VIII
Débarquement et premiers combats en Egypte.
Le 8mars, àdeux heures, une fusée tirée abord du vaisseau amiral servit de signal pour rassembler toutes les chaloupes de débarquement autour des vaisseaux désignés. A environ trois heures et demie, les chaloupes remplies de' troupes se portèrent vers le rendez-vous. Trois bâtimens armés y étaient placés sur une ligne parallèle au rivage et hors de la portée du boulet ; les chaloupes devaient venir se ranger à leurs côtés et y attendre le signal du départ.
Les chaloupes étaient à fond plat , et chacune contenait environ cinquante hommes , outre les matelots employés à ramer. Les soldats reçurent l’ordre de s’asseoir à fond de cale et
de tenir leurs fusils entre leurs genoux. Toutes les chaloupes de la flotte étaient employées à transporter des troupes ou â remorquer les embarcations ; elles pouvaient ensemble porter
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près de cinq mille hommes. On en avait désigné six mille pour le débarquement; mais il en resta environ mille, qui ne purent trouver place dans les embarcations.
Le moment était critique; le plus grand silence régnait dans toute la flotte, et on n’entendait que le bruit sourd et confus que produisaient les rames des chaloupes qui se dirigeaient vers le rendez-vous.
Elles continuèrent à circuler ainsi jusqu’à environ huit heures ; tous les arrangerons étant alors terminés , et les embarcations s’étant formées sur une même ligne , le bâtiment du centre , sur lequel était l’honorable capitaine de marine Cochrane , qui dirigeait en chef ce moüvèment , donna le signal de se porter en avant ; toutes les rames frappèrent aussitôt la surface de la mer ot poussèrent avec, rapidité nos troupes vers le rivage.
Afin de protéger notre approche , aussitôt que nos chaloupes les eurent dépassées , les bombardières , le Tartare et la Furie , dirigèrent leur feu sur les ouvrages des Français. Deux canonnières et trois bdtimens en firent autant, mais ne produisirent que peu d’effet. Nous continuâmes à avancer sans être troublés. On u apercevait pas uq seul ennemi ni sur le rivage, ni sur les hauteurs environnantes ; mais
y 2 • EXPEDITION ANGLAISE
lorsque nous fûmes, à Uportéc «lu. canon , ils ^commencèrent tout-à-coup , sur notre ligne , un feu terrible et nourri , avec les batteries du fort d’Aboukir , et seize pièces de canon qu’ils avaient établies sur une colline. Une multitude de bombes et d’obus tombaient de toutes parts autour de nous , et faisaient jaillir les eaux de la mer dans nos chaloupes. Cependant ces obstacles n’étaient encore rien en comparaison de ceux qui nous attendaient; en approchant du rivage , nous fûmes assaillis par m\e tempête de mitrailles et de projectiles , telle qu’on n’en vit peut-être jamais de semblable , dirigée sur un espace si peu étendu. Les décharges se succédaient avec une si grande rapidité , que les balles tombaient sur la surface de la mer comme de la grêle dans un violent orage.
