‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 10 sur 45 · EN KG Y VIE · texte numérisé non relu

EN KG Y VIE

trouva qu’il était de dix pieds au-dessous de celui du lac d’Aboukir; de sorte qu’en faisant des coupures à travers le canal d’Alexandrie, qui formait la seule séparation qui existât entre les deux lacs , il était évident que l’eau s’écoulerait en abondance dans celui de Maréotis.

En conséquence, on disposa, le 12, des corps de travailleurs chargés de faire des coupures à travers le canal d’Alexandrie, et le i 5 , à la grande satisfaction de toute l’armée, l’eau se précipita avec impétuosité à travers sept passages qu’on avait ouverts à ce dessein (1). Les courans occasionnés par les flots de la mer , qui se précipitaient à travers ces coupures, étaient si violens, que non-seulement ils enlevèrent tout ce qui se trouvait sur leur passage, mais qu’ils culbutèrent encore et unirent entre elles quatre des sept coupures qu’on avait pratiquées pour leur écoulement. Cet accident donna lieu à une ouverture trop large pour qu’on pût y établir un pont , et il fallut assurer les communications des deux rives au moyen de bateaux qui transportaient dans le camp les Arabes qui arrivaient

avec des provisions.

(1) Ce travail n’a que trop bien réussi ponr le malheur îles habitans de la contrée. Les terres de trente ou quarante villages lurent pour jamais ensevelies sous les eaux. L’histoire offre peu d’exemples d’une opération aussi t désastreuse. ( A. )

Le 18* et le 19* régiment partirent pour renforcer le colonel Spencer devant Rosette.

Le 14, nos troupes entrèrent dans- Rosette sans opposition; les deux bataillons français qui formaient la garnison de cette ville l’avaiebt abandonnée et s’étaient retirés vers Fouah en traversant le Nil.

Le fort J ulien ( r) , situé au-dessous de la ville, près de la bouche du Nil, fut ainsi livré à ses propres forces. Plusieurs chaloupes canonnières françaises, stationnées à l’entrée du fleuve, se retirèrent à notre approçhe et se réfugièrent sous les murs du fort , dont le siège fut confié au régiment de la Reine , commandé par lord Dalhousie. Les canonnières anglaises et turques ayant pénétré dans le fleuve, commencèrent un feu très--vif sur celles des Français, dont trois furent coulées à fond et une sauta. Le 3 o° et le 89' arrivèrent le 1 7 à Rosette , et le lendemain furent suivis par le 8‘ et le 79”, sous les ordres du major-général Cradock et du brigadier-général Doyle.. Jusqu’à l’arrivée de ces officiersgénéraux , le colonel Spencer avait eu sous ses ,

(1) Ce fort porte le nom d'un aide-de*canip du général Bonaparte, qui fut tué , dit-on , en venant apporter à la flotte française l'ordre d’entrer dans le port d’Alexandrie, opération qui était jugée possible par tous les marins , et qui aurait prévenu les désastres d’Aboukir. (A. J .

IN ÉGYPTI.

ordres un corps de troupes très-considérable , campé sur les hauteurs d’Aboumandour, et qui poussait avec vigueur le siège du fort Julien. Ce fort se rendit le 19 , après avoir fait une dé- . fense t lès-valeureuse, et capitula dansles mêmes termes que le fort d Aboukir. La garnison , composée d environ trois ceuts hommes, pour la plupart invalides, avaient eu quarante et un hommes tués ou blessés. Ce siège nous coûta un lieutenant et deux soldats du régiment de la Reine. Le capitan-pacha , qui assista à cette opération, déploya une grande activité.

Le contre-amiral sir John Borlasc Warren , avec sept vaisseaux de ligne, joignit, le 22 , lord Keith devant Alexandrie. Cette flotte avait poursuivi celle de l’amiral français Ganthcaume , qui lui avait échappé dans un brouillard. Notre flotte consistait a cette époque en dix-huit vaisseaux de ligne , y compris trois turcs , sous les ordres du capitan-bey.

Le Vt avril, le major-général Ilutchinson quitta le camp pour prendre le commandement de la partie de l’armée qui se trouvait réunie près de El Hamed. Le lieutenant-colonel Anstruther, quartier-maître-général, l’avait précédé dans cet endroit. Aussitôt que le majorgénéral y fut arrivé , il se détermina à attaquer le corps français du général Lagrange, qui oc-

cupait une position fortement retranchée en avant du village d’Elaft.

Le major-général Goote reçut le commandement des troupes laissées dans le camp devant Alexandrie. 11 établit son quartier-général près la redoute n°. 5 (î). Cette redoute, construite sur une éminence, commandait tout le camp.

Elle fut considérablement augmentée et fortifiée, et le général Coote prit toutes les mesures nécessaires, afin de suppléer par la vigilance à ce qui lui manquait du côté du nombre ; car le 5o' et le 92 * régiment ayant rejoint le corps du général Hutchinson , il ne restait pas plus de six mille hommes dans la péninsule, et il était par conséquent nécessaire de rendre cette position aussi forte que possible; ce qu’on fil sans perdre de temps.

A cette époque, la violence des courans qui se précipitaient dans le lac Maréotis devint plus grande que jamais; ils étaient si impétueux, qu’ils emportèrent de larges parties de l’encaissement du canal ( 2 ) , et causèrent une inondation qui

(1) Ou avait donné aux redoutes des numéros, à partir de celle qui était la plus voisine de la mer.

( Note de l’auteur. )

(2) Le canal d'Alexandrie fut creusé pour conduire les eaux qu’il recevait du Nil , un peu au-ttessous de Kamanieh ,

, se prolongeait à’ l’ouest aussi' loin qüe la vue pouvait s’étendre. Les eaux baissaient par conséquent dans le lac d Aboukir, à mesure qu’elles se jetaient dans celui de Afaréotis , jusqu’à ce qu elles eussent reçu un nouvel accroissement

dans de vastes citernes qui existent encore sous les ruines 'de l’ancienne Alexandrie.

