‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 9 sur 45 · IO · texte numérisé non relu

IO

En conséquence , le 3 ° et le i 4 ' de dragons, conduits par le général Boussart , s’élancent en avant avec toute la fureur d’hommes qui se voient évidemment sacrifiés ; ils percent à travers le 42 e régiment, et parviennent jusqu’aux tentes dé notre camp , où ils trouvent enfin des obstacles insurmontables. Les chevaux, embarrassés dans les cordes , s’abattent , sont presque tous tués ou pris , et la plupart des cavaliers sont forcés de chercher leur salut en fuyant à pied (1). Dans cette situation, le régiment de M inorque , accouru pour soutenir le /|2°, se met en bataille dans l’intervalle entre la redoute et les gardes. La seconde ligne de la cavalerie française , composée des i£’ , 18 e et 20' de dragons , et ayant à sa tête le général Royze , fait une nouvelle charge désespérée sur nos deux régimens. Comme il ( éût été impossible de soutenir le choc de cette cavalerie , les régimens anglais s’ouvrirent avec le plus grand sang-froid pour la laisser passer,

(1) Une circonstance aussi favorable qu'inattendue pour nous contribur-, aussi beaucoup à mettre en désordre la cavalerie française. Le terrain en arrière du 42* était rempli de trous d'euviron trois ou quatre pieds de profondeur. Ces excavations avaient été faites par le * 8 ' régiment, qui avait bivouaqué dans cet endroit avant le débarquement des équi~ pages de camp. Les dragons français rencontrant ce terrain daiis leurs charges , furent obligés de se rompre , et dès-lors le désordre se mit dan» leurs raDgs. (A otc de l’auteur.)

et faisant ensuite <lenii-tour , firent sur elle une décharge si terrible et si bien ajustée , que la terre fut à l’instant jonchée d’hommes et de chevaux. Les dragons français cherchèrent alors à s’ouvrir un chemin en revenant de nouveau sur nous ; mais ils ne purent y réussir, et furent presque tous tués ou blessés dans cette tentative audacieuse , dont le général Roizc devint lui-même la victime.

Un drapeau couvert d’emblèmes rappelant les exploits militaires du corps auquel il appartenait , et qui , d’après le rapport du général Reynier , était celui d’un bataillon de la ai* demi-brigade, tomba au pouvoir du Minorque ou régiment allomand de la Reine. 11 fut pris f)ar un soldat nommé Anthony Luz, qui reçut de l’adjudant-général un certificat de cette action d’éclat et une somme de vingt dollars (i). Cet homme ne sachant ni lire , ni écrire , ne put être nommé sergent , grade qu’il

eût obtenu sans cela. Dès le commencement

de l’affaire , le 4 2 * avait aussi enlevé un dra- • peau aux Français ; mais malheureusement il fut repris dans la- charge impétueuse des dragons , qu’il essuya quelque temps après.

Pendant ce temps , l’infanterie française ne put prêter aucun secours à la cavalerie , et fut

(i) Le dollar vaut un peu plus de 5 francs.

constamment exposée au feu de nos batteries , qui lui firent éprouver de grandes pertes.

Le général Beaudot fût blessé mortellement.

Lorsque les restes de la cavalerie qui avait chargé vinrent se rallier sur les derrières . de l’armée ennemie , on ne put retrouver le quart des cavaliers qui avaient été engagés.

C’est à cette époque de la bataille , que le brave sir Ralph Abercromby reçut le coup funeste qui priva l’armée anglaise d’un général distingué et chéri.' 11 est impossible de connaître précisément le moment où il fut frappé , car il ne laissa échapper aucune plainte , et ne parla à personne de sa blessure, jusqu’au moment où elle fut aperçue par tous ceux qui l’entouraient. Aucune instance ne put même alors le déterminer à quitter le champ de bataille , jusqu’à ce qu’il se fût convaincu par ses propres yeux que l’ennemi battait en retraite. •

Pendant tout le temps , la droite de l’armée * française resta immobile devant notre gauche; une vive canonnade eut lieu de part et d'autre, et des tirailleurs, répandus devant le front des deux ailes ennemies , firent un feu continuel.