• Jamais position ne fut plus critique ; nos soldats étaient tellement entassés les uns sur les autres , qu’ils ne pouvaient remuer , et se voyaient ainsi exposés à un feu meurtrier, sans qu’il leur fût possible de riposter aux coups de l’ennemi ou de s’en garantir. Deux bâtimens furent coulés à fond près de celui où j’étais embarqué. Une chaloupe, portant un détachement des gardes de Coldstream , fut percée au c'cntre par une bombe qui , éclatant au même
Digitiz
instant ., tua et blessa un grand nombre de soldats; les autres disparurent avec le bâtiment. On parvint à en. tirer quelques-uns des flqts ; mais ils étaient dans un tel état , qu’ils ne durent pas être bien reconnaissans du service qu’on leur avait rendû. La perte d’un bâtimént entraînait nécessairement celle ‘des 1 hommes qui y étaient embarqués , car les soldats , embarrassés par leur fourniment, charges de provisions pour trois jours , ayant soixante cartouches dans leur giberne , en s’efforçant de nager , ne faisaient que lutter pendant quelques instans contre la mort
Cependant rien ne put arrêter, des guerriers aussi braves ; de toutes parts menacés par la mort , qui s’offrait à feux sous*lâ forme la pljxs effrayante , leur courage n’«n fut point ébranlé^ Bravant un feu meurtrier , que rendait êncore plus terrible l’impossibilité «où nous étions de nous défendre et- de riposter , par un seul coup, à ceux dont l’ennemi nous accablait, nous con- • tinuâmes à nous avancer avec une assurance qui était le gage certain dé la victoire. L "
Il était prés de neuf, heures lorsque les premières chaloupes abordèrent. Nous perdîmes dans ce moment beaucoup de monde: plusieurs de nos soldats reçurent la mort dans les bâtimens ; et d’autres , au moment où ils- descen-
liaient sur le rivage, furent tués à coup du baïonnette par l’ennemi, qui s’élait approché jusqu’au bord de la mer pour nous recevoir. Les régimens se formèrent en bataille aussitôt qu’ils eurent mis pied à terre, et à l’instant même ils se portèrent en avant.
Les qUatrcVompagnies de flanqueurs, placés à notre extrême droite , et le régiment , sur lequel elles s’appuyaient , escaladèrent avec la plus grande intrépidité une colline qui s’élevait presqu’â pic du côté de la mer, et dont le terrain sablonneux s’éboulait sous leurs pieds (1).
Un corps de troupes françaises, la brave Gi* demi-brigade , qui était en position sur le sommet , frappée de terreur par cet acte de courage , se retira «en désordre en abandonnant deux pièces de caqon. A la gauche , où commandaient les majors-généraux Coote et Lud-
(i)La hauteur des puits est uu mamelon de sable mouvant , d’une pente rapide, sur-tout du côté de la mer ; ce point est le seul où des troupes qui débarquent puissent triyivcr une position militaire avantageuse. Après la bataille d’Abou-* . kir, Bonaparte avait ordonné la. construction d’un fort sur ■ cette hauteur ; mais on négligea de s’en occuper pour des fortifications moins 'importantes , quoique le gouvernement l’eût recommandé au général Menou. Le fort aurait rendu le débarquement très-difficile.
( Note du traducteur , extraite de l’ouvrage^du général Rèynier.,)
low , un détachement de cavalerie française , fort d’à-peu-près deux cents hommes , chargea une partie du régiment des gardes et du régiment .royal , qui venait de débarquer ; mais ayant reçu- un prompt secours , ces corps repoussèrent les Français , qui essuyèrent une perte considérable. '
Ce combat sur le rivage dura environ vingt minutes; l’ennemi*battit alors en retraite sur tous les points, et nous nous emparâmes des hauteurs , où les marins, sous, la conduite de Sidney Smith, montèrent avec leur ardeur ordinaire quelques pièces de campagne.
Les Français sc retirèrent le long dju lac d’Aboukir, qu’ils avaient nommé lac Maadieh ; ils laissèrent dans le château d’Aboukir une partiq de la 55 * demi-brigade , et prirent ensuite position dans la plaine , à un mille du rivage , en appuyant leur droite au lac et leur gauche à la mer. Ce’tte aile gauche était soutenue par deux pièces de canon ettoul.ee qui leur restait de cavalerie.
Les forces qui s’opposèrent à notre débarquement étaient commandées par le général Friant et se composaient de deux bataillons et des grenadiers de la 6 i° demi-brigade , de deux bataillons de la 75°, d’un delà 5 1 du 1 8 e et du ao’ de dragons , c# d’environ cent vingt canon-
niers , formant en tout deux mille cinq cents hommes et seize pièces de*canon (i). La pertç des Français dut être au moins de quatre cents hommes tuésj pris ou blesses , six pièces de canon et un obugiçr. Le général Martinet , qui avait été capitaine d# vaisseau dans la flotté française qui combattit à la bataille du Nil, et qui , depuis cette affaire , commandait la légion nautique , fut tué sut le champ de bataille. Nous perdîmes six cent cinquante-deux hommes , tant tués que blessés , sans y comprendre les marins qui périrent,’ dans les bateaux et dans la partie de l’expédition conduite par sir Sidney Smith (2).
