‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 12 sur 45 · S- XIV · texte numérisé non relu

S- XIV

Arrivée des Mamelucks ; leurs coutumes, leur histoire.

Le 3o , le kiaya ( i ) d’Osman Bey , successeur de Mourad, arriva à Algam, où il apporta la nouvelle de l’approche des mamelucks , commandés par son maître. Les capitaines Taylor etProby, aides-de-camp du général Hutchin-

, de quinze mille bqpimes : à mesure qu’il avança dans le pays, son armée augmenta; Turcs, Bédouins , Fellahs, etc. , arrivèrent cti grand nombre sous ses drapeaux; ils étaient attirés par l'espoir de piller le Caire et l’armée française. C’est de cette sorte que le vifar, en campapL devaut les murs du.Çaire, vit son armée s’augmenter d’une manière incroyable, et .comptait près de trente mille combatlans, tous à cheval.

f No !e (le l’auteur. ) (t) Intendant , lieutenant du Bey. *

i VI /line 1 noies. 2 Arabe bédouin .

l=r- 7rêr-r is

son, partirent le soir avec le kiaya pour aller audevant d’Osman Bey.

Cette réunion des mainelucks était d’une grande importance pour nous ; car l’influence qu’ils exerçaient sur l’esprit des habitans assurait en notre faveur les dispositions du peuple ,

et enlevait de grandes espérances aux Français , qui, jusqu’alors, se croyaient certains, sinon de leur coopération, du moins deleur neutralité.

Le i“.juin , au point du jour , l’armée se mit en marche et fit environ trois milles ; elle prit une nouvelle position au village de Mishlee.

Osman Bey arriva dans la soirée avec ses mamelucks, et campa entre Terraneh et El-Bourigeat.

Les mamclucks étaient au nombre d’environ douze cents , tous montés sur des chevaux superbes et vêtus avec la plus grande magnificence; chacun d’eux était suivi d’un domestique à pied, armé d’un long bâton. Le luxe qui. entourait les beys est au-dessus de tout ce qu’on peut imaginer. Ils étaient logés dans de vastes tentes, divisées en plusieurs appartemens richement meublés, et ornés de tapis de Turqviic de la »

plus grande beauté.

Rien ne peut dépeindre l’aspect magnifique et imposant de cette cavalerie. Les chevaux sont fins , bien proportionnés , vigoureux , s

pleins -de santé et de la- plus belle apparence ;l’or et l’argent brillent de toutes paris sur les hàrnois , les selles et les housses, qui , par leur éclat , éblouissent les yeux et étonnent l’imagination. Un mameluck porte sur lui toutes ses richesses ; son cheval est du plus grand prix ; son cimeterre et ses pistolets , d’une beauté remarquable , sont ciselés d’or et d’argent. Ces objets lui coûtent de très-grosses sommes et forment la principale partie de sa fortune.

Les chevaux des mamelucks , ainsi que tous ceux dont on se sert en Egypte , n’ont que deux allures , le pas et le grand galop. Ils sont dressés à s’arrêter court , au milieu de la course la plus rapide ; pour y parvenir, on les embouche avec des mors extraordinairement durs ; mais cette méthode leur brise les jarrets , et il est rare qu’ils y résistent longtemps.

Les mamelucks , considérés comme troupes légères, ou pris individuellement , égalent ou surpassent peut-être toutes les cavaleries du monde; mais comme ils n’ont aucune idée de tactique , et qu’ils n’agissent jamais en masse, ils doivent s’attendre à n’obtenir jamais aucun succès contre nos troupes régulières.

Les Français furent souvent témoins de leur

valeur désespérée et de leur adresse à manier leurs chevaux. Jamais ces qualités ne brillèrent d’une manière plus remarquable qu’à la célèbre journée d’Embabeh , où ils chargèrent , à plusieurs reprises , les inébranlables carrés de leurs ennemis , et laissèrent sur le champ de bataille un grand nombre d’entre eux , victimes de leur bravoure mal dirigée (1). • .

Les mamelucks étaient vêtus avec tant de richesse , que les soldats français ayant repêché ceux qui s’étaient noyés dans le Nil , tirèrent beaucoup d’argent de leurs dépouilles.

Les beys qui se joignirent au général Hutchinson, étaient Osman bey Tambourgi, Mahomed bey Elfi , Achmet bey , Osman bey Berdici Osman bey Hassan et Selim bey. Tous ces beys firent présent de chevaux aux officiers anglais.

(i) A la bataille d'Embabch , que les Français célèbrent *."* sous le nom de bataille des Pyramides, les mamelucks combattirent avec une fureur désespérée. Seliin-Bey et un de ses frères y furent grièvement blessés; un autre bey, voyant que tous ses efforts pour enfoncer les carrés français étaient inutiles, se dévoua , avec quarante de ses mamelucks, de la manière la plus héroïque; ils acculèrent leurs chevaux contre les baïonnettes des Français , et les renversèrent sur eux. De cette manière ils parvinrent à rompre le carré ; mais ils péri- » renl tous dans cette audacieuse tentative. ( Note de l’auteur. )

in-2 EXPÉDITION ANGLAISE

On raconte ainsi l’origine du pouvoir des niamelucks.

