‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 14 sur 45 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Suite des opérations devant Alexandrie.

Nous allons maintenant revenir à la division du major-général Coote devant Alexandrie. ;

Le contre-amiral sir Richard Bikerton rejoignit, le i 3 juin , la flotte d’Alexandrie. Il n’avait rien aperçu de la flotte de l’amiral Gantheaume et Savait pu se procurer aucun renseignement sur elle. On supposa , d’après cela , quelle était rentrée à Toulon, après avoir reconnu l’impossibilité de tromper la vigilance de nôs Croiseurs et. d’opérer le débarquement des troupes qu’cllë . portait.

La peste d’Aboukir avait presque entièrement discontinué ses ravages, et grâce au zèle et à l’habiletédes officiers de santé , il était mort peu de monde parmi ceux qui en avaient été atta- . qüés. Ce terrible fléau s’étâit également montré à Rosette , où M. Halliday , chirurgien , et plu? sieurs autres personnes , en furent les victinües.

Le 16, I e 5 o” régiment, dont les soldats étaient depuis longtemps dans un mauvais état de santé, fut envoyé- pour faire le service «à Rosette , et le premier bataillon du 27* quitta cette ville et vint remplacer le 3 o* dans le camp d’ Alexandrie.

En conséquence dü manque total de numé-

Jo/f f.’.\r ÉDITION ANGLAISE

raire, Je marché ne fut plus que faiblement approvisionné. Les avides Arabes ne nous amenaient plus de bestiaux et les autres provisions n’arrivaient qu’en petite quantité ; mais le nombre des acheteurs étant peu considérable, tous les objets étaient vendus à vil prix.

Un mouton rendu au camp coûtait à cette époque un dollar et demi. ( Le dollar vaut un peu plus de 5 francs. ) Une douzaine de poulets revenait à un dollar, et pour la même somme on avait cinq oies et souvent jusqu’à trois cents œufs (1).

Le 20, à neuf heures du matin, la frégate . l ’ Iphigénie sauta dans la baie d’Aboukir. Elle avait pris feu vers trois heures; elle était armée en flûte et disposée pour le transport des troupes; elle venait d’arriver de l’île de Chypre. Heureusement que personne ne périt , l’équipage avait eu le temps de se sauver.

• Le u 3 , le major-général Coote s’aperçut que le canal d’Alexandrie , qui s’étendait devant la gauche de son camp , était presque entièrement rempli d’eau provenant du terrain marécageux situé entre les deux armées ennemies.

(i) Lorsque lé premier détachement de d’armée indienne arriva à Kcnnel) , dans la Haute-Egypte , les vivres y étaient à si bpn- compte, que pour un dollar on avait jusqu’à douze oies et un millier d'œufs. Il en était de même'à Damiette.

Les Français désirant diminuer l'étendue de leur front , avaient conduit les eaux de celle nouvelle inondation dans le canal, et par une seconde coupure les avaient fait passer du canal dans la plaine.

Quand cette manœuvre fut découverte, la nuit était trop avancée pour qû’on pût y porter immédiatement remède. Cependant, le lendemain, nos vedettes s’étant portées en avant de notre gauche, ne trouvèrent qu’une faible opposition. Nous réunîmes alors un détachement de six cents travailleurs en arrière de la redoute n\ 7. A huit heures du soir ils commencèrent â éleve/ une forte digue, afin d’arrêter les progrès ‘.de l’eau et d’empêcher que l’inondation ne gagnât notre front. Ces travailleurs furent soutenus par deux cents hommes d’infanterie et trois pièces légères , qu’on établit en avant d’eux et derrière les vedettes. ' • . • *

Nous continuâmes à travailler pendant toute la nuit, sans que l’ennemi cherchât à nous inquiéter. Nous apercevions ses troupes, quL^e leur côté étaient très-occupées à faire de nouvelles coupures pour amener l’eau en plus grande abondance dans le canal. A minuit on envoya doubler le poste de deux cents hommes , qui passa toute la nuit sous les armés.

Nos efforts furent poursuivis avec une ardeur

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non interrompue , jusqu’à ce que la digue fût achevée elle paralysa entièrement les desseins de l’ennemi. Elle avait environ trois cents pieds de long, neuf' de large, et sept de hauteur.

On éleva en arrière une petite redoute, armée de deux pièces de canon de 24 , afin de la défendre contre les tentatives des Français.

Le a5 juin , à la pointe du jour, les vedettes échangèrent de part et d’autre quelques coups de fusil. Le lieutenant Davay , qui était alors de servioe àja digue, reçut une balle , qui le blessa grièvement au bras.

Le 5 juillet , la frégate la Lxda arriva d’Angleterre et jeta l’ancre dans la baie d’Aboukir; elle portait cent cinquante hommes du 3* régiment des gardes ', et on attendait , d’un instant à l’autre , un même nombre d’hommes du régiment de Coldstream. La frégate apportait, en outre, cinquante mille livres stéHings, pour le service de l’armée , et annonçait un renfort considérable, qui devait être expédié d’Angleterre immédiatement après son départ.