Il a environ sept pieds de largeur 5 il était revêtu entièrement en maçonnerie , qu’on aperçoit à peine maintenant , à cause du limon que le Nil y dépose chaque année , et que' les iudolens habitans de l’Egypte moderne ne se donnent jamais la peine d’enlever. Ainsi ce canal si commode , et

qui offrait autrefois une communication si avantageuse entre

le Nil et la Méditerranée , a cessé d’être navigable , et on est actuellement forcé de transporter tous les objets , d’un dé ces points à l’autre , dans des bâtimens qui sont obligés de faire un long circuit et de s’exposer aux hasards de la mer et au dangereux passage du Boghax ou de la barre de Rosette. ,

Ce canal est probablement détruit pour toujours par les Coupures que nous y avons faites pour conduire les eaux du lac d’Aboukir dans celui de Maréotis, coupures que la violence du courant a rendues tellement larges, qu’on ne doit pas s’attendre à ce que les apathiques Titres essaient jalnaitf de réparer ces dégradations ; de sorte qu’ Alexandrie ne possédera plus l’avantage d’être approvisionnée par le Nil. La ville n’éprouverd cependant pas pour cela une disette d’eau , car dans l’endroit où nous étions campés, ainsi que dans toute la péninsule , on peut, en creusant des puits , s’eo . procurer en abondance. C’est de cette. manière que nous en fûmes toujours pourvus , même pendant les temps les plus chauds et les plus secs. ( Note de l’auteur. ) ■

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de la mer ; de sorte que nos bâtiniens se trouvaient à chaque instant à sec.

Dans la nuit du 28 , nous essuyâmes une forte tempête., accompagnée de tonnerre et d’éclairs et d’une pluie abondante.

Le 3 mai , sir Sidney Smith arriva de Rosette à notre camp. Il avait été employé de ce côté depuis le commencement des opérations ducolonel Spencer. 11 manifesta l’intention de nous quitter pour retourner à bord de son vaisseau , et le bruit de son départ excita un regret général dans l’armée.

Un courrier arabe arriva ce jour-là avec des dépêches pour sir Sidney Smith , de la part de Osman bey Tambourgi , chef actuel des Mamelucks : elles annonçaient la mort du célèbre Mourad-bey. Ce guerrier était en route pour nous rejoindre , lorsqu’il fut atteint de la peste.

Il était d’un caractère franc , sincère et généreux. Forcé de faire la paix avec les Français , il leur avoua que la seule raison qui pouvait le déterminer à traiter avec eux , était l’impossibilité où il se trouvait de continuer • ‘ •

plus longtemps la guerre. Aussitôt qu’il put secouer leur joug , il se déclara en notre faveur ( 1 ). Sa mort était un événement malheu-

. '(*) Ce jiassogc sur la conduite de Mourad - Bcy est en

reux pour nous ; mais son Successeur paraissait disposé à suivre son exemple et à nous

assister par tous les moyens en son pouvoir.

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. 7 ' **»- Jt ■ ; n • . r. • "

contradiction avec ce que tous les auteurs fiançais ont écrit isur la fin-dc ce célèbre chef des mamelucks.

Mourad-Bey, fidèle à son traité avec Kléber, avait fait prévenir le général Menou des projets des Anglais et des Turcs , dont il avait été instruit par les mamelucks d'lhmhiin-Bey , avec lesquels Kléber l'avait autorisé à correspondre. Menou reçut très-mal l’envoyé de Mourad et dédaigna ses avis. Cependant Mourad, qui portait une haine implaca Idéaux Turcs, et qui redoutait leur vengeance descendait de la Hauie- Egypte pour unir ses forces à celles du général Bciiard:

\ Malheureusement uue peste horrible ravageait alors le pays qu’il devait traverser. Les mamelucks eu étaient atteints et ne pouvaient opérer leur mouvement qu’avec lenteur. Sur.ccs entrefaites , les nouvelles que Mourad-Bey reçut des revers dos Français, en qui il avait' placé t outes ses espérances', lui causèrent un chagrin violent qui ébranla sa santé : il leur .témoigna cependant un attachement toujours égal ; et même, à l’époque de sa mort, il préparait pour eu* des envois de grains , dont il savait <|u’ils manquaient. Il lut attaqué de la peste à Benissouef , oà ij, mourut le 22 avril.

Les Français et les Mamelucks sentirent virement cette perle; les circonstances ne permettant pas de transporter son corps au tombeau des Mamelucks ; où ses compagnons d’aruies avaient désigné sa place près d’AIi-bey , il fut inhumé à Saouaghi , près de Tahta. Les Mamelucks brisèrent ses armes sur sà tombe, déclarant qu’auedn d’eu* n'était, digne de les porter, et rendirent ainsi le plus- bel hommage à sa bravoure. -1- V

( Note du traducteur , extraite des ouvrages du général Keynier etde 31M. Martinet Mrot. }

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Le 5 mai, la division campée à El-Hamed et commandée par le major-général Hutchinson , se porta en avant en deux colonnes c celle de droite suivit les bords du lac Edko , sous les ordres du major-général Cradock ; celle de gauche , commandée par le brigadier-général Doyle , marcha sur la route qui borde le Nil.

Ces deux colonnes s’arrêtèrent et prirent position au nord du village de Derout. Le corps turc , commandé par le capitan-pacha , campa le long d’un canal , à deux milles en avant ; le terrain situé entre lui et nos troupes était tel , qu’il eût été difficile de marcher à son secours , si les Français l’eussent attaqué dans cet endroit.

