SUR LA PETITE ET LA GRANDE CULTURE
200 hectares, laissera encore de quoi vivre maigrement au petit tenancier d'une bribe de terre. La position de ce dernier est-elle pour cela digne d'envie? Les vœux exprimés devant l'enquête doivent avoir pour but la prospérité de tous, quelle que soit l'importance de leurs travaux. Dans les bonnes années, une petite ferme vend un peu de blé; dans les mauvaises, la récolte y est à peu près consommée; la France compterait uniquement des exploitations de ce genre que les villes devraient souvent demander à l'étranger presque tout leur approvisionnement. Mais ce n'est pas tout : la grande culture, qui déjà fournit plus de blé sur le marché, donne encore du colza, du lin, de la laine, etc., denrées que la petite culture est impuissante à produire ; car sur une petite surface de terrain, il est difficile d'obtenir une grande variété de récoltes. Restent les prolits de la basse-cour, le beurre et le fromage. En Normandie, on en tire parti, aussi bien dans les grandes que dans les petites exploitations. Je voudrais que M. Beauvilliers pût visiter les fromageries du Cal- • vados ; il verrait que c'est une des branches d'industrie les mieux soignées : ce genre de commerce prospère, il est vrai, mais cela n'empêche pas le cultivateur, petit ou grand, de perdre de l'argent sur son blé, quand cette céréale est à vil prix, et on ne lui persuadera pas que ce soit justice, parce qu'il gagne sur son beurre et sur son fromage. Il n'acceptera pas l'argument, et il mettra ses terres en herbe, s'il est propriétaire ; s'il est fermier, il laissera ses labours pour louer des herbages, et la F?ance, ce pays de production par excellence pour le froment, sera toujours obligée de recourir à l'importation, ce qui, à un moment donné, peut avoir de graves inconvénients. Avec des exploitations morcelées, que devient le bienfait des machines? On m'objectera que des entrepreneurs se chargeront du battage des grains, de la moisson, voire même des labuuis; mais une machine à battre locomobile ne peut se déplacer pour égrener moins de 1,500 gerbes, c'est-à-dire la récolte entière d'une petite ferme ; afin de travailler à bon compte, elle devra marcher depuis le 15 septembre au 15 avril ; quel est le cultivateur qui pourra attendre cette époque pour le battage de sa récolte ? Il sera obligé de s'en tenir au fléau. Pour la moisson, ce sera de même : une pièce de blé n'est pas toujours également mûre dans toute sou étendue ; quand l'entrepreneur viendra avec sa moissonneuse, tout y passera. Qui ne sait que la spécialisation du travail concourt à sa célérité et à sa perfection? L'industrie a fait des merveilles avec ce principe; la grande culture peut seule l'appliquer.
Pour ce qui est des grands propriétaires, qui, alléchés par le haut prix des céréales et aussi par le désir de se bien poser, se sont mis à faire valoir, M. Beauvilliers devrait nous en indiquer le nombre ; il ne suffît pas d'avancer un fait com'me celui-là, il faut le prouver. Si on faisait une enquête à ce sujet, je crois qu'on trouverait pas mal de propriétaires qui ont fait de nécessité vertu. Gela ne prouverait pas la prospérité des fermiers avant ce retour à la vie des champs. Du reste, pourquoi blâmer une classe de courageux citoyens qui, par leur exemple, ont remis l'agriculture en honneur? Il en est malheureusement qui n'ont eu que des mécomptes ; mais il en est aussi à qui nous devons les véritables progrès de la science agricole. Parmi ces derniers, il s'en trouve qui, loin de gagner de l'argent, ont essuyé des pertes ; ils ont eu le sort de tous les novateurs, dont les expériences ont profité aux autres ; presque toujours le pays a su prendre ce qu'il y avait de bon dans leur méthode, et leur travail a encore été un bienfait. Quoique faisant valoir une ferme plutôt grande que moyenne, il m'arrive quelquefois de manier la pioche et de conduire la charrue. Je crois qu'il est bon de savoir exécuter soi-même les travaux que nous commandons chaque jour; mais je reconnais volontiers que ce n'est pas indispensable. Nous avons vu des exploitations dirigées avec une grande habileté par des hommes qui avaient passé leur jeunesse loin des champs, et n'étaient point familiarisés avec le jeu des instruments de culture; ils ont consacré à la terre leur belle intelligence ; le succès les a suivis ; ils ont droit à la reconnaissance de leurs concitoyens, et on ne doit pas les accuser des souffrances trop réelles que supporte l'agriculture en ce moment. On ne peut dire aux élèves des Dombasie et des Bella, aux lauréats des derniers concours : Arrière! vos succès mettent l'agriculture en péril ; laissez la terre au paysan, la vigne au vigneron; eux seuls savent produire à bon marché ; ils prospèrent tandis que vous végétez.
(Voir plus loin, p. 264, un article de M. Beamilliers sur le même sujet).