A peine étions-nous débarqués etavions-nous surmonté la résistance qu’on nous opposait , que le général en chef descendit sur le rivage; jusqu’alors le major-général Coote s’était trouvé le plus ancien des généraux à terre.
Nous nousmîmes en bataille devant l’ennemi, et la canonnade dura dans Cette position jusqu’à onze heures ; nous nous aperçûmes alors ■■■- ■ " ■— - ■ ■ ■ — ■ " • , » -
(*) Il y a erreur dans cetle évaluation : le général Friant n'avait que quinze cent cinquante hommes d’infanterie , cent quatre-vingt! cavaliers et dix*pièces de canon. V oj-ez l’Appendice , n°. IV. ( Note du traducteur. )
(s) Vojes les dépêches du 16 mars , de sir Ralph Abercromby , à l’Appendice n°. V.
que les Français commençaient un mouvement rétrograde le long du lac , ils marchaient en bon ordre, et s’arrêtèrent pendant quelques instaus au poste de Mandara , petite redoute élevée sur une hauteur dans l’endroit le plus, étroit de la péninsule , et à-peu-près à quatre milles du point où nous avions abordé!
Aussitôt après la retraite de l’ennemi , nos chaloupes armées pénétrèrent dans le lac de Maadieh ou d’Aboukir. On prit toutes les mcsùres nécessaires pour ^faire servir les bateaux de la flotte à l’approvisionnement de l’armée , et à cet effet on établit un dépôt de munitions sur le rivage.
La seconde division ayant débarqué, vint nous rejoindre , ce qui occasionna un changement de position ; nous' nous portâmes en avant , chaque brigade marchant en colonne pa*r régiment , et nous fîmes halte à l’entrée de la nuit. *
L’armée fut alors formée sur quatre lignes , s’étendant depuis la mçr, située à sa gauche , jusqu’au lac d’Aboukir, situé à sa droite. La réserve et les gardes formaient la première ligne , la brigade du général Goote la seconde , celle du major-général Gradock la troisième , et celle du major-général comte de Gavan , la quatrième. Les troupes des corps des briga-
diers-généraux Stuart et Doyle , qui avaient pu débarquer dans la journée, prirent position devant le château d’Aboukir, qui avait refusé de se rendre. Environ soixante cavaliers montés , .et deux cents autres-non-montés, descendirent aussi sur le rivage dans la soirée. Les hommes montés* firent aussitôt le service des vedettes et des avant-postes, le reste demeura devant Aboukir,
Le 9 mars, le vent s’étant élevé avec violence, il fut impossible de débarquer ni munitions , ni approvisionnemens. Mais malgré les préjugés généralement répandus dans l’armée, nous parvînmes à nous procurer une eau potable , en faisant dans le sable des trous de trois ou quatre pieds de profondeur. Nous fûmes également convaincus qu’il pleut quelquefois en Egypte , car nous fûmes assaillis par une trèsforte ondée.
On n’avait pu envoyer à terre ni tentes, ni équipages de camp ; mais les soldats parvinrent à s’abriter convenablement en se faisant des baraques avec des branches de dattier, arbre qui se trouve en grande quantité dans la péninsule. Notre général en chef n’eut pas d’autre moyen pour bivouaquer.
Les troupes des brigades des généraux Stuart et Doyle , restées devant le fort d’Aboukir , vin-
rcut nous rejoindre. Onnclaissa, pour soumettre cette place , que le second régiment de la Reine et quatre cents dragons non montés. Ce corps d’observation fut placé sous les ordres du comte Dalhousie.. L’armée fit un mouvement en avant . et s’avança d’environ un mille vers Alexandrie.