Après le dernier effort de leur cavalerie , les Français restèrent en bataille dans leur position et sc contentèrent de faire vivement tirer leur

artillerie, à laquelle nous ripostâmes vigoureusement. Notre seconde lign^p eut beaucoup à souffrir par cette canonnade; car notre première ligne étant en bataille sur le sommet des collines , l’artillerie française était obligée de pointer sous un angle très-élevé ; de sorte que les projectiles retombaient dans les rangs de la seconde ligne , placée derrière les hauteurs. L’ennemi paraissait indécis et semblait délibérer „ s’il tenterait une nouvelle attaque. Pendant tout , le temps que dura ce combat entre le courage et la prudence, leurs troupes furent constamment exposées au feu de nos batteries, qui causèrent des ravages effrayans dans leurs rangs; mais tout-à-coup deux de leurs caissons sautèrerïtavec une explosion terrible , et dès-lors leur ieu commença à faiblir, probablement par suite d’un manque de munitions. ,

Les èhoses restèrent dans cet état jusqu’à neuf heures; alors l'ennemi perdant beaucoup de monde en restant dans ses positions, et n’osant plus tenter de nouvelles attaques , commença à se mettre en retraite sous le feu de toute notre artillerie, qui à dix heures avait entièrement cessé. Ainsi se termina la mémorable bataille du 21 mars.

Notre perte fut de quatorze cent soixantequatre hommes, tant tués que blessés ou pris.

• aaVfci

EN EGYPTE. 1 l3

Cette perte est sans doute très-forte ; mais elle est bien légère quand on la compare à celle de l’ennemi qui dut au moins être de quatre mille hommes; car le prévôt-maréchal en compta onze cent soixante étendus sur le champ de bataille, sans y comprendre ceux qui étaient morts dans les lignes françaises, et qui, certainement, devaient être en grand nombre. Les généraux Lanusse, Roizeet Beaudot furent tués; les généraux Destin, Sylly, Eppler et plusieurs autres officiers de distinction, furent blessés. On trouva dans le portefeuille du général Roize plusieurs papiers intéressans, dont on peut voir la copie à l’appendice n°. XI. Nous fîmes, en outre, dans cette affaire, deux cent cinquante prisonniers, et deux pièces de canon et un drapeau tombèrent en notre pouvoir.

De notre côté, nous perdîmes le général en chef, qui fut mortellement blessé: le majorgénéral Moore, le brigadier-général Hope, adjudant-général de l’armée, et les brigadiersgénéraux Oakes, Lawson, ainsi que sir Sidney Smith, furent blessés ( 1 ).

(i) L’effectif des forces anglaises qui se trouvèrent présentes à cette affaire mémorable , fut de près de douze mille hommes. L'année des Français , d'après les renseigneinens les plus exacts qu'on put se procurer, ne dut pas compter moins de douze à treize mille combatlans , composés .de

Il4

Des chaloupes canonnières, qui manœuvraient à notre droite sous le commandement du capitaine de vaisseau Mailland, rendirent^fle trèsgrands services, et firent éprouver de fortes pertes aux troupes françaises placées derrière les collines.

Dans cette affaire , nous éprouvâmes pendant quelque temps le plus grand besoin de munitions : un grand nombre de bouches à feu n’avaient plus qu’un seul coup à tirer , et plusieurs régimens se trouvaient aussi presque totalement dépourvus de cartouches. Cette circons-

soldats exercés et aguerris , sans y comprendre l’artillerie (*).

L’effectif des Anglais, Je 7 mars, ainsi qu’on peut le vérifier par les uotes officielles placées à l’Appendice , était

de 14,697 hommes ,

Dont il faut déduire:

Perdus le 8 mars 666 \

id. le i 3 1 1 2 y j

id. le 18. i 3 I

Employés à différens ser- \ 2,908

vices et non - combat- I

tans 55 o 1

Malades ou convalescens. ’. 600 /

Restant donc à l’effectif dans

la bataille du 21 mars 11,739 coinbaltans.

( Aote de l'auteur. )

(*) L'armée française ne comptait que 833 o hom. d’infanterie.

i 3 So id. de cavalerie.

Total 974.0 h. et 46 bouc . 4 feu.

( Note du traducteur,)

Voyes le détail .de ces forces , à l’Appendice, n°. X.

