‹ Journal de l'agricultureChapitre 58 sur 527 · Voir le numéro du 5 janvier, page SO · texte numérisé non relu

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lation. Avec une entrée libre comme autrefois, l'agriculture anglaise serait constamment exposée au danger de l'invasion du fléau. De là l'impérieuse nécessité de continuer, même lorsque la maladie aura complètement disparu, les précautions qu'a prises le gouvernement en vertu des pouvoirs que les chambres lui ont conférés au commencement de la session de 1 866, précautions qui ont eu un si remarquable succès.

En présence de la presque entière disparition du fléau au mois de novembre dernier, le Conseil privé avait cru pouvoir relâcher un peu les restrictions sévères décrétées contre le mouvement des bestiaux et la suspension desfoires.et marchés. L'agriculture entière, par l'organe de ses clubs et de ses sociétés diverses et surtout par la presse , s'est unanimement soulevée contre cette concession et s'est énergiquement opposée à la réouverture des foires et marchés, malgré les inconvénients sérieux que cette interdiction a créés pour les agriculteurs. La recrudescence subite et inattendue de la maladie pendant la dernière quinzaine de novembre est venue donner à cette opposition un bien sinistre appui, et nul doute que le Conseil privé ne rappelle son impi'udent décret.

Les sociétés d'agriculture et surtout la Société royale insistent aussi pour que le système de quarantaine qui existe dans les ports d'importation devienne permanent. Dans une entrevue qui a eu lieu au commencement de décembre, entre les membres du conseil de la Société et le président du Conseil de la reine, 31. Thompson, président de la Société royale, a exprimé le vœu que tous les animaux provenant des pays infectés fussent tués au.lieu même de leur débarquement, si leur importation à l'état vif est indispensable, comme dans la saison des chaleurs, par exemple. De cette manière, l'introduction du fléau deviendra fort difficile, sinon impossible.

Du reste, les restrictions sévères imposées à l'importation des bœufs vivants en Angleterre, par suite de la peste bovine, ont donné lieu à une modification fort importante dans les conditions du commerce d'importation en Angleterre. Depuis la promulgation des lois restrictives imposant une quarantaine plus ou moins rigoureuse, l'importation de la viande tuée a pris des proportions immenses. Ainsi, pendant le mois d'octobre dernier, époque de l'année où la température commence à permettre le transport de la viande, l'importation de viandes fraîches et salées en Angleterre n'a pas été moins de 3,428,000 livres (poids anglais), principalement en bœuf et mouton, équivalant à 1,552,884 kilogrammes. Quel marché pantagruélique! quel gouffre insatiable que cet estomac de l'Angleterre! Et quand on vient à songer que la France y touche, n'est-il pas permis de s'étonner que notre agriculture entre pour si peu dans cet immense approvisionnement dont les sources sont à des distances énormes, dans des pays lointains d'où le transport doit grever les denrées d'un droit qui à lui seul devrait constituer un énorme bénéfice au profit des pays plus r.ipprochés. C'est que, au lieu de faire de la viande, on s'obstine, en France, à faire du sucre et de l'esprit de vin, deux choses qu'on fait ailleurs avec d'autres matières d'une qualité bien meilleure et à infiniment moins de frais. 11 y a bien d'autres causes, mais mon sujet n'est point la fameuse enquête, c'est pourquoi je retourne à mes moutons.

Les craintes si légitimes au sujet de l'exposition de Smithfield qui avaient jeté le doute dans les esprits, et qui ont été si heureusement dissipées, ont en quelque sorte ajouté un intérêt plus vif au concours de cette année, surtout en ce qui concerne l'exposition bovine, dont l'existencs avait couru un si pressant danger. D'un autre côté, l'incertitude où se trouvaient les engraisseurs a eu pour effet naturel de restreindre le nombre, et, dans une des catégories, celle des herefords, la qualité des animaux exposés. Mais, malgré ces circonstances adverses, on peut dire que jamais le concours du club de Smithfield n'a offert à l'admiiation de ses nombreux visiteurs une collection d'animaux plus parfaits de forme et d'engraissement que ceux qu'a présentés le concours qui vient d'avoir lieu.

Ce qui frappe le visiteur en entrant, c'est, il faut l'avouer, le nombre restreint des animaux exposés. Mais un moment de réffexion explique cette infériorité numérique, et j'en ai déjà suffisamment indiqué la cause. D'un côté, l'incertitude si 1 exposition elle-même aurait lieu, de l'autre, l'obligation d'abattre tous les animaux dans les trois jours qui suivent le concours, et cela dans les limites de la métropole, étaient bien de nature à effaroucher les exposants; car, avec une pareille obligation, ils se trouvent complètement à la merci des bouchers.

Ce qui frappe encore, ce sont les précautions extrêmes prises par les inspecteurs vétérinaires contre la contagion de maladies épizootiques. La ventilation de l'enceinte a été grandement améliorée : toutes les élables, les clôtures sont passées à la chaux, et les désinfectants sont prodigués à flots.

En 18G2, la première année de l'exposition dans l'enceinte d'Islington, le nombre des lots exposés était absolument le même que celte année; mais, en 1863, il était de 478; en 18G4, de 532; l'année dernière, première année de la peste bovine, il tombe à 453, et cette année, après 20 mois d'existence du fléau, le nombre est revenu à 418, comme en 18G2.

L'exposition bovine compte 207 animaux contre 223 l'année dernière, et 274 en 1864. Ainsi, on le voit, malgré les circonstances adverses du présent concours, le déficit n'est pas très-sérieux. Du reste, comme je l'ai remarqué plus haut, ce déficit est plus que compensé par la perfection générale des animaux exposés.

En suivant 1 ordre du catalogue, commençons par les devons.

Tout le monde connaît cette admirable race. C'est la gazelle de l'espèce bovine : grâce, finesse extrême, symétrie irréprochable, type de race invariable, grands yeux ronds et brillants, enchâssés dans une petite tête, fine à la Ijouche, large au front, et attachée directement à des épaules rondes et charnues, sans l'intermédiaire inutile du cou. Puis cette belle couleur rouge, ce poil aux mèches ondulées ! Eh bien ! tout cela était à Smithfield dans l'extrême de la perfection. C'était plaisir de voir ces devons si gras, si potelés, si unis, si bien roulés dans leur embonpoint, soutenus sur quatre petites jambes d'une finesse qui était à elle seule un problème d'équilibre, car on se demandait comment elles pouvaient supporter la masse qui leur était superposée.

Dans la 1"^' classe, celle des jeunes bœufs entre 24 et 30 mois, voici M. Overman, du Norfolk, dont le nom semble stéréotypé sur les listes

des lauréats de tous les concours. Le premier prix de 500 fr. lui est adjugé pour un jeune bœuf dont je n'aurais pas été fâché d'avoir l'aloyau pour mon dîner de Noël.

