‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 16 sur 45 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Suite des opérations. Siège d’ Alexandrie.

Un convoi arriva le 3 août dans la baie d’Aboukir ; il venait de Malte , et avait à bord les chasseurs britanniques et le régiment de Waüeville, formant en tout six cents hommes.

Il aVait été escorté par la corvette El-Carmen , qui portait en outre cent vingt artilleurs venus de Gibraltar.

Depuis la bataille du 21 mars, le général Menou avait obstinément refusé d’entretenir avec notre armée aucune communication par terre , sôus le prétexte que nous tenterions de jeter la désertion parmi ses troupes. En conséquence , tous nos rapports se faisaient au moyen debâtimens parlementaires qui passaient entre nos croiseurs et le phare.

Le 7 août, d’après les ordres du général Hutchinson, le major-général Coote envoya un parlementaire aux avant-postes français , pour demander que M. Estève , payeur-général de l’armée française , et qui avait été compris dans la capitulation du Caire, reçût la permission d’entrer dans la ville d’Alexandrie , pour régulariser ses comptes et les faire signer

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EN ÉGÏPTE.

par le général en chef, avant son départ pouf la France. Bien que M. Estève fût un ami intime du général Menou , et que ses affaires fussent d’une importance majeure , le général français refusa de le recevoir, en alléguant qu’il ne voulait pas transiger avec la résolution qu’il avait prise de ne recevoir personne par terre. Il résulta de ce refus, que M. Estève fut obligé de partir pour Aboukir, avant qu’on put envoyer par mer un parlementaire à Alexandrie.

La brigade du brigadier-général Doyle arriva le 9 au camp d’Alexandrie , sons le commandement provisoire du colonel Spencer. Le général Doyle , gravement indisposé, était resté à Rosette. Le reste de la division du Caire devait suivre immédiatement cette brigade. Le même jour, des ordres supérieurs réglèrent un nouveau mode d’embrigadement pour l’armée.

Plusieurs grandes canonnières turques , ornées de drapeaux et de flammes, débouchèrent le 1 0 dans l’inondation. Le capitan-pacha arriva près de Rosette, pour réunir autant de ces bâtimens qu’il le pourrait.

Ces canonnières sont très-grandes ; elles ont deux mâts , un premier mât et un petit mât d’artimon ; elles sont à poupe carrée , portent un canon de 24 A l’avant , et une pièce de 1 a de

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chaque côté de l’arrière. Elles sont à fond plat, prennent très-peu d’eau , et le service en est très-commode. Le lac d’Aboukir avait à cette époque repris son premier niveau, et l’inondation avait entre neuf à dix pieds de profondeur.

Un aide-de-camp du général Menou se rendit à bord du Foudroyant, où le général Hutchinson étqit encore; il y resta quelques jours, mais on ne sut pas à terre quel fut l’objet de sa mission.

Le 1 1 , le brigadier-général Hope arriva avec sa brigade , au camp d’Alexandrie , et la der- * uière division française partit d’Aboukir dans ïa matinée du même jour. L’embarquement de l'armée du Caire avait été exécuté avec beaucoup d’ordre et avec I3 plus grande activité.

L L’ordre du jour du 1 2 donnait au majorgénéral Coote le commandement du corps de troupes destiné à agir à l’ouest d’Alexandfie.

Ce corps se composait de la brigade des gardes, sous les ordres du major-général lord Cavan , de la première brigade de ligne , sou 9 les ordres t du major-général Finch , formant , en tout , quatre mille combattans , avec une certaine quantité d’artilleurs et d’ingénieurs.

- • La flolille des canonnières , consistant en vingt-quatre voiles , déboucha dans l’inondation le iSaumatiq, sç forma en bataille en

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face des canonnières ennemies , et nous rendit bientôt maîtres de l’inondation.

La réserve , sous les ordres du major-général Moore , arriva le même jour dans le camp ; mais on ne lui assigna pas de destination fixé , avant que le corps du major -général Coote n’eût fait voile pour la partie occidentale d’Alexandrie.

Toute la ligne française passa sous les armes la nuit du i 3 , car les mouvemens des canonnières , l’arrivée des troupes et toutes les autres dispositions qui eurent lieu , firent craindre une attaque au général Menou.

On avait ordonné que les troupes destinées aux opérations de l’ouest de la ville , feraient voile le i 5 ; mais les magasins ne pouvant fournir, en ce moment , la quantité d’approvisionnemens nécessaires , le major-général Coote différa son départ jusqu’au 16.

