MALTE
Cité de la Valette.
La Valette , siège du gouvernement , est une ville régulière et bien bâtie. Les rues principales sont larges , tirées au cordeau , bien pavées et garnies de bons trottoirs. Les maisons sont en pierres de taille , dont l’île possède de nombreuses carrières. La grande quantité d’édifices et d’hôtels superbes qui, jadis, appartenaient aux chevaliers de l’ordre , rendent la Valette bien supérieure à toutes les villes de la même grandeur. Les deux palais du grandmaitre , qui sont contigus, sont d’une belle architecture ; les appartemens doivent en avoir été magnifiques , et conservent encore des
traces de leur antique splendeur, malgré les dégradations nombreuses qui y ont été commises , et quoiqu’on ait enlevé ou détruit la plus grande partie des riches ameublemens qui les décoraient. La chambre du conseil est entourée de tapisseries des Gobelins , et les autres salles sont ornées de tableaux représentant les actions et les exploits des chevaliers pendant le fameux siège desTurcs. L’arsenal est situé visà-vis le palais, avec lequel il communique. Nous le trouvâmes en très - bon état lorsque nous prîmes possession de la ville. Il contient des râteliers pour dix-huit mille armes à feu , et possède en outre une grande quantité de différentes espèces d’épées, de lances et d’autres armes anciennes , qui y sont déposées avec beaucoup de soin et de goût.
Les églises sont en grand nombre et fort belles. Néanmoins, celle de Saint-Jean , le patron de l’ordre , l’emporte sur toutes les autres. Les voûtes sont ornées de belles sculptures et d’assez bonnes peintures. Le maître-autel , construit en marbre très-beau , est un morceau remarquable; mais le pavé, surtout, en est admirable : c’est ce qui existe de plus riche en cegenre. 11 est totalement formé par des pierres sépulcrales des chevaliers; ces pierres sont composées de morceaux du marbre le plus
rare , de porphyre et d’autres matéricfux d’un grand prix , assemblés avec beaucoup d’art , une dépense incroyable , et représentant, dans une espèce de mosaïque, les armes et les insignes des personnages dont elles sont destinées, à rappeler la mémoire. Les héritiers des grandsv maîtres , des commandeurs , etc. , se sont tou 1 - H jours fait une gloire de se surpasser les uns les autres en magnificence dans la construction de ces monumens et des autres édifices. *
, L’eau qui , dans un climat aussi chaud que celui-ci , est unjbien précieux , se trouve partout en abondance à la Valette ? et l’on voit à > peine une rue qui ne possède au moins une fontaine.
Les ouvrages qui entourent la ville et les places contiguës , telles que Floriana , la Co- . tonière , Vittoriosa , offrent peut-être le plus vaste tracé qui existe ; cependant ils tombaient alors en ruine dans plusieurs endroits, et paivticulièrement à Floriana. On attribuait cet état de dégradation au peu de soin que les Français avaient pris de ces fortifications , et à la mauvaise administration du dernier grandmaître , Hompesch , qui était détesté par tous les Maltais , et généralement accusé d’avoir '• causé la ruine de l’ordre. Les remparts étaient dégarnis de canons, les Français en ayant em-
mené ch Egypte plus de cent , qu’ils avaient choisis parmi les plus beaux et les plus forts ; cependant l’arsenal en renfermait encore un grand nombre , qu’on aurait pu mettre en batterie «ans beaucoup de peine.
Peut-être lira-t-on avec quelque intérêt les détails suivans sur la fondation et sur l’état actuel de la Valette.
Le i8 mai i565, la flotte turque , portant quarante mille hommes, parut devant Malte, et le a4 du même mois cette armée formidable put ouvrir le feu de ses batteries contre le fort Saint-Elme, qui fut enlevé le a5 juin, malgré les. efforts presque incroyables des chevaliers qui y étaient en garnison, et qui tous furent ou tués ou blessés.
Cet échec ne découragea pas l'intrépide La Valette : il continua à résister et à repousser les attaques réitérées de ses nombreux ennemis avec une valeur et une constance qui ont rendu son nom à jamais célèbre. Enfin , le 8 septembre de la même année, les Turcs furent forcés de lever le siège , après avoir laissé 3o,ooo hommes devant les murs de la ville.
