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LES FERMIERS DEVANT L'ENQDÉTE

rissement des denrées, mais encore à l'amélioration de la propriété; tandis que les propriétaires verront avec plaisir augmenter les prix pour élever les fermages et placer leurs capitaux partout ailleurs qu'en améliorations foncières.

Cet état de choses, qui est général, est bien certainement la vi-aie cause des souffrances de l'agriculture ; tant qu'il durera, le progrès sera arrêté, malgré tout ce qu'on pourra faire; le cultivateur restera dans la gêne et la routine, et ne saura que faire de son intelligence, à moins de l'employer ailleurs ; le capital, ce grand nerf du travail, ne pourra se donner et profiter aux entreprises agricoles; les propriétaires vendront leurs domaines pour acquérir des fonds mobiliers ; les ouvriers délaisseront les travaux des champs pour ceux de la ville; en un mot, l'industrie agricole, qui devrait être la plus honorable, continuera de rester dans un rang inférieur.

Dès longtemps, cette question si importante a attiré l'attention de quelques agriculteurs praticiens ; mais il faut dire que jusque-là elle a pénétré à peine dans la discussion publique, du moins en France. C'est que, chez nous, le progrès est encore dans l'enfance, et en agriculture, l'on a plutôt entrevu le côté théorique que le côté pratique, celui cependant duquel doit partir le progrès. Tandis que, dans la petite culture, il s'est fait sans guide et seulement par la force des choses, dans la grande, oii il pourrait être dirigé avec plus d'entrain et de connaissances, il trouve devant lui un obstacle avec lequel il faudra tôt ou tard compter, si l'on veut que cette grande culture se maintienne.

J'avais pensé un moment que l'enquête dévoilerait la source du mal, et je me disais : une fois le mal connu, le remède sera facile à trouver. Aujourd'hui, je m'aperçois que j'avais un peu trop compté sans les difficultés qui accompagnent toujours les nouvelles réformes. Celle dans laquelle nous sommes entrés ne pouvait manquer d'avoir ses détracteurs. Mais que les amis du progrès ne se découragent pas ; nous avons fait le premier pas, et, malgré quelques épreuves, les résultats sont inévitables. Qui n'entrevoit déjà que la liberté du commerce apportera une nouvelle force au travail, ce premier besoin de l'homme? Là, à chacun selon son mérite et ses œuvres, mais à condition que toutes les entraves qui arrêtent le développement du travail disparaîtront. Dans l'industrie et même dans la petite culture, on peut voir ce qu'a produit un travail intelligent ; c'est que là, il y reçoit tout son développement avec l'assurance d'être payé tôt ou tard. Dans la grande culture, au contraire, tout effort pour des opérations dont le résultat demande plusieurs années, est paralysé par la perspective de n'en pas retirer les fruits. Que l'on assure au cultivateur une part de la plus-value de la propriété résultant de son travail et de ses avances, et alors rien ne l'arrêtera plus.

Malgré tout ce qu'on pourra dire, je ne crois pas qu'il soit si difficile de trouver un moyen de concilier l'intérêt du propriétaire et celui du cultivateur. Que la valeur, de la propriété foncière, qui est variable, soit fixée chaque année par une commission ; puis, que le bailleur soit tenu de rembourser au preneur, à sa sortie, une certaine part de la plus value qu'a acquise la propriété pendant le cours du bail, et qui serait basée sur le prix du nouveau fermage; que le preneur, de

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