Dans la 2" classe, celle des bœufs entre 36 et 40 mois, le pris de 750 fr. et la médaille d'argent pour l'éleveur sont adjugés à M. Bond^ de Norlk Petherton.

La 3' classe comprend les bœufs au-dessus de 40 mois, et c'est là qu'on admire un animal tel qu'on en a rarement vu de plus parfait dans n'importe quel concours. C'est le bœuf présenté par M. Farthing, le célèbre éleveur et engraisseur de devons, qui, lui aussi, a remporté des honioeurs dans un concours français. Inutile d'ajouter que c'est à cet éminent agriculteur que le premier prix de 750 fr. a été adjugé, et le second prix est venu ajouter un nouveau lustre aux. étables royales de Windsor.

La classe des sréni.sses ne le cède en rien à celle des boeufs. Là encore M. Farthing remporte de nouveaux honneurs, ainsi que dans la dernière classe, celle des vaches au-dessus de A ans, où il remporte le premier prix de G25 fr. Il est difficile pour un exposant d'être plus fortuné que M. Farthing qui, dans la catégorie des devons, remporte deux premiers prix, un second et un troisième, plus une médaille d'argent, pour le meilleur bœuf exposé dans les catégories hors concours.

Après les devons viennent les lierefords; c'est dans l'ordre du catalogue bien entendu et non par ordre de mérite, car on peut dire que jamais cette admirable race n'avait été si mal représentée. Aussi ne m'y arrêterai-je que pour constater que c'est aux étables royales de Windsor que sont dévolus les principaux honneurs; c'est-à-dire le second prix des jeunes bœufs au-dessus de trente mois, le premier prix des bœufs au-dessus de quarante mois, le premier prix des vaches âgées, et une mention très-honorable dans la classe des génisses.

Après les herefords viennent les durhams. Comme toujours c'est dans cette catégorie qu'on remarque la plus remarquable exposition, et par le nombre et par la qualité. Celte année-ci, la vieille réputation de cette admirable race n'a point eu à souffrir des circoastances adverses qui ont pesé sur toutes les autres parties du concours; leurs rangs étaient, à peu de chose près, aussi serrés que dans les expositions précédentes, et jamais on n'en avait vu de plus beaux . Cela n'est pas étonnant lorsque parmi les exposants on remarque Richard Slratton, lord Kadnor et lord Faversham. M. Stralton recueille une véritable moisson d honneurs. Dans la classe des génisses il remporte le premier prix, ainsi que dans celle des vaches âgées, et c'est sa génisse qui est couronnée comme la plus belle femelle de toutes les races exposées au concours. Cet insigne honneur est représenté par une coupe d'argent d'une valeur de mille francs. On peut dire que jamais récompenses n'ont été mieux méritées, et c'est autour de la génisse a Guirlande » et de la vache v< Diadème « exposées par M. Slratton que s'extasiaient le plus les visiteurs. Comme animal de boucherie,, il est impossible d'imaginer ri«n de plus parfait que le type présenté par ces deux animaux: qualité de chair, égalité d'engraissement, symétrie de formes, côtes arquées en plein cintre et complètement cachées sous une masse de chair ferme

et musculeusej en un mot, tout ce qu'on peut désirer dans un animal d'abattoir s'y trouve réuni.

On a remarqué depuis plusieurs années que, comme viande de boucherie, les femelles delà race durliam excellent de beaucoup les mfdes, leur rendement et la qualité de leur viande sont de beaucoup supérieurs. Les concours d'animaux gras de ces dernières années ont peu à peu fait ressortir ce fait important, mais le présent concours l'a mis dans un relief si saillant qu'il est passé à l'état de certitude pour la majorité des éleveurs et engraisseurs.

Dans la classe des génisses, lord Faversham expose « Princess, » presque aussi belle que sa rivale « Guirlande » et qui remporte d'emblée le second prix. Mais le second rang, en concurrence d'une génisse aussi parfaite que Guirlande^ équivaut au premier dans toute autre exposition.

Lessussex et autres races analogues et secondaires, telles que les norf'olk et suffolk étaient mal représentés quant au nombre, mais tous les animaux exposés élaient remarquablement beaux. Ces races sont bonnes laitières et s'engraissent facilement ; le soin apporté à leur élevage depuis quelques années les a beaucoup améliorées, et à chaque exposition on remarque de nouveaux progiès.

La classe des longues-cornes présente toujours un intérêt de curiosité. Cette race duWarwickshire s'éteint rapidement, ou du moins reste circonscrite dans les limites étroites du comté où quelques éleveurs entêtés s'obstinent à les cultiver.

Voici une magnifique exposition, c'est celle des fortes et robustes races de la vieille Ecosse. Certes, si jamais pays a le droit d'être fier de ses races indigènes, c'est l'Ecosse avec ses angus à longues-cornes et sans-cornes, ses west-higlands, etc. Si les éleveurs écossais s'entichaient aussi obstinément de leurs races nationales que le font le plus nombre de leurs cont'rères de l'autre côté de la Manche, certes, ce sentiment exclusif serait bien naturel et bien pardonnable; car même en France, et en accordant une juste considération au caractère spécial de nos meilleures races, nous a'avons rien de comparable à ces races écossaises". Mais les agriculteurs de ce pays possèdent entre autres qualités distinctives de leur nationalité, celle du bon sens;ils sont avant tout des gens d'affaires, de profonds calculateurs qui, quand il s'agit de tirer le plus de profit possible de leur industrie, savent mettre de côté leurs prédilections natives qui, du reste, ne sont nulle part plus vives ni plus intenses que dans leur pays. Depuis longtemps déjà, ils ont remarqué que le croisement des durhams avec leurs races donne des produits plus précoces, plus faciles d'engraissement et partant plus avantageux comme animaux de rente; aussi n'ont-ils point hésité à pratiquer ce croisement sur une très-grande échelle, tout en conservant leurs propres races à l'état de pureté, car comme on le sait, il n'y a guère que le produit du premier croisement qui soit avantageux en ce qui regarde les produits mâles, car si l'on continue on ne tarde pas à tomber dans les exagérations et les extrêmes de la dégénérescence et de la difformité. Ce sont ces erreurs dans la pratique du croisement qui ont dégoûté tant de gens enthousiastes d'abord et fait crier haro! sur un système qui, pratiqué avec intelligence et jugement, donne toujours les résultats les plus heureux et les plus féconds.

Si, par exemple, le croisement durham était pratiqué dans le nord et le nord-ouest de la France, c'est-à-dire, sur la zone la plus rapprochée de l'Angleterre, et si l'industrie si légitimement agricole de l'élevage et de l'engraissement des bestiaux pour la production de la viande était intelligemment conduite, et par le croisement durham et par des assolements judicieux, de manière à produire un peu moins de blé, en surface entendons-nous, et plus de fourrages et de racines, doctrine que je prêche depuis tant d'années, les Anglais n'auraient plus à craindre l'invasion de la peste bovine et leurs marchés seraient plus facilement, plus abondamment approvisionnés, au grand avantage de notre agriculture.