Le 1 o mars , le vent ayant tombé et le temps • étant magnifique, nous eûmes la satisfaction de voir débarquer le reste de l’armée et la plus grande partie de nos chevaux. Une immense quantité de provisions , de munitions , de fourrages , etc. , arrivèrent également au moyen . du lac d’Aboukir, auquel s’appuyait la position que nous avions prise. Dans la soirée du 9, sept compagnies du second bataillon du 2 7' régiment arrivèrent de Lisbonne , et le 1 o elles rejoignirent l’armée.
Le lac d’Aboukir date que d’une époque très-récente ; il fût formé par une irruption de la mer, arrivée en 1778. Une digue en pierre, dont on aperçoit encore une grande partie, était le seul obstacle qu’on avait opposé aux flots pour préserver la plaine , qui se trouve maintenant ensevelie sous les eaux. Cette digue fut enlevée dans une violente tempête, et la mer débordant avec impétuosité , détruisit plusieurs villages et forma l’immense inondation qu’on voit aujourd’hui. Le Kalisch, ou canal d’ Alexandrie , se
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trouve placé entre ce lac et celui de Maréotis, qui,n’ayantaucunc communication avec la mer, gc trouve maintenant presque entièrement à sec.
Le lac d’Aboukir est navigable pour des chaloupes et de petits bâtimens. 11 abonde en poissons de toutes sortes, et particulièrement en mulets, qui fournirent à l’armée une nourriture abondante et agréable. Les Arabes, enchan- , tés de trouver un si bon prix de cette marchandise, en apportaient à profusion dans notre camp.
Les avantages que nous retirâmes de notre position près de ce lac furent immenses, et nous sommes^ en quelque sorte, redevables du suocès de l’entreprise aux ressources qu’il nous offrit sous tous les rapports. Les provisions, les munitions, les canons, etc. , nous étaient amenés avec la plus grande facilité par des bâtimens de la flotte : sans cette ressource?, nos moyens de • transport eussent été si faibles , que le moment d’agir aurait été probablement passé lorsque l’armée se serait trouvée suflisamment approvisionnée; car deux ou trois cents misérables muleft ou chevaux n’auraient pu être d’un bien puissant secours sur le terrain sablonneux de 1» péninsule. , »
Le lac nous rendit encore un service important , en offrant un mouillage à nos chaloupes
• EX ÉGYITE.
canonnières. Ces butimens purent ainsi protéger notre flanc gauche ; et il est inconcevable que les Français, depuis longtemps maîtres du pays , n’en aient pas tiré un grand parti , en y plaçant des bûtimens armés , qui nous eussent beaucoup incommodés lors de notre débarquement et dans tous les mouvemens que nous fîmes ensuite.
Le 11, le lieutenant Guittera, le chirurgien Smith et treize hommes de lalégioncorse, s’étant approchés de la redoute de Mandara , furent enveloppés par un détachement de cavalerie ennemie et faits prisonniers. . ,
Le 1 2 mars , à sept heures du matin , toutes les troupes sortirent de leurs positions et mar-* chèrent en deux colonnes. La réserve et la brigade des- gardes restèrent en place près de la redoute de Mandara , jusqu’à ce que le corps . • de l’armée fût arrivé à leur hauteur.
La iSavalerie française , qui depuis le 1 o avait été renforcée par environ trois cents hommes du 22* régiment de chasseurs à cheval, avait pris position devant une vieille tour ruinée à un mille et demi de Mandara. A-peu-près à ûn mille, nos avant-postes rencontrèrent les vedettes ennemies, etuüe vive escarmouche s’engagea entre ces troupes. Néanmoins l’armée 1 continua d’avancer sans rencontrer d'opposition
réelle ; car les troupes de l’ennemi , principalement composées de cavalerie, se repliaient à notre approche après avoir échangé quelques balles.