J. RiBARD, Agriculteur à la Cauvinière, par Fervacques (Hrilvadoi).
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS '
La nouvelle râpe de M. Champonnois, que vos commissaires ont vu appliquer dans la belle féculerie de notre confrère M. Pasquier, à Trou-Guyancourt, présente un contraste saisissant avec les làpes cylindriques ordinaires, non par la forme des organes qui, à première vue au moins, dilTèrent a^^sez peu dans les deux genres de machines, mais par leurs mouvements relatifs et par le rôle des forces intervenantes, qui sont à peu près complètement inverses dans le nouvel appareil dont nous avons à vous entretenir.
Dans les râpes ordinaires, les racines, betteraves, pommes de terre, sont amenées, avec QHS certaine quanlité d'eau, par un plan inclini^ sur la surface extérieure
V\%. Vo. — Vue pei'spective de la râpe Cliamponnoif.
d'un tambour cylindrique tournant avec une grande vitesse autour de son axe horizontal, et armé de lames d'acier dentées en scie, disposées suivant des génératrices équidistantes et dont la denture, profonde de 1 J/2 à 2 millimètres, est en partie saillante sur le contour de la surface cylindrique. Les racines, engagées entre le cylindre tournant et une pièce courbe dite de, rencontre qui fait suite au plan incliné et emboîte le cylindre, avec un jeu annulaire très-petit et qu'il est possible d'augmenter ou de diminuer, jusque vers le bas du plan méridien vertical, sont déchirées par les dénis saillantes des lames; la fécule, entiaîuée par l'eau, coule sur la pièce de rencontre, d'où elle tombe dans le réservoir ou canal disposé pour la recevoir.
L'organe principal de la râpe de M. Champonnois (fig. 25, 26 el 27°) estaufsi un
1. Rapport fait à la Société impériale et centrale (ragncultuie de France, au nom d'une commission composte de MM. de Béhague, baron Séguier, Pasjuier, Bella et Combes, rapporteur, sur une nouvelle râpe de M. Champonnois. «
2. Les légendes des figures 25 et 26 .sont les suivantes ; A Trémie dans laquelle ou jelte la pomme de ferre.
B Cylindre creux et fixe dont le pourtour est foumé par des lames dentelées L (fig. 27).
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS
tambour cylindrique garni de lames d'acier dentées en scie et disposées suivant des génératrices équidistantes ; mais la denture ici fait saillie à l'intérieur dans la concavité de la surface. Le tambour, au lieu d'être fixé par ses deux fonds à un arbre tournant qui l'entraîne dans sa rotation, est assujetti sur un fond immobile, solidaire avec le bâti en fonte ou en fer, qui porte les paliers sur lesquels repose l'arbre en fer horizontal qui reçoit de la machine motrice le mouvement de rotation.
Cet arbre se prolonge un peu au delà du palier le plus voisin du fond fixe, de manière à pénétrer de six à huit centimètres dans l'intérieur du tambour, dont l'axe est sur le prolongement de l'ax* de l'arbre. Sur le bout de l'arbre qui dépasse le palier et le fond fixe est calée, de manière à faire invariablement corps avec lui, une pièce en fer dont la section, par celui des jilans méridiens du tambour qui la divise en deux parties symétriques, offre la forme d'une palette rectangulaire dont deux côtés rasent les fonds parallèles du tambour, et les deux autres côtés son contour interne, avec un jeu suffisant pour qu'il n'y ait ni frottement contre les fonds, m choc de la denture saillante des lames par les bords de la palette tournante. Cette palette n'est point entière. La partie de son contour la plus voisine de la surface
Fig. 26. — Coupe de la làpe Champoniiois.
cylindrique du tambour et du fond fixe traversé par l'arbre tournant, auquel elle est assujettie, subsiste seule ; tout le reste est enlevé par une large échancrure qui
C Ailettes mobiles, entraînées dans le mouvement rotatif de l'arbre des poulies, sur lequel il est calé. Les palettes de cette pièce sont à pointes de diamant afin de maintenir mieux les racines et de les forcer à subir l'action des lames garnissant l'intérieur du cylindre B.
D Clavette servant à serrer l'ensemble des lames et de leurs entretoises, disposition qu'explique la figure 27.
F Plateau mobile maintenu par trois crampons à écrous H. Ce plateau', qui fait corps avec la trémie, s'enlève lorsqu'on veut monter ou démonter les lames du cylindre B.
G Bâti avec paliers supportant l'arbre moteur.
H Crampons fixant le plateau de la trémie A sur le cylindre B.
I Gardes mobiles en tôle mince avec poignées pour les enlever. Elles ont pour objet d'éviter que la pulpe de pomme de terre ne jaillisse autour du cylindre par retTet de la foi^ce centrifuge.
M Massif sur lequel est boulonné l'appareil tout entier.
V Volant qu'on peut supprimer au besoin suivant la nature des racines qu'on traite par la nipe.
0 Caisse recevant la fécule qui tombe de la râpe. M. Champonnois fait arriver l'eau par le centre à travers l'arbre horizontal qui est percé à cet
effet.