La plus belle partie de l'exposition écossaise était, sans contredit, la classe des croisés. C'est un bieuf angus durham, appartenant à celte catégorie, qui a eu l'insigne honneur de remporter la grande coupe d'argent décernée au plus beau bo'uf de tout le concours.

On doit se rappeler que presque toujours c'est un bo?uf durham qui remporte le prix d'honneur. Mais voilà déjà la seconde fois qu'un bœuf durham écossais réussit à enlever cette distinction si eriviée des exposants. — Cette fois-ci, M. Richard Ileath-Harris , du comté de ^lurray, en Ecosse, expose un bœuf durham écossais, né chez le célèbre éleveur Cowie, à qui revient une belle médaille d'or en qualité d'éleveur du bœuf lauréat, lequel bœuf excède tellement par l'ampleur et la beauté de ses formes et la qualité de son engraissement tout ce qu'il y a dans le concours, que les juges, malgré leur répugnance bien connue de placer les croisements au-dessus des races pures, n'ont pu s'empêcher de couronner ce magnifique animal, et jamais décision n'a été plus unanimement ratifiée par l'opinion des 150,000 curieux qui ont visité le concours.

Du reste, tous les animaux exposés dans les catégories écossaises étaient d'un mérite supérieur et, comme je l'ai entendu remarquer, ils étaient tous dignes d'une récompense.

Les moutons étaient bien mieux représentés qu'à Birmingliam. Ici lord Walsinghara reprend sa place. Excepté dans la classe des moutons au-dessus de 23 et au-dessous de 35 mois oîiil gagne le deuxième prix seulement, le premier prix lui est adjugé dans toutes les autres classes, ainsi que la coupe d'honneur pour des meilleurs moutons à courte laine de tout le concours.

Dans les longues laines, c'est lord Berners qui remporte le premier prix et la coupe d'honneur pour un lot de leicesters.

La classe des oxi'ordshire downs était, comme toujours, magnifiquement représentée. M. Druce et le duc de Malborougli, cette fois-ci, changent de place. M. Druce remporte le I" et le duc le 'i' prix.

Si l'exposition porcine de Birmingham laissait à désirer, celle d'Islington, au contraire, ne présentait pas un seul animal médiocre. Les grandes, les moyennes et les petites races étaient toutes splendidement représentées. La grande race des yorksliires, maintenant que tout en conservant son grand développement, elle est plus ramassée, plus compacte, devient de plus en plus appréciée des éleveurs, comme le prouve la diversité des exposants, qui ne sont plus limités comme autrefois aux comtés du nord de l'Angleterre.

A Birmingham, on admet dans l'exposition porcine des animaux destinés à la reproduction. Celle modification n'est point encore admise fiu concours de Smithfield, mais j'ai le plaisir d'annoncer que l'une des fermes-écoles de France a pu se procurer, par mon entremise, de fort belles truies et un jeune verrat appartenant à des lots primés au concours de Birmingham. C'est une bonne nouvelle, car tous ces bons animaux reproducteurs de races améliorées, introduits dans un pays, sont autant d'éléments de progrès et de prospérité dont la féconde influence se répand partout où leurs produits peuvent pénétrer et auxquels on peut appliquer le vieux proverbe : Vires acquirunl eundo.

La coupe d'honneur des porcs a été remportée par un lot de race dorset améliorée, race qui, par son ampleur, ressemble beaucoup à la race dite moyenne du yorkshire, tout en conservant le caractère de la race herkshire, d'où elle est probablement issue.

L'aftluence des visiteurs a été encore plus grande que par le passé. Cent cinquante mille personnes sont entrées en payant pendant les. cinq jours qu'a duré l'exposition, et si à ce nombre on ajoute les exposants, les membres du club et autres personnes privilégiées qni ont fréquenté la salle d Islingtoa tous les jours, on arrive à un chiifre de près de deux cent mille. Ceci démontre jusqu'à quel point le concours de Smithfield est devenu populaire.

Le grand marché de Noël, qui a lieu le lundi qui suit le concours de Smithiield, en est toujours le complément obligé, Ce marché est à lui seul une nouvelle et immense exposition. On aurait pu craindre, pour ce marché comme pour le concours de Smithfield, que la peste bovine n'eijt occasionné une grande diminution dans le nombre des animaux ; mais, ici encore, l'événement n'a point justifié ces prévisions. En considérant que les engraisscurs ont dû se défaire de bon nombre de leurs animaux dans le courant de l'année, mus par la crainte du fléau, on a lieu de s'étonner qu'une si légère différence existe, dans le nombre des animaux arrivés sur le marché, comparé avec celui des années précédentes.

La moyenne de dix ans, de 1856 à 1865, donne le chiffre de 7,764 têles d'espèce bovine. Le nombre exposé en 1866 a été de 7,340. L'année dernière, il était de 7,530, et, en 1864, de 7,030 seulement.

Les durhams tenaient la tête comme toujours, et par leur nombre et par leur qualité, et ce qui démontre combien cette race s'est répandue dans toute l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, c'est que tous les districts, presque tous les comtés expédient au marché de Londres des bœufs durhams, soit purs, soit croisés. Du reste, quant au nombre, ce sont les croisés durhams qui viennent après la race pure, mais en quantité presque égale. Il est donc impossible de ne pas reconnaître que, comme race de boucherie, la race de durham est infiniment la meilleure qui existe au monde, et ceux qui s'obstinent à méconnaître ce fait si évident, sont bien aveugles et hier, peu soigneux de leurs intérêts.

Les éleveurs du nord de la France commencent déjà à reconnaître l'importance du marché anglais, que j'ai toujours préconisée, et à en ressentir la grande influence pour la défaite de leurs produits. La semaine dernière, le nombre des bœufs importés du ]iort de Boulogne seulement sur le marché de Londres s'est élevé à 293. Si les éleveurs de cette

région voulaient croiser leurs races flamandes avec des taureaux dure banis et faire entrer dans leurs assolements des fourrages d'été, nul douté qu'ils ne réussissent à accaparer les plus grands avantages du marchanglais, dont la proximité est à elle seule un des plus précieux élée ments. Faire beaucoup de viande, voilà le grand problème agrieolqu'il s'agit de résoudre, car avec beaucoup de viande on obtient beaucoup de fumier, et avec du fumier beaucoup de céréales^ et avec tout cela réuni beaucoup d'argent.

R. DE LA TrÉHOWNAIS.

La culture intensive. — La sciure de bois comme litière. — Les prétendues contradictions de la science. — Le plâtre et le calcaire. — L'azote des fumiers et la chauï en nature. — L'acidification des phosphates. — Les engrais supplémentaires et la fosse à fumier. — Neutralisation des lessives de ménage. — L'acide sulfurique et le sol arable. — La potasse comme engrais. — Humus des fumiers obtenu sans paille. — C'est le produit net qui est tout.