Le lieutenant-général Hutchinson descendit à terre le i 5 , et prit immédiatement le commandement de l’armée. Depuis le 2 , il était resté à bord du vaisseau amiral le Foudroyant. ,

La division du général Coote commença à s’embarquer le 1 6 août , à sept heures du soir, dans les chaloupes de la flotte., et à 9 heures tout le monde était à bord des bâtimens. Trois bataillons de la brigade du major-général Finch

avaient été embarquées sur quelques-unes des canonnières turques , et la flotilfe entière mit à la voile, avec un bon vent, à neuf heures et demie (i).

Le lendemain , à la pointe du jour , nous nous aperçûmes que la plus grande partie de nos bâtimens, principalement les djermes et les bâtimens grecs , avaient considérablement dérivé. Le vent avait malheureusement changé pendant la nuit.

Cettecirconstance nous était très-défavorable, car nous ne pouvions songer à opérer notre débarquement, sans avoir réuni toute notre flotille. A dix heures , nous nous dirigeâmes vers la côte , presque en face de l’endroit oû les canonnières françaises étaient embossées. Le général C.oote , apercevant alors un corps de trois

(i) C'est une des opérations les plus étonuantes de cette campagne, que cet embarquement de la division du général Coole sur l'iuondation , daus environ quatre cents bâtimens de differentes espèces. Celte partie , alors couverte d’eau , et navigable, offrait, à l'époque de l'affaire du 21 mars , un ter. rain sec et praticable pour l’infanterie , la cavalerie et l’artillerie ; mais au moyen des coupures qne nous avions faites au lac d'Aboukir et au canal d'Alexandrie , nous étions parvenus à remettre le lac Maréotis dans son état primitif , et â lui rendre les eaux qu'on lui avait enlevées eu coupant la communication qui l’unissait autrefois â la mer à l'ouest d’Alexandrie. ( Note de l'auteur. )

ou quatre mille hommes , avec deux pièces d’artillerie à cheval , près de l’endroit où il avait l’intention d’aborder , détacha le majorgénéral Finch , pour faire une diversion sur ce point. Cette manœuvre eut tout le succès qu’on pouvait en attendre ; et pendant que l’ennemi était tenu en échec par la brigade du majorgénéral Finch , le reste de nos troupes opéra , sans éprouver la moindre opposition , le débarquement , à deux milles au-dessus de cet endroit. Aussitôt que nous fûmes à terre , nous prîmes position sur le sommet d’une chaîne de rochers escarpés ; notre droite s’appuyait à l’inondation , et devant notre gauche était une plaine sablonneuse qui s’étendait jusqu’àla mer.

Ce terrain est d’uue nature très-singulière : presque à partir de l’inondation , s’élève une haute barrière de rochers extrêmement escarpés ; ces rochers bordent toute la péninsule de l’est à l’ouest ; ils sont composés de pierres très-dures ( 1 ) , et forment une chaîne qui a environ un mille en largeur , et au pied de laquelle se trouve une plaine horizontale et sablonneuse; qui s’étend jusqu’à la mer. La péninsule a environ deux milles de largeur.

(i) On a évidemment tiré Autrefois parti de ces carrières, qui servirent probablement à la construction d’Aleximdri*.

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Le fort de Marabout , placé dans une petite île, à peu de distance du rivage, sc trouvait presque en face de la position que nous occupions. Une belle tour carrée et blanche s’élève au milieu de l’île , et sert de fanal aux bâtimens qui viennent mouiller dans ces parages.

Notre premier soin fut de creuser des puits, et , à notre grande satisfaction , nous trouvâmes en grande abondance de l’eau de bonne qualité, à quatre ou cinq pieds au-dessous du sol.

Les Français mirent le feu à deux de leurs canonnières, sur l’inondation , et les laissèrent filer sur notre flotille afin de la brûler ; mais ces bâtimens sautèrent sans nous causer aucun dommage. Daus la soirée, l’ennemi déploya une nombreuse cavalerie dans la plaine , et établit des vedettes près de nos lignes.

Peu de temps avant notre embarquement , un parti d’une centaine de mamelucks , conduit par Achmet-bcy , faisant une reconnaissance du côté de Marabout , rencontra une troupe d’Arabes qui sortait d’Alexandrie. 11 y eut entre eux un engagement , dans lequel Achmet-bey fut tué.

Pendant que les affaires se passaient ainsi à l’ouest d’Alexandrie , sir John Hutchinson ordonna qu’on fit , à l’est , une attaque générale sur tout le front de la ligne ennemie. Ce mou-

vement eut lieu à quatre heures du matin , et avait non seulement pour but , de gagner du terrain , mais encore d’opérer une diversion en faveur du major-général Coote.

L’attaque de la colline verte, située un peu en avant de l’aile droite des Français , fut confiée au major-général Cradock , et la brigade du général Doyle ( i ) fut choisie pour l’exécution de ce coup de main. Le 3 o‘ régiment devait emporter une petite redoute à la droite , et le i 3 °, une autre à la gauche. Le 92" régiment devait suivre ces corps, en se tenant au centre et en arrière, afin de pouvoir soutenir celui d’entr’eux qui aurait besoin d’être secouru. Les deuk bataillons du 20 e régiment furent également disposés de manière à pouvoir se porter sur les points où leur présence serait jugée nécessaire.