La figure 27 est destinée à faire comprendre comment l'inventeur parvient à placer les lames
dentelées de façon à présenter une surface parfaitement cylindrique. Pour obtenir ce résultat il
enlève le plateau F et sa trémie A; il introduit dans le vide circulaire qui se présente alors en T
le cylindre plein .\ (fig, 27). Il pose alors sur sa surface les lames L séparées chacune par une petite
entretoise S, dont un côté porte trois renflements qui, se reproduisant à chacune d'elles, forment
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS
paît du côté rectangulaire le plus éloigné du fond fixe et ne s'arrête qu'à 'la rencontre de l'arbre tournant sur lequel elle est calée; en définitive, au lieu d'une palette diamétrale, il ne reste qu'une sorte de fourche à deux branches évasée en forme d'un U, emmanchée au bout de l'arbre et tournant dans le tambour fixe dont elle occupe successivement tous les méridiens; il va sans dire que la pièce dont j'ai tâché d'indi:juer clairement la forme, n'est pas en réalité une palette mince, mais bien une plaque épaisse de plusieurs centimètres, dont le contour externe, dans la partie qui rase la surface cylindrique du tambour, a été tourné et poli suivant une surface cylindrique concentrique, d'un diamètre utj, peu moindre; une fois le tambour mis en place et assujetti à son fond fixe, on lui adapte le deuxième fond, parallèle au premier. Celui-ci se réduit à une plaque annulaire dont la largeur est à peu près égale à la hauteur qu'on a laissée aux deux branches de la fourche emmanchée sur l'arbre : toute la partie centrale de ce fond reste libre; cette ouverture est le débouché d'un canal recourbé par lequel les racines, avec la quantité
d'eau nécessaire, arrivent d'une façon continue dans l'intérieur du tambour fixe.
On comprend que, l'arbre recevant un mouvement de rotation, les branches de la fourche soulèvent et entraînent, à mesure qu'elles arrivent, les racmes qui restent appliquées et pressées contre la surface interne du tambour fixe par l'action de la force centrifuge ; que , dans ce mouvemeut d'entraînement avec pression, elles sont déchirées par les dents saillantes des lames, et que des intervalles vides alternant avec les lames doivent être ménagés sur la périphérie du tambour fixe, pour l'écoulement de l'eau et de la fécule à mesure que celle-ci est formée par le râpage.
Pour la recueillir, le tambour doit être entouré à une certaine dislance d'une enveloppe fixe, percée, à sa partie la plus basse, d'une ouverture à laquelle est adapté un tuyau débouchant dans le réservoir ou canal disposé pour recevoir la fécule et l'eau qui la délaye et l'entraîne.
On le voit donc, dans les râpes ordinaires c'est le tambour armé de lames dentées qui tourne et attaque les racines par la denture des lames saillantes à l'extérieur. L'action de la force centrifuge tend à écarter du tambour l'eau, la fécule et les racines elles-mêmes non désagrégées; elles ne sont maintenues au contact de la râpe que par la pression de la pièce de rencontre, qui demeure fixe pendant l'opération, sauf accident, et sur laquelle coulent l'eau et la fécule.
Dans la râpe de M. Ghamponnois, la palette fourchue tourne, et le tambour-râpe est immobile; la palette entraîne les racines dans sa rotation, mais elles sont appliquées et pressées par l'action seule de la force centrifuge contre la surface râpante,
Fig. 27. — Tambour servant à régler le montage des lames dentelées.
entre chaque lame un vide par lequel passe la fécule, pour sortir ù l'extérieur du cylindre creux formé de l'ensemble des lames et de leurs entretoises. Lorsque les dernières sont posées ainsi on place la clavette D (fig. 25 et 26;, qui serre le tout. On enlève alors le cylindre ou mandrin A; on replace la trémie, et l'appareil est prêt à fonctionner. Les lames F sont à double dentelure, qu'on retourne lorsqu'une série est usée. Pat ce moyen, un ouvrier quelconque peut, avec un peu d'adresse, démonter et remonter la râpe, certain d'avance que les lames formeront dans leur ensemble un cylindre parfait.
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS. 233
celle-ci est en même temps mouillée d'eau qui coule sur elle, en vertu de la vitesse que lui a imprimée la palette, et s'échappe avec la fécule qu'elle entraîne par les intervalles vides alternants avec les parties pleines.
