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LES FERMIERS DEVANT L'ENQUÊTE

même, suit responsable de la diminution de valeur. Pour le métayage, en faisant une estimation préalable du revenu, on peut suivre le même mode que pour le fermage.

Telles seraient, pour uue question si importante, les seules formalités à remplir. Qu'y a-t-il de difficile dans l'exécution? Rien ne gênerait la liberté des transactions; ce serait, au contraire, la Gnd'un antagonisme préjudiciable à l'agriculture. Du reste, à supposer que certains propriétaires ne voulussent pas céder leurs fonds avec de telles conditions, où serait le mal ? L'agriculture ne gagnerait-elle pas à ce qu'un plus grand nombre exploitassent leurs domaines?

On ne peut se dissimuler qu'il existe aujourd'hui un grand courant qui entraîne les gros capitaux vers la fortune mobilière, pendant que les petits capitaux s'attachent de préférence à la possession de la propriété foncière. La solution que je propose n'aurait-elle pas pour résultats d'arrêter ce courant, du moins d'en changer les dispositions? Dans la nouvelle situation où se trouverait engagée l'agriculture, le capital à la suite du travail serait naturellement appelé à jouer un grand rôle.

Alamartine,

Agriculteur à Saint-Martin d'Estréaux (Loire).

Dans l'enquête agricole, on a proposé la propagation des cultures industrielles comme un des meilleurs moyens de remédier aux souffrances de l'agriculture. Partisan, depuis très-longtemps, de la même idée, j'ai regardé cette proposition comme très-avantageuse aux mtérêts agricoles. Mais, à mon avis, les deux cultures industrielles qui ont le plus d avenir et procurent les plus grands bénéfices sont celles de la vigne et du houblon. Ce sont donc celles-là surtout qu'il faut développer.

M. le docteur Jules Guyot, avec toute l'autorité de son talent, a propagé en France la culture de la vigne sur une immense échelle, et, de l'avis de tous, il a rendu un service signalé à son pays. Je ne m'occuperai donc pas de cette matière, dout il est le meilleur soutien, mais je m'attacherai à suivre de loin son exemple, et à essayer de faire, pour la culture du houblon, ce qu'il a fait avec tant de succès pour le développement de la culture de la vigne.

Planteur de houblon depuis longtemps, je tâcherai, en publiant le résultat de mes travaux et le fruit de mes observations, d encourager les agriculteurs à planter du houblon, et je leur donnerai, comme exemple à suivre, ce qui s'est passé en Bourgogne. Si j'ai réussi à développer dans mon pays une culture productive, trop circonscrite encore dans d'étroites limites, et qui, cependant, a amené la prospérité avec elle, pourquoi n'essayerais-je pas d'en faire autant pour d'autres contrées? En Bourgogne, depuis vingt-cinq ans, on cultivait le houblon, mais sans progrès, et sa production restait stationnaire. Par

I. L'auteur île cet inléressant article nous a envoyé quinze exemiilaires d'une brochure qu'il a faite sur la culture du liouhlnn, pour qu'elle soit remise gratuitemenl aux quinze premiers abonnés qui nous en feront la demande.

mon exemple, mes écrits, par les marchés spéciaux que j'ai obtenus et les débouchés ouverts, par des expositions locales et enfin par le Concours international des houblons, dont j'ai été un des promoteurs, j'ai la conviction d'avoir contribué à propager considérablement le houblon. Aujourd'hui, la Côle-d'Or seule compte 500 hectares de houblonnières, les plantations continuent sur une vaste échelle, et les départements limitrophes nous imitent.

L'aisance et la prospérité sont venues dans nos villages avec cette culture; par elle tous les bras sont occupés en toute saison, et une foule d'industries en profitent directement. Nos forêts se vendent à des prix très-élevés, à cause de la quantité de perches à houblon demandées^ et nos forges \oient s'écouler avec rapidité les fils de fer nécessirires aux claies des séchoirs, ou employés comme perches dans les nouveaux systèmes adoptés. Cette année, le produit des houblons a payé plus d'un fermage, et sans eux, bien des bourses seraient restées vides.

Cette culture est celle de tous , celle du riche comme celle du pauvre. S'il y a des houblonnières de 30,000 perches, il y en a beaucoup aussi de 300 à 400 !

Nos manœuvres, qui cultivent les Iroublonnières, ont de bons gages fixes et, en outre, un droit de 1 pour 100 dans les produits bruts (j'ai introduit cet usage, qui me paraît bon; l'ouvrier travaille pour soi en travaillant pour le propriétaire, et il devient son associé). Ils peuvent, en outre, aller faucher les prairies et faire la moisson pendant l'été, et, pendant l'hiver, couper du bois et façonner les perches. Tous ces travaux peuvent s'exécuter sans nuire à la culture du houblon.