Le colonel Stewart, du 89° régiment, fut envoyé sur l’autre rive du Nil avec son bataillon et douze cents Albanais , et reçut l’ordre de se tenir sur cette rive à hauteur de notre corps d’armée. Le but de cette mesure était d’empêcher l’ennemi de passer à Fouàh avec quelques hommes, pour inquiéter notre flanc, et nos chaloupes canonnières , dont une cinquantaine , tant turques qu’anglaises , depuis la prise du fort Julien , avaient desqèndu Iq Nil , et suivaient sur le fleuve les mouyeniens de 1 notre aile gauche.

' En conséquence de la retraite de l’ennemi ,

l’armée fit , le 7 , un mouvement en avant sur Èlaft. >(’,'• t ' . % • v '

Il paraît que les Français avaient mis beaucoup de soin à se fortifier dans cette position, car nous y trouvâmes un grand nombre de redoutés , de batteries et un camp régulière- •• ment retranché. Cette position était ,»en effet,

très-forte , car bien que la gauche en parût ouverte , cependant, de ce côté , le terrain environnant était tellement coupé par des canaux, qu’il eût été très-difficile de vouloir tourner ce point , qui était, d’ailleurs ^ défendu par des * batteries. La droite était protégée par un grand nombre de chaloupes canonnières et de djermos. Une batterie de quatre pièces de canon avait été établie sur une petite île qui partageait le cours du fleuve en deux. Cette batterie commandait celui 4 e ces deux cours qu’on avait laissé libre à la navigation , et on

avait fermé l’autre , au moyen de bâtimens qu’on avait coulés à fond. Enfin le front, de cette position redoutable était Couvert par, un canal profond , dont les bords étaient très- ' escarpés. * ^ . • . ' -

Telle était la position que les Français abandonnèrent dans la nuit du 6 mai , emportant avec eux tout ce qu’ils possédaient , â l’exception de treize djermes chargées de riz et

de munitions , dont la colonne du colonel Stewart coupa la retraite. Quelques Albanais ^ s’étant emparés de cinq malheureux soldats français , les massacrèrent impitoyablement ; leur coupèrent la tête et rapportèrent au camp

ces atïreux trophées, afin d’obtenir la réconi-

pense dé leur barbarie , car les généraux turcs - distribuent au* soldats une certaine somme d’argent pour les tètes ou les oreilles d’ennemis , qui leur sont présentées.

Le général Lagrange se relira sur Rahmanieh avec son corps composé d’eùviron quatre mille cinq cents hommes , dont neuf cents étaient l’élite de la cavalerie française.

L’inondation du lac de Maréotis pyant à-peu- . |>rès atteint le niveau du lac d’Aboukir, et les -courans s’étant, par conséquent ralentis, le major-général Coote , désirant à-la-fois assurer la force de sa position et incommoder l’ennemi , fit placer six chaloupes canonnières dans, ce nouveau laç. Sir Sidney Smith, qui était encore parmi doua, offrit d’accompagner le lieutenant- - colonel Dunkan pour reconnaître l’étendue él la hauteur de l’inondation.

Us trouvèrent qu’elle s’était principalement * étendue à i’ouest de Marabout. La profondeur moyenne était de cinq pieds ,, et dans ,1a moitié des endroits l’eau s'élevait à huit pieds. Plusieurs

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petites îles se montraient encore à la surface des eaux; mais l’inondation les couvrait peu-àpeu, et devait sans doute finir par les engloutir entièrement. Une de ces îles, plus vaste que les autres, et située près de la côte à l’ouest d’Alexandrie, avait été fortifiée par les Français, qui y avaient placé quelques pièces de canon et la nommaient itle Mariout.

Alexandrie vit ainsi ses communications avec l’intérieur coupées de tous côtés, à l’exception de celle par le désert situé à l’est de la ville; de sorte que la route qu’on était obligé de pren- , dre pour aller de cette place à Demanhour était . très-longue et sur-tout très-fatigante , à cause de la disette d’eau qu’on y éprouvait.

Le major-général Coote désirait vivement se 0 mettre en rapport avec le général Hutchinson , en poussant le long du canal une reconnais- » sance avec un fort détachement de cavalerie; mais pour réaliser ce projet , il ne lui restait pas un assez grand nombre de dragons montés.

Les officiers de la division furent au-devant de * ' ses désirs , et lui offrirent leurs chevaux avec un zèle digne d’éloge: cette proposition fut reçue avec reconnaissance par le major-général. Ce secours ayant suffi pour faire remplacer les ca-

valiers employés aux avant-postes du camp , on . .

• envoya à la découverte une patrouille de cent

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dragons, soutenu par une pièce de canon de 3 <

Us commencèrent à traverserlelacà sept heures du soir ; mais on ne put les débarquer tous sur l’autre rive avant trois heures du matin.

Le major Moore , du 26 e de dragons , coin J mandait ce détachement , que j’accompagnai. *' A six heufes et demie nous revînmes au camp, sans avoir découvert ni l’ennemi , ni les patrouilles que le général llulchinson devait envoyer à notre rencontre. Trois cents hommes , pris dans les compagnies deflanqueurs, furent détachés pour secourir notre cavalerie, si elle venait A être repoussée, et prirent position à Bedah (1). . . •

Un immense convoi français, escorté par cent hommes et une pièce de avait passé la ;* veille par Eirket pour se rendre à Alexandrie.

Le 9 mai, le major-général Hutehinson marcha sur Elaft à la rencontre de l’ennemi , qui était en bataille près du fort de Rahmanieh, derrière le canal d’Alexandrie , qui se trouvait ainsi devant le front de son armée. Sa cavalerie était à l’aile droite et s’appuyait au Mil ; l’aile gauche • était protégée par un petit fort , armé de quatre pièces de canon.