(Juels peuvent être les avantages et les inconvénients de cette inversion introduite par M. Ghamponnois dans les mouvements des organes de la râpe, et du rôle des forces intervenantes, qui en est la conséquence? Quand la râpe cylindrique tourne, la force centrifurge tend à en écarter, avons-nous dit, la fécule, l'eau et même les racines entières; elles sont retenues par la pièce de rencontre. Or celle-ci ne peut être absolument fixe; car il faut pouvoir l'ajuster par rapport au tambour tournant, de manière à obtenir la fécule fine, sans mélange de parties de racines non déchirées; il faut même la rapprocher du tambour, à mesure que les dents l'usent. En outre, si un corps dur, tel qu'une pierre, vient accidentellement avec les racines, si une lame d'acier se détache du tambour tournant, la pièce de rencontre doit s'écarter pour les laisser passer, sans quoi il y aurait quelque rupture ou avarie grave. 11 faut donc qu'elle butte contre des arrêts fixes qui l'empêchent de venir tout à fait au contact des dents des lames, et qu'elle soit poussée contre ces points d'arrêt par quelque force extérieure, comme un ressort ou contrepoids, assez grande pour contrebalancer l'action de la force centrifuge et du poids des racines et pour maintenir celles-ci au contact de la râpe. Ce n'est pas sans difficulté qu'on satisfait à ces conditions, en conservant un écartement convenable et uniforme sur toute la longueur du tambour tournant et de la pièce de rencontre fixe, en un mot, l'ajustage précis des deux organes. Lors même que cet ajustage est parfait, l'eau qui arrive avec des racines et doit entraîner la fécule ne peut rester adhérente à la surface des" lames et du tambour tournant, dont elle est incessamment écartée pS.r la force centrifuge; elle va couler sur la pièce de rencontre, où elle ne se distribue pas en nappe uniforme, mais en filets distincts de sections différentes, animés de vitesses diverses, d'oii peut résulter une inégalité de grains de la fécule. En outre, lorsque la pièce de rencontre est écartée accidentellement pour laisser le passage libre à quelque corps dur, des fragments de racines non déchirées, plus ou moins gros, échappent h l'action de la râpe.
Les dispositions adoptées par M. Ghamponnois font disparaître ces inconvénients. La pression des racines contre la surface râpante ne dépend plus de contrepoids, de ressorts, de l'ajustement plus ou moins parfait des pièces de l'appareil, mais uniquement de l'action de la force centrifuge, Dans la râpe installée à Trou-Guyancourt, le diamètre interne du tambour étant à peu près de 0"'.26 et la vitesse de la palette de 800 tours par minute, le calcul montre que la foice centrifuge est, pour celles des particules matérielles entraînées par le mouvement de rotation qui sont contigués à fa râpe, égale à plus de 90 fois leur poids; pour celles qui seraient distantes de la râpe de 0"'.065, elle est encore égale à plus de 45 fois leur poids. On peut donc estimer qu'un fragment de pomme de terre pesant 100 grammes est pressé contre la râpe par une force d'environ 80 fois 100 grammes, soit 8 kilogrammes, répartis sur la surface du contact. Cette force est limitée, toujours le même multiple du poids, pour un corps dur ou un fragment de racine. L'introduction accidentelle d'une petite pierre dans la râpe pourra donc détériorer les dents des lames, mais non donner lieu à des avaries graves, comme il arrive lorsqu'elle s'introduit entre le tambour tournant et la pièce de rencontre de la râpe ordinaire. L'eau qui coule sur la paroi du tambour fixe de M. Ghamponnois entraîne. la fécule tormée et s'écoule avec elle par les intervalles libres qui se trouvent entre deux lames dentées consécutives.
On remarquera que, si l'un ou plusieurs de ces intervalles viennent à s'engorger de fécule ou de petits fragments de racines, la force centrifuge n'agira pas pour les dégager, comme cela aurait lieu si la râpe tournait, et c'est sans contredit là un inconvénient de l'immobilité du tambour. L'expérience démontre, en efl'et, qu'il se manifeste lorsque les lumières sont trop rétrécies; mais elle fait voir aussi que, si leur largeur est réglée convenablement (ce que le mode de montage de la râpe
234 SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONKOIS
permet de faife avec exactitude) par rapport à la viiesse de rotation de l'arbre, k la nature des racines, et à la quantité d'eau, ou obtient une fécule d'une finesse uniforme, sans avoir à redouter l'engorgeiuent. Je ne puis mieux faire que de citer, sur ce point, le passage de la lettre que M. Pasquier Bis m'a fait l'honneur de m'écrire :
a Après bien des tâtonnements, me dit-il, on s'est arrêté à donner à ces espaces une largeur d'un millimètre et demi ; nous avons bien essayé des lumières d'un demi-millimètre, d'autres de 2 et 3 millimètres; mais, dans le premier cas, le râpage devient presque impossible, parce que l'instrument s'engorge; dans le second, le travail laisse à désirer sous le rapport de la finesse de la fécule; en somme, je ne pense pas que le chiflre d'un millimètre et demi, que nous avons adopté, puisse varier avec avantage, soit en plus, soit en moins. »
Ceci se rapport ", il faut se le- rappeler, à un tambour de mf)ins de 0"'.30 de diamètre et à une vitesse de 800 tours par minute de la palette. Pour une vitesse angulaire plus grande que celle-ci, ou pour des tambours d'un diamètre plus grand, toutes autres choses restant égales d'ailleurs, la largeur la plus convenable des lumières serait vraisemblablement moindre. Quant à la râpe tournante ordinaire, dont il usait avant d'avoir installé celle de M. Ghamponnois, M. Pasquier fils s'exprime ainsi, dans la même lettre :