M. L. Pasquay, de Wasselonne, vice-président du Comice agricole de Strasbourg, nous a adressé un rapport des plus intéressants sur un concours de culture de betteraves, duquel il ressort que là où l'agriculture peut consacrer à chaque hectare un capital de 1,500 francs, le produit est de 51 pour iOO meilleur marché que lorsqu'on ne peut disposer que d'une avance de 700 fr.

C'est là un important témoignage en faveur de la culture intensive, et par conséquent un enseignement qui ne doit pas être perdu. C'est dans ce but que nous le signalons ici, et parce qu'il se rattache aussi aux différentes questions que soulève la lettre suivante, à laquelle nous devons une réponse. Avant tout, et puisque nous venons de parler incidemment de culture intensive, constatons que l'on se contente un peu trop souv«nt de dire aux agriculteurs : « Il faut beaucoup de fumiers si l'on veut avoir beaucoup de récoltes. » C'est bientôt dit, mais cela n'apprend rien de nouveau à personne. Il serait bien plus utile d'enseigner à chacun comment il faut s'y prendre pour faire beaucoup de fumier. Ce serait plus rationnel aussi, car ce serait commencer par le commencement. Avant de conclure à l'égard des résultats, il faut indiquer les moyens d'y parvenir, ou l'on risque beaucoup de tourner toujours dans le même cercle, sans faire faire un pas à la question. En pareille matière, une démonstration vaut mieux qu'une simple affirmation. A ce point de vue, la presse agricole sort de la voie judicieuse, et l'on ne doit pas craindre de le lui rappeler.

Ceci dit, voici la lettre de M. Pasquay :

« Il y a longtemps, monsieur, que je n'ai eu le plaisir de correspondre avec vous, mais je suis avec attention vos publications.

n Tant de choses restent encore à apprendre, et l'on sait si peu, en gênerai, que l'on doit être lieureu.^ de voir des houimes spéciaux se dévouer aux intérêts agricoles.

« Malheureusement, les hommes de science sont loin de s' accorder, et ce désaccord nous jette trop souvent dans une grande indécision. Par exemple, les uns disent : Le plâtre n'est bon à rien ; d'autres affirment que le sulfate de chaux peut remplacer le carbonate. D'autres enfin, et je suis de leur avis, pensent que le sulfate d« chaux

est bon pour certaines terres et pour certaines plantes, mais que Je carLonate est bon partout.

» D'aucuns disent : Gardez-vous de mettre le carbonate de chaux avec du fumier, vous perdriez l'azote. D'un autre côté, M. Boussingault a déclaré dans l'enquête, à propos des fe.'-miers de la Mayenne qui mêlent du fumier à leurs composts de chaux, qu'il faut conclure que ces fermiers ont raison si l'e.^périence leur a démontré la nécessité d'opérer ainsi.

a On dit également : N'acidifiez pas les phosphates, même ceux provenant dos nodules, ils n'en ont pas besoin. D'autres n'hésitent pas à affirmer qu'il faut acidifier partout où il y a de la chaux, ou partout où l'on veut avoir un effet prompt e.t assuré.

<t Je suis avec ce? derniers. Mes expériences réitérées me prouvent que les phosphates des nodules n'agissent pas sur nos terre', tandis qu'acidifiés ils agissent à vue a'œil. Leur incorporation dans les fumiers m'a paru les rendre plus efficaces; mais, toutefois, je n'ose encore me prononcer. Je poursuis mes essais.

« Vous, monsieur, vous dites, avec raison : Faites passer tout par la fosse à fumier ; la fermentation détermine un arrangement nouveau et des combinaisons nouvelles qu'elle seule sait produire, en même temps que les gaz provenant de cette fermentation rendent les matières minérales plus solubles et par conséquent plus assimilables.

« Vous êtes dans le vrai. Je suis entièrement de cet avis; je procède ainsi depuis très-longtemps, grâce à vos bons enseignements, et j'en obtiens les meilleurs résultats, mais je n'ose ajouter de la chaux à mes fumiers. De même, j'hésite à ajouter à mes prairies les lessives alcalines provenant de nos blanchisseries et renfermant la potasse et la sonde.

« Oq m'a dit : Acidifiez vos lessives et mêlez-les en cet état. Je reste encore dans l'indécision, bien que vous ayez parlé péremptoirement contre l'acide sulfarique ; mais, pour la grande majorité des agriculteurs, que faire, au milieu de ce dédale d'affirmations et de négations?

' J'emploie des masses d'engrais, et je suis arrivé à produire de splendides récoltes; mais je tiens à aller bien plus haut ; je ne puis plus avoir de doutes sur les résultats financiers, puisque ma comptabilité me prouve que, d'année en année, j'abaisse mes pris de revient en proportion des avances plus grandes en engrais que j'aifecte à chaque hectare. Je vois même s'augmenter la fertilité initiale de mes terres; mais, comme je suis bien convaincu qu'on a grand tort de négliger la potasse, je compte employer, au printemps, votre nitrate de potasse dont nous connaissons maintenant les cours avantageux, grâce à votre initiative.

« Depuis longtemps j'emploie, avec un succès duquel je me félicite chaque jour, des sciures de pin et de sapin, comme moyen d'économiser les pailles et de faire, en même temps, d'excellente litière et de l'humus à bon marché. Je paye 1 fr. 50 à 1 fr. 75 le mètre cube rendu à ma ferme ; mais je ne sais trop quelle est l'analyse exacte de ce produit, et, par conséquent, quelle est au juste sa valeur agricole.

<t Si, à l'occasion, vous parliez des sciures de bois au point de vue de la fertilitation des terres, je crois que vons rendriez service.

« Veuillez agréer, etc.

« Louis Pasquay. »

Réponse. — Le rôle des sciences positives se boroe à constater et à enregistrer des faits utiles. Eii réalité, elles n'ont pas d'autre but. Malheureusement, quelque réels que soient ces faits, ils subissent la loi commune (en France plus que partout ailleurs) ; ils n'échappent pas aux interprétations qu'il plaît à chacun de leur donner. De là, des divergences nombreuses, inévitables quoi qu'on fasse, et trop souvent des contradictions.

La science ne saurait être responsable des appréciations personnelles ; et, en cas d'erreur, il faut tout simplement s'en prendre à ceux qui n oui ni apprécié ni conclu sainement. Cela se voit malheureusement tous les jours.

Les sciences positives sont encore ce qu'il y a de plus réel et de plus

vrai ici-bas, par la raison qu'elles sont toujours en situation de prouver, parce qu'elles ne procèdent que de faits qui ont été vérifiés directement, expérimentalement.

11 est même extrêmement rare que l'erreur vienne de ce côté. Presque toujours elle vient des hommes qui, ne sachant pas assez, ou procédant par extension, font dire aux faits ce qu'ils n'ont pas dit du tout.