(1) Voyez à l’Appendice, n*. XII , le rapport de cette reconnaissance. * . •

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Le détachement sous les ordres du colonel Stewart se mit en marche à cinq heures du matin pour attaquer les Français, postés à Des- *

soug, tandis que le corps principal de l’armée devaitles attaquer àRahmanieh. Vers six heures, il aperçut sur la rive opposée du JN il un parti ennemi , fort de quarante cavaliers , qui vinrent pour reconnaître sa force. Les Français envoyèrent ensuite un détachement de trois cents hommes, composé de grenadiers, d’artillerie légère et de cavalerie, pour attaquer le 89* régiment , qui était la seule force que le colonel Stewart eût alors à sa disposition ; car les Turcs n’étaient pas encore en ligne. Dans cette circonstance, le colonel Stewart fit halte, pour attendre le secours des chaloupes canonnières commandées par le capitaine Curry. Les Albanais arrivant en ce moment, il s’engagea entre *-

eux et les Français une escarmouche, pendant laquelle lord Blauey manœuvra avec le 89 e de manière à couper aux ennemis toute retraite yers leurs bâlimens ; mais les Français devinant son intention, tournèrent tous leurs feux vers ce corps. Le Colonel Stewart fit alors avancer son artillerie, qui , soutenue par le 89 e , gagna •

les derrières de l’ennemi. L’action devint alors très-chaude , et les Français parvinrent à sauver leurs bâlimens au moyen de deux batteries pla- .

ceps dans une petite îl<Tsituée à une portée de fusil de nos troupes, et qui firent sur elles un feu très-vif. Ils réussirent ainsi à effectuer leur retraite. Nous perdîmes dans cet engagement une canonnière, qui fut coulée à fond , un lieutenant, et plusieurs hommes qui furent tués; mais les canonnières françaises furent forcées

do rétrograder sur Rahmanich , après en avoir perdu une coulée à fond , et en laissant en notre pouvoir soixante-treize grandes djermes char- • gées d’approvisiounemens. La fusillade recommença par intervalles pendant la nuit, et une autre canonnière française ayant voulu passer tomba en notre pouvoir. Elle avait à bord une grande quantité de poudre. v ' •

Pendaut que cet engagement se passait sur la rive gauche du Nil, la cavalerie française s’étant, vers midi , avancée sur notre corps d’armée , fit

halte et se forma en bataille sur la rive droite.

Les Turcs formaient notre gauche; la brigade . .du major-général Cradock était à la droite; la réserve, commandée par le colonel Spencer, et la brigade du brigadier-général Doyle furent mises en seconde ligne. Les Turcs se trouvaient un peu plus en avant et dépassaient l’alignement de la brigade du général Cradock. La cavalerie anglaise se rangea en bataille en avant de l’aile droite ; la cavalerie turque en avant du centre.

L’armée s’avança dans cet ordre. La cavalerie turque contint d’abord avec fermeté les cavaliers ennemis placés aux avant-postes; mais les Français ayant mis en batterie une pièce de canon, les Turcs firent demi-tour aussitôt après les premières décharges , et il fut impossible de les ramener en ligne pendant tout le reste de la journée. En général, les Turcs ne peuvent tenir t contre une canonnade un peu vive, et ils ont une aversion invincible pour une artillerie bien servie. A la gauche, les tirailleurs français, répandus devant le front des Turcs, les tinrent pendant longtemps en échec , mais ne purent cependant les empêcher de gagner du terrain. Les troupes ^ anglaises, qui formaient la droite, ne se mirent en mouvement que pour s’emparer du canal d’Alexandrie , que l’ennemi avait évacué ; elles demeurèrent dans cette nouvelle position jusqu’au soir. A cet instant , un corps français ayant mis en désordre la ligpe des Turcs , les brigades du major-général Cradock et du brigadier-général Doyle furent obligées de marcher vers la gauclie pour couvrir la retraite de cette aile.'

La nuit fit cesser le feu de part et d’autre. Notre perte se réduisit à une vingtained’hommes tués ou blessés; celle de l’ennemi,- quoique légère , fut cependant plus considérable que la nôtre. -

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Ainsi se termina l’affaire de Rahmanieh, qui

fut peut-être plus qu’une escarmouche, mais à

laquelle ou ne peut cependant donner le nom de bataille.

Pendant la nuit, l’ennemi, convaincu de l’impossibilité où il était de conserver sa position devant des forces aussi supérieures que celles

que nous avions déployées, et craignant, en outre , d 'être pris en queue par nos chaloupes canonnières, se replia en toute hâte sur le Caire, en abandonnant plusieurs djermes chargées de provisions , qui tombèrent entre nos mains.

Une centaine de soldats français, qui avaient été laissés, avec des malades et des invalides, dans le fort de llahmanieh , capitulèrent le lendemain. (i)

Comme on avait de fortes raisons pour redouter encore les effets de la peste qui dernièrement avait ravagé Rahmanieh, le général Hutchinson ordonna qu/>n établît un cordon de sentinelles autour de cette place pour empêcher qu’aucun soldat n’y pénétrât. On ne mit que des Turcs en garnison dans Rahmanieh et ' Demanhour.

L’armée se mit, le 11 mai, en marche sur ; Shibraghite., village situé sur les bords du Nil ,

(tfPoye; la capitulation, à l’Appendice, ri». XIII.

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à environ douze milles au-dessus de Rahmanieh.

Le colonel Spencer marcha à notre hauteur sur la rive opposée, et campa à Mehallet-Dye.