A une heure et demie nous arrivâmes sur le champ de bataille , et notre armée se forma en deux lignes, qui s’étendaient du lac à la mer. Les Français étaient en bataille vis-à-vis de nous ; leurs troupes occupaient une forte position sur une chaîne de collines , et leur aile gauche s’appuyait à un vieux fort ruiné. A peine avionsnous fait halte, qu’ils commencèrent le feu avec deux pièces de canon, qui nous tuèrent deux hommes du 5° régiment des gardes et en blessèrent deux autres. Nous ne tardâmes pas à riposter a ce salut , et il est probable que nous leur occasionnâmes quelques pertes , car leurs . pièces se turent aussitôt. Les avant-postes et les vedettes continuèrent à cscarmoucher jusqu’au soir , sans sc faire grand mal de part et d^iutre. Dans cette affaire, notre perte fut peu considérable , en comparaison de l’étendue et de l’importance du terraiq que nous gagnâmes ; elle »
se réduisit à deux soldats et un lieutenant ( 1 ) tués , et à quatre hommes et ^quatre chevaux
( 1 ) Le lieutenant Wuodgatc , du jïü" liglit drageons ( dragons légers. ).
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. blessés. La perte des Français ne dut pas être moindre. Le colonel Latour Maubourg, du 20° régiment de dragons, fut grièvement blessé à la figure par un éclat d’obus.
Nos troupes passèrent la nuit sous les armes. Les 90 e et 92 0 régimens firent le service des avant-postes. *
11 fut arrêté qu’on débusquerait le lendemain l’ennemi de la position qu’il occupait , et on donna les ordres nécessaires pour que l’armée pût attaquer à la pointe du jour.
Par suite de quelques circonstances imprévues, l’ordre d’attaquer à cinq heures du matin ne put être mis en exécution , et il était six heures et demie lorsque l’armée commença à se mettre en mouvement. Elle était formée en colonnes de marche , la gauche en tète , et dans l’ordre suivant :
En tète, labrigade du major-général Cradock, ayant pour avant-gafde le 90° régiment des gardes. •
La brigade du major-général lord Cavan , ayant pour avant-garde le 92“ régiment, marchait à gauche le long du lac , à hauteur de la tète de la colonne du général Cradook, et suivait une direction parallèle à celle de cette colonne.
La brigade du major-général Coote suivait
celle du général Cradock, et devait la soutenir, si la chose devenait nécessaire.
La réserve marchait en deux colonnes le long des rivages tle la mer , et à hauteur de la tête de la brigade du général Coote.
Les gardes étaient en ligne avec la seconde colonne de la réserve.
Les brigades des brigadiers-généraux Stuart et Doyle, ainsi que les cavaliers non-montés, marchaient le long du iac et derrière la brigade de lord Cavan.
Ce mouvement avait pour but de tourner la droite de l’ennemi.
Lorsque nous arrivâmes à portée , l’artillerie française , nombreuse et parfaitement bien servie , fit sur nous un feu très-meurtrier. Les projectiles enfilant nos colonnes et ricochant de division en division , produisaient un affreux ravage dans nos rangs. Aussitôt nos régimens se déployèrent avfcc la plus grande précision , à l’exeeption 8e la réserve et de la brigade du major-général Doyle , qui continuèrent pendant toute la journée à marcher le long de la mer en conservant l’ordre profond.
Dans cet’instant l’ennemi espérant profiter des mouvemens nécessaires pour notre passage à l’ordre en bataille', descendit de ses hauteurs pour nous attaquer. Un corps considérable de
' Digiti
cavalerie, le 22 0 de chasseurs, exécuta avec intrépidité une charge impétueuse sur le 90 e régiment , qui , avec le sang-froid et le courage de vieux vétérans , reçut , sans se rompre , les cavaliers français sur la pointe des baïonnettes ; ces derniers, fojpés de battre en retraite, essuyèrent , en faisant leur demi-tour, une décharge de mousqueterie qui en étendit un grand nombre sur le champ de bataille.
