SUR LA PETITE ET LA GRANDE CLLTIRE
Une lettre de M. Ma.xime Beauvilliers, publiée dans le numéro du 20 novembre dernier, conlienl des conclusions qu'il est impossible aux agriculteurs de passer sous silence. Déjà M. Mulel a présenté à ce sujet d'excellentes observations ; je viens à mon tour protester contre des opinions que leur auteur prétend incontestables, et que je crois, au contraire, très-susceptibles d'être discutées.
M. Beauvilliers affirme comme des faits irréfutables que la petite culture produit toujours plus économiquement et plus abondamment que les exploitations dirigées sur une vaste échelle ; que seule elle sait tirer parti des profits de la basse-cour; qu'elle n'a pas cessé de prospérer pendant les dix dernières années, tandis que la grande culture végétait. Enfin, il ne craint pas d'avancer que la ct'ise agricole a été amenée en partie par la malencontreuse idée de grands propriétaires qui, avides de retirer une rente plus élevée de leurs terres, ont voulu se mêler d'agriculture, et ont enlevé leurs domaines des mains des cultivateurs laboureurs, seuls capables de tirer parti du sol. Ceci, contre la volonté de M. Beauvilliers, je n'en doute pas, est une très-grave accusation portée contre un certain nombre d'agriculteurs, accusation qu'il est permis -de ne pas croire méritée, et que, dans tous les cas, on ne devait pas attendre d'un membre de la grande famille agricole. Je lis aussi que les petits cultivateurs ont fait l'Empire, et que c'est une raison de plus pour favoriser la division des exploitations. Je ne puis suivre M. Beauvilliers sur ce terrain, qui n'est point du domaine du Journal de l'AgricuUui'e. Je regrette seulement qu il ait oublié que nous devons supplier le gouvernement de ne voir devant l'enquête que des agriculteurs, sans s'occuper de leurs opinions politiques.
Je vais tâcher de répondre à ces assertions que je ne crois pas admises par la majorité des agriculteurs.
Je suis loin de penser qu'en règle générale les récoltes de la petite culture soient plus abondantes que celles des grandes exploitations, c'est plutôt l'exception ; mais en admettant pour un instant que ce soit un fait exact, il me sera encore facile de prouver la supériorité de la grande culture, particulièrement au point de vue du prix de revient et de la quantité relative des proiluits livrés chaque année sur le marché. Dans une ferme de cinq à six hectares, deux personnes au moins, le mari et la femme, sont employées; si une exploitation de cent hectares exigeait un personnel proportionnellement aussi nombreux, il faudrait pour la cultiver quarante ouvriers, tandis que dix suffisent pendant le courant de l'année ; en estimant le temps des ouvriers employés à la fanaison, la moisson, le sarclage des racines, on arrive à l'équivalent de seize à dix-huit personnes, qui ne consommeront jamais qu'une faible partie du blé récolté. Avec des frais généraux si difî'érents, comment admettre que la petite culture soit celle qui produise à meilleur marché? Aussi, elle n'obtient pas ce résultat; comme elle ne paye point d'ouvriers, elle parvient à trouver le montant de ses fermages, mais souvent au prix de grandes privations, parmi lesquelles figure l'absence d'un salaire rémunérateur; il est avéré que le bénéfice annuel d'un petit cultivateur n'égale pas les gages d'un ouvrier agricole. Quand la grande culture végète, la petite ne peut prospérer. Mais ses soutfrances sont en rapport avec l'étendue des terres qu'elle fait valoir; ce qui ruinera le fermier de
1. Notice sur la destruction du hanneton, lue à la Société d'acclimatation en 1S59.