Afin de pouvoir accélérer sa marche en pour suivant le général Lagrange, le général Hutchinson ordonna que les sacs des soldats seraient transportés dans des djermes. Le iz mai, il atteignit Kafr-Hudig; mais les vents contraires ayant empêché la flottille de suivre ce jour-là les mouvemens des troupes, l’armée fit halte' et campa, le i 3 , dans cet endroit.

Le 14, 1 armée se porta de nouveau en avant et s’arrêta entre les villages de Kafr Lahaiss et Shabour; le corps du colonel SteWart fit halte vis-à-vis de Benoufar.

In convoi de soixante-dix djermes , chargées de provisions, de munitions, d’habillemens et de plus de cent mille francs en argent , tomba entre nos mains. Ces batimens descendaient le Nil depuis le Caire , et après avoir traversé le canal de Menouf, se dirigeaient vers Rahmanieh, dont ils ignoraient la prise. Avant que de par- . ,

venir jusqu’à nous, le convoi fut malheureusement pillé par les Turcs , qui en enlevèrent une '. foule d’objets précieux pour nos troupes.

Les djermes étaient escortées par environ deux cents hommes de la 2D° demi-bri§àde, que les postes avancés turcs attaquèrent. Les Français*

1 '( u expédition anglaise

sortiront do leurs bateaux , se formèrent sur la rive, et commencèrent un feu de mousqueterie très-vif. Certains du sort que leur réservaient les cruels ennemis qu’ils avaient à combattre, ils étaient déterminés à se défendre jusqu’au dernier soupir; heureusement , une reconnaissance du 1 1 *de dragons-légers arriva vers le lieu du combat, et lés Français se rendirent aussitôt à nos soldats. Les Turcs et les Arabes avaient tranché la tête de tous ceux qu’ils avaient tués , ou que leurs blessures avaient fait tomber entre leurs mains.

Le jour de la reddition de la place, un petit détachement français, composé de trois officiers r,t de quarante hommes , fut fait prisonnier sur la route d’Alexandrie à Rahmanieh : il se rendait d’Alexandrie au Caire, et servait d’escorte à un aide-de-camp du général Béliard, chargé de dépêches pour le général Menou. Ce détachement avait couché la veille à Daman-

hour , où il n’avait point appris la reddition de Rahmanieh. Les Français avaient été toute la matinée suivis et harassés par une horde de cavaliers àTabes, qui leur avait tué deux hommes et blessé sept ou Luit autres , parmi lesquels se trouvait laide-de-camp , qui, quelques jours après, mourut de la suite de ses blessures. Cette même troupe avait d’abord été reconnue et

attaquée par les chasseurs de la légion corse , postés au village de Mehallet Daoud ; après avoir perdu quelques hommes , elle fit un détour pour éviter le village , et tomba ainsi entre nos mains.

Le même jour, on reçut avis qu’un corps ennemi avait été vu en marche vers Damanhour ; on donna , en conséquence , ordre au brigadier-général Doyle de le poursuivre avec la cavalerie et un régiment de sa brigade. 11 se mit immédiatement en route , et après avoir posté son infanterie à-peu-près à mi-chemin , il poussa avec sa cavalerie jusqu’à Damanhour, où il ne vit aucun ennemi.

Le i5 mai, le général Hutchinson s’avança jusqu’aux villages de Surat et de Waughit , et le jour suivant il marcha sur Algam , et le colonel Steward sur Nadir.

Pendant que ces choses se passaient dans l’armée du général Hutchinson, il n’arriva rien de nouveau au camp retranché devant Alexandrie. De nombreux travailleurs y étaient chaque jour employés à fortifier et à réparer les ouvrages, qui, étant construits avec du sable léger, s’éboulaient sans cesse.

Une maladie épidémique , très-dangereuse ,' se déclara parmi les malades renfermés dauâ l’hôpital d’jlboukir.

Lç i o , environ vingt bâtimens chargés d'approv.isiounemens , arrivèrent d’Angleterre dans la baie d’Aboukir. Ils avaient touché à Malte ; ils portaient le premier bataillon du 27 0 régiment , avec cinquante recrues et couvalcscens appartenant à différons corps , le tout formant ensemble mille soixante-six hommes. D’après les ordres du général Hutchinson , le 27° régiment , commandé par le colonel Graham , se mit immédiatement en marche pour Rosette. .

Le 1 7 mai , à une heure du matin , un arabe , arriva au camp du général Hutchinson , à Algam , pour l’informer qu’un corps ennemi était en marche sur sa droite , dans le désert , et paraissait venir d’Alexandrie avec l’intention de pénétrer jusqu’au Caire pour renforcer les troupes du général Lagrange.

Par suite de cet avis , le major-général Ilutchinson ordonna au brigadier-général Doyle , qui s’était volontairement offert pour remplir cette mission , de se mettre à la poursuite de ce corps avec la cavalerie et sa propre brigade : le major-général Ci'adock se disposa à le secourir en cas de nécessité. .

A une heure , le brigadier-général Doyle , avec la cavalerie , qui ne formait pas plus de deux cent cinquante hommes , arriva en présence de l’ennemi , après avoir . fait dans les

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sables un trajet fatigant de dix milles. Il dépêcha aussitôt vers les Français le major Wilson , des hussards d’Hompesch , comme parlementaire. Cet officier essuya d’abord le feu de l’ennemi , qui cependant lui permit ensuite d’approcher, et qui , après quelques délibérations, consentit à se rendre avec tout le convoi.

Le major-général Hutchinson arriva immédiatement après cette capitulation , qu’il s’em- ' pressa de ratifier.

L’infanterie s’était avancée dans le désert avec 1 toute la diligence possible , et était accablée par l’excessive chaleur ( car cette marche se fit ’ au milieu de la journée ) ; les soldats étaient , en outre, dévorés par une soif qu’il était impossible d’apaiser, vu le manque d'eau. Cependant ils ne purent revenir au camp que lorsque l’ennemi eut déposé les armes.