Les attaques des Français sur tous les autres points de la ligne n’eurent pas plus de succès; elles échouèrent partout. Le 8 e et le i8°àla droite, et le i 5 e au centre de la brigade du major-général Cradock , les reçurent avec un feu si vif et si meurtrier, qu’ils furent forces de so replier avec précipitation. Le 92% qui avait en tète la 66 e demi -brigade , et qui se trouvait en même temps exposé au feu de deux pièces qui tiraient à mitrailles , marcha sans se rompre sur ces pièces , et par un feu bien dirigé et bien nourri força l’ennemi à lui abandonner ces bouches à feu. Le régiment de Dillon, qui marchait le long du canal d’Alexandrie , se conduisit avec une grande intrépidité et repoussa un corps de troupes françaises , après lui avoir fait éprouver une grande perte.
Nous ne pouvions avancer que lentement , et nous étions fm'cés de faire halte à chaque
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instant pour attendre notre artillerie , qui , vu le manque de chevaux , était tirée à force de bras et ne pouvait se mouvoir qu’avec beaucoup de travail et de fatigue sur le terrain sablonneux où nous combattions. Pendant ce temps les troupes ennemies sc^lliaient et leur artillerie légère se mettant en batterie, nous faisait essuyer un feu meurtrier. Aussitôt que nous nous ébranlions de nouveau , cette artil-
lerie battait en retraite au grand galop et prenait une nouvelle position , d’où elle commençait à tirer sur nous.
Cet engagement dura ainsi jusqu’à onze heures et demie ; alors les Français étonnés de notre courage , que rien ne pouvait ébranler , et vivement pressés par notre feu , continuèrent à se retirer de postes en postes jusques sous les murs d’Alexandrie. Là , ils prirent position sur les collines , et nous nous arrêtâmes dans une longue plaine , située au pied de ces hauteurs.
Les soldats reçurent l’ordre de se 'reposer sous les armes, et nous restâmes ainsi incertains si on tenterait de forcer cette nouvelle position , extrêmement forfe par sa nature et défendue par une artillerie redoutable.
Æiotre armée, pleine d’ardeur et enflammée par les succès qu’elle venait d’obtenir , montrait la plus vive impatience de marcher en
avant ; mais sir Ralph Abercromby reconnais-; sant que les hauteurs étaient commandées par les forts Cafarelli et Crétin , et qu’il serait par conséquent impossible de les garder , après les avoir prises , jugea inutile de tenter une attaque, qui aurait fait répandre beaucoup de sang, sans qu’on pût en espérer aucun résultat avantageux.
L’ennemi ne supposant pas qu’il put être forcé, fit venir, des ouvrages adjacens, plusieurs pièces de canon de gros calibre qui nous firent essuyer un feu continuel , auquel nous restâmes exposés sans aucun moyen de riposter.
Des files entières étaient à chaque instant enlevées , et les vides que ce feu meurtrier occasionnait dans nos rangs étaient aussitôt remplis.
Vers deux heures et ‘demie les brigades du major-général Cavan et des brigadiers-généraux Stuart et Dovle , établies sur une colline voisine du canal, tentèrent une attaque sur la droite de l’ennemi , et le 44* régiment chargea avec la plus grande intrépidité un corps de troupes françaises placé avec un obusier pour défendre un pont sur le canal : l’ennemi fut promptement délogé ; mais de toutes les collines il fit ensuite sur nos troupes un feu si terrible, qu’elles furent contraintes de se retirer,
às
q8 expédition anglaise
Le feu d’environ trente pièces de canon fut dirigé sur celte poignée d’hommes , et le terrain sur lequel ils se trouvaient était tellement sillonné par les boulets, qu’il ressemblait à un champ fraîchement labouré.
Le général en chef décida que l’armée prendrait position sur une partie des collines que l’ennemi avait occupées pendant la nuit précédente , et dont nous l’avions chassé dans la matinée ; en conséquence nos troupes évacuèrent la plaine vers quatre heures et se retirèrent sur ces positions. Les brigades des généraux Coote et Cradock formèrent l’arrière-garde.