La frégate Y Active arriva le 8 , avec ce»t cinquante hommes du régiment des gardes de Coldstream ;elle fut suivie , le 9 , par le Madras et Y Argincourt ; ayant à bord le 25 * et le 26 * régimens. Ces bâtimens apportaient aussi une

forte somme d’argent et la nouvelle d’un renfort plus considérable.

Lè major-général Coote ordonna que ces troupes fussent débarquées et vinssent immédiatement le rejoindre. Elles traversèrent le lac d’Aboukir sur les bateaux de la flotte , et furent mises à terre , à l’endroit où était le dépôt. Cet accroissement de forces nous arri- » vait très-à-propps , car l’ophthalmie ( 1 ) avait

(1) L'ophth^inie, ou inflammation des yeux, peut être regardée comme une véritable épidémie en Egypte. Dans toutes les villes, dans tous les villages et dans toutes' les parties de ce pays , les habitans sont tellement sujets & ce mal , que l'on trouve rarement parmi eux des personnes qui u'en soient pas atteintes. Les femmes cachent avec tant de soin leur visage , que le plus souvent elles ne laissent pas même apercevoir leurs yeux , ce qui prouve qu’elles ne comptent pas attirer l'admiration ou exciter le désir par la beauté de leurs regards.

Nos soldats de l’armée d’Alexandrie , et de celle qui se trouvait sur les bords du Nil , furent affectés d’ophthalmies accompagnées de cuisantes douleurs. On attribue ces inflam- * mations si généralement dominantes , et qui coûtent souvent la vue , a une infinité de raisons ; mais celles qui paraissent les plus probables sont l’excessive chaleur , la vive réverbération des rayons 'du soleil sur le sable , l’air toujours chargé de parties salines , la fraîcheur des nuits, et enflu le sable fin et la poussière brûlante que le vent chasse continuellement dans les yeux.

Le meilleur remède à employer contre celte douloureuse et dangereuse affection, est de se faire appliquer un vésicatoire sur chaqué tempe, et de se bassiner les yetix avec de , l’eau salée. Il est à remarquer que plusieurs personnes dont

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mis hors de service un grand nombre d’hommes de la division du major-général Coote.

Le 1 o , le major-général Coole monta à bord du brick de guerre le Port-Malion , avec lequel il s’avança vers la partie opcidentale d’Alexandrie', où il reconnut le terrain , et vit avec plaisir que l’espace de terre compris entre » la mer et l’inondation était très-étroit et pouvait facilement être occupé par un corps de quatre à cinq mille hommes , qu’il y envoya aussitôt ; car dès qu’il se vit renforcé par les troupes qui venaient d’arriver, il prit avec activité toutes les mesures qui pouvaient amener la reddition d’Alexandrie.

Un petit bâtiment , portant drapeau es- ' pagnol, réussit à pénétrer , le 12 , dans le port d’Alexandrie. Le i 4 ,le général Menou tenta de faire passer en France une cinquantaine d’hommes de lettres et d’artistes , sur un brick parlementaire ; mais l’amiral Keith arrêta ce bâtiment , auquel il ordonna de rentrer dans

le port d’Alexandrie (1).

les yeux avaient résisté à la chaleur et à la réverbération funeste des sables de l'Egypte , furent , après leur départ ; atteintes de l'ophthalrnie pendant la traversée , et tnéme dans leur patrie. •

(1) Les généraux Reynier , Damas , et autres officiers distingués de l’armée d’Egypte , ne furent pas seuls l'objet des

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Le même jour , Je Mpnmouth arriva, avec

le a4“ régiment et dissipa.les inquiétudes que nous avions conçues sur son sort et celui' de son équipage. • •

Le 18, un convoi venant de Mintfrque efde Malte , entra dans la baie. Les troupes^ qu’il

abus de pouvoir ’ disons. mieux , des actes de démence de ■ Menou. Il était un corps dans l'armée qui s'était acqyis l'estime générale; ce corps avait partagé avee enthousiasme" les peines et les dangers du soldat : il s’était associé à sa gloire il était honorable pour lui que les dernieie inomens de son existence en Egypte fussent marqués par sa constance et son courage dans les dégoûts et les humiliations dont le général Menou neçessa de l’abryiver , et qui, dans ces 'derniers momens, furent tels , qu’on ne peurttttribuer la conduite désordonnée de ce chef , qu'au trouble dans lequel l’avait mis la position fàcheuàe oh il se trouvait réduit : Ce corps est celui de la Commission des Sciences et Arts. ( à ok du traducteur , extraite de la Campagne d’Egypte , de M. Martin. J

membres de cette commission avaient obtenu l'autorisation de retourner en France ; mais«les Anglais leur ayant refusé le.passage , ils voulurent rentrer dans^ Alexandrie , où le général français refusa de les recevoir , en ihenaçant de leS faire couler à fond s’ils approchaient. Après quelques jours d’ânxiété, ils parvinrent à faire révoquer l’ordre du général Menou, et rentrèrent dans Alexandrie , où , "ineorporésdans une garde nationale composée d'employés et autres

français, non militaires, ils firent le service intérieur de la ,

place.