Le détachement français était parti pour faire des provisions et du fourrage dans la province de Bahireh ; il consistait en deux cents hommes du corps des dromadaires , soixante-neuf canonniers , trois cent trente fantassins , une . ' pièce de canon , et il avait un drapeau. Il escortait un convoi de quatre cent soixante chameaux : il avait quitté Alexandrie le 1 5 mai ; ’ mais voyant tous les villages abandonnés et

DigitizecLby fcoqgle

I Ai EX P É f> 1 T I O N ANGLAISE

dépourvus de provisions , le chef de brigade Cavalier , qui commandait cette expédition .

s’était déterminé à pousser jusqu'au Caire. 11 ne se doutait pas que le général Hutchinson avait quitté Ralimauieh et marchait sur cette capitale , lorsqu’il aperçut tout-à-coup notre, flotille sur le Nil. Cavalier tenta alors de passer par le désert, où il fut pris parle brigadiergénéral Doyle et uotre cavalerie ( 1 ).

Les Français, depuis leur départ de El-Och, étaient poursuivis par une troupe de sept à huit cents cavaliers arabes qui les incommodaient beaucoup ; ils ne pouvaient envoyer de partis à la découverte , car les hommes détachés étaient autant de victimes livrées à la haine implacable de leurs ennemis. Le régiment des Dromadaires fut très -utile aux Français : il était composé d’hommes, agiles , choisis dans toute l’armée , et qui , montés sur des dromadaires , poursuivaient les Arabes et les atteignaient dans des terres où aucune aulrq espèce de troupe n’aurqit jamais pu pénétrer. Les tribus , qui au fond de leur désert se croyaient à l’abri de toute insulte , étaient bientôt dispersées par les Français, qui s’emparaient alors

(i) Voyez à l’Appendice, n° XIV , les pièces relatives à cet événement.

de leurs nombreux troupeaux , composés souvent de deux ou trois mille moutons. Ceux qui . • les avaient enlevés en partageaient entre eux la valeur , et c’est ainsi que plusieurs soldats dû corps des Dromadaires accumulèrent jusqu’à trente ou quarante mille francs , somme avec laquelle ils étaient ravis de retourner en France.

On m’a assuré que lorsque ce corps se voyait attaqué par une troupe d’Arabes très-supérieure en nombre , les hommes mettaient pied à terre , faisaient agenouiller leurs dromadaires, et se formaient en bataille derrière ces animaux, qui leur servaient ainsi de rem- , . part (i). •

(i) L’armée , dès son entrée eo Egypte , avait toujours été harcelée par les Arabes , la cavalerie qu’on mettait à leurs trousses ne pouvait jamais les atteindre; ils venaient jusque dans le centre- du Caire piller lés habitans , et s'enfuyaient aussitôt. BonapaTte , afin de réprimer leur audace , choisit des hommes d’élite dans tous les régimens , et en fit un corps qu'il monta sur des dromadaires équipés à cet effet , et dont la docilité se prêta bientôt à toutes les manœuvres auxquelles on voulut les soumettre ; ces animaux finirent même par les exécuter avec une précision étonnante. Ils portaient deux m hommes adossés, regardant l’un devant, l’autre derrière , ainsi que des vivres et des munitions pour plusieurs jours.

Lorsqu'une tribu arabe avait échappé à la cavalerie , on la faisait poursuivre par le corps des Dromadaires et comme ■ cet animal peut aisément faire une course de vingt quatre bernes sans sécréter, ni boire ni manger , le corps atteignait V !(>*•••

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Depuis le départ du général Hutchinson , de Hamed, nous avions pris environ mille hommes à l’ennemi, sans avoir eu plus de quatre hommes tués et dix-huit blessés.

Lord Keith revint le 17 dans la baie d’Aboukir, de la croisière qu’il avait faite, et repartit le lendemain avec le vaisseau le Kent et soixantequatorze canonnières, pour se mettre à la poursuite de la flotte française commandée par l’ami- ' ral Gantheaume , qui tenait la mer , et qui , à •la hauteur de l’îled’Elba , avait attaqué et poursuivi la frégate le Phénix (1).

toujours les Arabes et les enveloppait. Au sigual de halte , le dromadaire fléchissant les jambes , se couchait sur le * rentre et ne bougeait plus. Les soldats descendaient en formant alors un bataillon d’infanterie , faisaient prisonnière toute la tribu , avec les femmes , les enfans et les bestiaux. .

Ce moyen infaillible força bientôt presque toutes les tribus à cesser léurs brigandages et à venir se soumettre aux Français. ' i , • ,

L’avantage qu’avaient les dromadaires, de pouvoir traverser le désert avec vitesse et sans vivres , les rendit encore plus *

utiles à l’armée , eu assurant les communications entre le quartier-général et les dillérens corps.

(Note du Traducteur , extraite de l’ouvrage deM. Martin.)

(1) Cette flotte amenait des renforts considérables de la France, et elle était attendue avec anxiété par le général Menou.

Si Gantheaume eût réussi à débarquer les troupes qu’elle portait, soit près de Mérabout, ou même plus à l’est, I«

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EN È GY ETE. l4$

\ . . §. : xi. ’ , . . .. .

Marche de l'année turque. — Bataille d’ El-Hanka.