«; Avec l'ancienne râpe, la finesse du résidu ou pulpe de pommes de terre varie comme l'écartement entre les lames et la pièce de rencontre. Or cet écartement change presque d'un instant à l'autre, soit par l'usure de la pièce de, rencontre ellemême, soit par celle des coussinets porteurs de l'arbre de l'instrument. Il faut donc, pour parer à cet inconvéuient, avoir le soin de rapprocher (et souvent plusieurs fois dans la même journée) cette pièce de rencontre du tambour de la râpe. Le travail est facile à exécuter, mais il exige une assiduité qu'on ne rencontre pas toujours, même chez un contre-maître. Du reste, il faut le dire, il est impossible, malgré les' plus grands soins, d'arriver à la perfection sous ce rapport. C'est ce qui explique comment on trouve, dans le résidu de la râpe tournante, des morceaux de pomme de terre qui n'existent pas dans l'autre. Bans celle-ci, au contraire, l'espace entre les barrettes qui donne passage à la pulpe étant invariable, celte pulpe conserve toujours la même finesse, et une fois que l'instrument a été monté, il n'y a plus besoin d'y toucher que lorsque les lames usées ne peuvent plus fonctionner. »
Voici les résultats comparés du travail de la râpe ordinaire et de la râpe de M. Ghamponnois :
685 kilog. de pommes de terre ' ont donné, à la râpe ordinaire, 110 kilog. de fécule verte qui se sont réduits à 70 kilog. de fécule sèche.
Le même poids de pommes de terre a donné, par la râpe de M. Glîamponnois, 137 kilog. de fécule verte qui se sont réduits à 87 kilog. de fécule sèche.
Le temps et le travail mécanique dépensés pour râper un même poids de ]Mmmes de terre sont les mêmes pour l'aucienne râpe et pour la nouvelle, ou du moins la différence est assez faible pour qu'elle ne se soit pas manifestée dans le travail courant de la fabrique. Les dimensions des râpes employées comparativement dans ces expériences étaient :
Pour l'ancienne râpe à tambour tournant, diamètre, 0"'.48; longueur des lames, 0",28.
Pour la râpe à tambour fixe de M. Ghamponnois, diamètre, 0'".29 ; longueur des lames, 0"'.20.
Les vitesses étaient également de 800 révolutions par minute pour le tambour tournant de la râpe ancienne et pour la palette de la râpe Ghamponnois.
On remarquera que l'opération du ràpage a lieu à la fois, sinon sur toute l'étendue de la surface interne du tambour fixe de cette dernière, du moins sur la plus grande partie de cette étendue, ce qui permet de diminuer notablement la longueur
1. De l'espèce dite cliardon, très-productive en poids, mais peu riche en fécule.
SUR UNE NOUVELLE RAPE DE M. CHAMPONNOIS. 235
du tambour dans le sens de son axe, et par conséquent aussi de la palette tournante qui se trouve en porte à faux, au delà du palier de l'arbre tournant, lout en lui conservant une étendue de surface râpante supérieure à celle d'une râpe ordinaire à tambour tournant.
Enfin je ne dois pas omettre de signaler l'extrême facilité et le haut degré de précision que comporte le montage de la râpe dans le système de M. Champonnois.
La section du tambour -râpe, par un plan perpendiculaire à son axe, oiîre une succession de couples composés chacun d'une barrette à section carrée et d'une lame mince d'acier dentée en scie des deux côtés, appliquée contre une des faces de la barrette, de manière que les dents soient en saillie d'une petite quotité de chaque côté sur la hauteur de la barrette. Entre la lame dentée d'un couple et la face la plus voisine de la barrette, appartenant au couple suivant, se trouve un des intervalles vides d'un millimètre et demi de largeur par lesquels s'écoule la fécule entraînée par l'eau. Ces couples sont montés sur un manchon cylindrique en fonte, tourné extérieurement de manière à présenter à l'une de ses extrémités seulement un cordon dont la saillie, sur le re.^te de la surface cylindrique, est précisément égal à la saillie régulière (elle est d'un demi-millimètre) que l'on veut donner aux dents des lames d'acier sur la surface cylindrique interne formée par l'ensemble des barrettes. Ce manchon est intro luit concentriquement, par l'extrémité opposée à la saillie dont je viens de parler, dans la cage qui forme la monture du tambour tournant. Les barrettes et les lames sont établies autour de ce manchon. La largeur régulière des lumières ou intervalles vides est assurée par deux boutons saillants sur la face latérale de la barrette opposée à celle sur laquelle s'applique la lame d'acier. Les lames sont enfoncées par un petit coup de marteau jusqu'à ce que les extrémités des dents s'appuient sur le contour du manchoa, et comme les barrettes reposent par une de leurs extrémités sur le cordon saillant dont j'ai parlé, la saillie des dents est parfaitement régulière et égale à la hauteur de cette saillie. Lorsque l'on a ainiîi garni le tambour sur tout son contour, et serré tout l'ensemble par des clefs, on enlève le manchon. Le tambour-râpe se trouve monté et prêt à être adapté au fond solidaire avec le support ; il est fixé à celui-ci par quelques boulons à écrous, ce qui n'exige que quelques instants. On a toujours dans l'usine un tambour de rechange tout monté et prêt à être mis en place, lorsque les lames de celui qui travaille seront usées. Deux ou trois minutes suffisent pour enlever et remplacer celui-ci qui sera à son tour garni de lames nouvelles ou de lames retournées.
