d'abord rechercher et trouver
1. Voir le tome !"■ du Journal de V Agriculture, pages 320 et 461, et le tome II, pages 46 et 163.
148 LA RÉFORME SÉRICIGOLE.
les graines rares quisont restées pures; qu'il sera peut-être nécessaire, pour décider les détenteurs de ces graines, de leur offrir, outre des prix élevés, la perspective de primes considérables, 10,000, 15,000 francs peut-être plus, tout détenteur, sûrde sa graine, sachant bien lé prix qu'il peut en tirer; ces graines trouvées et achetées, il restera à trouver dans le nord de la France, en Corse, en Algérie, des plantations à portée des villages, des bourgs ou des villes poury installer ces petites éducations réduites à 3 ou 4 grammes; toutes choses qui ne peuvent se réaliser que par une association formée au minimum de 800 à 1,000 adhérents ou fonlateurs souscrivant chacun 100 francs: nommant un directeur général, un administrateur, des directeurs spéciaux, des éducations de graine en nombre- proportionné aux éducations que l'association voudra ou pourra installer soit dans le nord de la France, soit en Corse, soit en Algérie; il faut de plus que toutes ces choses soient faites, organisées et prêtes de manière à ne pas manquer l'ouverture de la campagne séricicole qui commence tôt eu Algérie, plus tard en Corse, plus tard dans le nord delà France, mais qui doit toujours, en moyenne, commencer en avril ou mai. — Si rien n'est prêt, ou si tout n'est pas bien prêt à cette date, c'est une année perdue pour l'avenir, c'est 50 à 60 millions à jeter encore une fois dans le gouffre toujours béant ouvert par la pébrine.
Les illusions qu'mspirent le commerce et la spéculation, bien qu'ébranlées par quinze ans d'insuccès et de revers, par des déceptions innombrables et ruineuses, n'en sont pas moins très-répandues et très- tenaces, et elles opposeront un obstacle très-sérieux à la propagation rapide de l'idée d'une association à fonder pour organiser des éducations spéciales de graines réduites à 3 ou 4 grammes en contrées non infestées. Nous donnerons, pour détruire ces illusions, une lettre publiée par le Monileur des soies, et signée par M. Schuell, chancelier du consulat suisse au Japon. Cette lettre contient la critique la plus complète qu'il soit possible de faire de la spéculation et du commerce, considérés comme agents de production et de transmission des graines de vers à soie.
Le grand danger, l'illusion périlleuse qui ressort du mémoire de M. Pasteur, c'est de laisser aux éducateurs cette espérance que, dans l'avenir, ils pourront trouver dans des chambrées industrielles placées dans la zone infestée , à l'aide d'un signe microscopique, un moyen pratique pour faire de la bonne graine, et l'espérance beaucoup plus dangereuse encore, qu'ils pourront faire de la graine industrielle avec des papillons corpusculeux, c'est-à-dire malades. Ce n'est pas la partie scientifique du travail de M. Pasteur que nous attaquons; ce travail nous a inspiré la plus grande admiration par son 'étendue, par la multiplicité des expériences sur lesquelles il repose et qui sont acquises à la science, par l'importance des appréciations qu'il contient sur l'analogie de la pébrine avec la phthisie, sur l'inlluence des mauvaises conditions de la magnanerie actuelle et des mauvais procédés du grainage en grand pour reproduire la situation actuelle en pleine prospérité, sur la puissance régénératrice des petites éducations.... Ce que nous attaquons dans le mémoire de M. Pasteur, ce sont les conclusions pra^ tiques de ce travail, c'est la va.\ear pratique da sh^ne microscopique tiré de l'absence des corpuscules dans les papillons sains, c'est la valeur pratique du procédé pour faire de la graine et la méthude simpliste et non intégrale de M. Pasteur, qui, n'étudiant que les corpuscules, lui a fait négliger l'élément miasmatique de la pébrine et supprimer, dans son mémoire sur cette maladie, le nom môme qu'elle a reçu.