Notre perte, dans cette affaire, fut trèsconsidérable , et monta à treize cents hommes tués ou blessés. Les derniers, sur-tout , étaient dignes de compassion , car presque tous étaient atteints par des boulets , et devaient rester nécessairement estropias et être désormais perdus pour l’Etat. On évalua la perte des Français à sept cents hommes (1). Le général de division Lanusse fut légèrement blessé. Quatre pièces de canon et un obusier restèrent en notre pouvoir. ,
Nos forces se montaient à quatorze mille
(i)Le rapport français porte à, 5oo hommes !a perte du général Friant.
hommes, et celles de l’ennemi à sept mille (i). Mais malgré notre supériorité numérique , nous éprouvions de grands désavantages par notre faiblesse en cavalerie et en artillerie ; et sur ces deux points , l’armée française l’emportait sur la nôtre d’une manière incontestable. Nous ne possédions pas deux cent cin- * quante cavaliers montés , et leurs chevaux étaient en si mauvais état , qu’ils étaient presqu’incapables de faire le service. Les Français, au contraire , avaient six cents hommes de cavalerie supérieurement montés. En artillerie , ils. possédaient quarante pièces de canon, dont la majeure partie était servie par de l’artillerie à cheval ; tandis que le peu de bouches à feu que nous avions étaient traînées , avec la plus grande lenteur et la plus grande difficulté, par nos marins et nos soldats.
Le 1 4 mars , notre armée occupait la position suivante : La première ligne , composée de la réserve , était un peu en avant sur la droite et s’appuyait à la mer. Les gardes et la brigade
(i) Celte évaluation est exagérée: l’armée française, à celle époque , se composait de • 3,85o hommes d’infanterie ,
520 cavaliers ,
2 i pièces d’artillerie.
y oyez l’Appendice , n°. VI.
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du major-général Coote étaient sur une colline au centre- A la gauche , la brigade du majorgénéral Cradock était formée dans la plaine, à environ deux milles en avant de la position que nous avions occupée pendant la nuit précédente.
La seconde ligne était ainsi composée : à la droite , la brigade du brigadier-général Stuart ; au centre , la brigade du brigadier- général Doyle ; et à la gauche , la brigade du majorgénéral Cavan. Les cavaliers montés de la réserve étaient placés dans un ravin traversé par
la route d’Aboukir , entre la réserve e*t la bri-
gade des gardes, mais un peu en arrière de ces corps. On acheva, ce jour-là, d’investir le fort d’Aboukir , devant lequel on mit en batterie cinq pièces de 24 et quelques mortiers.
Plusieurs chevaux magnifiques envoyés par le Grand-Seigneur , arrivèrent au camp ; sir Ralph Abercromby en offrit un à chacun des officiers-généraux.
Un grand nombre de travailleurs furent employés à élever des ouvrages et à fortifier notre position. Des pièces de canon de gros calibre et une grande quantité de munitions furent débarquées et placées dans les dépôts établis en tète du lac d’Aboukir , à-peu-près à un mille en arrière de nos lignes.
Dans la nuit du i5, l’état eut à regretter , la mort du colonel Brice , des gardes de Goldstream. Il était de service pour les rondes de la nuit , et s’étant trompé de chemin , il tomba dans les avant-postes français, où il fut tué par une vedette. Cette perte fut vivement sentie par toute l’armée , mais surtout par les officiers de son régiment, dont il était extrêmement aimé.
Les équipages de camp arrivèrent enfin , mais en petite quantité. Plusieurs corps ne reçurent des tentes qu’à raison d’une pour trenteneuf soldats , bien qu’elles ne soient faites que pour contenir quinze hommes.