La vue du dessin que je mets sous les yeux de la Société suppléera au défaut de clarté que je n'ai pu éviter dans la description qui précède.
Le raisonnement et les expériences faites dans les féculeries de nos confrères, MÎ\L Pasquier et Dailly, mettent en évidence les avantages très-sérieux de la disposition que M. Champonnois a eu l'heureuse idée de substituer à celle des râpes ordinaires et la perfection avec laquelle sont construites les nouvelles râpes. Votre commission a l'honneur de vous proposer d'accorder à M. Champonnois, pour l'invention de la râpe à tambour fixe, votre grande médaille d'or.
Combes,
Membre de l'Institut et de la Société impériale et centrale d'agriculture de France.
Séances des 29 novembre et 5 décembre. — M. Wolowski lit un rapport sur un nouveau mode d'organisation du crédit foncier présenté par M. Gillet-Degoizier, ancien notaire. D'après l'honorable membre, ce système serait un mode d'épargne et non un système d'organisation du crédit; recommandable au premier point de
vue, comme une combinaison nouvelle, il manque son but comme institution de crédit foncier.
M. Becquerel annonce que, d'après les renseignements qu'il a reçus des directeurs de plusieurs compagnies d'assurances contre la grêle, la carte des orages k grêle qu'il a dressée s est trouvée vérifiée cette année encore, comme elle l'avait été déjà en 1865.
M. Robinet eulretient la Société de l'impôt qui pèse à Paris sur les bois de chauffage et sur les charbons de terre. Ce droit est sensiblement le même, soit environ y^. 25 par 1,000 kilos, pour l'un comme pour l'autre. Le prix du bois qu'on trouve très-élevé cette année avait atteint déjà le même chiffre en 1862, c'est-à-dire 57 fr. les 1,000 kilos. Le prix moyen, de 1852 à 1866, a été de 53'. 33; le prix moyen du charbon de terre, pendant la même période, a été de 56'. 75. En ajoutant l'impôt de 7'. 25, on arrive aux prix de 60'. 58 pour le bois et de 64 fr. pour la houille. Mais on sait qu'à poids égal, le charbon de terre donne deux fois plus de chaleur que le bois. Le droit d'entrée est donc moitié moindre sur le charbon de terre que sur le bois, et l'unité calorifique coûte moitié plus cher par le bois que par le charbon. En ce moment, quelques personnes demandent qu'on supprime entièrement le droit sur les charbons : ce serait rendre désastreuse la situation de l'industrie forestière qui subit déjà la concurrence si avantagée de la houille. L'honorable membre demanderait donc qu'on maintînt ou même qu'on augmentât le droit sur les charbons de terre.
M. Brongniart dit que cette importante question a été très-controversée dans la Société forestière. En général, on s'est trouvé d'accord pour encourager la production des bois dont la conservation est si essentielle quant au climat, et aussi afin de ménager les mines de charbon qui ne sont pas inépuisables. Il ajoute que l'argument est d'autant plus sérieux que la consommation augmente sans cesse, se doublant tous les quatorze ans, tandis que l'approvisionnement limité du sol diminue sans se reproduire '.
M. Becquet, en confirmant le chifiVe du droit de 3 fr. que paye le stère de bois de chauffage à l'entrée, fait remarquer que cette somme représente souvent, pour les contrées un peu éloignées, la valeur même de ce stère de bois pris sur place, le revenu enfin du propriétaire. La fin de la houille, suivant l'expression pittoresque de M. de Vogiié, sera la fin du monde, u On a dit que le charbon était le chauffage du pauvre ; c'est très-bien, mais il est aussi le combustible de l'industrie. Or, vaut-il mieux que l'industrie s'établisse dans Paris même, ou au dehors? C'est là une grave question. Les industriels qui sont éloignés de la capitale ne peuvent déjà plus lutter contre ceux qui l'habitent.
M. Becquerel a trouvé que la consommation de la houille suivait dans son accroissement une courbe logarithmique, tandis que celle du bois suivait seulement une courbe arithmétique, ou augmentait dans la même proportion que la population. Il en résultait pour lui, en 1850 déjà, que les propriétaires de bois seraient forcément conduits à aménager leurs taillis à 15 ans; c'est ce qui est arrivé en effet. Depuis lors, les choses sontYestées dans le même état, et il ne voit pas qu'il y ait lieu de diminuer le droit sur les houilles.