M. Pasteur dit avec raison que les corpuscules sont le signe anatomique de la maladie actuelle, que toutes les maladies du ver à soie, sauf la muscardine et la grasserie, ne sont que les formes différentes de cette maladie, et il nous révèle l'existence des corpuscules dans le corps d'une chrysalide desséchée depuis 1838. De son côté, M. Dusseigneur dit : « Je ne pense pas qu'en 1843 peisonne eût signalé, dans un travail quelconque, la tache qui constitue la pébrine proprement dite; ce caractère ne paraît arriver que dix ans plus tard. » Il y a, dans ces deux affirmations, une contradiction apparente, impossible à expliquer sans l'étude de
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l'influence miasmatique des vers pébrinés en putréfaction, et, comme cette étude peut nous mener à la cause première de la pébrine, nous allons donner des faits qui serviront de jalons dans cette voie nouvelle.
Qu'est-ce que la pébrine? Est-ce une maladie nouvelle? N'est-elle, comme le dit M. Pasteur, qu'une forme nouvelle de la maladie corpusculeuse qui a toujours existé dans les magnaneries? Pour M. Guérin-Meneville, la maladie des petits, la gattine ou la pébrine sont aussi synonymes, et M Guérin-Meneville dit que dans cette maladie, le Uuide nourricier ne contient presque plus de globules, qu'il est rempli d'une quantité considérable de corpuscules vibrants, et qu'il offre constamment la réaction alcaline. Outre cette réaction alcaline que nous croyons avoir constatée, les cadavres des vers pébrinés offrent tous, lorsqu'ils sont putréfiés, une odeur particulière et spéciale qui est la mcme, soR qu'on dissèque des vers pébrinés et atrophiéscommeily enatant, soit qu'on observe des vers pébrinés ayant tout leur développement, non atrophiés, et ayant succombé après l'apparition de taches à peine perceptibles vers les pattes antérieures. Nous pensons que ces vers ont succombé par le fait d'un empoisonnement miasmatique aigu et très-rapide, qui n'a pas laissé à l'atrophie le temps de se produire. Dans les cas les plus ordinaires, l'atrophie, qui est un des symptômes saillants de la pébrine, se produit presque toujours.
Voici un fait bien observé k l'appui de l'influence que peut exercer, et du rôle que peut jouer l'élément miasmatique dans la pébrine.
Nous avons étudié la pébrine, non-seulement pendant toute la campagne séricicole de 1866, mais encore pendant tout l'été et jusqu'en septembre, grâces aux éclosions successives des races polyvoltines. Nous avions établi un laboratoire dans notre cabinet et un autre dans la pharmacie de M. Brunier, à Saint-Marcellin, transportant dans ces deux ateliers touç les vers mala les que nous trouvions dans les villages voisins; disséquant tous les morts, les étudiant à la loupe et en dernier lieu au microscope.
Un jour, nous trouvâmes dans la pharmacie de M. Brunier un très-beau ver non atrophié, ayant opéré la quatrième mue, mangeant très-bien au milieu d'autres vers pébrinés et languissants; en l'examinant avec une bonne loupe, nous aperçûmes une tache très-faible vers les pattes antérieures, et la montrâmes à M. Brunier, en lui annonçant la mort probable de ce ver. 11 mourut en effet le lendemain, et, voulant le disséquer, nous le fîmes enfermer dans une boîte, où il fut oublié. Au bout de deux jours, M. Brunier cherchant d'où pouvait venir une odeur infecte qui remplissait sa pharmacie, finit par trouver cette boîte, où le ver se trouvait en pleine putréfaction ; nous avons constaté nous-même que ce ver seul infectait cette pharmacie, malgré l'ouverture fréquente de trois portes ; or, cette pharmacie, mesurée par nous, cube 60 mètres; on peut se faire une idée, par ce fait, de l'énorme puissance miasmatique qui réside dans un seul ver pébrine en putréfaction, et de l'in'ection miasmatique des grandes magnaneries, qui contiennent parfois les cadavres pébrinés et putréfiés de 10, 15, 20 et 30 onces de graine, soit en moyenne 200,000, 400,000, 800,000 et jusqu'à 1200,000 vers à soie. 11 nous semble qu'il y a là un élément essentiel qu'il ne faut pas négliger, si l'on veut arriver à expliquer le dévelopement spontané de la pébrine, qui est une maladie de magnanerie, comme le typhus et la pourriture d'hôpital sont des maladies d'hôpital. Est-ce par les corpuscules, est-ce par les miasmes, que la maladie se développe et S3 propage? Il est probable que ces deux causes agissent simultanément, mais dans le cas où la pébrine se développe par le fait du transport de 35 kilogrammes de cocons sains dans un seul panier, expérience fournie par M. Pellegrin, moulinier à la Sone (Isère); dans ce cas, disons-nous, le développement de la maladie ne peut être attribué qu'à une influence miasmatique; l'influence miasmatique de la pébrine ne doit pas être plus négligée dans l'étude de cette maladie qu'on ne doit négliger l'influence de la purulence des salles de chirurgie, au point de vue de la production du typhus ou de la pourriture d'hôpital.