Depuis l’époque de la conquête de l’Egypte par Amrou , un des généraux d’Omar , le premier des califes , jusqu’au huitième siècle , ce royaume lut gouverné par les lieutenaAs des califes et par des sultans de la race Fatimites et Aioubites.

Le chef des Aioubites fut ce Saladin , qui acquit une si grande célébrité par ses guerres contre les croisés. Ce fut un de ses faibles successeurs qui , le premier , se vit obligé .de confier la garde de ses places fortes et de ses châteaux à une troupe étrangère , qui fut d’abord composée de jeunes esclaves que des marchands achetaient des Mogols qui , à cette époque , ravageaient presque toute l’Asie, sous la conduite de Genghiskan.

Cette troupe, appelée mameluck { qui signifie esclave en arabe ) , fut, à cette époque, dif % visée en deux corps. On confia la garde du fleuve à l’un d’eux , composé de mille hommes qui habitaient une île voisine du Caire. L’autre corps , plus nombreux , formait les garnisons des places et des châteaux.

Le dernier sultan de la race Aioubite fut celui qui combattit si vaillamment contre Saint-Louis , et qui fit ce roi prisonnier ;

mais ce sultan perdit à-la-fois le trône' et la vie sur le champ de bataille.

Dès-lors , les mamelucks devinrent trèsnombreux , et furent gouvernés par vingtquatre beys qui usurpèrent tous les pouvoirs de l’état. Ces beys, mécontens de Touran-Shah, auquel ils soupçonnaient de mauvais desseins à leur égard , l’assassinèrent au commencement de son règne en 1 a5o , et mirent à sa place un d’entre eux , Azzedin bey.

A partir de cette révolution , leur histoire n’est plus qu’une série continuelle de meurtres et de trahisons. Toùt bey qui aspirait au trône des sultans , formait un complot , égorgeait son rival et attendait alors un moment favorable pour saisir les rênes du gouvernement. Celui qui avait assassiné un sultan, était généralement proclamé son successeur.

Quelquefois il y en avait jusqu’à trois qui ♦

régnaient ensemble , dans la Syrie, dans la haute Egypte et au Caire. Cet état de choses durait jusqu’à ce que le plus entreprenant fût parvenu à se débarrasser des autres.

Ces dissensions continuèrent jusqu a l’époque où Sélim II , surnommé le Grand , profitant des divisions qui régnaient parmi les beys , *

s’empara de l’Egypte ; mais trouvant alors, plus aisé de vaincre les Mamelucks que de les sou-

EXPÉDITION ANGLAISE mettre à un gouvernement despotique , il ne tenta pas de leur donner de nouvelles lois , et se borna à revêtir de l’autorité de sultan un bey qui , après avoir trahi son premier t maître , vint offrir ses services à Sélim. Ce bey abandonna le royaume six mois après son entrée au Caire, en laissant de nouveau les mamelucks maîtres de cette ville.

Soliman, le législateur, succéda à Saladin.

Ce fut lui qui éleva la Turquie à son plus haut degré de gloire et de puissance : il donna une constitution, non-seulement à l’Egypte, mais à toutes les provinces qui composaient la masse hétérogène de son vaste empire. Il jugea qu’il était nécessaire de donner un contre-poids au pouvoir et à l’influence des Mamelucks ; pour y parvenir » il créa le corps des odjacklis , ou de la milice, qui devait se composer des naturels du pays , et dans lequel un mameluck ne pouvait jamais être admis. Il donna de grands privilèges à ce nouveau corps , et ne laissa aux mamelucks que des titres simplement honoraires , peu d’autorité militaire , et quelques villages qui appartinrent en propriété â leurs chefs. ' •

Il établit un pacha qui le représentait; ce , pacha était le chef du gouvernement et nommait à tous les emplois de l’état. Les beys con-

EN EGY.VTE. l"j

servèrent, à la vérité, le droit de se choisir des successeurs ; mais ils étaient obligés de présenter la personne qu’ils voulaient élire au pacha et au divan , qui devaient l’investir de la dignité qu’on voulait lui donner.

Le poste de pacha d’Egypte conduisit souvent au grade éminent devisir : souveut aussi ce fut une honorable retraite pour un visir disgracié. Le corps de la milice pouvait déposer un pacha , et le forcer ensuite à rendre ses comptes avant de lui permettre de quitter le pays.

* Le divan , qui s’assemblait deux fois par semaine , pour délibérer sur les affaires de l’état, se composait des vingt-quatre beys , des principaux officiers de la milice , et des premier» magistrats. Le pacha présidait ce conseil.

Le tribut payé à la Porte consistait en douze cents bourses de piastres ( environ douze cents mille francs ) , avec une certaine quantité de riz , de bled , etc.