M. Wolowski considère comme très-sérieuse la nécessité de diminuer autant que possible la consommation du charbon de terre qu'on a fort justement appelé le pain de l'industrie : un savant professeur anglais, sir W. Armstrong constatait, il y a trois ans, à l'Association britannique, que la consommation de la houille augmentait chaque année en Angleterre, de 2,750,000 tonnes, et il en concluait que dans un peu plus de deux siècles, les mines de ce pays seraient épuisées. M. de Lavergne a toujours été partisan, à la fois, de l'égalité et de la justice; la base de l'impôt sur les combustibles doit évidemment être la puissance calorifique. Il y a donc en ce moment protection de la houille contre le bois, et il n'aime pas le système protecteur.
M. Robinet a oublié de faire valoir cette considération que l'extraction du gaz d'éclairage permet d'obtenir le coke à très-bas prix; il ajoute que le gaz tend à
1. M. Peligot, en 1865, évaluait la consommation annuelle totale de la houille, en Europe, à 122,410,2^0 tonnes, et dans les autres parties du monde, à 10,583,388 tonnes, soit ensemble, en nombres ronds, 133,000,000 de tonnes par an.
remplacer, à Paris comme à Londres, le charbon de bois, pour le chauffage et la cuisine. Il n'y a pas d'allumage, pas de perte de combustible : un robinet ouvert ou fermé, et le feu est allumé ou éteint. C'est là le véritable chautîage économique, celui du pauvre, de l'ouvrier, qui ne rentrent chez eux que pour prendre leurs repas.
M. le général Morin dit que le prix du bois sur place, dans les forêts, s'élève chaque jour, h mesure que les voies de communication s'améliorent et se multiplient. En Bretagne, en 1842 déjà, le bois se payait quinze ou seize fois ce qu'il valait en 1815 ou 1816. Le produit forestier augmente donc considérablement. C'est prématurément qu'on s'efi'raye de l'épuisement des mines de houille, dont on découvre chaque jour de nouveaux gisements, en même temps que des moyens nouveaux permettent d'approfondir les mines et d'exploiter les couches les plus profondes en épuisant l'eau à l'aide des machines à vapeur. La houille, d'ailleurs, pourrait être suppléée dans certaines industries par la tourbe.
On sait combien est difficile l'exploitation des tourbières, combien est longue et coûteuse la dessiccation des briquettes qu'on en tire. En Irlande, on a beaucoup perfectionné, dans ces dernières années, les procédés d'extraction. Voici comment on opère : on draine la superficie de la tourbière à 1 mètre ou l^.bO de profondeur; on établit, sur une bande de 50 mèlres de large, un chemin de fer portant une locomobile armée d'un grand bras de 15 mètres de long, traînant des herses destinées à ameublir la surface. Le lendemain ou le surlendemain, on emporte cette couche ameublie et séchée déjà, dans uue étuve, où on la comprime en briquettes qui sont très-propres à la fabrication du fer. Ce procédé, très-économique, est aujourd'hui appliqué en Irlande et en Ecosse, à des surfaces assez étendues.
M. Combes ne croit pas que la puissance calorifique puisse être prise seule comme base de l'impôt sur les combustibles, pas plus que l'alcool pour base du droit sur les vins. Le bois est un combustible de luxe ; la houille est le combustible économique. M. Gareau nesaurait être decetavis; le charbon de bois forme la consommation presque exclusive des petits ménages, des ouvriers, qui ont souvent besoin de rallumer leur feu, parce qu'ils ne rentrentchez eux que pour prendre leurs repas dans l'intervalle de leurs travaux, et qu'ils ne pourraient employer la houille.
Suivant M. de Kergorlay, il y a deux intérêts très-différents engagés dans la q^uestion de consommation des houilles : l'intérêt individuel et l'intérêt industriel. Evidemment, à Paris, le bois est le combustible des ménages riches; le charbon de terre a contre lui son odeur désagréable, les cendres légères qui endommagent les tentures ; le bois égayé le. foyer de sa flamme ; la houille brîde tristement, sans donner de flamme vive ; le bois est le chauffage français comme la houille est le chauffage anglais. Mais le t,'ros intérêt actuel de la question est industriel, et voici comment : de 1840 à 1860, un assez grand nombre de fabricants sont venus établir leurs usines dans le périmètre compris entre les anciennes barrières et les fortifications, afin de s'exonérer des droits sur le combustible. Lorsqu'on a transporté les barrières aux fortifications, ces industriels ont obtenu un délai d'exemption de six ans, qui va expirer; ils vont avoir maintenant à supporter des charges imprévues et qui mettront quelques-uns d'entre eux hors d'état de lutter contre les industries placées en dehors de la capitale ; leurs rivaux auront sur eux un avantage décisif par le prix moins élevé du combustible et de la main-d'œuvre. Ils demandent donc qu'on prolonge leur exemption de droits, ou mieux encore, qu'on supprime tout droit sur la houille. Voilà l'état actuel de la question.