Lorsque nous avons émis cette affirmation hardie, que M. Pasteur ne trouverait
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point de chambres saines pour l'application de son procédé de grainage, nous avons eu la certitude que cette affirmation provoqueraitJ'étoiinement, le doute et l'incrédulité, en dehors des départements séricicoles, et nous avons reconnu la nécessité de l'appuyer par des preuves irrécusables.
Dans les pays de sériciculture, chacun sait les recherches, Jes essais, les tentatives infructueuses pour obtenir des graines pures, en recourant h des chambrées bien réussies, et qui ne présentent pas des signes bien apparents de pébrine; chambrées très-rares du reste et très-difficiles à trouver au milieu de l'infection générale. L'insuccès de ces .graines, dites de reproduction, est un premier argument en faveur de notre thèse; l'inutilité des recherches de M. Roux, malgré la certitude de son moyen de diagnostic, basé sur la longévité des papillons et sur l'absence des autres signes, cette inutilité, disons-nous, est un deuxième argument plus puissant encore que le premier, puisque les recherches de M. Roux portaient sur des chambrées d'élite, faites dans des condilious exceptionnelles; mais, outre ces arguments, telle est la force de la vérité, qu'elle se fait jour malgré tout et que nous allons trouver dans le mémoire de M. Pasteur lui-même une preuve irrécusable à l'appui de la thèse que nous soutenons, savoir qu'il ne trouvera pas dans le milieu séricicole actuel des chambrées saines en nombre suffisant pour produire avec quelque garantie une quantité, même restreinte, de graine. A la section xiii du mémoire de M. Pasteur, nous trouvons le passage suivant où il dit : « La maladie actuelle a toujours existé. Il n'y a qu'exagération d'un état de choses en quelque sorte inhérent aux éducations industrielles. Des causes mal connues l'ont développé outre mesure. Cependant, il serait facile, par des grainages pratiqués sans autre intérêt que celui de produire des œufs en abondance, et aussi par des éducations dans un air humide, non renouvelé, de faire naître la situation actuelle, même en pleine prospérité. Il est donc probable qu'il n'y a rien de mystérieux, ni dans la maladie ni dans ses causes. La maladie existe au Japon, souvent très-développée, dans telles ou telles chambrées individuelles. Mais,landis qu'il est rare aujourd'Inii de trouver en France une chambrée dont les papillons ne soient pas corpusculeux, il en existe beaucoup de telles au Japon, surtout parmi les chambrées polyvoltines, et dans les autres, le nombre des papillons corpusjuleux est relativement faible en général. »
Mais, s'il est rare de trouver aujourd'hui en France une chambrée dont les papillons ne soient pas corpusculeux, comment sera-t-il possible aux éducateurs français d'appliquer le procédé de M. Pasteur pour faire de la graine? Évidemment cette application sera impossible en France. Le sera-t-elle davantage au Japon, comme semble l'indiquer M. Pasteur?
Nous allons détruire cette dernière illusion. M. Pasteur dit : « Il serait facile par des grainages pratiqués sans autre intérêt que de produire des œufs en abondance et aussi par des éducations dans un air humide non renouvelé, de faire naître la situation actuelle en pleine prospérité. >»
Nous allons donner le texte d'une lettre de M. Schnell, chancelier du consulat suisse au Japon, et dans cette lettre nous soulignerons un passage duquel il résulte que, depuis 1865, les grainages du Japon ont été pratiqués sans autre intérêt que de produire des œufs en abondance, par les Japonais eux-mêmes, et que, de plus, des grainages en grand, en tout semblables à ceux qui ont détruit les races des autres pays, y ont été installés par des graineurs européens.