Le gouvernement marcha ainsi sans aucun événement important , il n’offrait qu’une suite continuelle d’intrigues , quelquefois entre la milice et les mamelucks, pour déposer le pacha, quelquefois entre la milice et le pacha , pour réprimer l’audace des mamelucks et les empêcher de ressaisir leur ancienne influence ; et

enfin quelquefois entre les manielucks et le pacha , pour arrêter l’ambition envahissante de quelques officiers de la milice.

Cette sage constitution dura jusqu’au milieu du dernier siècle , où une foule de causes différentes se réunirent pour la renverser. Les beys reprirent alors la direction des affaires ; et les pachas n’eurent plus qu’un vain titre , ’ et conservèrent seulement l’ombre* de leur ancienne autorité.

Vers l’année 2 74® 5 .un pacha, d’un caractère

plus déterminé que ses prédécesseurs , fut nommé au gouvernement de l’Egypte. Ce pacïîa jugeant qu’il ne pouvait réussir à rétablir son autorité qu’en frappant un grand coup, prit la résolution terrible d’exterminer tous les beys ; en conséquence il les fit massacrer au moment où ils se rendaient au divan. Dix-sept périrent sous les coups des assassins; mais' les autres parvinrent à s’échapper.

Un tel acte de barbarie ne prôduisitpas l’effet qu’on en attendait. L’indignation souleva toutes les classes du royaume contre le pacha , qui fut obligé d’abandonner son poste et de se sauver à Constantinople.

A cette époque , Ibrahim-Caya , inaineluck déterminé et ambitieux , obtint , à force d’intrigues, dose faire admettre dans la milice, où

il parvint à un grade ('‘minent. Il aspira alors à être élu Sheick-el-Bclled, ou chef des niamelucks , et à rendre à ce corps sa première autorité. 11 manœuvra si adroitement, flu’il fit admettre dans la milice tous les mamclucks qui favorisaient ses desseins, ce qui lui donna un tel ascendant, quil réduisit aisément au silence tous ceux qui lui étaient opposés. S’il eût vécu , il fut sans doute parvenu à se faire nommer sultan d Egypte et à se rendre indépendant de la Porte; mais il fut empoisonné par un émissaire envoyé du sérail , qui , par la mort de de chef ambitieux, crut pouvoir ressaisir son autorité depuis long-temps méconnue.

Ali-Bcy , surnommé le Grand , succéda à Ibrahim , qu’il surpassait de beaucoup e*n talens , et qu’il égalait en ambition et en intrépidité. Ce fut le premier chef mameluck qui afficha le dessein hardi d’affranchir entièrement l’Egypte de l’autorité, simplement nominale de la cour de Constantinople. Jetant donc de côté tout masque de subordination, il se déclara ouvertement indépendant ; mais la trahison lui enleva ce qu’il avait acquis par la force.

Ismael Bey et Mohammed Bey conspirèrent contre» lui et le chassèrent en Syrie , où il se réfugia près du célèbre Daher, qui s’était rendu maître de cette province, où il bravait les efforts

impuissans que tentait la Porte pour le réduire à l’obéissance.

Ali Bey ayant reçu quelques secours desRusses et de Daher , traversa le désert pour aller combattre scs ennemis. Il leur livra bataille près de Salahieh ; mais blessé par un des siens , qu’on suppose être Mourad Bey, il fut fait prisonnier. Ou le traita avec le plus grand respect et on le transporta au Caire, où il mourut quelques i jours après.

Ali Bey était né en Anatolie, province de l’empire turc. Jeune , il fut amené en Egypte, où il fut acheté de la même manière que tous les autres mamelucks. Il parvint, par son ambition et son audace, à s’élever à un degré de puissance qui fit trembler la Porte pour les restes de son pouvoir en Egypte.

Mourad Bey , comme chef de la faction d’Ali, marcha aussitôt contre ses ennemis , qu’il §xpulsa duCaire ; maiscesdçrniers reprirent à leur tour la capitale, qu’ils conservèrent jusqu’à la mort des deux chefs Mohammed Bey et Ismael Mourad Bey. Mohammed Bey mourut le pre- J ‘ mier , à Acre , après s 'être emparé de celte ville. Après la mort d’Ismael , Mourad Bey se mit de nouveau à la tçte du gouvernement, qu’IJirahim Bey partagea en apparence avec lui.

A l’arrivée des Français , Ibrahim Bey prit la

EfJ EGYPTE.

fuite vers la Syrie; mais Mourad Bey les combattit vaillamment tant qu’il put le faire , et il était en route pour joindre ses forces aux nôtres, lorsqu’il mourut delà peste (j).

Les mamelucks firent contre les troupes françaises une défense glorieuse, et qui réduisit de beaucoup leur nombre ; mais ils furent bien loin detre détruits , et ils trouvèrent toujours un puissant auxiliaire dans Ta haine que les habitans de l’Égypte portent aux Turcs (2).

