‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 18 sur 45 · EN* EU Y P T ES · texte numérisé non relu

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dé Loivcnstcin, qui étaient débarqués pendant la nuit. Nous nous mîmes en marche à six heures et demie , et les bâtimens armés qui se trouvaient dans la rade , ainsi que les nombreuses canonnières établies sur l’inondation’, suivirent notre mouvement sous les^ordres du capitaine Stepheuson. • . * *

Les troupes se portèrent à la' rencontre de l’ennemi, qui occupait une position très-forte sur le sommet d’une chaîne de roclftrs escarpés. Sa droite était appuyée à la mer, et défenduepar une batterie de deux pièces de canon de gros calibre ; sa gauche était appuyée à l’inondation , et fortifiée par deux batteries de trois pièces de canon également de gros calibre. Outre ces bouches à feu, les Français avaient placé une nombreuse artillerie de' campagne entre les intervalles de leur front de bataille.

Notre petite armée s’avança en trois colonnes: . deux d’entre elles, marchant à la droite, et contre l’in'ondation , étaient formées par les -gardes, commandés par lord Cavan ; la brigade du major-général Ludlôw formait la troisième', et marchait à la gauche le long de la mer, ayant en. tète le premier bataillon du 27' régiment. La brigade du major - général Finch formait la réserve, et était destinée à se porter partout où sa présence serait nécessaire.

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C’est dans cet ordre, l’artillerie de campagne marchant à hauteur des têtes des colonnes , que nos troupes continuèrent à se porter en avant avec le plus grand sang-froid et la plus grande précision, sous le 'feu contjnuel de l’artillerie et de la mousqueterie. A mesure que nous avancions , les Français se retiraient ; nous ne leur laissâmes point le temps de respirer jusqu’à ce que nous fussions parvenus près des ouvrages' dèla ville. Mous nous arrêtâmes alors aussi près de la redoute des Bains que nous le le pûmes , sans nous compromettre , et l’ennemi ne nous donna aucune inquiétude pendant tout le reste de la journée.

Notre perte fut légère relativement aux avantages que nous avions obtenus, et aux difficultés que nous avions eues à -surmonter sur un champ de bataille où nos ennemis trouvaient à chaque pas des accidens qui leur fournissaient les moyens de nous opposer une résistance opiniâtre. La perte des Français dut être beaucoup plus forte , car nos bâtimens armés firent sur leurs flancs un feu continuel , pendant que l’artillerie et la mousqueterie de notre ligne les battaient en front. Dans le désordre de leur retraite , ils laissèrent entre nos mains sept pièces d’artillerie.

Jamais il n’y eut peut-être un tableau plus

imposant que celui que présentait ce-combàt : l’armée s’avançant avec ordre , en trois colounes séparées , sur cet isthme étrôit ; le feu de notre artillerie et de notre mousquCterie y les bütimens de guerre et les canonnières qui ,* sur nos deux flancs , suivaient régulièrement les mouvemens de nos troupes en faisant un, feu continuel sur la droite et la gauche de l’ennemi ; toutes cçs scènes variées ^ auxquelles- la beauté de la matinée ajoutait ufi nouveau degré de- sublimité , formaient un spectacle dont la majesté ne peut être surpassée. • " •' . <

Le général en chef ayant 'dé' informé que le général Menou se proposait d’attaquer le corps du major-général Coote avant que les renforts qu’on- lui avait envoyés ( 1 ) ne hissent arrivés , se détermina à opérer à l’est de la ligne ennemie une diversion, en faveur de ce corps d’armée ; en conséquence , le a 3 soptetnbre , à quatre heures du matin , nos postes avancés firent un mouvement en avant, et à la pointe du jour nos têtes de colonne se montrèrent dan. s la plaine, tandis que sur notre droite les Turcs se rendirent maîtres de la colline Sugar- •loaf. Ces- mouvemens nous coûtèrent cinq ou six cents hommes , car les Français , en se re-

(1) La si*ème brigade sous' les ordres du colonel SpenceY.

tirant dans leurs positions , firent feu avec

toutes leurs batteries. • -,

Le colonel Spencer débarqua ^ l’ouest d’Alexandrie avec la brigade du brigadier-général Blake , dont il avait provisoirement le commandement. Deux cent cinquante mamelucks, sous les ordres du capitaine Chollet , des dragons d’HompesU , joignirent aussi la division du major-général Coote , et prirent position en arrière. Ils àrri-, vaient de Demftnhour , et avaient traversé le désert en suivant les bords de l’inondation.

Dans la même journée, six cents Turcs, détachés par le caj^tan-pacha, arrivèrent également , et furent établis en arrière de la brigade du colonel Spencer.