M. de Lavergne s'élève, pour la rejeter, contre la distinction d'impôt de luxe et d'impôt industriel. Il demande l'égalité appliquée à la nature même des choses Pour les combustibles, la" chaleur produite forme la seule base imposable. A ce qu'a dit M. le général Morin, il répond, que chez lui, le prix du bois n'a pas augmenté depuis dix ans. M.Becquet confirme ce fait pour plusieurs contrées de la France.
M. le général Morin ajoute que le stère de bois pèse, en moyenne, 400 kilogr., et donne 1,200,000 unités de chaleur', pour 18 fr.; 400 kilog. de houille donnent 2,500,000 unités de chaleur pour 22 fr. 80.
1. Ou calories. La calorie est l'unité de chaleur qui élève d'un degré du thermomètre centigrade la température d'un kilogramme d'eau à l'état liquide. 1 kilog. de bois séché à l'air libre donne 2,945 calories; 1 kdog. de houille de seconde qualité donne 6,345 calories, ou plus du double.
M. Payen a analysé les concrétions qui obstruaient la râpe à betteraves de M. Ghamponnois; il y a trouvé de l'oxyde de fer provenant des lames mêmes de l'instrument, de l'alumine, de la magnésie, de l'oxalate et du pectate de chaux, de l'azote (1.50 p. 100). Le même fait d'obstruclion s'est produit cette année dans les râpes à pommes de terre du même fabricant, et la matière obstruante est en grande partie composée de l'épiderme des tubercules et d'oxyde de fer provenant des lames de la râpe. Ou sait maintenant le moyeu d'en débarrasser l'instrument.
M. Duchesne-Thouieau présente à la Société un livre publié en 1838 par M.. Glère, sur la culture de la vigne, et revendique pour cet auteur l'idée première de la taille proposée par le docteur Guyot. Cette coœmunication sera renvoyée à la section des cultures spéciales.
M. de Lavergne a lu, dans un journal de Toulouse, que depuis un mois, on a organisé dans cette ville un marché à la criée pour le pain, la viande, etc. En vingtsept jours, on a débité .sur ce marché 12,440 kilog. de- viande à 1 fr. le kilog., et 35,000 kilog. de pain à 29 cent, le kilog , ce qui est exactement le prix du kilog. de blé. L'honorable membre a écrit à Toulouse, pour avoir des renseignements sur ce marché, et il s'empressera de les transmettre à la Société.
M. Gayot dit que la différence entre les prix de vente à la criée et ceux de vente chez les marchands est générale, considérable et souvent inexplicable.
M. Gareau demande à M. de Lavergne s'il sait comment se fait l'approvisionnement en viande du marché à la criée de Toulouse, s'il a lieu par des propriétaires producteurs ou par des bouchers? M. de Lavergne croit pouvoir dire que la vente à la criée a été accordée, pour la viande, à deux concessionnaires, qui achètent le bétail et le débitent, et qu'il en est probablement de même pour le pain.
M. Barrai dit que le pain de ménage, dont on obtient 110 kilog. pour 80 kilog. de farine, peut ne pas valoir plus cher que le kilog. de froment. Telle était même la base de la taxe adoptée dans tout Test de la France, avant la liberté de la boulangerie. Le pain de 2' qualité était taxé au même prix par kilog. que la valeur moyenne du kilog. de blé; le pain de 1" qualité supportait une surtaxe sur le pain de ménage, et il y avait une détaxe en faveur du pain de 3' qualité.
A. GOBIN
LES LABOURS D'HIVEP.
Voilà, en agriculture, un élément de grande force : le temps. Voilà uni capital bien placé : la charrue. Et voilà une opération de grande valeur : les labours d'hiver.
Les semailles sont faites. Les attelages, par quelques jours de repos, se remettent de leui's grandes fatigues. Dure, plus dure que dans les années moyennes, a été cet automne la fatigue des pauvres bêtes. La pluie, les mauvais chemins, les terres trempées, les fumiers lourds, ont usé beaucoup dé forces. Quelques jours de repos après les semailles sont dus ainsi aux animaux qui ont travaillé. ,
Il y a deux systèmes différents de culture, tous deux bons, s'ils sont bien appliqués, l'un valant l'autre, si une intelligence égale les ordonne : le système où aucun repos d'hiver n'es't accordé au sol, et le système où, sur certains champs, après certaines récolles, la terre se prépare à une nouvelle rotation de cultures par un repos d'hiver et par des labours profonds.
.Quand la terre produit sans repos, des semailles d'été remplacent les récoltes, sans respiration préalable (c'est exact), et des fourrages de printemps succèdent aux céréales en attendant les plantations ou les semis des cultures sarclées. C'est la culture à haute fonction, qui ne peut se faire sur tous les sols, soit en raison des mauvaises herbes si