Au milieu des révolutions qui, depuis soixante ans, agitent les mamelucks, le pacha n’a jamais possédé qu’un titre sans puissance, qui sert uniquement à rappeler l’âuto’rité que la cour de Constantinople exerçait autrefois sur l’Égypte. Tout le pouvoir estactuellement entre les mains du scheick el-Belled. Les fonctions du pacha se

(1) Foir la note, ci-dessus ( pages i3oet i3x), qui dément ce que l’auteur dit ici des projets de Mourad-Bey.

( 2 ) Le pacha turc , qui résidait au Caire lorsque ce journal fuVécrit, se fortifiait dans cette ville, afin de repousser les . tentatives des beys victorieux qui occupaient alors toute la Haute -Egypte et étendaient leur pouvoir jusqu'aux Pyramides. Ils avaient défait , dans plusieurs rencontres , les troupes.du pacho..

Lçs forces des Turcs, en Egypte, montaient à trois mille, hommes à Damiette , deux mille à Rosette, et vingt mille au Caire. La garnison d’Alexandrie était composée d’Anglais.

( Nate de P auteur. )

l8o EXPÉDITION ANGLAISE

réduisent à faire passer au Grand-Seigneur le iniri ou tribut, lorsque les beys jugent convenable de le lui payer. Sans troupes et sans aucun moyen de faire valoir son autorité, il chercherait inutilement à s’opposera la volonté des beys , qui sont tout-puissans* : aussi n’hésite-t-il jamais à obéir aux ordres qu’il reçoit d’eux (1).

(i) Depuis lors Mohammed-Ali a*5u détruire le pouvoir

des beys , et se rendre presque également indépendant d’eux et de la Porte-Ottomane. Le pacha qui résidait au Caire lors de l’expédition, et qui était , comme on vient de le dire, l’esclave des beys sous uo litre honorable , s’appelait Seyd-Abou- Bekr. Lprsque l’armée française arriva devant Alexandrie, le g^téral en chef, Bonaparte , lui écrivit la lettre suivante :

« A bord du vaisseau l'Orieqt , 12 messidor au VI.

» ( i” juillet 1798. )

» Le Directoire-Exécutif de la république française s’est • adressé plusieurs fois à la Sublime-Porte pour demander le » châtiment des beysd’Egypte/qui chaque jour accablaient a d’avanies les commerçons français.

a Mais la Sublime-Porte a déclaré que 'les beys , genscav pricieux e^aVides , n’écoutaient pas les principes de la jusa lice , et que non-seulement elle n’autorisait pas les outrages a qu'ils faisaient à ses bons et anciens amis les Français, a mais que même elle leur était sa protection.

u La République française s’est décidée à envoyer une a puissante armée pour mettre fin aiïx brigandages des beys a d’Egypte , ainsi qu’elle a été obligée de le'faire plusieurs a fois dans ce siècle , contre les beys de Tnnis et d’Alger.

» Toi , qui devrais être le maître des beys, et que cepeu-

Ï.N ÉGTPTK. iSl

Üourad Bey était doué de grandéa qualités , que ternissaient de grands défauts. A une bravoure qui ne connaissait pas de bornes, il joignait une force de corps extraordinaire. Impétueux et violent à l'excès , souvent ses passions le portèrent à des actes de cruauté. Il était libéral jusqu a la prodigalité , et d’une rapacité insatiable. Actif, intrépide et adroit , il était plein d’audace dans l’entreprise et de sang-froid dans l’exécution. Si Mourad Bey avait eu Je bonheur de recevoir unja éducation libérale, il eût été àla-fois un grand homme et un homme estimable.

Ibrahim Bey occupait alors lfe premier rang parmi les mamèlucks. Il y avait déjà quelque temps qu’il se'lrouvait dans l’armée du grandvisir : son âge avancé avait affaibli ses moyens , et il n’exerçait plus qu’une«très-faiblc influence

» dsnt ils tiennent au Caire sans autorité et sans pouvoir ,

» tü dois' voir mon-arrivée avec plaisir. îu es sans doute déjà » instruit que je ne suis point venu pour rien faire contre le » Coran, ni contre le sultan; tu sais que la nation française

• est la seule et unique alliée que le sultan ait en Europe! *

• » Tiens donc à ma rencontre , et maudis avec moi la race

• impie des beys. • ’

» Signé , le général en chef, Bohapartï. »

t * | 'ri

Si cette lettre eût été fidèlement remise au paclia , elle l'eut peut-être décidé à se ranger du parti des Français ; mais elle ne lui parvint pas, et Seyd-Abou-Bekï , incertain sur les vues et les projets de Bonafftrte , se joignit à Ibrahim-Bey. (A.)’

i$2 r. x r É dît ion Anglaise

parmi les siens. Il faisait tous ses efforts pour ne point donner d’ombrage au visir, dont il recherchait la faveur , bien qu’il ne pût espérer d’en obtenir la coufiancc : son but était de se faire nommer Sclieick-el-Belled après la soumission de l’Égypte. Au moment de l’invasipn des Français, Ibrahim partageait, comme je l’ai déjà dit, le gouvernement du pays avec Mourad Bey. Lorsque les mamelucks furent défaits à Embabeh ,. il était posté avec une partie de ses troupes sur la rive opposée du Nil , d’où , voyant la fatale issue de cette journée, il s’enfuit en Syrie, où il fut accompagné par le pajpha turc du Caire. Bonaparte tenta en vain de le forcer dans ce pays. Après la bataille d’ïïéliopolis , ce fut lui qui pénétra dans le Caire avec 3ooo hommes , où il fit pendant longtemps une défense opiniâtre et désespérée .Contre les troupes victorieuses de Kléber.