Tant de courage et- d’opiniâtreté de la part •* d’une poignée de chevaliers parait presqu’inconcevablè quand on considère la multitude de leurs assaillans. Aussi l’ardeur de leurs impla-
cables ennemis en fut tellement ralentie, que depuis cette époque l’ordre se vit à l’abri des invasions des Musulmans.
Avant ce siège , les chevaliers résidaient principalement à Borgo , situé à l’pstdu grand port. Mais La Valette ayant reconnu le*s désavantages de cette position , conçut le projet de bâtir la
ville qui porte aujourd’hui son nom , et dont la
première pierre fut posée en i566, immédiatement après la fin du siège glorieux dont il venait de supporter les fatigues. * 11 mourut en 1 568 , avant de voir la fin de son entreprise , qui fut terminée dans le mois demaiiByi , par son successeur De Mont. Le i § de ce mois, l’ordre abandonna Borgo et s’établit dans la nouvelle cité. Les rois de France , d’Espagne , de Portugal , ainsi que le Pape , contribuèrent j^ar des sommes très-considérables à l’érection de La Valette. ' -
La 'ville de La Valette est située à 35° 54’ de latitude ; elle a trois portes : ’ la porte Royale du côté de Citta-Vecchia et de. l'intérieur de,l’ile; la porte Marsa-Muscat , quiconduitau port de ce nom ; et la porte de la Marine , qui .sert d’entrée à la ville du côté de l’est et du port principal. La rue la plus importante est la rue Royale , qui s’étend depuis la porte Royale jusqu'au château de Saint -Elinc; toutes les
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autres se coupent à angles droits ; on leur a donné en général peu de largeur , afin qu’on y . fût à l’abri des rayons du soleil. Comme la ville est en partie assise sur une colline , pour l’agrément • des piétons on a placé dans les montées des marches peu élevées et commodes de chaque côté des rties.
Toqtes, les maisons sont terminées par des terrasses , d’où les eaux provenant de la pluie s’écoulent ,* au moyen de tuyaux , dans des citernes pratiquées à cet effet. De cette manière, chaque famille possède dans sa demeure , et en grande abondance , de l’eau d’une excellente qualité ; on a en outre placé dans tous les quartiers de la ville des fontaines et dés réservoirs publics , qu’alimente un aqueduc çoÿstruit à grands frais par le grand-maître Wignacourt. Cet aqueduc commence- à Dier- Ch'andal , situé dans la partie méridionale de l’île , et a plus de trois lieues de longueur.
Les maisons et tous les édifices sont bâtis avec une pierre blanche, tirée des carrières de l’île. Cette pierre est d’une nature très-tendre , ce qui permet de la tailler facilement et de l’employer dans toutes les constructions. C’est à cette propriété qu’il faut sans doute attribuer la profusion d’omemens dont tous les édifices sont chargés , ainsi que le fini adini-
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table et la régularité des revêteinens des ouvrages de fortifications.
La ville possède une bibliothèque publique qui est bien composée , tant pour le choix que pour le nombre des ouvrages. Elle appartient à 1 ordre , et elle était sans cesse augmentée par les bibliothèques particulières des chevaliers qui mouraient, et dont les livres servaient de droit à l’accroissement de la collection générale. Parmi ces livres , on vendait ceux dont on avait déjà des exemplaires, et le- produit de cette vente servait a 1 acquisition d’ouvrages nouveaux. Cette bibliothèque renferme en outre beaucoup d’objets de curiosité , de belles statues , des tableaux et différons articles remarquables d’histoire naturelle. On ne peut emporter aucun ouvrage hors de la bibliothèque ; mais on y a disposé des sièges et des tables à l’usage de ceux qui la fréquentent.