A la fin de l'année, ils ont réalisé quelques économies s'ils ont eu de l'ordre; alors, ils achètent un morceau de ferre, le défoncent euxmêmes pendant l'hiver, l'emperchent avec leur part des affouages communaux, et ils deviennent à leur tour planteurs de houblon. Dans beaucoup de nos communes, chaque chef de famille reçoit, moyennant une faible redevance, depuis 34 jusqu'à 57 hectares de terrains communaux pour un bail de 18 ans. Alors, la tâche est plus facile, et la houblonnière est vite créée. En quelques années, le manœuvre laborieux et secondé par sa famille arrive, par le produit de son houblon, à l'aisance. Ce qui se passe pour les planteurs de houblon de nos conti'ées, M. J. Guyot l'a démontré à son tour avec succès pour les populations qui s'adonnent à la culture de la vigne.

Eh bien ! cette prospérité des contrées de production viticole ou houblonnière, pourquoi ne pas chercher à l'amener dans d'autres contrées qui soutTrent, et qui, au moyen, de pes deux cultures industrielles, sauraient retrouver ou atleindre la prospérité perdue ou cherchée?

A mon avis, le houblon, jusqu'ici et bien a tort, a été circonscrit dans d'étroites limites, et on a eu l'air de lui défendre de sortir de l'Allemagne ou de l'Alsace. Mais le nord de la France, la Lorraine, la Bourgogne n'ont pas tenu compte de la prohibition, et le succès de leur culture détermine d'autres pays à suivre leur exemple. La Gironde, l'Isère et U Bretagne elle-même, aux environs de la ferme de Grand-Jouan, commencent à leur tour aussi à s'occuper du houblon. Je lisais ces jours-ci un remarquable article de M. Jutes Rieffel sur la

culture du houblon dans les bruyères de la Bretagne, aux environs de la ferme de Grand-Jouan, et je suis heureux de pouvoir dire tout haut combien il est dans le vrai en voulant « propager une culture qui peut donner en moyenne 3,500 fr. à l'hectare en produit brut, » ce qui vaut mieux que le blé à 15 fr. l'hectolitre; je suis bien de son avis.

On peut donc constater une tendance à s'occuper de la culture du houblon, tendance qu'il faut développer, progrès qu'il faut répandre ! Il faut que, partout où l'on ne pourra pas planter de la vigne, c'est-àdire dans les coteaux à l'ouest ou les terrains sur le bord des rivières, on plante en revanche du houblon. Ces deux cultures ne peuvent point se nuire l'une à l'autre, elles doivent vivre ensemble côte à côte, et contribuer toutes deux à la richesse des pays qui les pratiquent.

Mais on me dira sans doute que le houblon ne vient que dans certains sols, à certaines expositions, et que, propager par trop son développement, c'est risquer d'en voir les bénéfices diminuer ?

Je répondrai d'abord à la première objection que le houblon, comme le chiendent, viendra partout et dans toute espèce de terrain, sous les seules conditions d'un défoncement profond et d'un terrain parfaitement perméable ou drainé naturellement ou artificiellement. On récoltera des houblons de très-bonne qualité dans, des sols complètement différents les uns des autres. Dans les terres franches, marneuses et sablonneuses de la Bohême, les sols siliceux et tourbières desséchées, les sols argileux, les terrains calcaires purs, ferrugineux ou mélangés de graviers , dans tous ces sols, dis-je, le houblon donnera de bons résultats. Il y aura très-certainement des différences notables de qualité et d'arôme, mais là où le houblon sera moins fin et moins parfumé, la production sera plus considérable, et il y aura compensation, La quantité en matière de houblon est toujours en raison inverse de la qualité. C'est une loi de la production qui est logique et vraie.

Tous les sols conviennent donc au houblon, surtout ceux qui sont exposés à l'est et à l'abri des grands vents. Nous avons, en France, tant de sols différents, tant de climats divers que, peut-être un jour, nous aurons découvert un coin de terre où pousse encore maintenant le houblon sauvage, et où alors nous récolterons des houblons rivaux des Saaz et des Auchsa de la Bohême!

Le houblon sauvage croissant spontanément est, en outre, une indication infaillible de la nature : partout où on le rencontre, on peut être certain de l'avenir d'une houblonnière.

Quant à la seconde objection que, plus on planterait, et plus les bénéfices diminueraient par la trop grande production, je répondrai encore que ce ne sera pas avant bien des années que la production dépassera la consommation, et cela, par cette raison que la consommation de la bière, comme celle du vin, croissent toujours, et que, malgré cela, la bière et le vin sont toujours fort chers. D'un autre côté, tous les pays qui font de la bière leur boisson habituelle ou seulement leur boisson de luxe, ne peuvent ou ne savent pas tous produire du houblon. Ainsi, par exemple, dans le Midi, en Espagne, en Italie, on boit de la bière aujourd'hui, on y crée des brasseries, et cependant on n'y cultive pas de houblon, excepté dans la Romagne, où il s'en trouve un peu. En Afrique, où la consommation de la bière est très-considé-

rable, on ne récolte point de houblon non plus, bien que, sur les côtes et aux environs de Bône et de Philippeville, le houblon croisse sui* les haies et les bords des rivières avec une extrême vigueur.