. Osman-Bey-Tâmbourgi (i) était celui que les

(f) Osman-Bey Tamboucgi , quoiqu'il fût plein de'défiance contre U mauvaise foi des Tores el la perfide politique du sérail , fut assassiné pendant le mois d'octobre 1801 « dans la barque du capitan-pacha , qu'il montait pour se rendre à bord du vaisseau de sir Richard Bickerson avec lequel il allait dîner. Au moment où il faisait voile sur le lac Marcotis , un cawouash ou messager d'étal se montra sur le rivage , fit signe au capitair-pacha qu'il avait if lui parler , et Tin forma qp'il

- ES* "ÉGYPTE. l83

mamfelucks regardaient comme leur chîef, parce qi*e c’était lui «que Mourad Bey avait désigné

apportait de Constantinople des dépêches de' la plus haute importance. Le capitan-pacha^uitta alors les faeys, qui continuèrent leur route dans la barge ; mais au moment oh ils passèrent devant une canonnière turque qui était à l’ancre, on Ut-sur eux une décharge Je mousqueterie , et plusieurs chaloupes chargées de soldats les entourèrent. Après une défense vigoureuse et désespérée . pendant laquelle* la pensée d’être ainsi lâchement assassinés, redoublait leur fureur , les beys, accablés par le nombre , furent tués ou faits prisonniers. Dans ce combat, Solyman-Aga ayant tué et désarmé plusieurs des assaillans, saisit dans ses bras vigoureux un turc quHe serrait.de près , et opposa ainsi le corp& de. son ennemi aux

* coups qui étaient dirigés contre lui ; et ce moyen.de défense . lui réussit si bien , que le turc fut tué dans cette position.

Osman-Bey-Ascar , Mahomet-Bey-Mafice , Caya-Bey, le nègre confident de Mourad-Bey, reçurent la mort les armes à la main» Osman- Bey- Berdici et Solyman-Aga furent

* grièvement blessés j mais on-parvlnt heureusement à les sauver. Çeux qui survécurent & celte trahison furent faits prisonniers et conduits à bord du vaisseau le Sultan Sélim.

Aussitôt que ces circonstances furent connues de lord Butchiuson , il ordonna au brigadier-général Stuart de marcher à la tête de son régiment avec deux canons , mèches allumées, de se porter sur le camp turc, à l’ouest' d'Alexandrie , et d’exiger que les beys fussent remis entre les mains des Anglais. Après quelques instans d’hésitation, Ic-capitau-pacha accéda à cette proposition , et les beys qui avaient survécu au combat, furent remis le lendemain. en notre pouvoir, et transportés à Alexandrie , où ceux qui avaient été assassinés firent enterrés avec les plus grands honneurs militaires.

Pendant que ceschoses se passaient à Alexandrie , le grand-

comme son successeur peu d’instans avant de * mourir. C’était un homme d’un aaturcl violent et dont les talons n’avaient rien de Yomarquable.

Mohammcd-Bey-Elfi, -ainsi nommé d’après le uoiübfe des sequins qü’il avait coulé à achc- ‘ „

ter ( Elfi signifie mille ) , fut celui qui , après la mort d’Osman-Bey-TTambourgi, obtint le plus d’influence parmi ses compagnons d’armes. 11 était doué d’une grande habileté jointe à une grande prudence. Son caractère ouvert et libéral et sa valeur brillante lui conciliaient tous les

suffrages. 11 était âgé d'environ vingt-cinq ans.

Le. trait sujvant donne une idée-avantagbuse

* ' * | de son caractère. A la mort de Mourad, tous

les bc$s tournaient leurs regards vers lui pour

le nommer leur chef; ce qui était contraire au

vis; r profitant delà sécurité dons laquelle vivaient su Caire les lieÿs des mamëlucks, qu’il pessait avoir trompés par ses pré- , sens et ses démonstrations amicales, fit , le 20 octobre » uno tentative pour 1 s’emparer de leurs personnes. Plusieurs d’entre t eux tombèrent entre ses mains; mais Séliin-Bey , avéc une partie de scs officiers et de scs maiticlucks , parvint à s'échapper , et après des difficultés' et des fatigues excessives ( car tout le pays était alors inondé), il arriva à Gizch, où il fut reçu et traité avec bienveillance par le colonel Ramsay , commandant de -la place. Le général Ilnlchinson , instruit de celte nouvelle trahison.', dépêcha le brigadier-général Stuart • vers le grand-visir , auquel i! adressa une invitation formello de faire mettre en liberté , et saus aucune condition , les bey's

EN &GX PTp.

désir émis par Mourad. Mohammed Eli rcfusà cette dignité, «en disant que les mamelucks étaient déjà assez faibles sans querelles intestines. • • : * ,

Osman-Bey-Berdici était un homme ambitieux, et capable, /mais bien éloigné d’avoir la prudence de Mohammed. Cependant il avait un parti puissant et une grande influence.