EN ÉGYPTE. t l 5

tance , si défavorable , fut occasionnée par le manque de moyens de transport , et sans elle la perte de l’ennemi eût été beaucoup plus considérable.

Comme le général Menou avait principalement fondé ses espérances sur la destruction subite de notre aile droite et sur la constellation que cette destruction aurait répandu# cfans le reste de l’armée , il avait préféré s’avancer à la faveur des ombres de la nuit, afin de s’approcher de nos positions sans être vu , et éviter ainsi le feu meurtrier de nos retranchemcns et de nos chaloupes canonnières. En effet , l'attaque avait été pour nous aussi subite qu’inattendue, et les conséquences en eussent été probablement fort sérieuses , si le général français avait attendu que l’attaque sur notre gauche eût produit tout son effet; car le régiment de Minorque et le reste de la brigade du général Stuart , qui rendirent ensuite de si grands services lorsque la droite fut attaquée, s’étaient déjà mis eu marche pour secourir le point menacé.

Pendant tout le temps que dura le combat , les cinq cents Turcs restèrent sur les derrières de l’armée ; mais lorsque le danger fut passé , ils se montrèrent, avec toutes leurs bannières déployées, sur une petite colline située à hauteur de notre front de bataille. Environ deux

Il6 EXPÉDITION ANGLAISE

cents Arabes bédouins à cheval, traversant l’ancien lit du lac de Maréotis, vinrent se joindre à notre armée avant que le feu eût entièrement cessé, et nous exprimèrent la joie que leur faisait éprouver la défaite des Français, (i)

,Le terrain en avant de nous, et même dans no| lignes, était jonché de cadavres français que les Turcs et les Arabes se montraient très-impatiens de mutiler et de dépouiller, ce que nous ne leur permîmes pas de faire. Avaut la nuit , presque tous les morts qui se trouvaient dans nos lignes furent enterrés; mais il n’en fut pas ainsi dans les positions occupées par les troupes

(i) L’auteur cherche à insinuer que les Français avaient encouru la haine des habitans partout où ils avaient porté leurs conquêtes. Il est probable que les Arabes haïssaient également tous les étrangers, tous les chrétiens, les Anglais comme les Français , et qu’ils les voyaient avec plaisir s’entr’égorger sous leurs yeux. On ne peut d'ailleurs juger de ce que pensaient les Bédouins , d’après les témoignages d’amitié qu’ils donnèrent aux Anglais. Lorsque Bonaparte débarqua en Egypte, on vit aussi un grand nombre de Bédouins, revêtus de leur longues robes blanches , qui recouvrent jusqu’à leur tête , venir à Alexandrie, au nom de diverses teibus , et jurer paix et alliance avec nous. Le lendemain , les Français n’en étaient pas moins pillés lorsqu’ils traversaient isolément le désert. La véritable cause qui rapprocha les Bédouins des Anglais, c’est, comme l’auteur le dit lui-même , le désir de piller ceux qui auraient succombé d ms le combat. (A.) '

françaises, où un grand nombre d’hommes , de chevaux et de chameaux morts, furent abandonnés et empestèrent l’air de leurs exhalaisons infectes.

Lorsque sir Ralph Abercromby eut vu les ennemis en retraite , il voulut monter à cheval; mais sa blessure, qui avait été pansée sur le champ de bataille par un chirurgien adjoint des gardes , devint excessivement douloureuse. 11 se vit à regret forcé de se laisser mettre dans une litière , qui le conduisit dans une chaloupe , d’où il fut ensuite transporté à bord du Foudroyant. Lord Keith l’y reçut avec tous les témoignages d’une vive affection , et il fut entouré de tous les soins et de toutes les attentions que réclamait son état.

Le malheureux événement qui menaçait de nous enlever notre illustre général , joint aux regrets que nous faisait éprouver l,a mort d’un si grand nombre de braves officiers et soldats , contribuèrent à tempérer la joie que nous eût fait éprouver la brillante victoire que nous venions de remporter.