A environ deux heures après-midi , le majorgéuéral Hutchinsou, accompagné du commandant du génie , vint reconnaître la position du major-généjjal Coote. Après avoir examiné avec soin les ouvrages de l’ennemi et la nature du terrain , on reconnut généralement que ce côté de la villè était le plus favorable aux opérations du siège. Le général en chef parut trèssatisfait des progrès que nous avions faits; il témoigna au major-général Coote , dans les termes h s plus flatteurs , sa satisfaction sur l’infatigable activité qu’il déployait, et sur les heureuses opérations au moyen desquelles il

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était parvenu , en si peu. de jours, à repousser l’ennemi jusque sôus les murs d’Alexandrie.

• Dix ou douze bâthnens de guerre , 'commandés par le capitaine Stephcnson , entrèrent le même jour dans la rade, et se formèrent en • avant sur une ligne , afin de protéger l’aile gauche du général Coote.

Les Français coulèrent à fond plusieurs vieux . navires, en face de la station de leurs bâtimens de guerre , probablement afin de nous empêcher d’opérer un débarquement dans l’île des •

Figuiers. Ils avaient , dans la plaine, des détachemens de travailleurs , que tourmentait * •

beaucoup le feu continuel des canonnières que

nous avions sur l’inondation.

Malheureusement , malgré tous nos efforts et nos tentatives réitérées, nous ne pûmes trouver d’eau da ift les environs de.la nouvelle position du major-général Coote. Notre nouveau camp était établi sur un terrain rocailleux , et les soldats étaient forcés d’aller jusqu’à remplacement du camp qu’ils avaient quitté , à quatre mille3.de distance, pour se procurer cét objet de première nécessité. Les mamelucks nous - furent d’un grand secours dans cette circons- , tance , en nqus envoyant leurs . chameaux.., . chargés d’outres remplies d’eau. >

Le a4 , un parlementaire, arriva au quattier-

général , avec une lellre du général Menou , * # • *• •

qui remerciait le général Ilutchinson des égards

qu’il avait eus pour sa femme , qui , lors de la prise du Caire, était tombée entre nos mains. Les Turcs l’eussent pendue, pour la punir de s’étre mariée à un Français , si le général Hutcbinson n’eût interposé son autorité dans cette affaire. Après lui avoir ainsi sauvé la vie, îl la renvoya par Rosette à son mari (i). Néanmoins, il est à présumer que celte démarche du général Menou fut plutôt faite comme une ouverture de négociations, que par tout autre motif; car en opposition avec les principes si souvent affichés par le général français , cette communication se fit par terre.

Le lendemain matin . le major-général Coote fit jouer, contre la redoute des llaihs,, une batterie de quatre pièces de a'; , et un<*autre de quatre mortiers. Dans la matinée , l’ennemi

lança plusieurs bombes de 1 2 ponces, avec deux mortiers -qui étaient en batterie dans la redoute. Ces bombes tombant autour de notre

(iJOn sait que le général Menou s'était fait musulman pour épouser , .sens le nom d'Abdallal) , une jeune turque, d'une famille riche et distinguée fjqui , depuis tj l’a suivi eu France et'en Italie, et n'n jamais quitte ni sou costume, ni les habitudes orientales. On ignore si ce fut la politique , l’intérêt ou t'euiour , qui opéra cette conveibou singulière. (A.)

camp, nous inquiétèrent beaucoup*, heurcuseinent qu’elles avaient de vieilles fusées trèsmauvaises, de sorte que beaucoup d’entr’ellcs n’éclatèrent pas. Elles ne blessèrent qu’un seul homme , et d’une manière assez singulière :

huit soldats du régiment des gardes étaient couchés dans une tente circulaire , lorsqu une grosse bombe tomba précisément au centre, coupa le pied d’un des soldats , et s’enterra à-peu-près de dix pieds , sans éclater et sans causer d’autres dommages.

Le lieutenant-colonel Coote , désirant s’approcher davantage de la redoute des Bains , afin que son artillerie pût produire un plus grand effet , envoya le lieutenant-colonel Smith , avec le premier bataillon du 20' , et un faible détachement du 26' régiment de dragons-légers, commandé par le lieutenant Kelly , avec ordre d’.attaquer et de repousser les avant-postes français sur la droite de leur armée. Le second bataillon du 54 ' régiment r commandé par le lieutenant-colonel Layard , fut en même temps posté sur une chaîne de collines , pour soutenir cette attaque.