Mais. celui qui dirigeait sur-tout les marne-* •lucks et qui Se chargeait de conduire toutes leurs affaires , était un. nègre, qui avait été. le confident de Mourad. On soupçonnait que ç’était lui qui ‘avait conseillé à ce dernier chef de choisir pour successeur Osman-Bey-Taïnboürgi, afin de conserver la direction des affaires en qualité de Caya-Bey. Il était d’un caractère trèsadroit et très-insinuant. Il fut souvent employé dans les négociations qui eurent lieu , soit avec les Français, soit avec les Anglais.

Pour être mameluck, il est indispensable d’avoir été esclave, et les enfans mêmes des rçiamelucks né peuvent être admis dans ce corps, (t)

dont il s'était emparé nu Caire. Le visir , après avoir hésité quelque tefnps, consentit enfin à satisfaire à- Cette de-

mandç , et le <t> novembre les beys arrivèrent à Gisch, où ils

furent placés sous la protection' du- gouvernement anglais'

■ (Acte de<Pauliur.. )

(i) Les mamelucks lie laissent que jeu de postérité; deux causes morales' entraînent l’eslinctiou de leur race ; d'Sibord,,

l86 EXPÉDITION *A N 6 L À 1 8 B

Lesbeys , les kiachefs et autres officiers de cette

inilrCe , achètent des esclaves aux marchands qui eu amènent en Égypte. 11 y en a de toutes les nations et do toutes les parties # de la terre : on y trouve des Allemands, des Russes, mais sur-tout des Géorgiens, des Gircassieus et des habitans du pic du Mont-Caucase. Après avoir servi leurs maîtres avec fidélité , ils en reçoivent la liberté , et ont alors le droit d’acheter à leur tour des esclaves. Le pouvoir et l'influence des beys sont proportionnés au nombre de mamelucks qui composent leurs maisons.

Tant que les mamelucks sont esclaves, ils ne peuvent laisser croître leur barbe, qui est parmi ! eux une preuve incontestable de la liberté.

la préférence donnée* aux esclaves sur les enfans nés dans le sein de leur famille ; ensuite le mépris qu’inspire , en général, aux mamelucks, l’habitant oisif des villes, élevé dans le harem par les femmes. Les .mamelucks ne regardent pas leur fils comme leur successeur , comme l’appui de leur vieillesse, sa naissance n’est pas un nouveau motif d’attachement pour la mère ; et les femmes , jalouses de conserver leurs charmes , * suivent l’usage , très-commun en Orient , de sc faire avorter.

On doit peut-être aussi aUribuer cette extinction de la postérité des mamelucks, au climat d’ Egypte, qui repousse la reproduction des races étrangères. Les observations des médecine , particulièrement celles de M. Desgcnèttes , sur les naissances et les mortalités des diflerens âges, peuvent jeter.* un grand jour sur cette question. ( Note rln traducteur , extraite de l’ouvrage du général Reynier. )

• % ' • EN ÉCÏPÎÉ. . 187

Outre les vingt-quatre beys, ils sont encore gouvernés par un certain nombre de kiachefs , emploi subordonné à celui de bey. Les revenus des mamclucks se composent des villages qui • leur sont donnés en propriété, et des extorsions et des impôts dont ils accablent les nialheureux habitans qui se trouvent sou§ leur dépendance (ij.

Les mamelucks sont braves et généreux, mais cruels et vindicatifs. Ils sont aussi enclins à un vice horrible et contre nature , très-commun dans presque toutes les provinces de l’empire turc.

* (i)Xes prétextes les plus frivoles servent à justifier ces -ex-. »

torsions. Un jour Ibi'ahim-Dey se promenant dans la Ba&se- Egypte , vit de loin un cultivateur, qu'on lui avait désigné» comme riche :’il lui fit demander <juel était son nom; et comme il répondit qu'il se nommait Ibrahim : Comment, s'écrie le bey, il a l’insolence de porter le même nom que moi ? un tel crime mérite la mort. Le pauvre homme lut obligé de donner raille piastres pour racheter sa vie/ ■ . . ( .

On appelle avanie les descentes que les beyS-ou leurs agens font chez des particuliers pour leur extorquer de l'argent. Personne n’en est exempt , .et les étrangers, même ceux qui ont un caractère diplomatique /sont bbligés’dc s’y soumettre. L’année où nons arrivâmes en Egypte , le consul francaisavait péri de la peste, parce que 'des faiseurs d’avanies étaient entrés de force dans sa maison, où il se tenait renfermé. Ils lui avaient apporté la contagion en échange de l’argent jlont ile l’avaient dépouillé. ■ •», , (A.)