Voy ex à l’Appendice , n°XVII, la lettre que leur écrivit lq général Menou, et la réponse des njembrçs de la commis-

sion.

amenait se composaient clés chasseurs de Lo- . wenstein , de deux Installions du 20' régiment, qui , bien que levés 1 pôur un service limité , s’étaient offerts volontairement pour faire la campagne . d’Egypte? ; exemple qui fut imité par toute la garnison de Minorque. Ces forces furent bientôt suivies par le 22* de dragons légers (non montés 4 ). Tous ces corps ayant débarqué , rejoignirent la division du majorgénéral Coote, qui se trouva ainsi forte de neuf mille combattans.

On fit alors, à Aboukir, avec une grande activité, tous les préparatifs nécessaires pour embarquer les troupes françaises , dont ôn nous annonça l’arrivée. Pendant tout le temps que dura l’expédition du général Sutchinson sur le Caire , la correspondance entre lui et le' . major-général Coote eut lieu sans interruption au moyen de quelques Arabes bédouins , quj furçnt soldés pour cet usage. Les Arabes voyageaient avec une grande célérité sur leurs propres ehevaux , et mettaient rarement plùs de trois, jours à faire le trajet du Caire au çamp retranché d’Alexandrie. Leur exactitude et leur fidélité égalaient leur prbmpUtüde, ,et il n’y eut jamais le moindre exemple de la plus légère violation faite de leur- part. à la confiance qu’on leur accorda.

' L’armée Anglo-Ottomane partit du camp d’Embabeh, le îb, à quatre heures du matin.

Le général Cradock ayant été laissé malade à Gjseh , le major-général Moore prit' le commandement des troupes anglaises. Les Turcs étaient sous les ordres du capitan-pâclja ; qui rrçut .du grand-visir un renfort de deux mille Albanais. Le grand-visir occupa le Caire et lés environs avéc le reste de son armée. Lé 3ô” régiment, qui avait été , depuis le i 8 juin , altaché à la division du colonel Stewart , rejoignit le corps principal de l’armée anglaise , et le 89* fut mis en garnison A Gisek, et dans l’île de ftpdha.-

L’armée française, commandée par le général Béliard, sortit de Giseh à cinq fleures , et marcha sur deux colonnes. Elle paraissait forte d’éhviron huit mille com&attans.

les Anglais et les Turcs marchaient à la gauche, de l’armée française , qui suivait les bords du Nil à. environ trois mille? en arriéré -de nos troupes , et réglait tous ses moüvemens sur les nôtres. Près de trois cents djernics ayant le pavillon français descendaient le Nil avec les bagages. L’une de ces djermes portait le corps du général Kléber. Elle était surmontée d’un immense drapeau noir, sur lequel était écrit le nom de ce général. Cette djérme don-,

naît le signal du départ et des haltes, en tirant un coup d’une pièce de 18 dont elle était' armée. Les Français exprimaient ainsi le profond respect qu’ils conservaient encore pour la mémoire d’un chef qu’ils avaient chéri.

Les troupes anglo-ottomanes et françaises atteignirent, le 25 , les environs de Rahmanieh,. et s arrêtèrent dans cet endroit. Le brigadiergeneral Oakes avait été envoyé à Rosétte pour surveiller les opérations relatives à l’embarquement des troupe» françaises , qui devait avoir lieu immédiatement après leur arrivée sur ce rivage. Le brigadier-général Lawton commandant 1 artillerie , et le capitaine Brie , qui com — mandait le génie , étaient également Venus à Rosètte p<Jur y préparer, chacun dans leur service , ce qui était nécessaire pour faire le siège d’Alexandrie.. *

Le capitan-pacha entra à Rosette le 28 , et immédiatement après son arrivée monta à bord r de son vaisseau , qui se trouvait alors à l’ancre dans la baie d’Aboukir. Le même jour, les* Anglais , les 1 urcs et les Français atteignirent' El-Hamed et les environs. Les Anglais campèrent entre Dibe et Semasma, les Turcs près dii fort Saint -Julien, et les Français à Jlamed. Dâps sa marche ïe long des bords du Mil^ l’armçc française se conduisit avec beaucoup

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de désordre; les soldats manifestaient ouvertement leur joie de quitter l’Egypte , et montraient très-peu -d’égards pour leurs officiers»

En opposition, le bon ordre et la discipline qui régnèrent constamment parmi les troupes anglaises , font le plu%grand honneur au major- # général Moore. • • • •

Le second bataillon du Royal et le -48* régiment furent établis entre Rosette et les Turcs, afin d’empêcher ces derniers de pénétrer dans la ville , où leur présence eût infailliblement occasionné beaucoup de désordre.

Le. général en chef, qui était resté pendant quelques jours malade au Caire , arriva à Rosette^le 3o ; sa santé paraissait encore très-mauvaise , et le 2 août il se rendit à bord du vaisseau de l’amiral Keith.

On se mit alors à embarquer les troupes .françaises avec beaucoup d’activité. Six cents de leurs malades furent envoyés de Rosette , et le 1 " et le a août , quatre milia cinq cents • hommes, avec un grand nombre de canonniers, de caissons , etc. , furent mis à bord des bâtimens destinés à les transporter en France.*

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