Comme on pouvait , avec quelque raison , craindre que les Français ne renouvelassent leurs attaques pendant la nuit, nos troupes restèrent sous les armes, et le service des avantpostes redoubla de vigilance jusqu’au lendemain

Il8 EXPÉDITION ANGLAISE

matin. Si l’ennemi nous avait attaqués , il aurait rencontré plus d’obstacles que la première fois, car on avait ajouté aux pièces déjà en batterie deux canons de 2/}, qu’on avait placés sur une éminence en arrière du 3 ° régiment des gardes.. On avait aussi amené du dépôt une grande quantité de munitions de toutes espèces, dont l’armée était alors abondamment pourvue, et la position qu’elle occupait avait été rendue encore plus forte par des trous de loup, des coupures , etc.

Le 25 mars , le capitan-pacha arriva dans la baie d’Aboukir avec cinq vaisseaux de ligne et environ. six mille Turcs ou Albanais. Nous reçûmes avec plaisir celte première preuve de l’assistance de nos alliés; mais le grand-visir n’avait pas encore traversé le désert , et paraissait disposé à ne nous aider que très-lentement de ce côté. Tous les vaisseaux de ligne, à l’exception de celui du lord Keith , se préparèrent ce jour- \

là à se disperser en croisière.

Le 29, nous reçûmes la nouvelle delà mort de sjr Ralph Abcrcromby. Il avait été enlevé à l’amour de son armée, la veille , à onze heures du soir. La blessure qu’il avait reçue dans l’affaire du 21 ayant été suivie de fièvre et d’inflammation , nous perdîmes ce brave et digne général au moment où nous avions le plus grand

EN EGYPTE. lit)

besoin de ses talens. La balle, qui l’avait atteint au haut delà cuisse, avait pénétré jusqu’à l’aine et sciait logée dans l’os , de manière à ne pouvoir plus en être extraite.

Dans l'affaire du 1 3 mars , sir Abercromby avait eu la cuisse froissée par une balle et avait eu un cheval tué sous lui. Le 21 , lorsqu’il reçut la blessure dont il mourut, il se trouvait au milieu des ennemis et combattait corps à corps contre un officier de dragons , qui fut tué d’un coup de fusil tiré par un caporal du ^ 2 *: Le sabre de cet officier , qui venait de passer entre le bras et le flanc de sir Ralph , resta entre les . mains du général au moment où le Français tomba. •

tendant les sept jours qui s’écoulèrent depuis le moment où il fut frappé jusqu’à celui de sa mort , le général Abercromby dut éprouver les souffrances les plus cruelles ; cependant il ne laissa jamais échapper ni la moindre plainte , ni le plus léger soupir, et fut constamment un exemple de patience et de coux - age. Il ne parlait à ceux qui l’entouraient que de la bravoure et de la conduite héroïque de son armée, qu’il prétendait ne pouvoir assez admirer.

Le guerrier qui servit son pays dans toutes les parties du monde j le général qui montra toujours pour ses troupes une tendresse patei*-

nelle , et qui dans toutes les circonstances partagea leurs privations et leurs périls comme un simple soldat; le brave couvert de gloire, qui, dans l’age où il pouvait honorablement se retirer du théâtre des dangers , se présente à l’appel de la patrie avec l’ardente valeur de la jeunesse et l’expérience du vétéran blanchi dans les combats ; celui dont l'existence fut l’objet des vœux publics , et la mort une calamité générale, est au-dessus des phrases banales des panégyristes : et tel fut sir Ralph Abercromby, qui, mort pour son pays, vivra à jamais dans la mémoire de ses concitoyens.

Le commandement de l’armée échut alors au major-général Ilutchinson.

Suites de ta bataille (T Aboukir.

Depuis notre victoire sur les Français, nous eûmes en abondance des provisions de toutes les sortes, telles que des moutons, de la volaille , des œufs ; ces objets étaient, à la vérité, d’une petite espèce , mais à très-bas prix. Un mouton coûtait de dix à treize schelfings.

Le 2 avril, û midi, nos troupes prirent les armes pour recevoir le capitan-pacha. l( parcourut le front de notre armée , accompagné par le major - général Hutchinson et par une suite nombreuse d’hommes vêtus avec toute la magnificence orientale et montés sur de superbes chevaux richement caparaçonnés. Le pacha traversa nos rangs sans laisser entrevoir le moindre signe de satisfaction ou d’étonnement sur la tenue de nos soldats, dont l'air fatigué et le costume simple formaient un contraste frappant avec les broderies d’or et d'argent qu’on voyait briller autour de lui. Il fut salué à son arrivée et à son départ par Vingt et un coups de canon.