Les Arabes , satisfaits de nos dispositions amicales à leur égard , arrivèrent de l’intérieur du pays avec des provisions abondantes et des chevaux. M. Baldwin, autrefois consul anglais à Alexandrie, fut nommé surveillant de ce marché , qui , sans ses efforts , se serait passé avec beaucoup de désordre.
Le i 7 mars , le château d’Aboukir , réduit à un monceau de ruines , se rendit à nos troupes (i). Les soldats de la garnison furent faits prisonniers de guerre ; mais les officiers
(i) f'oj-ez à l’Appendice , n». VII , les articles de la capitulation de ce fort.
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conservèrent leurs épées. L’artillerie qu’on trouva dans le fort était remarquablement belle ; presque toutes les pièces étaient en bronze et avaient été transportées en Egypte par les Français. Parmi les bouches à feu dont nous nous étions emparés dans les combats que nous venions de livrer , plusieurs étaient de fabrication turque. Aussitôt après la reddition du fort, le lord Dalhousie rejoignit l’armée avec le régiment de la Reine, qui fut remplacé par le bataillon des marins.
Le 18 mars, vers trois heures du soir, ou aperçut un petit corps de cavalerie et d’infanterie françaises qui poussait une reconnaissance le long du canal d’Alexandrie, entre notre gauche et le village de Bedah. Plusieurs Arabes, qui conduisaient des provisions à notre camp, furent tués ou pris par ce corps; en un instant, le peu de cavalerie que nous avions monta à cheval, et se porta au grand galopa la rencontre des Français , qui s’arrêtèrent pour nous recevoir.
Nos cavaliers chargèrent à fond sur ceux de l’ennemi et firent plusieurs prisonniers; mais l’infanterie française, masquéeparle revêtement d’une vieille redoute, fit sur eux un feu meurtrier qui les prit en flanc. La cavalerie française, faisant alors volte-face, revint sur nos troupes
EN É (j K EXE. ÎOÔ
et fit à son tour quelques prisonniers. Une compagnie du régiment de Minorque accourut pour soutenir notre cavalerie, mais ne put arriver assez à temps pour la secourir efficacement.
Cette malheureuse escarmouche nous coûta trente-trois hommes et quarante-deux chevaux, tués, blessés ou pris. Le colonel Archdall, du 12' de dragoift, qui dirigeait l’affaire, y perdit un bras.
Le *19 mars, cinq cents Turcs rejoignirent l’armée. Ils furent débarqués par le vaisseau du capitan-bey et par deux autres bâtimens , qui abordèrent ensemble dans la baie d’Aboukir.
On attendait encore, d’un instant à l’autre, cinq ou six mille Turcs , qui devaient arriver avec le capitan-pacha. Ceux qui étaient déjà à terre campèrent près du dépôt; sur chacune de leur tente flottait un petit drapeau , qui offrait toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Le 92' régiment, qui avait essuyé de grandes pertes à l’affaire du 1 3 , et qui se trouvait réduit à un petit nombre de combattans , reçut l’ordre de tenir garnison à Aboukir , et le bataillon des marins vint le remplacer dans la brigade du major-général Coote.
On faisait différens rapports contradictoires sur les mouvemens du général Menou depuis notre débarquement. Selon les uns, il avait
, quitté le Caire le 1 6 , et selon d’autres, il était déjà arrivé à Dcmanhour avec huit mille hom-
• mes. On ajouta peu de confiance à ces bruits, cl d’ailleurs on ne pouvait raisonnablement craindre qu’il vînt nous attaquer dans notre position, que nous avions fortifiée par deux redoutes qui offraient déjà de grands moyens de défense , quoiqu’elles ne fussent pas entièrement terminées. L’une était placée à notre droite , en avant des ruines du vieux fort de Kasr-Kiasera , ou château de César ; elle était armée avec deux pièces dccanon de vingt-quatre. L’autre était à notre gauche, près du canal, et n’avait qu’une seule pièce de douze. Le long de la ligne , on avait construit de distance en distance de petits redans, où l’on avait mis en batterie une ou deux bouches à feu.