Dans les dernières années 4e l’existence de l’ordre, on avait construit un très-beau bâtiment dans lequel on- devait transporter la bibliothèque ; mais ce projet n’a pas été mis à exécution, et le nouvel édifice est actuellement converti en une vaste salle de réunion et un café, x
La Valette possède un opéra. La salle est pe-* tite , mais agréable , bien qu’elle ait iuaiutc-
liant besoin de nombreuses réparations. L’Italie et la Sicile y fournissent une assez bonne troupe de chanteurs ; les militaires trouvent une distraction fort: agréable dans ce spectacle. Les officiers de. l’expédition s’y portaient en foule tous les soirs. Le prix d’entrée est d’un schelling ( 24 sous ). Des prostituées ‘de tous les âges , depuis la fraîche beauté de seize ans jusqu’à la vieille édentée de soixante , fourmillent dans toutes les rues de la ville; mais elles sent d’un commerce très-dangereux ; il est rare d’en trouver qui soient exemptes de maladies invétérées et fort redoutables.
L’île abonde en provisions de toute espèce ; et bien qu’elle fût inondée de nos troupes , les vivres y restèrent à un prix assez raisonnable et aucune disette ne s’y fit sentir. On tire de la Sicile les bestiaux nécessaires, et Malte et Goze fournissent en grande quantité des fruits et des légumes excellens. On y jouit encore d’un avantage que je n’ai jamais trouvé dans aucune île située à cette latitude : c’est d’avoir à très-bas prix une grande abondance de glace , que l’on tire du mont Etna ; elle est de la plus belle qualité , et arrive en si grande quan- , tité qu'on s’en sert habituellement pour- ras 'fraîchir les boissons. On peut demander dans un café do La Valette une glace avec tout au-
tant de confiance que chez un glacier de Botul- Street (1).
Le commerce était dans une grande activité pendant notre séjour. Les marchands anglais , de Naples , de Livourne , de Palerme , étaient venus s’établir â la Valette , devenue alors l’entrepôt du commerce anglais dans la Méditerranée. De cet endroit ils introduisaient en fraude nos marchandises dans l’Italie, d’où on trouvait ensuite moyen de les répandre dans le reste de l’Europe.
Nulle part les maisons religieuses et les couvens ne sont en aussi grand nombre. On rencontre à chaque pas des prêtres et des moines , qui exercent encore maintenant un pouvoir sans bornes sur l’esprit superstitieux du peuple.
Bien que la ville de la Valette soit bâtie avec beaucoup de soin et de régularité, cependant il est évident qu’on s’est principalement attaché à la construction des fortifications , qui sont en effet d’une beauté et d’une perfection sans égales ( 2 ). Les successeurs du grandmaître de la Valette , jaloux de suivre son
(1) Rue de Londres.
(2) Après la reddition de Malte , Bonaparte visitant les fortifications de la Valette avec le général Cafarelli , commandant le génie de l’armée , en admirait la force et la Beauté. « Ali! dit Cafarelli , en s’adressant à Bonaparte , il
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exemple, ont tous voulu augmenter la force de la place , et ils ont tellement accru le nombre de» ouvrages , que plusieurs sont inutiles , et dans un siège nécessiteraient une garnison trop nombreuse pour les défendre.
On voyage dans l’île au moyen de voitures sans ressorts , qui contiennent deux ou quatre personnes ; elles sont attelées d’une seule mule conduite par un homme qui la suit à pied dans toutes ses allures, dont la plus ordinaire est le galop. Ces Voitures sont très- incommodes , très-dures , et lorsqu’elles trottent sur Je pavé rocailleux des routes du pays , elles secouent les malheureux voyageurs de manière à leur rompre les os.
Civita , ou Citta - Vecchia , résidence de l’évêque , est à environ six milles de la Valette. C’est une ville bâtie sur une colline, et entourée de fortifications.
Gn ne saurait assez y admirer la cathédrale de Saint-Paul , te saint protecteur de cette île , sur laquelle , dit-on , il fit jadis naufrage.
L’imposante régularité de sou architecture , son vaste dôme orné de peintures fraîches et
faut convenir que nous sommes bien heureux qu’il y ait eu du inonde dans la plqce pour nous eu ouvrir les portes. » ( Note du traducteur , extraite de la Campagne d’Egypte , de Miot. )
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éclatantes, frappent d’étonnement l’imagination du spectateur le plus froid. Jamais je n’ai vu une aussi grande variété de marbres que dans l’intérieur de cette église : le lapis-lazuli, le vert et le jaune antique s’offrent de tous côtés aux regards ; et la manière ingénieuse dont les différentes espèces de pierres sont combinées entre elles , produit un effet admirable.
