MOUVEMENTS DE L’ARMÉE FRANÇAISE
Le 3 (21 juillet), nous eûmes séjour à Rahmanieli.
Le 4 [22 juillet), l’armée se mit en marche pour Aboukir. On avait attendu la division Kleber ; mais comme elle n’arrivait pas et qu’on avait réuni déjà une assez grande quantité de troupes et d’artillerie, on lui laissa des ordres et on lui en envoya d’autres à sa rencontre. Le quartier général partit avec les guides vers les deux heures ; la nuit vint et nous nous égarâmes. 11 est difficile, quand il fait obscur, de ne pas se perdre de ces côtés où l’on trouve déjà beaucoup de sables. Nous arrivâmes enfin assez tard à Birket, après avoir fait beaucoup de chemin ; nous y trouvâmes la cavalerie et quelques troupes à pied; les divisions arrivèrent la nuit et le lendemain matin.
Le 5 (23 juillet), nous partîmes de Birket et nous arrivâmes très tard à Alexandrie, où le général Bonaparte eul de nouveaux détails sur le débarquement des Turcs, la prise de la redoute et leurs opérations depuis cette époque. 11 était très fâché que le général qui commandait à Alexandrie n’eùt pas marché sur Aboukir pour attaquer les Turcs lors de leur débarquement1.
1. Marmont, qui commandait à Alexandrie, ne disposait que de 1 .500 hommes environ. 11 ne jugea pas devoir, en marchant sur Aboukir, compromettre la sûreté de îa place qu'il était chargé de défendre. Bonaparte, en arrivant à Alexandrie, reprocha à Marmont son inaction. 11 n’a cependant pas reproduit cette critique dans ses Campagnes d'Egypte et de Syrie.
278 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
Lorsque j’arrivai, je mourais de faim, et il était si tard que j’avais peu d’espérance de pouvoir trouver quelque mauvaise gargotte où l’on ne fût pas couché. Je fus cependant en ville avec quelques autres officiers de l’état-major, et, par le moyen du commandant de place que je connaissais, nous nous fîmes ouvrir avec beaucoup de peine un cabaret où nous fîmes, avec une omelette et du vin, le meilleur des repas. Nous dormîmes sur les bancs jusqu’au matin; nous eussions été plus mal à l’air et dans les décombres, où le quartier général s’était placé en arrivant.
Le 6 (24 juillet), au matin, je fus prendre un bain d’étuve pour me délasser et j’allai ensuite déjeuner chez le commissaire Michaux, où je trouvai plusieurs de mes anciennes connaissances d’Alexandrie. Nous n’étions pas encore sortis de table qu’on vint nous dire que le quartier général allait partir pour rejoindre l’armée qui devait arriver près d’Aboukir. Je fus faire mes petites dispositions de départ; et, comme je prévoyais que nous ne trouverions rien pour nos chevaux là où nous irions, je laissai mon domestique turc à Alexandrie avec mon chameau et un de mes chevaux. Nous nous arrêtâmes près d’un caravansérail, à une lieue et demie du fort d’Aboukir. L’armée eut aussi ordre de s’arrêter dans cet endroit.