Suite des opérations devant A lexandrie.

Le 1 " juin , le major-général Coote recul l’ordre du général Hutchinson de lui envoyer les et 42 ” > régimens , cent vingt canonniers et soixante dragons montés. En conséquence, ces 'troupes partirent du camp d’Alexandrie le 4 juin , sous les ordres du brigadier-général Oakes , qui était à peine remis de la blessure qu’il avait reçue dans la journée du ai mars. Ce corps suivit le canal d’ Alexandrie jus- ’qua Rabmanieh, d’où -il remonta le long des rivés du Nil, jusqu’à ce qifil eût rejoint l’armée du général Hutchinson.

. €ette diminution dans les forces du majorgénéral Coote , le laissa sans seconde ligne et avec de bien faibles moyens pour défendre son camp retranché. Toute son armée se réduisait à cinq mille hommes-, dont plus dequinze cents étalent affectés d’ophthalmies et de fluxions ; de sorte qu’il ne restait pas plus de trois mille hommes en éta't de fairç le service. ,

Pendant çe temps , la peste exerçait de grands, ravages à Aboukir , où elle avait été' introduite par quelques malades qui se trouvaient à bord d’un .bâtiment en station dans

x a égtptk. 1 8g

la baie. Le 5o , elle enleva huit hommes , et

trois médecins anglais en furent atteints.

M. Allen , après soixante-dix jours de maladie, s

succomba victime du zèle qu’il mettait à vi- \ ' ■ * • siter les malades. 'Sans les mesures prises p;ir

le major-général Coote, pourqrrévënir les progrès de ce fléau , on ne peut , sans effroi ,' penser aux conséquences qui auraient pu en* résulter pour notre armée. Dans lac crainte qu’il ne gagnât le camp, on mit un poste dans la redouta de Mandara , qui se trouve placée sur la partie la plus resserrée de. là péninsule , ei on établit un cordon de faptionnaires et de vedettes, de manière â ce que personne ne pût passer sans une permission écrite. Cest probablement grâce à ces sages précautions et à l’extrême propreté qu’on exigea des soldats , que le corps de'notfe armée fut'exempt de cette affreuse contagion. , *

Tout le monde éprouvait la plus grande pénurie d’argent. Le payeur et le commissairegénéral 'û’en avaient pl,us pour solder les troupes* Cette circonstance était d’autant plus embarrassante , qu’il *n’était pas possible de faire escompter nos billets aux marchands ,

• et que les Arabes s’empressaient d’enfouir l’argent qu’ils recevaient de nous pour la vente de leurs provisions ; de sorte que ce numé-

• . * raire était de suite pais hors de* la circulation.

Le 6 juin , le major-général Coote supprima le poste de Bedah, par suite de la diminution de ses forces. *

• . Un petit, bâtiment français , armé de dix canons , et portant à bord le général Damas •et l’Grdonnateur en chef Daurev fut pris et •amené dans la baie d’Aboukir. Dans la nuit

du 1 3 mai , les généraux Reynier , Damas et l’ordonnateur en chef Daure , ainsi que plusieurs autres officiers de . marque , av*aient été enlevés de vive force dans leurs maisons , et conduits à bord de deux bâtimens qui se trouvaient dans le port, et qui mirent à la voile le 19 mai. Le brick le Lodi , qui était trèsbon ‘voilier , et qui portait le général Reynier, parvint à échapper à .nos croiseurs ; mais le Gond-Union , qui avait à bord les’ autres officiers ci-devant désignés , fut pris à hauteur de i’île de Candie. .Nous .ignorons quels purent être les véritables motifs qui poussèrent le général Menou à une mesure aussi violente ; mais on conjectura quelle pouvait être la suite de quelques mésintelligences qui s’éle- ■ vèrent entre lui et ces officiers à l’occasion des dispositions qu’il avait prises dans la journée * du 21 mars(i). , " * ’ ' -

(1). La prise de Rahrtianieh, qui isolait Alexandrie do reste

1 FC ÉGYPTE. . 191

L’escadre française commandée par l’amiral .Gantheaume, consistant en quatre vaisseaux de ligne, une frégate, une corvette et cinq

de l'Egypte; fit murmurer l’armée contre^e général Menou,

«qui , refusant de croire A la possibilité de cet événement , n’avait pris .aucunes mesuAs pour en prévenir les suites. Les murmures lui parvinrent , ainsi que les témoignages d’estime et dp confiance que- les troupes accordaient au général Reynier. Le bruit qui circulait alors et qui fut accrédité par les Anglais, que ce général avait été nommé commandant de l’armée, et le général Menou restreint à l’administration de l’Egypte , augménta encore sa jalousie contre lui; elle s’accrut d’autànl plus violemment , qu’il ne pouvait se dissimuler que ce général lui avait prédit tous les revers de l’ahnée , en lui ibdiquant les moyens de les prévenir. Il voulut alors / écarter et témoin de scs fautes; et la seule expédition militaire qui , dans toute la campagne , eût été bien combiné? par ce géhéral , eut lieu clans la nuij: du i3 au j.j niai. Trois cents hommes' d’infanterie, cinquante de caValérie et des sapeurs avaient été rassemblés et ignoraient leur destina-' lion, lorsqu'on leué fit investir la maison occupée par le général Reynier , alin de Iç conduire à borif d’un bâtiment prêt à partir, ainsi que le général Damas, l'ordonnateur en chef Daure , l'adjudant-commandant Boyev, et plusieurs autres officiers. *

