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Observations sur le Nil et -sur le climat et la , population de l’Égypte.
Le K il est, sans contredit, le fleuve le plus étonnant du monde. Sans lui, l’Égypte, entourée de tous côtés par des obstacles naturels , serait aussi inhabitable que les affreux déserts de la Lybie ; car, à l’est, elle est séparée de la Syrie par des sables njouvans , et à l’ouest et au mrdi elle est bornée par d’immenses déserts. Le Mil est navigable pour de grands bâti- • • \
■*92 expédition anglaise
mens jusqu’aux Cataractes , et offre un moyen de communication très -commode entre les provinces extrêmes du royaume. Le vent est généralement favorable pour remonter lecôurs du fleuve ; et pour le descendre, cm est fl^orisé par le courant , surtout dans les temps d’inoiidation, époque où une grande djerme peut' faire en moins de quarante-quatre heures, sans le secours ni de voiles, ni de rames , le trajet Ai Caire à Rosette, trajet’ qui est de soixante
milles. , •
Le Nil est la plus grande , ou pour mieux dire , la seule source de richesse de l’Égypte ; il offre le moyen de communication le plus agréable et le plus expéditif du pays, surtout si l’on considère qu’il n’y existe point d’auberges , à l’exception de quelques misérables caravanserals , dont le séjour est dégoûtant pour un européen , et où l’on ne peut dormir que sur de sales tapis couverts de vermine, et pêlemêle avec des Turcs et des Arabes , etc.
Les terres que le Nil couvre de ses eaux dans ses inondations , sont les seules habitées , et il n’y a de cultivé qu’un espace resserré le long du fleuve, sur \cp rives duquel s’élèvent un grand nombre de villages.
Les voyageurs ont si souvent donné la description des débordemens des eaux du N il , et
tant parlé de la cause de ses inondations , qu’il «serait inutile de s’étendre ici sur ce sujet. Lorsque les eaux se retirent , elles déposent un limon no®, très-épais, et aussi fertile que le sol le plus riche ; on l’ensemence aussitôt qu’il est sec. -Les principales productions sont du riz-, 'du froment , de l’orge , du blé turc , dés ci-, trouilles, des concombres. Les prairies sont eouvertes de trèfles abondans et d’excellente' qualité. ,
Les fruits qu’on trouve en Égypte sont des melons musqués et des melons d’eau, de petits
abricots, des raisins, des prànges 3 des grenades , des citrons , quelques plantains ou bananes, -et des dattes par milliers. Ce dernier fruit sert d’alimens à tous les pauvres , et fait presque exclusivement leur nourriture..
On rencontre de grands bois composés de dattiers ; ces arbres viennent partout , , et un terrain sablonneux leur convient parfaitement^
A notÉe arrivée , la péninsule d’Aboukir et une»grande partie du pays situé entre Aboukir et Rosette en étaient couvertes. On tire de grandes ressources de cet arbre, dont toute # 6 . les parties peuvent être employées à quelque usage. Le fruit en est sain et on en fait du pain. Les Français en tirèrent de l’eau-de-vie assez bonne. On fait, pour le service des djermes
et tirs autres bâtimens , des cordes avec les feuilles; le corps de l’arbre fournit un mauvais * chauffage , et les habilans l’emploient encore dans la construction de leurs miscibles cabane$. # Parlout où nous trouvâmes des dattiers, nous reconnûmes qu’en creusant la terre on pouvait se procurer de l'eau.
Bien que le Ml ne soit pas rapide , cependant la force du courant devient extrêmement grande .pendant le temps du débordement.
Quand l’eau est très-haute , elle est d’une couleur rouge-brun et presqu’aussi épaisse que de la vase; de sorte que, pour la boire , il est nécessaire de la purifier; pour cela , on en remplit de grands vases , dont on frotte l’intérieur avec des amandes amères ou des fèves; l’eau y dépose aussitôt son limon et devient très-claire. • • Cn aperçoit partout , sur les bords du fleuve t des femmes qui , soigneusement enveloppées dans leurs vêtemens, s’occupent à remplir des vases de ccltç espèce.
Qn vend en grande quantité , au Cai»e et 'A Alexandrie, des vases en terre, nommés *
• alkarras , dont on se sert pour faire rafraîchir l’eau. Ils sont faits en craie blanche et séchée . au soleil.* Ils sont tellement poreux , que l’eau coule constamment à travers leurs psfrois, et en s’évaporant sur la surface extérieure , y produit
EN ÉGYPTE. î?()5
un degré de froid suffisant pour donner au liquide intérieur une température très-agréable.
Toute notre flotte ne se servit pas d’autre eau que de celle du Nil , qu’on trouva bonne pour , tous les usages auxquels on l’employa. . •
Les crocodiles sont loin d’être aussi com-
muns sur les rives du Nil qu’on le croit généralement. On n’en aperçoit aucun dans la basse- • * Egypte, et il en arrive rarement jusqu’au Caire» •
Il A sont moins rares lorsqu’on remonte le fleuve. Les Français en avaient amené un de la Haute-Egypte au Caire ; il avait dix-huit pieds de long.
Il n’y a pas de contrée, en Europe , où le cli- $ mat soit aussi régulier qu’en Egypte ; le ciel y est presque toujours pur et serein , et après sept ou huit heures du matin on n’aperçoit plus un seul nuage qui vienne tempérer les ar- * deurs du soleil.
Il est rare qu’il pleuve ({ans l’intérieur du pays i mais sur les côtes et près d’Alexandrie , les pluies sont fréquentes pendant l’hiver. Les averses sont Fortès, mais très-courtes, et un ciel d’azur leur succède immédiatement.
Si les pluies sont rares en Egypte , les rosées abondantes qui tombent pendant la nuit , suppléent en partie au manque d’humidité. Nous * en remarquions les effets le matin; aussitôt ,
que le soleil s’élevait au-dessus de l’horizon , nos tentes se couvraient de vapeurs , comme si elles avaient été trempées par la pluie. Souvent, dans les tentes des soldats, j’ai senti les gouttes de la rosée tomber à travers le canevas dont elles étaient recouvertes.
Les nuits de mars , avril et mai , nous semblèrent très-froides et très-humides, et nous ne pouvions assez nous couvrir.
Nous jouîmes , pendant toute la durée de la campagne, de l’avantage d’avoir des nuits belles et claires. La lune était rarement voilée par des nuages , et répandait une vive clarté.
Pendant mai, juin, juillet et août, nous eûmes généralement , entre 80 et 85° ( therm. Farenheit) , environ 22 et 24® ( therm. Réauraur ) de chaleur ; elle excéda rarement 88° ( therm. Farenheit ) , environ 25* ( tlierm.
Réaumur). Une brise très-rafraîchissante, qui venait généralement de la mer, vers sept heures du matin , nous paraissait très-agréable et tempérait la chaleur de l’atmosphère , qui , sans cela , eût été insupportable.
Nous pûmes, pendant notre séjour en Egypte, constater la permanence des vents qqi régnent ' sur les côtes. En avril , mai et juin , ils viennent du nord-ouest-; en août et septembre ils viennent encore du même point et varient de temps