Aussitôt que la nuit fut tombée , le lieute- ' . napt-colonel Smith commença son mouvement , en tournant la gauche des postes ennemis , et les balayant ensuite des collines. Cette opé-

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ration fut exécutée avec une intrépidité remar- quable. Le bataillon du 20' ne lira pas un seul coup de fusil ; on ne lui permit même pas de charger ses armes , tout fut enlevé à la baïonnette. La perte des Français se monta à plus de cent hommes tués , blessés ou pris. De notre » côté , nous n’eûmes que trois hommes et le lieutenant Kelly légèrement blessés. Ce succès nous fit gagner beaucoup de terrain , et nous mit à même d’établir nos batteries â moins de quatre cents mètres de la redoute des Bains.

Cependant l’ennemi , exaspéré par nos succès, fit , pendant la nuit , plusieurs tentatives pour ressaisir les positions qu’il avait perdues. Dans ce dessein, il mit en avant des troupes fraîches, et fil sur nous , pendant plus d’une heure, un

feu très-vif d’artillerie et de mousqueterie ;

mais Voyant qu’il ne pouvait nous ébranler , et que tous ses efforts , pour nous déloger des points que nous occupions , étaient inutiles , il se retira vers minuit , et nous laissa paisibles possesseurs du terrain qùe nous avions conquis. Pendant tout le temps que durèrent les attaquesde l’ennemi, nos batteries de pièces de 24 et de mortiers , ainsi que les canonnières placées . sur l’inondation (1) , firent un feu continuel.

■ (1) Le camp dii. major-général Coote était établi sur le*

Dans la matinée du 265 quatre batteries commencèrent à battre le camp retranché des Français , à l’est de la ville ; elles firent bientôt taire

ruines de l’ancienne Nécropolis , ou ville de la mort. Une t centaine de cavernes, dans lesquelles on descend au moyen d’escaliers construits avec soin, prouvent remplacement de la ville de ce nom. Ces cavernes sont divisées en une quantité innombrable de cases placées les unes sur les autres , et disposées évidemment pour recevoir des corps morts ; leurs formes et leurs grandeur^ ne peuvent laisser aucun doute sur ce point. Ces cases n’ônt que la capacité nécessaire pour contenir un cadavre ou deux au plus , en les plaçant l’un sur l'autre, et leur longueur n’excède pas de beaucoup celle de la taille humaine. Elles étaient toutes ouvertes ; mais celles que j’examinai étaient entièrement vides et ne renfermaient plus aucuns restes.

Dans ce sanctuaire de la mort nous trouvâmes un monument souterrain , différent des autres par sa forme , et bien supérieur par sa grandeur et la beauté de son architecture. Ou n’y pénétrait que par un passage étroit , et sous lequel un homme ne pouvait se glisser qu’avec difficulté. Ce tombeau est de forme circulaire et a quatre portes placées à égale distauce les unes des autres; mais trois d’entre elles sont des fausses portes , et on n’entre dans le monument que par une seule. Nous supposâmes que ce tombeau , entouré d’une foule d’autres qui lui étaient bien inférieurs sous le rapport de leurs dimensions et du travail, devait avoir été celui d’un roi ou de quelque grand personnage.

Le long de la mer , dont les rivages sont escarpés et formés de rocliefs , nous trouvâmes une grande quantité d’excavations faites eu forme de bains spacieux. Nous donnâmes, je ne sais pourquoi , à ces excavfrtions, le nom de Bains de Cléopâtre ; ce sont , dans le fait , des cnfoncemens naturels qui ,

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les batteries ennemies , et forcèrent les assiégés à retirer plusieurs de leurs pièces de canon. Une de nos pièces de creva sur la collipe verte, mais heureusement ne blessa personne.

A quatre heures et demie du soir, un aidede-camp du général Menou se présenta aux, postes avancés de l’attaque de l’ouest , avec une dépêche pour le général Coote. Il fut conduit devant le général , les yeux bandés. Sa mission avait pour but d’obtenir une suspension d’armes pendant trois fois vingt-quatre heures, afin que le général Menou put , dans cet intervalle , préparer les articles de la capitulation. Le général Coote envoya aussitôt demander à sir John llutchinson scs instructions, relativement à ce qu’il devait faire, et consentit à suspendre les hostilités jusqu’à ce qu’il j;n eut. obtenu une réponse. A une heure du matin, le général Coote fut informé que le général en chef avait reçu la même proposition de la part du général Menou , et qu’il avait

par le secours de l’art, sont devenus desiappartemens commodes, et autour desquels on a taillé des baucs. L’eau de la mer s’élève à quelques pieds daDS ces appartenions ; elle y arrive par une petite ouverture pratiquée dans le roc , et se renouvelle sans cesse. Nous trouvâmes ces bains agréables., et nous y allions tous les jours jouir de la fraîcheur des brises de la iner. ( Acte de l’auteur. )

K N ECÏl’ T JJ.

jugé convenable d’y accéder. En conséquence, on hissa des drapeaux blancs sur tous les points les plus apparens du camp , et le feu cessa entièrement de part et d’autre (î).