Dans ce cas encore, le défaut ordinaire est de généraliser beaucoup trop, c'est-à-dire de ne pas tenir assez de compte des circonstances particulièi"es dans lesquelles les faits se sont produits. Mais, encore une fois, la science ne saurait être responsable de tout cela. Et puis enfin, le monde considère trop souvent comme chose scientiûque de simples déductions, ou des conceptions de l'esprit qui sont essentiellement du domaine de l'individu, mais qui n'ont rien de commun avec la science pure. Le premier effet de la diffusion des idées, c'est d'amener la confusion des langues, et c'est un peu la situation dans laquelle nous nous trouvons; mais ce ne peut être là qu'un état de transition, et qui disparaîtra nécessairement à mesure que le niveau général de l'instruction s'élèvera davantage. Voyons donc les faits particuliers.

— L'action du plâtre sur les prairies est un fait acquis, indéniable, et si son effet est nul sur certaines cultures, ce second fait est particulier aux cultures dont s'agit, et ne saurait infirmer le premier. C'est clair.

Comme vous le dites fort bien, monsieur, le carbonate de chaux a sa place partout en agriculture, parce qu'il est utile partout, à moins que déjà il ne soit préexistant là où on l'apporte; mais, bien certainement, c'est une erreur de dire que son incorporation dans les fumiers fait perdre l'azote de ceux-ci. Veuillez vous rappeler le marnage des fumiers, recommandé avec tant de raison par M. Nivière, le digne fondateur de la Saulsaie, après des expériences nombreuses et très-bien faites, et ne pas oublier que cette pratique si judicieuse se généralise de plus en plus chez nous. C'est ce que font également, en Angleterre, les agriculteurs duSuffolk, qui font une grande consommation de calcaire coquiller, à défaut de marne proprement dite.

— Il se peut très-bien que la chaux introduite dansles fumiers de la Mayenne donne de bons résultats, mais le fait de la volatihsation d'une partie de l'azote à l'état d'ammoniaque, n'en est pas moins absolument certain, c'est-à-dire une perte sèche, réelle, qui doit engagera rechercher les moyens d'arriver toujours aux mêmes bons résultats, sans courir la chance d'une perte certaine. Et puis, êles-vous bien sûr que, même dans la Mayenne, il n'y a pas à cette heure de grandes désillusions? Qui vivra verra.

Vous le savez, je n'ai jamais méconnu l'utilité de la chaux, dans des circonstances déterminées, particulières, c'est-à-dire sur des terrains rebelles comme ceux que j'ai rencontrés dans l'Allier et dans la Mayenne; mais j'affirme, parce que je l'ai vu, qu'on abuse de la chaux un peu partout. Je comprends la séduction, puisque le résultat est avantageux — dans le présent — et que la dépense en chaux est minime , mais je sais aussi qu'il faut s'attendre, dans un avenir prochain, à d'assez graves mécomptes. Je l'affirme. On a ri, et l'on rit encore de ce

TECHNOLOGIE DJES ENGRAIS. 161

vieux mot : la chaux enrichit les pires et ruine les enfants. Tenez pour certain que ce mot est vrai toutes les fois qu'il y a abus dans la pratique duchaulage; ou, ce qui revient au même, emploi inopportun de la chaux. Aujourd'hui, malheureusement, on recherche beaucoup trop les moyens de produire avec rien, ou au moins par des moyens incomplets. On tarit ainsi les sources de l'avenir, et il est bien affligeant de penser que les maladies les plus sérieuses s'attaquent de plus en plus aux espèces végétales et animales les plus précieuses. Pour mon compte, je pense que nous ne pouvons manquer de nous repentir sérieusement un jour d'avoir méconnu tous ces avertissements.

— Je crois avec vous qu'il faut acidifier les phosphates si l'on veut un effet prompt et assuré. Vous le voyez, me voilà converti, car j'ai combattu l'emploi des biphosphates; j'en fais humblement l'aveu. C'est que les écrivains qui avaient accepté d'enthousiasme les pratiques anglaises, n'avaient rien prouvé du tout quant aux résultats cliiffrés obtenus sous l'inflaence des biphosphates, comparativement avec les phosphates ordinaires. Aujourd'hui, je crois , parce que jai vu, mais non pas d'après ce que des historiens ont raconté.

— Quant à l'incorporation dans les fumiers de tout ce qui est destiné au sol, hormis la chaux, il y a tantôt quinze ans que j'ai pris parti ; l'expérience de chaque jour me donne aujourd' hui raison , et confirme davantage les motifs de cette préférence. Si j'avais besoin de nouvelles preuves, j'invoquerais simplement les résultats que vous avez obtenus, et que votre lettre résume de la façon la plus éloquente, arilhmétiquement parlant au moins.

Nous sommes donc dans le vrai, et à défaut d'une démonstration que l'expérience s'est chargée de faire, il est bien certain que le raisonnement était tout entier en faveur de cette idée. Tous les chimistes savent quelle est la composition du vin, et tous les chimistes ne sauraient faire un atome de vrai vin. Ils sauraient parfaitement réunir tous les éléments du vin, mais l'arrangement particulier de ces éléments, l'état moléculaire enfin, est le secret de la fermentation.

Admettez que l'on réunisse également tous les éléments du fumier en les groupant un à un par voie de simple mélange. A coup sûr le fumier qui aurait servi de type pour comparer l'autre, lui serait, agricolement, infiniment supérieur, parce que la fermentation sait déterminer un arrangement particulier qu'aucun mélange ne saurait produire. C'est simple, mais c'est vrai. Donc, tout doit passer par la fosse à fumier.

Malgré les faits, si nombreux, qui justifient cette judicieuse pratique, elle n'a pas encore cours légal, mais les convictions sont faites, et le temps fera le reste. Si l'on tente de discuter cela, c'est moins pour la discussion en elle-même que pour se justifier de la préférence accordée aux engrais pulvérulents, qui offrent l'inconvénient de coûter plus cher, mais qui évitent un travail supplémentaire. Voilà la vérité. N'importe, l'avenir de cette idée est assuré forcément, parce que la solution agronomique et économique y est , et le sens commun pardessus le marché.

Oui, il faut acidifier vos lessives, c'est-à-dire neutraliser leur alcalinité , et vous pourrez alors les introduire dans vos purins, ou sur votre fumier, sans le moindre inconvénient.