Dans la ville , et dans l’endroit appelé Rabatlo , se trouve la grotte de Saint-Paul. On descend dans ce lieu révéré en traversant une multitude de chapelles , et on arrive enfin é une petite pièce creusée dans une carrière de pierres tendres et blanches. Au centre se trouve une statue en marbre , du saint ; mais elle est bien inférieure à une autre placée dans une des chapelles adjacentes : cette dernière a été exécutée à Rome, par Melchior Cafia , sculptèur, né à Malte. Les personnes du peuple ne quittent jamais la grotte, sans avoir rempli leurs poches de morceaux de pierres de Saint-Paul , auxquelles ils attribuent toutes les vertus imaginables , et dont ils prétendent que la jnassc ne peut diminuer, quelle que soit la quantité qu’on en enlève. s '! :rj .-kI
A l’extrémité de Rabattu se trouvent les catacombes. Ce sont des excavations divisées en
une infinité de passages, dont la plupart sont fermés , car sans cette précaution on pourrait aisément s’égarer et périr dans ce labyrinthe souterrain. Pendant les guerre» et les révolutions fréquentes auxquelles l’ile a été en proie , les habitons ont trouvé une retraite assurée dans ces catacombes. On y montre encore des objets qui servirent aux réfugiés , tels qu’une petite chapelle , deux moulins pour moudre le bled , une petite statue , qu’on dit être celle de Saint-Pierre , et un enfoncement près de l’entrée , dans lequel se plaçait un homme en faction , qui veillait sur ce qui se passait audehors , et avertissait de l’approche de l’ennemi.
Entre la Valette et Citta - Vecchia on voit Sant-Antonio , qui servait de maison de plaisance aux grands-maîtres. Cette habitation est vraiment un prodige dans ce pays , où la culture la plus soignée ne peut rien produire d’agréable à la vue. A Sant-Antonio , la végétation est pleine de vigueur ; la terre , abondamment pourvue d’eau , y est couverte de ces orangers et de ces citronniers dont les fruits sont si justement renommés dans toute l’Europe. Les jardins de cette habitation seraient regardés comme beaux et agréables dans toutes les parties du monde.
Outre Sant- Antonio , les grands-maîtres avaient encore une résidence champêtre' et délicieuse , appelée Boschetta, distante d’un mille et demi de Clitta-Vecchia. Le terrain qui l’environne est beaucoup plus étendu , et le château beaucoup plus vaste et plus beau qu’à Sant-yintonio ; mais cette habitation est actuellement déserte et presque en ruines , et le voyageur s’afflige de voir la dévastation d’un séjour si désirable et si rare dans ce pays, brûlé sans cesse par les ardeurs du soleil. On découvre avec admiration, des fenêtres du château, toute l’île de Malte et la mer environnante; mais on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment pénible , quand on ramène ses regards sur les jardins ravagés , qui n’offrent plus que des murs grisâtres , partageant en différentes parties un sol pierreux et desséché, sur lequel on peut à peine découvrir un seul arbre
En allant de la Valette à Citta-Vecchia , l’état de culture où se trouvent les terres offre une preuve frappante de ce que peuvent la persévérance et l’industrie des hommes ; car bien que l’île ne soit en apparence qu’un rocher aride , on est parvenu à le féconder à force de soins et de travail. Pour créer ce sol artificiel , car c’est réellement le nom qu’il faut lui donner, on met en pièces la surface du rocher;
les f'ragniens les plus forts servent à la construction des murs qui entourent les différentes propriétés ; les plus petits et les plus tendres sont divisés en partiès plus tenues , et réduits ensuite ën une poudre avec laquelle on mêle une petite quantité de terre qu’on ^cueille sur la surface de l'ile. Ce mélange devieitt susceptible d’un degré de fertilité inconcevable ; il produit en abondance du bled , diverses ,es-
pèces de légumes , des cotons blancs et des cotons gris , etc. , et récompense ainsi amplement les fatigues et les travaux de ses ingénieux créateurs. Si par leur industrie les Hollandais sont parvenus à soustraire leurs belles campagnes aux flots de l’Océan , pat leurs efforts continuels les Maltais , non moins habiles , ont métamorphosé un rocher nu et stérile en une terre riche et féconde.