En admettant l'hypothèse impossible suivant nous, où il existerait des chambrées saines en nombre suffisant pour produire h l'aide du procédé de M. Pasteur toutes les graines nécessaires aux 28 départements séricicoles, il serait dangereux de recourir h. ce procédé, puisqu'il est avéré aujourd'hui et admis par tous les éducateurs ' que la dégénérescence de nos races de vers à soie a eu, pour point de départ et cause première, ce fait qu'on a toujours pris les cocons de graine dans des éducations industrielles. Plus dangereuse encore serait cette idée de M. Pasteur, lequel après avoir dit « que pour faire à coup siîr de la bonne graine, il fallait s'adresser d'abord aux papillons non corpusculeux, » ajoute : « sauf à rechercher plus
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tard la limite de la tolérance à accorder aux papillons corpusculeux pour eii tirer de la graine industriellement. »
Nous repoussons cette tolérance; si M. Pasteur avait vécu toute sa vie au milieu des magnaneries, si comme nous il> en avait dirigé de grandes, de moyennes et de petites, il serait pénétré comme nous des périls inhérents aux éducations industrielles, tant à cause des défauts de la magnanerie qu'à cause du peu de soins des éducateurs, de leur ignorance et de l'impossibilité où ils sont de comprendre toutes les précautions qu'exigent la préparation de la graine, réclusion, les mues et surtout la grande phase critique de la quatrième mue et de la montée. Dans notre pensée, une éducation industrielle, pour réussir, doit être, comme une place de guerre, enlevée d'assautpar des iroupes d'élite, c'est-à-dire par des races emièrement saines et soustraites à toute espèce d'inlluence d'hérédité morbide. La lèpre et la pébrine se développent par voie spontanée, par voie contagieuse et par voie héréditaire : quel est le médecin qui, par tolérance, oserait conseiller un mariage avec un sujet atteint de la lèpre, même à un très-faible degré? Tous les médecins ne savent-ils pas combien les mariages entre phthisiques seraient dangereux, et combien sont nombreuses les victimes de l'hérédité morbide qui marchent à la mort prématurée par la voie douloureuse
Nos éducations spéciales réduites à 3 ou 4 grammes ont pour but de former des groupes, des familles bien homogènes, bien identiques sous le rapport de la race, du tempérament, de la manière d'opérer les mues, de monter à la bruyère, de faire leurs cocons; nous n'admettrons point de tolérance pour les vers faibles ou malades, ils seront tous sans exception éliminés; nous n'admettrons point de tolérance pour celles de ces petites éducations qui présenteront des signes de pébrine, elles seront toujours détruites. A l'aide de ces précautions nous arriverons, après une ou deux années, à posséder des races très-pures, très-rustiqnes et bien homogènes, conditions hors desquelles nous n'admettons pas qu'on puisse affronter les périls des éducations industrielles.
Félix Achard,
Docteur eu médecine à. Saint-Marcellm (Isère) .
{La suite prochainemenl .)
J'ai déjà fait allusion aux difficultés que la recrudescence de la peste bovine a fait surgir et qui ont failli empêcher l'exposition des races bovines au Concours de Smitlifield comme à celui de BirmiiTgham. Après plusieurs entrevues avec le président du Conseil privé, la permission tant désirée a été enfin obtenue, comme je l'ai remarqué plus haut, à la condition toutefois que tous les animaux seraient tuésà Londres même dans les trois jours qui suivront la fin du Concours. Le consentement formel des exposants ayant été obtenu, le Concours a pu s'ouvrir dans les conditions ordinaires. ,
Cette question de la peste bovine, je le crains, est devenue pour l'agriculture anglaise d'un intérêt désormais presque permanent. Cette terrible maladie semble être complètement acclimatée dans certaines régions du nord-est de l'Allemagne, en Pologne et en Russie, et même, plus près encore^ dans les Pays Bas et sur les rivages de la Baltique, régions qui fournissent à la consommation de l'Angleterre une bonne partie des animaux dont elle a besoin pour l'alimentation de sa popu-