162 TECHNOLOGiE DES ENGRAIS.

— Certainement je proteste contre l'emploi agricole de l'acide sulfurique , quand je vois proposer de le faire entrer, sous forme de sulfate d'ammoniaque , dans la composition des fumures, à l'exclusion des fumiers. Les raisons que j'ai fait valoir me semblent des plus sérieuses, et je les ai motivées de mon mieux, mais, en ce qui vous concerne, autre chose est d'employer quelques kilogrammes d'acide sulfurique qui sont là une nécessité de circonstance, ou d'en continuer indéfiniment l'emploi sur une très-large échelle. — Je crois avec vous que vous ferez sagement d'introduire le plus de potasse possible dans vos fumiers. C'est l'un des éléments les plus importants de la production agricole, et on l'a beaucoup trop négligé jusqu'ici. Qu'importent 25 ou 30 fr. de plus par hectare , si l'augmentation de produit paye largement l'avance! Toute la question est là. En matière de travail productif, la dépense n'est rier^, c'est le produit net qui est tout. Mais j'allais oublier que personne n'a compris cela mieux que vous, et que votre comptabilité est là pour prouver que vous êtes dans le vrai. Je vous félicite donc de votre détermination à l'égai'd de la potasse, en attendant que vous vous en félicitiez vous-même.

— Vous avez bien raison, monsieur, de faire de l'humus avec des non-valeurs, au lieu d'employer de la paille que vous pouvez vendre un bon prix. Que l'humus vienne d'où il voudi'a, c'est toujours de l'humus. Point n est besoin de paille pour reproduire de la paille , et la preuve c'est que vous en savez faire (qui se vend bien) avec de la sciure qui ne coûte pas cher.

Voilà de la vraie bonne agriculture industrielle ; et tel qui a, autour de lui, des bruyères, des ajoncs, des genêts, de la tourbe ou même de la tannée, en pourrait faire autant. L'humus à bon marché, c'est le prix de revient des produits obtenus au plus bas prix possible, c'està-dire avec la plus grande marge possible, pour obtenir à la vente le prix le plus rémunérateur.

Ici, les fractions d'azote et de phosphates n'ont pas une importance sérieuse. Le grand point, l'avantage réel, c'est de savoir trouver un succédané de la paille, et vous l'avez parfaitement trouvé.

A première occasion, et puisque vous le désirez, je reviendrai sur l'emploi agricole de la sciure de bois et des autres débris végétaux. Nous verrons alors pourquoi leur azote est à longue échéance, et par quels moyens il est possible d'en faire de l'azote à 90 jours.

F. ROIIART.

LE GALAGTOMÈTilE OPTIQUE.

Le lait est un produit animal composé d'eau, de sucre, de matière grasse, de caséine et de plusieurs sels. Le bon lait de vache contient, sur 100 parties, 84.5 d'eau, 3.6 de beurre, 4.2 de sucre, 7.7 de caséine, albumine et sels. La composition du lait de femme est un peu différente; il se compose de : 88.5 d'eau, 3.5 de beurre, 4.8 de sucre, 4.2 de caséine, etc. Les laits les plus gras sont ceux de la brebis et de la chèvre; chacun connaît les fromages gras que l'on fait avec le lait de la dernière. Chacun sait aussi que le lait des vaches n'est pas toujours

LE GALACTOMÈTRE OPTIQUE.

le même, qu'il varie selon l'individu, et, dans l'individu, selon la nourriture que celui-ci reçoit. La vache qui est nourrie avec de bon foin de pi'airie ou de bonne herbe, donne plus de lait et de meilleure qualité que la vache qui ne reçoit en nourriture que des pommes de terre ou de la paille.

A côté de ces variations dans la qualité du lait, il y en a encore une autre : la falsiûcation du lait. Il n'y a guère de revendeurs de lait qui ne tâchent d'augmenter leurs bénéfices en ajoutant de l'eau au produit naturel des vaches, et on ne commet pas une grande erreur en admettant que la majeure partie du lait consommé dans les grandes villes est délayée avec de l'eau.

Ce qui constitue la qualité du lait, ce sont les parties grasses, les

Fig. <5. — Flacon gradué au galactomètre de

M. Vogel.

Fig 16.

— Éprouve! te du galactomîti-e de M. Vogel.

Fig. 17. — Pipette graduée pour le galactomètre.

parties de caséine et de sucre. Jusqu'à présent, on n'a pas trouvé un moyen simple, à la portée de tout le monde, pour déterminer la qualité du lait. Le crémomètre de M. Chevalier donne seulement la quantité de beurre que contient le lait, mais il faut pour cela que le lait soit laissé au moins vingt-quatre heures en repos. C'est pourquoi ce crémomètre ne peut plus servir lorsqu'il s'agit de savoir le résultat tout de suite. Les lactomètres en forme de pèse-liqueurs ont d'autres inconvénients ; ils dépendent trop de la température, ils donnent un résultat inférieur si le lait est chaud, et un résultat supérieur s'il est froid.

Le galactomètre de M. Vogel n'a pas ces inconvénients : il donne de suite un résultat indépendant de la température. Il part de ce principe qu'une quantité déterminée d'eau mélangée à une même quantité de lait acquiert toujours le même degré d'opacité, si le lait est supposé de la même qualité. Plus le lait est riche en matière grasse, moins il faut

164 LE GALACTOMÈTRE OPTIQUE.

en ajouter à l'eau pour la rendre opaque; plus le lait est aqueux, plus il en faut ajouter pour ôter à l'eau pure sa transpa,ence. Ce fait a été constaté par un grand nombre d'expériences, et résulte de la composition du lait même.

Les appareils pour le procédé fort simple par le galactomèlre de M. Vogel sont les suivants : 1° un tlacon de verre qui porte une marque indiquant le niveau de 100 et de 50 centimètres cubes d'eau (fig. '1 5); 2° une éprouvette formée de deux plaques parallèles éloignées l'une de l'autre de 5 millimètres (fig. 10); 3" une pipette graduée dont les divisions -correspondent à des demi-centimètres cubes (fig. 17).

On agite le lait à examiner dans tous les sens, afin de déterminer un mélange parfait; on relire de ce lait une certaine quantité, au moyen de la pipette graduée, et on le fait tomber goutte à goutte dans l'eau que renferme le flacon de 100 centimètres cubes. On agite le flacon contenant le mélange de lait et d'eau, et l'on verse un peu de ce liquide troublé dans l'éprouvette formée de deux plaques de verre, puis on regarde la flamme d'une bougie à travers les parois de cette dernière. Tant que les contours de la flamme se distinguent encore, on répèle l'opération; on vide l'éprouvette dans le flacon; on ajoute de nouveau un centimètre cube de lait au mélange qu'il contient, on l'agite, on en verse dans l'éprouvette, on regarde de nouveau à travers l'éprouvette la flamme d'une bougie, et ainsi de suite jusqu'à ce que les contours de la flamme aient disparu tout à fait. La somme des centimètres cubes de lait ajoutés successivement à l'eau représente la quantité de lait qu'il faut ajouter à 1 00 centimètres d'eau pour en rendre opaque une coucbe d'un demi-centimètre d'épaisseur. On trouve immédiatement, dans la table ci-après, la quantité des matières grasses que renferment 1 00 parties de lait :

Matière grasse Matière grasse Matière grasse

Ceniimèlr. que renlerriient Cenliniètr. que renfernicnt CenLiraètr. que renferment

cnl)es 100 parties cubes loo parties culïes loo parties

de lait. de lait. de lait. de lait. de lait. de lait.