A l’aile gauche de l’ennemi , s’élevait une petite colline de sable que nous avions nommée colline Sugarloaf (2). Le major-général Moore s’en rendit maître sans une grande opposition,

(1) Le brigadier-général Doyle était à peine rétabli d’une maladie grave: au bruit des mouvemens qui devaient avoir lieu , il se bâta de quitter Rosette pour rejoindre sa brigade , et arriva au camp quelques heures avant l’attaque.

( Note de l’auteur. )

(2) Pain de sucre.

et de là put reconnaître les ouvrages des Français. Cependant on ne put garder cette position , qui était entièrement exposée aux feux croisés des batteries ennemies , et dont les flancs n’offraient presqtie aucun abri contre leurs coups.

La colline verte fut emportée par le majorgénéral Cradock, , sans qu’il eût à regretter la perte d’un seul homme , car les Français l’abandonnèrent à notre approche ; mais voyant que nous ne pouvions conserver le terrain que nous avions gagné à la droite, ils résolurent de tenter une attaque , pour nous chasser de la colline verte.

En conséquence, cinq dents hommes Je la demi-brigade , tambour battant , enseignes déployées, et pleins de confiance dans le succès de leur entreprise , traversèrent rapidement la plaine avec deux pièces de canon , et sans tirer un Seul coup, s’avancèrent la baïonnette en avant , jusqu’à très-peu de distance du 3o* régiment : mais ce corps, qui ne comptait pas plus de deux cents hommes , d’après l’ordre du colonel Spencer, et ayant à sa tète le lieutenant-colonel Lockhan , au lieu d’attendre de pied ferme le choc des Français , fondit sur eüx avec èourage et impétuosité. Les Français, surpris par ce mouvement hardi , firent demi-

tour, et se retirèrent dàns le plus grand désordre vers leurs retranchemens . Ils eurent plusieurs hommes tués ou blessés , et on leur fit huit prisonniers , qui furent arrachés hors de leurs rangs par nos soldats ( 1 ).

Quand on vit les ennemis s’avancer pour rompre le 3o* régiment, on donna l'ordre au i5% qui se trouvait «à la gauche , de marcher sur la colline parallèlement au canal , afin Je tourner la droite des Français , si ces derniers persistaient dans leur attaque.

Pendant ce temps , l’ennemi engagea une canonnade vive et meurtrière , qui nous coûta environ quarante hommes , tant tués que blessés. Leurs feux se croisaient dans toutes

les directions d’une manière remarquable , et

(1) Le détachement français était composé de deux compagnies de grenadiers de la 250, deux autres de la ^5* , ainsi que d'un bataillon de celte demi-brigade, en tout quatre cents hommes. Les soldats exécutèrent la charge avec toute la vigueur qu’on pouvait attendre d’eux ; ils montèrent sur la hauteur eu pas de charge, et chassèrent les premiers tirailleurs anglais ; mais arrives sur la crête , ils virent alors la ligne anglaise qui était restée masquée derrière elle, et se voyant trop faibles, ils regagnèrent le camp, sans que les ennemis lissent aucun mouvement pour les poursuivre. Ils avaient alors de la cavalerie , et n’en profitèrent pas pour couper la retraite à cette petite troupe.

( JVole du traducteur , extraite de l’ouvrage du gênerai' Keynier. )

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nous donnaient une grande idée de la force de

leurs lignes étendues.

Le colonel Spencer, du 4 o* régiment , ayant offert ses services , fut employé activement pendant toute cette journée , avec une partie de la brigade du général Doyle.

Le 1 8 , à cinq heures du soir, le major-général Coote se porta en avant , sans trouver d'autre opposition que quelques balles, qui

furent échangées entre les postes avancés des

deux partis.

Il prit alors la position suivante : Les gardes se mirent en bataille perpendiculairement à la chaîne de rochers et sur deux lignes , ayant leur droite appuyée à l’inondation. Les brigades des majors-généraux Ludlow et Finch se formèrent en potence , faisant face à la mer.

Le fort de Marabout se trouvait alors un peu à notre gauche.

* A l’est d’Alexandrie , les postes avancés commencèrent à se couvrir par des tranchées, efc dans la nuit du 1 7 on éleva une batterie de deux pièces , qui fut placée à la droite, un peu en ‘avant d’une mosquée ruinée. A la droite des Français , sur la colline verte , on établit un ouvrage qui commandait la plaine , et on éleva un épaulement à notre droite , pour cou- , vrir cette aile contre les feux d’enfilade aux-

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