Sans la conclusion de cet armistice , la pre- , mière parallèle et l’attaque de l’est auraient été terminées pendant la nuit ; près de trente pièces de gros calibre pouvant alors faire feu sur la ville , en auraient bientôt renversé les vieilles fortifications , déjà ruinées de toutes parts (2).

Nous n’augurâmes rien de favorable cri voyant que le général Menou différait d’envoyer les termes de la capitulation jusqu’au dernier moment de l’armistice, et nos suppositions furent réalisées ; car, à quatre heures du soir, il expédia un aide-de-camp , non avec

(1) y ojes a l’Appendice , n». XVIII , les lettres relatives s cette suspension d’armes.

(s) On ne peut pas se faire, sans les avoir vues", une idée parfaitement juste de ces anciennes fortifications. Ce sont des murs très-élevés , coupés par des tours et surmontés de terrasses qui ne sauraient résister à l’artillerie , mais qui suffisent pour la défense dans un pays où la cavalerie fait la force principale, et où les fantassins se défendent avec beaucoup d’acharnement, tant qu’ils ont un mur derrière lequelils peuvent se retirer. Quelques Albanais v qui étaient à Alex^drie lorsque les troupes françaises descendirent pour la fi e mière fois en Egypte , étonnèrent l’armée par la résistance qu’ils firent en se retirant de muraille en muraille. (A.)

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la capitulation attendue , mais' avec une demande de prolonger encore pendant trentesix heures la suspension d’armes. Ce nouveau délai expire , le général Menou promettait d’être prêt à recevoir les commissaires que nous déléguerions pour traiter de la reddition de la place. Cette demande fut rejetée , et on donna l’ordre de recommencer les hostilités à minuit. '

Cependant Menou voyant qu’il ne pouvait pas obtenir le terme qu’il avait demandé , envoya un nouveau parlementaire pour prier le général de retarder les attaques jusqu’au lendemain à deux heures. Le général Hutchinson lui accorda ce délai 3 et envoya un contre-ordre relativement au renouvellement des hostilités.

Le 5o août, un aide-de-camp du général Menou arriva à deux heures après-midi au quartier-général , avec la capitulation proposée ; mais plusieurs des articles qu’elle renfermait parurent si déraisonnables , que le général Hutchinson répondit immédiatement que l’armistice serait annulé , et que les hostilités allaient recommencer sans délai , si le général Menou ne consentait pas à faire des pifopositions mcfcis^exagérées ( i ).

(i) f'ojcj h l’Appendice, n°. XYIII, la lettre du géncpal Ilutchiusou , au général Menou.

En conséquence de cette réponse', le général dépêcha un autre aide-de-camp qui accourut à toute bride vers nos lignes. Les dépêches dont il était porteur firent alors prendre une tournure plus favorable aux affaires , et la cessation des hostilités fut maintenue.

Parmi les articles qui furent rejetés , se trouvaient les suivans :

1°. Tous lesbâtimens et vaisseaux de guerre qui existent dans le port d’Alexandrie pourront librement retourner en France;

2°. L’armistice continuera jusqu’au 17 septembre : si un renfort suffisant arrivait de France avant cette époque, il serait permis à la garnison de recommencer les hostilités ; v 3 °. L’armée conservera toutes ses propriétés publiques et particulières , et une grande partie de son artillerie et de ses munitions (1). v

( 1 ) En conséquence de l’article VI de la capitulation, le colonel Turner , du 3® régiment clés gardes , fut envoyé par le général Hutchinson pour prendre possession des rnonumens d’antiquités que les Français avaient rassemblés pendant leur occupation de l’Egypte. Il parvint , après de grandes difficultés , à se mettre en possession de ces objets , qui furent ensuite amenés à Londres et déposés dans le musée anglais. ( Voyez l’Appendice , n® XIX. )

, Les membres de la Commission des Sciences et des Arts, auxquels on avait communiqué l’article de la capitulation qui la concernait, écrivirent immédiatement au général Menou

Les articles de la capitulation , modifiés et renvoyés par le général Menou , lui furent reportés le 5i, dans la matinée , avec la réponse définitive du général Hutchinson. Le brigadier-général Hope fut envoyé à Alexandrie pour traiter cette affaire , qu’il termina sans beaucoup de difficulté.

pour protester contre la violence qui leur était f./ite, et lui observèrent qu’il avait pu traiter avec l’ennemi pour tout ce qui regardait l’armée et le gouvernement; mais que leurs dessins, leurs collections et leurs manuscrits étaient leur propriété individuelle , dont personne n'avait le droit de disposer.