Le général Reynier , après s’être assuré qu’on n’avait d’autre projet que-de le faire partir, laissa entrer les troupes, se rendit à bord du brick le Lodi , avec les officiers désignés , et écrivit au général Menou en lui donnant encore des conseils sur la défense d’Alexandrie. Le général Damas s’embarqua sur le Good-U nian avec l’ordonnateur Daure. Les soldats témoignèrent les regrets qu'ils éprouvaient d’être chargés de l'exécution de pareils ordres. Les bâtimens ne

lQi EXPEDITION ANGLAISE

petits bâti mens de transport était depuis .

quelques jours à hauteur des côtes de l’Egypte.

Les vaisseaux de ligne avaient à bord trois ou quatre millé hommes, qui presque tous étaient malades. Cette escadre avait par erreur jété l’ancre dans la baie# de Lacuste , qui âe trouve très à l’ouest d’Alexandrie; mais l’amiral

purent partir que le 19* mai. Le Lodi arriva eh France après " «voir, été vivement poursuivi par beaucoup de bâtimens ennemis. Le Good-Union fut pris par ies Anglais, qui pillèrent la ÿiodique succession de Kléber , dont le général Damas était dépositaire. . , •*

( Note du traducteur , extraite de l’ouvrage du général • Reynier. ) . • .* •

Lois- du retour de l’expédition d’Egypte, en France, le général Reynier demanda au Premier Consul un conseil de guerre pour les juger lui , sur sa conduite , et Menou", ainsi que Deslaing, sur les calomnies doht ils l’avaient rendu la victime. Bonaparte lui refusa cette réparation. Alors Reynier né prenant conseil que de sçn honneur outragé , exigea pne népkration par les armes. Deslaing arriva le premier à Paris, Aussitôt Reynier alla le trouver , et lui signifia que la mort de l’un, des deux devait seule laver ou justifier des outrages qu’il avait reçus. Destaing se rendit au 'lieu indiqué, et devant plusieurs généraux appelés comme témoins, il'reçut la mort des mains de, Reynier. Menou craignautsansdoute le même sort , resta tout l’bivejr à Toulon’, sous prétexte que les suites de sa maladie l'empêchaient de faire le voyage. Bonaparte exila Reynier à Nevers , et Menou vint alors à

Paris. .i .

( Nota du traducteur , extraite de lajCampagtie d’Egypte ,, de M. ftiarlin. ) . , * .

I ek Egypte. ip3

Gantheaume , craignant l’arrivée de la flotte anglaise , qui était à sa poursuite , regagna la haute mer. «

Le projet des Français était de débarquer près -.de Derna et de marcher le long du ri-' vage de la mer , jusqu’à Alexandrie'. Chaque^ * homme devait emporter avec lui une provision de pain et d’eau suffisante pour ce trajet.

Les cinq transports furent pris le 1 6 , et amenés dans la baie d’Aboukir. Ils ne portaient point de troupes , mais des artisans de toutes espèces , tels que des botanistes , des jardidiers , etc. ; en général tout ce qui' est nécessaire à l’établissement d’une colonie. Il y avait , en outre , une troupe de comédiens destinée au théâtre du Caire (1). Les équipages des bâtimens de transport nous dirent qu’ils Avaient quitté la flotte frafaçaise à environ quatrevingts lieues d’Alexandrie , distance que nous

(i) La mesure d’envoyer des artisans et des comédiens en Egypte était très-adroite et très-politique ; elle donnait aux soldats dp l’armée d’Orient la persuasion bien douce et bien encourageante que le gouvernement français veillait toujours à leurs intérêts et songeait non-seulement à ce qui pouvait leur être avantageux, mais encore à leur procurer tous les agrémens et les plaisirs de la vie civilisée, dans un pays où ce gouvernement paraissait décidé h consolider leur établissement et à les secourir de tou» ses moyens. ( Note de fauteur. )

supposâmes devoir être réduite à trente lieues. Ces transports étaient escortés par la corvette YHéliopolls.

Ce dernier bâtiment avait réussi à pénétrer dans le port d’Alexandrie: il ne portait pas de troupes ; mais il était chargé d’armes et de munitions , et annonçait la nouvelle d’un renfort conduit par la (lotte de l’amiral Gantheaume. Le contre-amiral sir Richard Bickerton, avec trois vaisseaux de ligne anglais et un vaisseau de ligne turc , se mit à la poursuite de l’amiral Gantheaume , talidis que lord Keitth , avec le reste de sa flotte , fut bloquer le port d’Alexandrie.

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