Le langage de la moyenne classe de l’ile est la langue franque, mélange d’italien et d’arabe; mais le peuple y parle l’arabe , qui , jusqu’à ce jour, y a conservé toute sa pureté. La monnaie en usage se compose de couronnes , demicouronnes et de quart de couronnes qui sont des pièces d’argent ; les pièces de huit sous , de quatre sous^et de deux sous sont en cuivre. Toutes ces pièces étaient autrefois frappées à l’efligic du grand-maître.
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Les lies voisines de Gore et de Cumino dépendent de Malte ; la première , très-peuplée et très-fertile, possède un fort d’une belle construction.
Lorsque le temps est clair , de Malte on découvre la Sicile et le sommet fumant de l’Etna. Une multitude de bâtimens , nommés Speronaras, circulent continuellement entre les deux îles. C’est au moyen de ces bâtimens que Malte tire de la Sicile tous les objets dont elle a besoin. Ces navires sont longs , étroits , ont un , petit pont à l’avant et à l’arrière , portent deux mâts , et contiennent dix ou douze rameurs.
Détails historiques sur l’Ordre de Malte.
Cet ordre célèbre fut fondé en l’an 1 09g , par un Français nommé Gérard , sous le titre des Hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem ; il avait pour but de secourir et d’aider les pauvres , les malades et les blessés.
En 1118, l’ordre prit une forme militaire , et Raymond - Dupuy en fut le premier grandmaître.
En 1291 , les chevaliers furent expulsés d’Acre, leur dernière place dans la Palestine. Ils se réfugièrent en Chypre , où ils furent
reçus par Henri II , roi de l’ile , qui leur donna la ville de Limisso. Ils y demeurèrent jusqu’en i3io, époque à laquelle ils s’emparèrent de vive force de la ville de Rhodes. Depuis ce temps ils furent connus sou6 le nom de Chevaliers de Rhodes.
Malgré tous les efforts que les Turcs firent pour ressaisir l’île de Rhodes , elle demeura au pouveir des chevaliers jusqu’au i " janvier 1 5a3. Le grand-maître Villiers , de l’île Adam , apres la défense la plus glorieuse et la plus opiniâtre, fut, dans cette année, contraint de la livrer à la Porte, et il l’abandonna avec tous les chevaliers qui avaient échappé à la mort , et avec quatre mille des habitans. Ce fut alors que Charles-Quint leur donna l’île de Malte, qu’ils conservèrent jusqu’en 1 798, après avoir, comme nous l’avons déjà dit , résisté à tous les efforts des Turcs.
L’ordre était composé d’un grand-maître et de mille chevaliers nés dans les différens états catholiques de l’Europe. Ils étaient partagés en neuf langues , savoir : trois de France, deux d’Espagne, deux d’Allemagne, une de Portugal et une d’Italie. Chacune de ces différentes langues était subdivisée en commanderies , d’où l’ordre recevait les revenus annuels. Le grandmaître jouissait d’un traitement de trente mille
francs par an; ce traitement , et ceux des différens chevaliers , joints aux fqrtüncs particulières des membres de l’ordre , répandaient dans cette petite île une prodigieuse quantité de numéraire. C’est à celte cause qu’il faut attribuer la magnificence des édifices publics et particuliers , celle des églises et des fortifications , ainsi que l’étonnante et presque inconcevable population de Malte.
Des mille chevaliers qui composaient l’ordre, cinq cents étaient obligés d’habiter Malte; les autres étaient employés dans les différons services de terre et de mer des puissances dont ils étaient les sujets , mais n’en étaient pas moins forcés de venir résider à leur tour dans l’île. Pour être reçu chevalier, il fallait prouver sept cents ans de noblesse , et avoir fait plusieurs campagnes contre les Turcs. On devait, en outre faire vœu de chasteté , et jurer haine et guerre éternelle aux Turcs et aux autres infidèles. Tels étaient les premiers statuts des chevaliers ; mais depuis longtemps ils avaient cessé d’être en vigueur ; aussi l’ordre penchait- il évidemment vers sa ruine. Sa marine , qui méritait à peine ce nom , était devenue insignifiante; l’ardeur militaire des chevaliers était éteinte , et bien qu’ils n’eussent fait aucun traité officiel avec les Turcs, leur animosité
contre eux se réduisait au serment de leur réception.