Le général Menou écrivit en conséquence au général Hutchinson , pour lui faire connaître l'opposition des membres de la commission , et lui représenter l'injustice de la violence qui leur était faite ; mais ces représentations n’eurent aucun poids : d'ailleurs le général Hutchinson était poussé dans cette aflaire par un M. Hamilton, qui désirait s’approprier les travaux faits par les Français en Egypte : il refusa donc de rien laisser emporter. Alors les membres de la commission voyant qu’ils devaient négocier eux-mêines, députèrent vers le général anglais MM. Geoffroy, Delillc et Savigny, qui déclarèrent que la violence qu’on voulait leur faire était contraire à toutes les lois des nations, et qu'ils n’y obtempéreraient jamais; que si les Anglais persistaient à s’emparer de ce qui était bien leur propriété particulière , ils jeteraientà la mer le fruit de quatre années de travaux, qui serait dès-lors perdu pour l’Europe. Cette fermeté, et la menace courageuse dont elle était accompagnée, ébranlèrent le général Hutchinson, qui se désista enlin de ses prétentions et laissa chacun maître de ce qui lui appartenait. ( Noie du traducteur, extraite de l’ouvrage de M. Martin. )

Le 2 septembre , à midi , conformément aux conventions établies par la capitulation , nous prîmes possession des lignes françaises. Le major-général Cradock occupa, avec les grenadiers de sa division, le camp retranché des Français , à l’est de la ville. A l’ouest, le majorgénéral Ludlow, avec deux cents hommes de la brigade des gardes et les grenadiers de sa division , occupa les forts Leturc et Duvivier (i) , ainsi que les hauteurs fortifiées de la colonne de Pompée. Les Français avaient évacué ces positions , et nous y entrâmes tambour battant , enseignes déployées. Les drapeaux anglais et turcs furent aussitôt hissés ensemble dans ces endroits, et cette opération se fit avec un ordre et une précision remarquables.

Le temps était superbe, et l’ensemble de cette scène qu’ennoblissaient encore les sentimens que l’heureuse issue de cette glorieuse campagne excitait dans tous les cœurs , fit de cette journée une des plus belles dont un militaire puisse jouir.

Ce moment couronna tous nos efforts , en nous donnant l’entière possession del’Egypte(2).

(i) Officiers français tués dans les campagnes d'Égypte.

(s) 11 est assez remarquable que le jour de la reddition •d’Alexandrie , la frégate française la Justice tomba entre nos

Dès-lors , le sang allait cesser de couler dans cette contrée, le repos était rendu à ces déserts, longtemps troublés par l’ambition de l’étranger ( i ) ; et une armée, qu’une longue suite de victoires faisait croire invincible , devait enfin reconnaître que les troupes anglaises pouvaient l’égaler dans les champs de la gloire.

mains , et fut donnée aux Turcs. La prise de ce bàtimeut rendit complète la destruction de la flotte de l'amiral Brueys. Des quatre voiles qui, dans la matinée du 2 août , s’étaient échappées sous l'amiral Gantheauine , le Généreux , le Guillaume-Tell et la frégate la Diane avaient été successivement pris par nos vaisseaux. La frégate la Justice était la seule qui survécût encore à la journée d’Aboukir.

( Note de l’auteur. )

(i) Il est tout naturel que ce moment fut très-beau pour un Anglais; mais celte victoire des forces anglaises, qu’il juge si avantageuse pour le pays dont elle leur assurait alors la possession , a-t-elle été vraiment un grand bonheur pour l'Egypte ? Si les Français en fussent restés les maîtres, s’ils y eussent , comme tout en indiquait le projet , formé une grande colonie , combien leur activité , leur industrie n’eussent-elles pas contribué à rendre à ce beau pays la vie qui lui manquait sous le gouvernement destructeur des Turcs ? Heureusement pour l’Egypte, elle a maintenant un prince qui s’efforce de lui rendre cette civilisation que nous avions voulu y transporter.

Nous ne chercherons pas à établir ici un parallèle entre les armées de la France et de l’Angleterre ; il semble néanmoins que les Anglais ne peuvent pas tirer un grand orgueil de cette campagne d’Egypte , où ils étaient plus forts e»

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