‹ Journal de l'expédition anglaise en Égypte, dans l'année mil huit cent Alfred ThieryChapitre 36 sur 45 · N # X II · texte numérisé non relu

N # X II

Rapport et Observations de la reconnaissance faite le 8 mai 1801 , par le major Moore , du 2C' de dragons légers.

La reconnaissance se mit en mouvement hier à trois heures du matin ; elle suivit la rive gauche du canal d’Alexandrie , en marchant entre ce canal et l’inondation. A cinq heures nous atteignîmes Bedah , où se trouve un puits et une redoute construite par les Français. Le village est totalement détruit et il n’en reste plus aucune trace. Nous poursuivîmes notre route ; nous traversâmes le canal et nous arrivâmes à Kafz-Selimà cinq heures et demie ; nous nous arrêtâmes quelque temps dans cet endroit , afin d’y recueillir des renseignemens sur l’ennemi. Nous fûmes rejoints par un sous-officier et douze dragons , qui avaient été laissés h Kafz-Seiim depuis la veille. A huit heures et demie nous atteignîmes Birket ^ans avoir rencontré les patrouilles du général Hutchmson. Tout ce que nous pûmes apprendre , c’est qu’un convoi de quatre cents chameaux , escorté par cent hommes de cavalerie , soixante d’infanterie et une pièce de canon , avait traversé Birket en se rendant de Demanhour h Alexandrie.

, Nous restâmes à Birket jusqu’à midi et demi ; alors n’entendant point parler du général Hutchinson , bien que nous eussions détaché au loin plusieurs 1 22

APPENDICE

reconnaissances vers Dcroui, nous primes la résolution de revenir. A environ un mille de Birket nous donnâmes la chasse à deux troupes d’Arabes à cheval , que nous supposâmes être des partis français. Nous arrivâmes à six heures 'du soir à la Coupure, sans avoir rencontré rien d’extraordinaire.

Le pays de l’autre côté de Kafz-Selim n’est qu’une plaine continuelle. Tous les villages sont bâtis sur de petites éminences , afin d’être à l’abri des inondations du Nil. Ces villages n’oflrcnt qu’un misérable assemblage de cabanes construites en limon , et portent Vemprcinte d’une extrême pauvreté. .Quelques-uns sont entourés de murs en limon flanqués de tours. Dans le temps des inondations le pays est couvert par les’eauxdu Nil. Cependant la plus grande partie des terres ne sont pas cultivées , et plusieurs villages sont abandonnés.

Il est très- difficile de rien discerner après sept ou huit heures du malin , à cause de l’étrange phénomène du mirage , qui fait croire au voyageur que toute la terre se trouve inondée.

* Birket est un bon port pour la cavalerie. Il est entouré de beaux champs d’ôtfge , et possède en abondance de l’eaù de bonn’e qualité. Ces avantages expliquent les motifs qui ont engagé les Français à tenir constamment un gros corps de cavalerie dans cet endroit. Sa position , d’ailleurs , centrale entre Rah- , manieh , Demanhour et Alexandrie , est très -propre pour faire soutenir ou intercepter tous les convois qui traversent cette province. •

appendice. ' 33g

Quant à 1 établissement d une ligne de signaux entre le camp et le général Hutchinson , l'impossibilité en semble complètement démontrée par les raisons suivantes: La distance entre les deux armées est actuellement si grande ^et en même temps si peu occupée par nos troupes , que tous les postes qu’on placerait 5 ce dessein seraient exposés à être enlevés par les ^ançaU ou égorgés par les Bédouins ; en un mot , tant que les ennemis occuperont Rahmanich , ou auront quelques communications avec ce pays , ce projet est impraticable.

Il parait que les Français sont forcés de faire un détour de cinq jours de marche depuis Demanhouè jusqu’à Alexandrie , à cause de l’inondation , qui lait encore chaque joUr de nouveaux progrès. Plusieurs villages arabes et dés champs de blé ont déjà,été détruits par les eaux débordées.

w Distances. ,

De la Coupure à Bedah 9 milles.

De Bedazh à Kafz-Sclim. .... 1 i /2

De Kafz-Selim à Birket. . , . n.

340 APPENBICE. -

N s XIII.

Capitulation du fort de Rahmanieh.

Article. 1" Les officiers seront faits prisonniers de guerre et conserveront leurs épées.

Article 2. — La garnison sera transportée en France , et ne pourra prendre de service qu’après avoir été échangée.

Article 3. — Les blessés sont placés sous la protection de l'humanité anglaise.

Article 4 - — Tous les effets appartenant aux officiers , soldats et autres personnes de la suite de la colonne , leur seront conservés.

Article 5 . — II sera permis aux troupes françaises d’envoyer au Caire et à Alexandrie pour chercher les effets qui leur appartiennent.

Article 6. — Les officiers de santé et employés à la suite de la colonne seront également envoyés en France.

Article 7. — Les chevaux , les chameaux et les effets des ofliciers leur seront conservés.

Article 8. — Tout ce qui appartient au gouvernement sera remis au commandant anglais.

Fait dans le désert , h la hauteur du village de Commé-Sherif , le 27 floréal an 9 de la république française, répondant au 17 mai 1801.

Approuvé par le général en chef IIutchinson:

* Signé Cavalier , chef de brigade ,

DoïtK

brigadier- général.

APPENDICE

^ole sur la capitulation du Chef de Brigade Cavalier , extraite par le traducteur de l’ouvrage de M. Mar.tin , sur la campagne d’Egypte .

Le général Menou ne voyait que des traîtres dans ceux que ses fautes mettaient dans la cruelle alternative de succomber d’une manière honteuse ou de céder à la nécessité : il n’apprit le malheur de Cavalier qu’un mois après; mais aussitôt qu’il en eut connaissance , il jeta feu et flamme , accusa cet officier de tous les malheurs qui menaçaient la ville d’Alexandrie , et publia l’ordre du jour suivant , qui n’est qu’un monument de son caractère emporté , et ne peut jeter aucun nuage sur la conduite du brave officier qui y est si cruellement inculpée.

Alexandrie , le 29 prairial an 9.

Généraux , Officiers, Soldats ,

« Je vous dénonce une lâcheté , peut-être même une trahison , qui vient d’être commise. Le chef de brigade Cavalier a#apitulé , le 27 floréal dernier , en rase campagne , sans tirer un coup de fusil , commandant un détachement de plus de cinq cents hommes. La capitulation est la plus honteuse qui ait jamais été signée ; eHe porte tout le caractère d’une vente faite aux Anglais ; on y voit clairement qu’on a voulu prendre les moyens de transporter sûrement , en France , de l’argent; mais ce qui m’étonne le plus , c’est que les autres officiers, c’est que les soldats , aient obéi à une pareille capitulation.

APPENDICE

Page 1