M. le docteur A. Vogel, professeur de cbiraie agricole à Munich, mettra cet instrument sous les yeux des connaisseurs, à l'Exposition universelle de Paris. Il sera exposé dans la division qui contiendra les produits et les appareils d'agriculture de la Bavière, et nous ne doutons pas que le nouveau procédé de galactométrie n'y attire raltention des cultivateurs et des agents de la police sanitaire.

Adam Muller.

SYSTÈME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES. 165

SYSTÈME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES

Dans de précédents articles nous avons, croyons-nous, fait comprendre que, dans toute distillerie, il y a deux opérations très-distinctes: d'abord, la préparation et la fermentation des jus, moûts ou liquides divers, et ensuite l'extraction de l'alcool de ces jus au moyen de la distillation proprement dite , c'est-à-dire à l'aide d'alambics spéciaux. On a eu le tort jusqu'à présent de caractériser la distillerie d'après le mode employé pour les premières opérations, et de négliger par trop la distillation proprement dite ; c'est ce qui est arrivé notamment pour les dislilleries agricoles dans lesquelles le plus souvent on ne se sert que d'appareils distillatoires imparfaits. Cela est peut-être à l'avantage des rectilicateurs qui profitent de ce que les distillateurs agricoles fabriquent des flegmes de très-mauvais goût, pour ne les acheter qu'en retenant une prime de rectification très-élevée. Mais certainement il serait très-important pour les agriculteurs-distillateurs d'employer dans leurs usines de bons appareils qui, d'ailleurs, leur reviendraient moins cher que la plupart de ceux qui sont installés chez eux. C'est dans le but de les aider à produire mieux et plus économiquement que nous allons leur faire connaître les appareils inventés par M. Savalle, les meilleurs de tous ceux connus aujourd'hui^ quoique aucun des traités de distillation publiés jusqu'à ce jour n'en ait donné la description. Nous rappellerons d'abord l'histoire de ces appareils en citant ici l'extrait d'une courte notice que nous avons rédigée sur ce sujet en 1865, à notre retour d'un voyage en Hollande, où nous avions vu le système Savalle dans un grand nombre de distilleries. Voici ce que nous disions alors :

« Trois premiers appareils de Cellier furent livrés vers 1820, à l'un de ses amis, distillateur à la Haye, M. Savalle; ils étaient encore bien imparfaits. Comme il arrive pour toutes les inventions, la pratique seule pouvait enseigner les perfectionueraents nécessaires. Cellier et M. Savalle IravaiUèrent longtemps ensemble avant de réussir dans leurs expériences : des explosions manquèrent deux fois de les tuer. Lorsque le système fut bien perfectionné. Cellier revint en France, et vendit l'exploitation de son procédé de distillation à Charles Derosne, pharmacien, rue Saint-Honoré, à Paris, qui devint plus tard l'associé de M. Cail. Quant à M. Savalle, qui dirigeait trois importantes distilleries hollandaises, il ne cessa pas de perfectionner ses appareils, de leur faire subir diverses transformations qui rendirent célèbres ses établissements. Lorsque se produisit, en 1852, le cours si élevé des alcools, qui a permis à la distillerie des betteraves de se fonder, M. Savalle vint établir une distillerie à Saint-Denis, près de Paris. C'est là qu'en collaboralion avec son fils, il acheva le perfectionnement de son système, qu'il fit breveter, et qui est aujourd'hui employé dans plus de trois cents distilleries, en France, en Belgique, en Hollande, en Autriche, en Prusse, dans divers États allemands, en Russie.

i Les appareils de distillation de M. Savalle surtoutceux de rectification , ont puissamment contribué à la prospérité et à l'agrandissement des distilleries. On peut se rendre compte du progrès accompli par ce seul fait, qu'en 1857 les appareils de rectification des alcools les plus perfectionnés ne fournissaient par jour que deux pipes de trois-six, tandis que ceux du système Savalle peuvent produire quatorze pipes; on en construit maintenant qui donneront journellement vingt-cinq pipes, soit 160 hectolitres d'alcool fin. D'ailleurs, en même temps que la quantité des produits est augmentée, leur qualité est aussi beaucoup améliorée, et de plus, le prix de revient est diminué. L'appareil à distiller de M. Savalle consiste en une colonne à pla-

SYSTÈME SAVALLE TODR LES DISTILLERIES AGRICOLES.

Fig. 18. — Colonne distillatoirc du système Savalle.

SYSTÈME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES

teaux superposés, construite de manière à placer le vin en contact immédiat avec la vapeur chargée de le dépouiller de l'alcool. Le contact est tellement multiplié, et sur une surface si souvent renouvelée, qu'il y a utilisation à peu près complète de tout le calorique produit par le combustible, en même temps qu'un épuisement absolu des vins. Pour obtenir ce résultat, il a fallu trouver un certain rapport entre les sui faces du chauffe-vin et du rélrigérant, et faire circuler les vapeurs convenablement divisées, en sens inverse des liquides, avec des vitesses calculées de manière que tout le calorique de condensation soit absorbé. L'appareil se compose d'une chaudière à chauffage tubulaire, d'une colonne, d'un purgeur de mousse, d'un réfrigérant tubulaire servant à la fois de chaufl'e-vin et de réfrigérant des flegmes, et enfin d'un régulateur de vapeur qui donne à. la distillation une régularité remarquable. Ce régulateur, en effet, en maintenant une alimentation de calorique proportionnelle au volume de l'alimentation du vin, évite les soubresauts violents qui troublent d'ordinaire et presque constamment la marche des autres appareils.

Fig. 19. — Tronçnn et plateau de la colonne distillatoire.

Fig. 20. — Vue en pian des plateaux de la colonne distillatoire Savalle.

La ligure 18 donnera une idée suffisante de l'ensemble de l'appareil Savalle, dont voici la légende:

A, Chaudière soubassement de colonne ;

B, Colonne à plateaux perforés ;

D, Brise- mousses, pour empêcher l'entraînement des vins à l'éprbuvette ;

E, Chauffe-vin réfrigérant tubulaire ; I, Béservoir au vin ;

H, Eprouvette graduée en cristal ;

R, Régulateur de chauffage de l'appareil.

La partie la plus essentielle de ce système est d'abord la colonne distillatoire; dont les plateaux perforés, figures 19 et 20, sont établis de manière à ce que la distillation s'opère en utilisant toute la chaleuv de la vapeur. Les plateaux perforés a, b, présentent des passages de vapeur qui varient à cbaque tronçon, de manière à lui assu''er l'ébullition. Le.trop plein c/, en plongeant dans la boîte c, fixe la nappe de liquide sur cbacun des plateaux. Le liquide alcoolique descend de plateau en plateau en se déversant par le trop plein d et les boîtes c.