Pendant notre séjour à Malte , plusieurs des régimens de l’expédition furent baraqués dans la ville de la Valette, et ceux qu’on n’avait pu établir à terre furent débarqués de temps à autre pour être exercés aux manœuvres. Le général en chef, avant de mettre à la voile , passa une inspection détaillée de. chaque corps.
À notre départ , on laissa en garnison à Malte deux bataillons du /jo* régiment, qui n’avaient pas été levés pour le service général , et ils furent remplacés par le 5 o c et le 89' ; cependant les quatre compagnies de flanqueurs du 4°' ayant volontairement demandé à faire partie de l’expédition , on accueillit leur demande , et le colonel Spenser reçut le commandement de ces braves.
On doit aussi citer la belle conduite des soldats du 48* régiment , qui , sans aucune sollicitation de la part de leurs officiers, s’offrirent d’eux-mêmes pour faire la campagne d’Egypte î mais sir Ralph Àrbercromby fut obligé de les remercier , en regrettant que la faiblesse dé la garnison ne lui permît pas de profiter de cet acte de dévoûment (1).
(1) Plus tard le 48' fut embarqué, et il était sur le point
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■ Il fut arreté que la Hotte ferait voile en deux divisions pour le golfe de Macri dans la Cara-r manie , sur la partie méridionale des côtes de l’Asie mineure. ‘ .
Ce nouveau point de réjuniou fut donné à l’armée avant de marcher définitivement vers les rivages de l’Egypte , afin de terminer quelques préparatifs qui n’avaient pu être convenablement faits «à Malte ; on avait, en outre, l’cs,pérance d’y être rejoint par une flotte turque , ou de recevoir quelques secours du gouvernement ottoman.
Notre séjour à Malte fut une source inattendue de richesses pour les habitons, de l’île , qui se rappelleront toujours avec un sentiment de reconnaissance la générosité et la bonne conduite des troupes anglaises (1). Le premier
de faire voile pour l’Egypte, lorsque Tel Carmen arriva à Malte avec la nouvelle de la reddition d’Alexandrie.
(1) L’auteur a remarqué plus haut que les liabitaus , opprimés par les Français, se révoltèrent contre eux et mas sacrèrent tous ceux qui se trouvèrent à Citta-Vecchia. Il fait ici le plus grand éloge de la conduite des troupes anglaises. Il fout juger les deux armées d’après la différence des positions, des troupes étroitement bloquées dans une île, et ne . pouvant tirer aucun secours du dehors , sont nécessairement oppressives , et celle du général Yaubois était alors dans ce cas. D’ailleurs le fanatisme,, qui armait contre nous une grande partie de l’Italie, animait’ aussi les Maltais, et
bataillon du 37* régiment , et trois compagnies du second , vu leur mauvais état de santé , furent laissés à Malte , avec ordre de rejoindre l’armée aussitôt que possible.
On leva un corps de pionniers maltais destiné à suivre l’expédition; il fut attaché à l’étatmajor. Le commandement en chef de l’île fut donné au major-général Pigott , qui eut sous ses ordres le major-général Villettesct le brigadier-général Moncrief. Le capitaine Bail, de la marine royale , fut nommé gouverneur civil , emploi jusqu’alors inconnu dans l’île.
Pendant que nous étions à Malte on y amena le célèbre Tallien , qui ne put échapper à la vigilance de nos croiseurs , et qui fut pris dans sa traversée d’Egypte en France.
les rendait injustes et barbares à notre égard. Mais ceux qui ont fait partie de l’expédition d’Egypte, se souviennent que lorsque l'année débarqua à Malte avec Bonaparte , le plus grand ordre y régna toujours; que nous y fûmes dans un accord parfait avec les liabitaps , et qu’ils nous invitèrent souvent à partager avec eux des fêtes et des plaisirs que notre présence et notre appareil guerrier n'interrompirent pas un seul instant. (N.)
en Egypte.