Le 20" , on reçut avis qu’un corps de Turctf , commandé par Ibrahim , pacha d’Alep , était entré à Damiette. Le fort de Lesbech , bien fortifié, bien approvisionné, et qui commandait l’entrée de la branche du Nil qui passe à Damiette , fqt évacué par les Français. La garnison , après avoir encloué les pièces et détruit tout ce qu’elle avait pu , traversa le fleuve le 9 mai , et se retira sur le fort de Bourlos , situé à l’entrée du lac du même nom. Ce dernier fort fut aussi évacué , et les deux garnisons réunies , formant environ sept cents hommes , ne pouvant rejoindre la division du général Lagrange, qui s’était repliée sur le Caire , s’embarquèrent sur de petits bâtimens , afin de chercher à atteindre Alexandrie. Nos croiseurs et ceux dés

Turcs s’emparèrent de plus de trois cents hommes de cette troupe. Quatre-vingt-neuf Italiens qui s’y trouvaient désertèrent , et se

général Coote , vu le petit nombre d’hommes auquel son armée était réduite, se fût trouvé dans une position très-critique. ( Note de i’aulcur. ) ' >•

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rendirent d’eux,-mêmes à l'officier anglais qüi commandait à Rosette. • ,• ' *

Le 9 mai , un officier turc vint pôrtçr à *Algam la nouvelle d’une victoire remportée par le grand-visir sur les Français étàblis à El-Hanka, village situé à environ six milles du Caire. • .

L’armée turque était depuis longtemps eu marche ; le visir ayant enfin réussi à rassembler une force de quinze mille hommes , était parti de Jaffa le 25 février. Son armée s’avança le même jour jusqu’à Yabna , distant de douze milles de Jaffa ; mais la disette dont elle était

• menacée , et le mauvais état des routes , qui , dans beaucoup tFendroits , étaient impraticables pouT l'artillerie, l’empêchèrent de pousser sjjlus loin sa marche.

La peste , après avoir enlevé sept mille hommes à Jaffa , ayant cessé ses ravages dans cet endroit, les exerça ensuite parmi les troupes de lavant-garde placée à Eï-Arish , et en moins d’un mois les 'réduisit de quatre mille à quinze cents hommes. Le visir reçut à Yabba * 'un rerifort'de cmq cêtfts 'hommes , bien armés 1 ët bien équipés , que le pacha Djezzar lui envoya comme une preuve de sa' fidélité et de son attachement à la Porte. Après tous les

> délais inévitables avec une armée si mal oi*-

té #

ganisée , le visir se remit en route le 12 mars, et atteignit Gaza le 1 5 ; le 22, Taliir pacha s’avança sur El-Arisk avec trois mille cavaliers choisis ; et le 28 , le visir se porta sur cet endroit avec le reste de son armée, et y prit position le 5 o. A El-Arish , les chevaux , les chameaux et toutes les autres bêtes de somme appartenant à l’armée, et qui étaient en très-grand nombre, , restèrent pendant quatre jours sans fourrages et sans aucune espèce de nourriture , de sorte qu’il en périt un très-grand nombre. Le 2 avril, la division commandée par Tahir pacha , qui était accompagné du capitaine Leakc, de l’artillerie anglaise , quitta El-Arish et s’avança sur Katieh et Timeh. Le 5 , il fut suivi de la seconde division , sous les ordres de Mehemmed pacha , qui avait près de lui le capitaine du génie anglais Lacy. Le grand-visir , avec le reste de l’armée et les officiers anglais détachés sous les ordres du lieutenant-colonel Holloway, se mit en marche le 19 avril, et après avoir fait, en quatre jours, soixante-dix milles dans le désert , par une chaleur accablante et manquant de provisions , d’eau et de toutes les choses de première nécessité, il arriva à Katieh.

Le chemin qu’il avait parcouru était jonché de cadavres d’hommes et de chevaux , et la température moyenne était de io 5 à ioJ°

l 5 a EXPÉDITION ANGLAISE . •

( therm. de Farenheit ) ou d’environ J 5 a ù 34 ° ( therm, de Réaumur ) dans l’intérieur des tentes. Le a 3 avril , pendant son séjour à Katicli , le visir fit sommer Lesbeh et Damiette; mais les garnisons de ces places refusèrent de se rendre. • 1 . • .

Les garnisons françaises de Sàlahieh et de Belbeïs avaient reçu l’ordre de se retirer sur le Caire , à l’approche de l’ennemi , après avoir ' , fait sauter les fortifications , détruit les magasins et réduit ces places à un tel état, quelles ne pussent lui offrir aucun avantage. Ces ordres furent exécutés , mais n’eurent pas un résultat aussi complet qu’on pouvait l’attendre.

Salahieh fut cvacqé le 8 avril, et la garnison se replia sur Belbeïs , où les Français avaient leur parc d’artillerie et leurs magasins. Le.

10 avril, cette place fut également abandonnée, et la garnison se retira aussi sur le Caire , où elle arriva le 14.

Le 27 , le visir arriva à Salahieh , à cinquante-quatre milles de Katieh. A son approche , les divisions commandées par les pachas Tahir et Mehemmed , évacuèrent Salahieh et se portèrent sur Belbeïs. Le 6 , Ibrahim , pacha d’Alep., fut détaché avec deux mille hommes, pour marcher contre les, villes de Damiette et de Lesbeh , que ces troupes

trouvèrent abandonnées par les Français. ' Le 7, Sa Hautesse campa à Corin , à huit milles de Salahieh. /

Le 8, le visir entra dans Belbeïs pour apaiser quelques mécontentemens qui s’y étaient élevés. Le 11, toutes ses forces se concentrèrent autour de cette ville , et il y séjourna, afin de former des magasins , dont il éprouvait le plus grand besoin , pour donner à son armée une espèce d’organisation , et pour la recruter d’Arabes , de Mamelucks et de naturels du pays , que l’espoir du pillage attirait sous ses drapeaux.