Pendant bien des années, ce sera donc TAllemagne et les pays de production, comme la Bourgogne, l'Alsace, la Lorraine, qui produiront le houblon consommé par toutes les contrées du Midi. Que la récolte vienne à manquer une année, en totalité ou eu partie, dans les grands centres de production (et la récolte d'un produit n'est jamais égale partout), il faudra alors combler le déficit, et fournir cependant en même temps à la provision des pays qui ne peuvent pas produire le houblon!

Je crois donc pouvoir affirmer avec raison que pendant bien des années la production restera de beaucoup inférieure à la prodigieuse -augmentation annuelle dans la consommation de la bière.

Les bénéfices qui depuis dix ans se font dans la culture du houblon peuvent être évalués en moyenne à un revenu net de 14 à 17 0/0, ce qui est considérable; que ce produit descende de moitié encore et tombe à 6 0/0, ne serait-ce pas encore, en terre^ un beau placement?

Je m'attends bien à voir mon idée soulever un monde d'objections,, moins importantes que les deux premières, mais qu'il faudra combattre pour en démontrer l'erreur.

On me dira que la culture du houblon est, de toutes les cultures industrielles, celle qui cause le plus de fraisa établir! Cela peut être vrai en principe, mais comme c'est de toutes les cultures la plus lucrative aussi, il n'est pas étonnant que les frais en soient plus élevés.

Cependant je soutiens que le houblon peut être cultivé avec peu de frais. — Il s'agit de remplacer la main-d'œuvre par la charrue et les perches par le fd de fer; voilà les deux meilleurs moyens d'éviter les frais et de produire à bon marché.

On ajoutera sans doute aussi qu'il faut des bâtiments considérables pour sécher le houblon et le conserver; cela n'est pas indispensable, et on n'est jamais obligé de faire de l'agriculture de luxe; c'est celle qui produit le moins. Un espace moyen saffit parfaitement pour monter un séchoir dans une exploitation un peu importante et placer des claies dans les greniers.

Pour la petite culture, elle suivra l'exemple des vignerons qui n'ont pas de pressoirs et qui font cependant du vin ; elle ira faire sécher son houblon au séchoir du voisin ou du spéculateur, comme le vigneron va faire son vin au pressoir d'un autre.

Je le répète, cette culture est celle du petit cultivateur, du manœuvre, aussi bien que celle du grand propriétaire.

Quant aux engrais, ils conviennent tous au houblon; il s'agit seulement d'appliquer à chaque nature de terrain l'engrais qui lui convient.

Ceux qui à mon avis lui conviennent le mieux et dans tous les sols, sont les composts ou mélanges de détritus végétaux et animaux de toute espèce. Si vous voulez avoir une houblonnière, créez en même temps une fesse où vous jetterez tout ce qui se perd trop souvent à la campagne, les boues des rues, les feuilles, les mauvaises herbes du potager, etc.

On peut introduire le houblon dans les pays pauvres pour y amener l'aisance, et dans les contrées riches et fertiles pour y changer un peu les mêmes cultures qui, pratiquées trop longtemps, épuisent le sol, qui se refuse à les produire.

Ne pourrait-on pas, en Brie ou en Beauce, remplacer le colza que la terre ne produit plus par le houblon ! Ne pourrait-on pas aussi, dans le Midi et les terres profondes, où l'on cultive la garance, introduire à sa place le houblon, après une fumure éncgique? Le défoncement du sol fait pour la garance servirait au houblon, et il y aurait une économie toute faite.

La plante industrielle cherchée de tous côtés pour suppléer à la culture des céréales ne pourrait-elle pas être lehouolon?

Et ces forêts d'essence résineuse placées dans certaines contrées du Midi ne sont -elles pas destinées par la nature à servir de tuteurs au houblon, puisque le houblon sauvage y pousse?

Ne vaudrait-il pas mieux les employer sur place que de les envoyer au loin, sans bénéfice, faire une concurrence impossible aux sapins de la Suisse et du Jura?

Je ne veux rien proscrire et j'admets toutes les cultures, et surtout celles qui rapportent. .Te ne dirai jamais : Plantez du houblon plutôt que de la vigne, du lin, de la garance, du tabac, etc. J'aurais cependant raison si je disais : 1° le houblon ne gèle jamais; 2° il rapporte la première année et peut vivre trente ans; 3° il donne en moyenne, de produit brut, 3,000 à 4,000 fr. par hectare !

Ne vaudrait- il pas mieux enfin produire chez nous nos houblons, si utiles à nos brasseurs, que d'aller porter notre or à l'Allemagne? Notre soleil mûrit en même temps les raisins de le Bourgogne et du Bordelais aussi bien que ceux du Tokay et du Johannisberg; n'aurait-il pas aussi assez de rayons pour dorer nos houblons comme ceux de l'Allemagne et leur donner les mêmes parfums? La France, qui produit les meilleurs vins du monde, doit produire aussi les meilleurs houblons.

Plantons-donc de la vigne et plantons du houblon.

Désireux d'être utile à tous et de payer ma dette à mon pays comme les autres, je me mets à la disposition de toutes les personnes qui auront besoin de renseignements ou d'avis sur la culture du houblon, et je me ferai un devoir et un plaisir à la fois de chercher à leur être utile, en répondant à leurs demandes.

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