Plusieurs soldats ennemis , qui n’attendaient qu’une occasion favorable pour déserter, arrivèrent à notre camp. Afin de favoriser ce moùvement, nous doublâmes nos vedettes. Un naa-

meluck déserta aussi de l’armée française , le capitan pacha lui fit présent d’une bourse remplie de sequins.

Le jour suivant , le temps fut insupportable ; le vent , qui s’était élevé avec violence , portait droit à nous le sable du rivage , qui pénétrait dans nos yeux et nous incommodait beaucoup.

C’était un désagrément que nous n’aviôns pas encore essuyé , et que nous éprouvâmes fréquemment dans la suite de notre séjour en Egypte : c’est sans doute à cette cause qu’on doit attribuer les ophthalmies qui affligèrent un grand nombre de nos soldats, et qui coûtèrent la vue à plusieurs d’entre eux ; heureusement quelques-uns la recouvrèrent après leur retour en Angleterre.

Le général Hutcliinson reconnaissant que là possession de Rosette nous procurerait de grands avantages en nous ouvrant la navigation du Nil et en assurant par là les approvisionnemens de notre armée , résolut de se rendre maître de cette place. A cet effet , il détacha le colonel Spencer du 5% avec quatre mille Turcs , le 58' régiment , les quatre compagnies de flanqueurs du 4o' , trente cavaliers montés des dragons de Hompesch et trois pièces de canon. La violence du vent et le mauvais temps empêchèrent le colonel Spencer de

quitter Aboukir avant le 6; le corps de troupes qu’il commandait, et qui fut ce jour-là renforcé par le régiment de la Reine, formait environ cinq mille hommes , dont quatre mille Turcs et mille Anglais. Il traversa le lac d’Aboukir à son ouverture , et campa près du village d’Èdko.

On conçut de grandes espérances sur cette diversion , qui forcerait l’ennemi à diviser ses forces ; division que ses dernières pertes lui rendaient presqu’impossible.

Trois dragons d’IIompesch , placés en vedette , passèrent successivement à l’ennemi en trois jours consécutifs. C’était un exemple très-dangereux , surtout en considérant que nous avions une brigade entièrement composée d’étrangers, dont la plus grande partie était des déserteurs. On ne pouvait douter que l’ennemi ne tentât tous les moyens qui étaient en son pouvoir , pour débaucher les hommes de cette brigade ; c’est pourquoi le général Hutchinson , afin d’arrêter le mal à sa racine, ordonna que le corps des dragons d’Hompesch serait mis à pied et envoyé sur les derrières pbur faire le service à Aboukir. La prudence rendit nécessaire cette mesure, qui parut rigoureuse aux officiers et aux soldats de ce régiment, qui s’étaient toujours conduits

avec bravoure dans les affaires qui venaient d’avoir lien.

Le colonel Cameron , du 79*, fut envoyé , le 9, avec deux cents hommes d’infanterie et cinquante cavaliers , pour pousser une reconnaissance le long du canal. Il pénétra jusqu’à Redah , sans rencontrer la moindre résistance. Avant cette mesure , on nous avait entièrement coupé les vivres que nous recevions des Arabes, et depuis trois ou quatre jours ceux-ci 11’arrivaient plus au camp, ,

Le 1 o , le second bataillon du Royal partit du camp pour aller rejoindre le corps du colonel Spencer.

Le général Hutchinson ayant résolu de porter le théâtre de ses opérations du côté de Rosette , il devint necessaire de fortifier davantage notre position d’Alexandrie ; car l’armée devait , sur ce point , se tenir , autant que possible ,-sur la défensive. Pour atteindre à ce but , rien ne pouvait être plus efficace , que de conduire les eaux du lac d’Aboukir dans le lit desséché du lac de Maréotis. En effet, il devenait dès-lors impossible de tourner notre gauche , et nos chaloupes canonnières , en naviguant de ce côté , pouvaient causer de grands dommages à l’ennemi. Ainsi donc , après avoir fait prendre le niveau du lac de Maréotis , on

Page 1