Il se retrancha dans cette position / où il se détermina à attendre les Français , commandés .par le général Béliard , qui, à ce qu’on présumait, sortirait du Caire pour l’attaquer et le rejeter dans le désert avant qu’il ne pût être secouru parles troupes anglaises. Le 3o, il envoya le major Hope , de l’artillerie anglaise , pour sommer la ville du Caire de capituler. La veille , les avant-postes de l’armée du visir , où se trouvaient quelques Mamelucks et cavaliers turcs , avaient eu une légère escarmouche avec un détachement de dragons, près le village de Menayer.

, Le corps du général Béliard, qui défendait le Caire , avait été successivement renforcé par les

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troupes du général Donzelot, venuesdela Haute* Egypte , par les garnisons de Salahieh , Belbeïs et Birket-el-lladgé, et par la division du général Lagrange, qui le rejoignit le 1 a mai. Toutes ces troupes réunies formaient un corps de plus de huit mille hommes, sans y comprendre quelques Grecs et Cophtes enrôlés dans l’armée française. C’est avec ces forces que legénéral Béliard se détermina à marcher sur Belbeïs et à repousser le grand-visir sur Salahieh , avant que le général Ifutchinson ne se fût approché davantage du Caire. 11 sortit donc le 1 5 de celte ville, avec quatre mille fantassins, mille cavaliers et près de trente pièces de canon , afin d’exécuter ce dessein. A huit heures, il prit position à El- Menaver , après avoir chassé devant lui quelques postes avancés de l’armée turque.

Legrand-visir, instruit de l’approche des Français et désirant prévenir leur attaque , envoya Tahir Pacha, avec environ deux mille hommes de cavalerie et quelques pièces de canon, pour observer les mouvemens de l’ennemi.

Avant la pointe du jour , les troupes de Tahir Pacha rencontrèrent les avant-postes français dans un bois de dattiers. Les deux partis firent halte et restèrent sous les armes jusqu’au jour. Les Turcs tinrent les Français en échec jusqu’à l’arrivée du visir avec son corps d’armée. Un

en' ÉGYPTE. 1 55

feu assez vif s’engagea alors (le part et d’autre, et les Tures tinrent ferme. Après un combat qui dura près de huit heures , et pendant lequel la cavalerie turque incommoda beaucoup les Français , le général Béliard jugea convenable de se retirer sur le Caire; ce qu’il fit en bon ordre et sans être poursuivi.

Tel fut le résultat de l’affaire d’El-Hanka, dans laquelle les Français ne perdirent qu’une cinquantaine d’hommes laissés sur le champ de bataille. Celle des Turcs dut être beaucoup plus considérable , vu l’immense supériorité de l’artillerie française sur celle des Ottomans.

Ce succès, bien que très-peu important en apparence,, eut cependant des conséquences très-favorables pour nous : c’était le premier avantage que les Turcs eussent remporté sur les Français, et il ne pouvait arriver plus à propos pour ranimer des troupes découragées par une suite continuelle de défaites. Le 20' , le 89* et le 3o e régimens , avec un détachement d’artillerie et de cavalerie , vinrent renforcer l’armée du Yisir.

S- xii.

Opérations des Anglais et des Turcs réunis.

Le a î mai, le major-général Coote établit un poste de deux cents fantassins et de vingt cavaliers, avec deux pièces de campagne, sur le canal d’Alexandrie , près de Bedah. La brigade des gardes fit le service de ce poste , dont le but était d’établir une communication continuelle avec Rahmanieh , Demanhour et l’intérieur du, pays. Par cette mesure, le marché du camp fut toujours abondamment approvisionné.

Nos dragons commencèrent alors peu-à-peu à être montés, au moyen des chevaux qu’on parvint à acheter et des fréquentes prises que nous avions faites sur la cavalerie ennemie. Le 12' de dragons était presque au complet.

Le major-général Hutchinson , accompagné par le capitan-pacha , alla, le 23 mai, visiter l’armée du grand-visir, campée à Benerhasset. Le colonel Stewart avait, avec sa petite troupe , pris position à Birchamps , endroit où commence le canal de Menouf. Le général en chef passa la nuit dans son camp.

Nous eûmes beaucoup à souffrir des effets du siroco, qui sléleva avec violence : ce vent esttellement suffocant , qu’il devient presque im-

possible de respirer lorsqu’il règne. Dans le camp d'Alexandrie , de toutes parts entouré par la mer , le thermomètre s’éleva à 99 0 {therm. Farenheit ) à l’ombre , et à Algam il monta à 109* et à 120* (therm. Farenheit ) , environ 34 et 39° (therm. Réaumur) au soleil. . Un arabe mourut de chaleur au milieu du camp du général Coote, et un chameau éprouva le même sort à Algam .... ...

Le siroco , ou , comme l’appellent les Arabes, le kamsin ( vent chaud ) , est un vent du sud ou du sud-est; sa chaleur est excessive et cause des oppressions très -violentes. Avant que ce vent ne s’élève , le ciel , ordinairement si pur dans cette contrée, devient sombre et rougeâtre, l’air se charge de poussière et de sable , le so- * leil perd son éclat et ne lance plus que de faibles rayons à travers les nuages qui le couvrent. La chaleur augmente en proportion de la durée de ce vent. On se sent aecablé , on éprouve une soif insupportable, la peau se dessèche , et aucune transpi ration ne vient apporter de soulagement à l’ardeur dont on est intérieurement consumé. Tous les membres tombent dans une faiblesse et une langueur extrêmes, la respiration devient difficile ; et bien que le soleil soit enseveli sous d’épais nuages, cependant . tous les objets , ceux mêmes qui par leur na-

turc sont les plus froids, deviennent brùlaus : heureusement il est rare de voir ce vent régner pendant plus d’un jour , ou même se prolonger pendant toute sa durée.

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