Les colonnes distillatoires montées dans les distilleries agricoles sont généralement trop compliquées et mal construites, surtout dans certaines parties qui s'usent rapidement parlaclion des acides contenus dans les jus de betteraves ; il en résulte qu'il faut à chaque campagne em remplacer un certain nombre,'soit en totalité, soiten partie. Les propriétaires de distilleries peuvent d'une manière simple et économique opérer la transformai ion totale ou partielle de leurs anciens appareils. Pour faire une transformation totale on doit acheter le système représenté par la figure 18. Ce système, entièrement construit en cuivre rouge et muni

SYSTÈME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES

Fig. 21. — Application du système Savalle aux colonnes distillatoires à caloltes.

SYSTEME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES

d'un régulateur de vapeur, coule 3,000 fr. pour un travail journalier de 5,000 kilof^ranimes de betterave, 4,000 fr. pour un travail de 1 0,000 et ainsi de suite en allant en augmentant; de telle sorte que, pour un travail de 1 00,000 kilog. de betterave, le prix serait de 20,000 fr.

Pour travailler des pommes de terre, des seigles, des riz, des mélasses ou d'autres matières, les mêmes appareils servent ; les quantités sur lesquelles on opère chaque jour varient seulement.

Dans le cas de transformation partielle, plusieurs distillateurs agricoles ont trouvé avantage à adopter un chauffe-vin tubulaire tel qu'il est représenté en coupe en E dans la figure 21, annexé à une colonne distillatoire ordinaire à calottes. La légende suivante fera comprendre le système :

A et B, parties d'ancienne colonne distillatoire. G, plateaux à calottes, modifiés.

D, brise-mousses.

E, chauffe-vin réfrigérant tujjulaire du nouveau système. I, réservoir à vin.

R, régulateur de vapeur pour rendre invariable le chauffage de la colonne.

Cette application du -chauffe- vin réfrigérant est très-simple et fonctionne parfaitement. On le conçoit aisément, lorsqu'on considère la division très-grande qu'y subissent la vapeur et le vin à distiller; ce sont ' des gerbes mullijiîes de vin entourées de toutes parts par la vapeur.

Le vin arrive du réservoir I en l, monte à l'intérieur de la série tubulaire et sort chaud pour se rendre sur les plateaux de la colonne par le conduit n. Les vapeurs alcooliques sortant de la colonne B purgent d'abord leurs mousses et, avec le liquide entraîné dans le brisemousses D, vont se condenser dans la partie supérieure du chauffe-vin Mréfrigéraul en g. De là, elles traversent une cloison qui divise la section tubulaire et elles fmis^sent par ^.^^, ,2.- Éprouvetto graduée pou,- les ciisUiieries. se condenser et se rafraîchir en descendant le long des tubes pour sortir dans l'éprouvette.

Le chauffe-vin réfrigérant a l'avantage de remplacer à lui seul deux parties des anciens appareils, qui sont le chauffe-vin et, le réfrigérant, et de fournir aux colonnes auxquelles on l'applique une puissance de* travail moitié plus grande. Beaucoup de cultivateurs seront bien aises de travailler plus rapidement leurs betteraves pour les empêcher de s'altérer et d'en réaliser plus tôt le revenu; il leur coûte peu de mettre les pulpes en silos, tandis qu'ils perdent beaucoup à traîner leur tra- -vail en longueur.

La nouvelle disposition supprime dans le montage un plancher coûteux et une quantité de tuyaux et de joints inutiles. Pour compléter

170 SYSTEME SAVALLE POUR LES DISTILLERIES AGRICOLES

l'appareil, on pourra se procurer un régulateur de vapeur et une éprouvette graduée (fig. 22). De la sorte, on a un appareil distillatoire trèssimple, donnant plus de travail et économisant du combustible; ce dernier point n'est pas à dédaigner, même dans les distilleries agricoles, car on sait que le charbon tend journellement à augmenter de prix.

Le prix des chauffe-vins réfrigérants est de 1,700 fr. pour une distillation de 200 hectolitres, 2,000 fr. pour une distillation de 300 hectolitres, 2,500 fr. pour une distillation de 400 hectolitres, 3,000 fr. pour 500 hectolitres, 3,500 fr. pour 600 hectolitres par vingt-quatre heures.

Dans tous les cas, pour faire la transformation, il faut connaître le diamètre de la colonne, le nombre des plateaux et la quantité de vin que Ion voudrait distiller par jour. M. Savalle se charge de faire les transformations et consent à reprendre les débris d'appareil, ce qui rendra la dépense très-minime et même parfois nulle.

Une éprouvette graduée en cristal, (fig. 22), appliquée aux colonnes distillatoires et aux appareils de rectification, présente les avantages suivants : 1° d'indiquer la quantité d'alcool que produisent les appareils en une heure; 2° si le travail de ces appareils est régulier; 3° d'éviter toute projection d'alcool qui a lieu par les éprouvettes ordinaires.

Celte éprouvette est basée sur l'écoulement différentiel des liquides par une ouverture fixe soumise à des pressions différentes de liquide. L'alcool y arrive du réfrigérant par le tube A, emplit d'abord l'éprouvette jusqu'au point 0, marqué sur l'échelle graduée, puis en montant s'écoule par l'orifice pratiqué sur le tuyau d'écoulement B; mais comme cet orifice n'a qu'une section restreinte, le jet d'alcool arrivant toujours n'y passe pas en entier, et le niveau du liquide monte alors dans l'éprouvette jusqu'au point où la pression qu'il opère sur l'orifice d'écoulement devient assez forte pour faire débiter à cet orifice un volume de liquide plus grand.

La nappe de liquide dans l'éprouvette subit ainsi des variations de niveau constatées par une graduation dont chaque division correspond à un volume différent et indique la quantité de liquide écouléepar heure. A ces avantages réels, nous ajouterons que l'éprouvette de M. Savalle ne coûte que 48 francs et est susceptible de s'adapter aux appareils de toutes dimensions. On sait combien est précieux le régulateur de vapeur pour obtenir une production régulière et en même temps éviter toutes les chancesd'accidents. On doit attacher plus d'importance encore, pour ainsi dire, à l'emploi de ce régulateur, dans les distilleries agricoles que dans les distilleries industrielles. Instruit par une triste expérience, M. Savalle a appliqué dès 1840, à sa distillerie de la Haye, ^un manomètre d'eau à air libre. Cette distillerie existe encore depuis 1854; elle appartient à MM. Mouton et fils. M. Stuttheren, le chimiste directeur de cet établissement depuis 1854, nous a témoigné qu'il emploie toujours les mêmes appareils depuis cette époque, ainsi que le même manomètre, sans qu'il y ait eu d'accidents. L'ancienneté de l'invention ainsi que son excellence se trouvent donc parfaitement établies malgré la contestation qu'on a voulu élever.

J.-A. Barral.

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