MORT DU GÉNÉRAL DOMMARTIN
quiétudes que nous éprouvâmes à son départ semblaient nous prévenir du funeste accident qui nous enleva notre malheureux général et nous laissa presque sans appui dans un pays étranger où il nous avait amenés et dont nous nous fussions tirés avec lui.
Peu de jours après son départ, nous apprîmes qu’on avait su, à Menouf, que les Arabes avaient attaqué une barque dans laquelle était le général et qu’elle s’était tirée de leurs mains après s’être longtemps défendue. Mais ces rapports n’étant pas même, deux jours après, connus de l’étatmajor général, nous y crûmes peu ; d’ailleurs différentes raisons nous firent présumer que cela pouvait plutôt regarder le contre-amiral Ganteaume, qui était parti aussi sur le Nil un jour plus tard1.
Cependant nous ne tardâmes pas à connaître la vérité. Le général Dommartin, à son arrivée à Rahmanieh, m’écrivit et me fit part de cet événement. Persuadé que nous serions dans la plus grande inquiétude aussitôt que nous apprendrions
1. Par un ordre du 3 messidor (21 juin), Bonaparte prescrivit à Ganteaume de se rendre à Rosette et à Alexandrie, pour diverses opérations maritimes, entre autres pour préparer les frégates la Carrère et la Muiron en vue d’une longue traversée : il est à remarquer que Bonaparte s’embarqua deux mois plus tard sur ces bâtiments pour revenir en France. En descendant le Nil, Ganteaume se vit attaqué à peu près à l’endroit même où Dommartin avait été blessé; il fut heureusement secouru par un petit détachement sous les ordres du général Lanusse.
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ce qui lui était arrivé, il s’empressa de nous rassurer sur ses blessures. Il me marqua qu’il avait été attaqué par plus de 2.000 hommes, Arabes, Mameluks et Moghrebins, et qu’après s’être défendu jusqu’à la dernière extrémité, la nuit avait favorisé sa navigation jusqu’à Rahmanieh. Son escorte et l’équipage de la djerme formaient une cinquantaine d’hommes, dont les cinq sixièmes avaientété tués oublessés ; il avait reçu lui-même cinq coups de feu dont aucun n’était mortel; notre ami Cœuret avait été mortellement blessé d’un coup de feu dans les reins, d’Anthouard était blessé à la main; ses domestiques et ses ordonnances étaient tous tués ou blessés.
Cette lettre, que le général avait lui-même signée, nous tira un peu d’inquiétude. 11 m’écrivit quelques jours après de Rosette ; il m’annonça la mort de Cœuret, à laquelle nous fûmes très sensibles, et nous donna sur ses blessures les détails les plus satisfaisants. Il attendait avec assez d’impatience qu’il fût suffisamment bien pour revenir chez lui ; il se louait beaucoup des soins qu’avait pour lui l’adjudant général Jullien.
Le 18 messidor (6 juillet), nous commençâmes à craindre pour sa vie. Son chirurgien avait détaillé au chirurgien en chef l’état de ses blessures ; il craignait beaucoup les attaques de tétanos, mouvements convulsifs auxquels sont sujets les